|
Compte-rendu
de la journée d'études du CITEPA
du 20 novembre 2001
La
Pollution de l'air, quarante années d'efforts., et demain ?
En
cette année 2001, le CITEPA fête son quarantième anniversaire. Tout
au long de cette année, le bulletin mensuel " C'est dans l'Air "
du CITEPA s'est enrichi de souvenirs et de rappels. Mais pour donner
un relief particulier à cet événement, la journée d'études annuelle
qui est devenu un " must " en matière de pollution atmosphérique
a, cette année, brisé quelques habitudes. D'abord, elle s'est déroulée
dans les Salons de l'Aveyron à Paris, ensuite, contrairement aux
années précédentes, le thème abordé a été très général puisqu'il
était : " La pollution de l'air, quarante années d'efforts. et
demain ? ". Vaste sujet faisant contrepoint aux thèmes extrêmement
pointus traités les années précédentes.
Une
petite brochure a été spécialement élaborée pour rappeler sur un
ton primesautier que la pollution de l'air a été de toutes les époques,
que le CITEPA a été créé en 1961 par les industriels et qu'il travaille
sur des thèmes aussi incontournables que les inventaires d'émissions
ou l'aide à la définitions de stratégies de réduction impliquant
des contraintes techniques et économiques.
Environ
200 personnes ont assisté à cette journée d'études. Dans cette assemblée
, on remarquait beaucoup d'industriels et de représentants de l'administration.
La
première partie de la matinée a été consacrée à un historique
des émissions de polluants en France depuis 20 ans et pour certains
polluants depuis 40 ans sans oublier les perspectives pour les 10
et 20 années à venir. Jean-Pierre Fontelle responsable au CITEPA
de la réalisation des inventaires d'émissions a présenté de nombreux
tableaux et graphiques. Ces évolutions montrent que, sauf pour quelques
rares polluants correspondant à des produits inventés récemment
(HFC), les émissions sont, soit stabilisées (POP et certains métaux
lourds) soit décroissantes.
Puis
l'ADEME a présenté un historique de la qualité de l'air depuis
10 à 20 ans. Cette présentation a été faite par Joëlle Colosio et
Rémy Stroebel. Là encore, les évolutions montrent que les concentrations
moyennes annuelles de tous les polluants qui font l'objet de séries
chronologiques significatives de mesures décroissent à l'exception
de l'ozone. Cet effort de surveillance devra, dans l'avenir, être
soutenu et amplifié afin de pouvoir disposer de séries réellement
significatives du point de vue statistique.
Isabelle
Roussel de l'APPA Nord / Pas-de-Calais a rappelé les forces et les
faiblesses des documents PRQA (Plan Régional de la Qualité
de l'air), exercice de planification qui a initié une phase d'apprentissage
autant dans le sens de la décentralisation que dans celui de la
pluridisciplinarité et de l'élaboration de partenariats. Les PPA
(Plan de Protection de l'Air) et les PDU (Plan de Déplacements
Urbains), par le seul fait qu'ils sont élaborés séparément, pourraient
prouver que la séparation entre organisation des déplacements urbains
et lutte contre la pollution atmosphérique existe toujours. La mise
en ouvre de ces plans devra nécessairement passer par une phase
de concertation entre tous les acteurs.
L'avancement
de la mise en place au niveau français du Registre Européen des
Rejets (EPER - European Pollution Emission Register) a fait
l'objet de l'intervention de Philippe Lucas du MATE. Le présentateur
a rappelé le cadre juridique européen (Directive IPPC) puis le cadre
français (projet d'arrêté ministériel soumis prochainement au CSIC
- Conseil Supérieur des Installations Classées). Le champ d'application
du registre français sera plus large que celui du registre européen.
La comparabilité des données entre entreprises est indispensable.
Afin d'homogénéiser les méthodes de production de données, il est
indispensable de développer des guides d'obtention des données annuelles
d'émissions décrivant d'une part les méthodes d'obtention et d'autre
part les moyens de contrôle de ces valeurs.
Don
Litten Directeur de l' European IPPC Bureau (EIPPCB) a fait le point
des travaux d'élaboration des Notes de Référence sur les Meilleures
Techniques Disponibles (BREF). Il a rappelé les définitions
ainsi que les principes de réalisation basés sur une large consultation
entre les principaux acteurs. Cet exercice difficile avance de façon
satisfaisante bien que moins rapidement que ce que l'on pensait
au démarrage. A la date de novembre 2001, neuf BREF sont terminées
et ont été transmises à la Commission pour adoption.
Jean-Guy
Bartaire (EURELECTRIC) a présenté le Programme " Clean Air for
Europe " (CAFE) lancé le 4 mai 2001. L'objectif est de mettre
au point une politique stratégique intégrée à long terme telle que
prévue par le 6 ème Programme d'Action pour l'Environnement de la
Commission. Le programme CAFE constitue certainement l'un des plus
ambitieux programmes mis en ouvre au niveau européen en matière
d'amélioration de la qualité de l'air. Son originalité est d'appréhender
la problématique qualité de l'air de façon globale, en totale transparence,
en s'appuyant sur des résultats scientifiques solides, en intégrant
le maximum de partenaires et d'acteurs, en réservant une large part
à la collaboration internationale (CEE-UN par exemple). Une réserve
est la faisabilité du respect de l'énorme calendrier de travail
proposé vis-à-vis de la date politiquement urgente de 2004.
Après
un excellent déjeuner, Richard Armand Délégué Général de EPE (Entreprises
Pour l'Environnement) a ensuite magistralement synthétisé les différents
types d'instruments de politique environnementale qui sont
au nombre de trois : les instruments réglementaires et les instruments
économiques, instruments économiques qui se répartissent eux-mêmes
en trois grandes catégories : les taxes, les droits échangeables,
permis ou crédits d'émissions, et les instruments volontaires. Aucun
de ces instruments type ne possède toutes les qualités qu'on pourrait
souhaiter. Cependant, c'est l'acceptabilité sociale qui a le dernier
mot et des solutions hybrides peuvent permettre de définir des compromis
plus ou moins bienvenus selon qu'ils s'avéreront simples on non
à l'application.
Enfin
vint le moment de la table ronde dont l'objectif était de
débattre de la question : " la qualité de l'air que nous respirons
en ville et dans nos campagnes s'est-elle réellement améliorée depuis
quelques décennies ? ". Neuf experts ont été invités par l'animatrice,
Dominique Rousset (journaliste), à argumenter leurs points de vue.
Jean-Félix
Bernard (Président du Conseil National de l'Air) a introduit le
sujet en rappelant que si les émissions et les concentrations de
la plupart des polluants surveillés diminuent, celles d'un certain
nombre d'autres augmentent (HFC, gaz qui a remplacé les CFC et qui
est par ailleurs un gaz à effet de serre). La qualité de l'air est
en perpétuel évolution ; certains polluants diminuant laissent apparaître
l'importance d'autres polluants. Ce point de vue relatif à cette
évolution a été confirmé par Philippe Lucas (DPPR) et expliqué par
l'évolution de l'action réglementaire.
Alain
Target (ASPA) est ensuite intervenu à propos de la surveillance
de la qualité de l'air en passant de l'échelle nationale (développement
de la modélisation qui complète efficacement les mesures discrètes)
à l'échelle individuelle (connaissance de l'exposition individuelle).
La France n'a pas du tout à rougir de l'organisation actuelle de
la surveillance de la qualité de l'air ; certains pays, en principe
très avancés (Japon), ne méritent plus guère d'être montrés en exemple
!
Alain
Chosson (Confédération de la Consommation, du Logement et du Cadre
de Vie - CLCV) parle ensuite d'une crise de confiance du public
vis-à-vis de la crédibilité des messages relatifs à la qualité de
l'environnement. Les gens sont, semble-t-il, prêts à faire quelque
chose mais il arrive qu'ils ne le peuvent pas (grande dispersion
de l'habitat en zone peri-urbaine imposant l'usage de la voiture
- pavillons prisonniers d'un seul mode de chauffage). Ce problème
de la diversification des modes de chauffage à permis à Jean-Louis
Schilansky (Délégué de l'UFIP) de rappeler que c'est grâce aux efforts
des raffineurs que la teneur en soufre dans les combustibles liquides
a beaucoup diminué et qu'elle va continuer à diminuer bien que les
types de bruts importés soient restés les mêmes. La plus grande
partie des investissements réalisés par l'industrie pétrolière est
liée à la protection de l'environnement. Il y a donc bien lieu de
parler d'un écart profond entre ce qui est fait et ce qui est perçu
par le public.
Annie
Moch (Psycho-sociologue de l'environnement) a confirmé qu'il n'y
avait pas de concordance entre la réalité et la perception des messages.
Ce problème de déformation du message peut être lié au stress résultant
d'autres nuisances que la pollution de l'air (bruit, habitat non
adapté, etc.).
Bernard
Festy (Président de l'APPA) a rappelé les différentes approches
de la définition des effets sur la santé. On est de plus en plus
convaincu qu'il n'y a pas de seuil d'action. Les particules fines
et l'ozone sont vraisemblablement de bons facteurs explicatifs des
effets de la pollution de l'air sur la santé.
Dominique
Rousset a lu les résultats détaillés d'un sondage d'opinions faisant
apparaître que la pollution de l'air était en tête (ou presque)
des préoccupations de la population. Yves de Belabre (Président
du Comité des Constructeurs Français d'Automobiles - CCFA) a laissé
entendre que les media pouvaient bien avoir une part de responsabilité
dans la non information de la population. En effet, l'abaissement
considérable des limites d'émissions des véhicules depuis 30 ans
passe en France quasiment inaperçu contrairement à ce qui se passe
en Allemagne. Il faut faire savoir, encore et encore, que la responsabilité
des transports va diminuer de façon importante dans le futur proche
au fur et à mesure du renouvellement du parc automobile.
Alain
Morcheoine (ADEME) confirme que le temps de réponse à des actions
de réduction de la pollution automobile ne peut être que très lente
(renouvellement du parc mais aussi évolution des comportements individuels).
Il faut donc que les pouvoirs publics prennent des décisions pour
le long terme et non pas pour les prochaines échéances électorales.
Christian
Gérondeau (Union Routière de France) a recentré le débat en reposant
la question objet de la table ronde (La qualité de l'air s'améliore-t-elle
?). Pour lui, contrairement aux affirmations de Jean-Félix Bernard,
il ne fait aucun doute que les émissions ainsi que les concentrations
diminuent de façon très significative. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
Pourquoi ce n'est pas ressenti comme tel par la population ? On
ne le dit pas aux Français avec suffisamment de persévérance (un
message ne sert à rien) ni de conviction, donc ils ne le savent
pas ! En revanche, ils sont informés lorsqu'il y a pics de pollution.
Les médias ne sont pas fautifs car ils ne peuvent communiquer que
les informations qu'on leur fournit.
Alain
Chosson a précisé que les informations à transmettre sont complexes
et qu'à ce point de vue, la communication dans les PRQA n'en est
encore qu'à l'âge de pierre. Beaucoup de progrès restent à faire.
On paye aujourd'hui le prix du retard apporté à la politique de
développement durable (développement inconsidéré du diesel).
Dans
le domaine de la communication, Alain Target a mis en garde contre
les problèmes de comparabilité. Bien souvent, et surtout lorsque
l'on parle d'évolution, il faut vérifier que les données transmises
sont bien " toutes choses étant égales par ailleurs ", ce qui est
rarement le cas et ce qui, il faut le reconnaître, complique considérablement
l'effort de communication.
Pour
la première fois, le citoyen est dans la source de pollution !,
a déclaré Bernard Festy en pensant au conducteur de véhicule noyé
dans les embouteillages. On peut penser que cette situation conduira
ce conducteur à réfléchir à son triste sort. De plus, ce qui complique
les choses, on respire non pas un polluant bien défini mais un cocktail
de polluants dont les effets sur la santé sont difficiles à apprécier.
L'épidémiologie a fait des progrès considérables depuis 30 années
et on peut maintenant distinguer des effets que l'on ne pouvait
pas imaginer autrefois (ce qui a laissé pensé à l'époque et à tort
que certains problèmes étaient résolus). Enfin, à propos de poussières
fines, il est clair que même si les flux massiques de poussières
ont fortement diminué, le nombre de particules fines est resté pratiquement
inchangé.
Pour
Alain Morcheoine, l'effet de serre est vraisemblablement ce qui
va avoir le plus d'impact sur la Société et pourtant le public l'ignore
complètement ! Au sujet des poussières encore, bien que l'on soit
loin d'être certain de la fiabilité des méthodes de mesure de toutes
sortes que l'on peut être amené à faire sur les poussières, il est
possible d'affirmer que des techniques récentes de réduction des
émissions de poussières marchent bien pour les véhicules diesel.
Jean-Felix
Bernard confirme que la France est en retard sur l'Allemagne ; la
France s'est convaincue tardivement de l'utilité des pots catalytiques,
elle découvre seulement aujourd'hui les bienfaits du partage de
la voirie et des tramways. Les sondages d'opinions révèlent bien
ce retard de maturité comparé à l'Allemagne. Propos confirmés par
Annie Moch pour laquelle la sensibilité pour l'environnement est
plus grande depuis plusieurs générations dans les pays nordiques.
On doit pouvoir rattraper ce retard en améliorant nos efforts de
communication par exemple en nuançant les messages selon les médias,
les conditions socio-culturelles locales, les problèmes, etc.
Dans
le domaine de la communication, Alain Target a cité l'exemple alsacien
qui, d'une situation il y a quelques dizaines d'années caractérisée
par un niveau d'incrédulité et de défiance beaucoup élevé qu'en
Allemagne, est maintenant, grâce à des efforts persévérants de cohérence
avec nos voisins allemands, tout à fait crédible et fiable. Il est
donc parfaitement possible de redresser des situations qui semblaient
désespérées à condition d'en avoir la volonté et le savoir-faire.
Un
certain nombre de questions avec la salle ont permis d'insister
sur :
1 - la nécessité de mieux connaître pour des études épidémiologiques,
l'exposition individuelle fine heure par heure,
2 - l'intérêt de travailler sur la qualité de l'air à l'intérieur
des voitures, des locaux d'habitation ou des locaux recevant du
public,
La
table ronde n'a pas permis d'expliquer pourquoi la population croit
dur comme fer que la qualité de l'air se dégrade, croyance en flagrante
contradiction avec les résultats de mesure ! La table ronde s'est
terminée sur la confirmation que les poussières, par leurs caractéristiques
physiques chimiques et bactériologiques, par la connaissance de
leurs émissions, par leurs conditions de formation et de dispersion
dans l'atmosphère, par leurs effets sur la santé et l'environnement
représentaient vraisemblablement un défi scientifique majeur pour
l'avenir.
Philippe
Vesseron, Directeur de la DPPR, a présenté les excuses du Ministre
de l'Environnement, M.Yves Cochet, dans l'impossibilité de participer
à notre journée. Il a conclu la journée en proposant au CITEPA,
" vieux compagnon de route du Ministère ", de continuer à faire
un bout de chemin ensemble et en jetant les bases d'un programme
de travail particulièrement dense pour les prochaines années. Il
a souhaité rappeler que les financements multiples et équilibrés
du CITEPA constituaient à ses yeux un gage d'indépendance. Ce programme
de travail concernerait entre autres : la production de connaissances
reconnues et utilisables par tous, la fédération des expertises
françaises et étrangères, l'animation d'une plate-forme de concertation
(Forum Pollution Transfrontière), les inventaires d'émissions, etc.Tout
ceci ayant pour objectif de permettre à notre pays d'être un partenaire
responsable dans divers engagements internationaux : application
de la Directive NEC, engagements de Kyoto, Programme CAFE. Pour
ce faire, on aura un grand besoin de données techniques et économiques
fiables, de modèles transparents et de concertation. Philippe Vesseron
s'est montré certain que le CITEPA continuera de bénéficier du soutien
du Ministère de l'Environnement et de conserver et construire la
confiance des autres acteurs de la lutte contre la pollution atmosphérique
en France et dans l'Union Européenne.
Retour
à la page précédente
|