CITEPA

Contact
 image
Retour aux données

Méthane (format Secten)

Evolution des émissions de CH4 de 1990 à 2017 pour la France métropolitaine (en kt)

Télécharger les données par gaz, par secteur et sous-secteur, et le rapport Secten comprenant les analyses détaillées

Tendance générale

Les émissions de méthane (CH4) ont baissé de manière significative sur la période 1990-2017 (-540 kt soit -20%).

Cette baisse est due en particulier aux évolutions du secteur de la transformation d’énergie (-220 kt soit -82%) avec la cessation progressive de l’exploitation des gisements de charbon en France et le développement des programmes de remplacement des tronçons les plus vétustes du réseau de transport et de distribution gazier. Aujourd’hui, les émissions de ce secteur sont faibles et majoritairement dues à la distribution de gaz.

Le secteur agricole, principale source d’émission de méthane du fait majoritairement de la fermentation entérique et des déjections animales, présente également une baisse de ses émissions mais dans des proportions plus modestes. On peut considérer que les émissions de CH4 du secteur agricole ont faiblement évolué sur la période (-146 kt soit -9%).

Il existe des techniques de réduction des émissions de CH4 dues à la fermentation entérique des ruminants basées sur la modification de l’alimentation des animaux (ajout de lipides dans les rations), mais ces techniques demeurent limitées dans la mesure où les émissions de CH4 restent intrinsèquement liées au métabolisme de ces animaux. D’une manière générale, les émissions de CH4 de la fermentation entérique des ruminants peuvent assez difficilement être réduites sans diminuer le cheptel des animaux. Cette réduction peut se faire tout en maintenant la production (intensification de la production par animal) ou bien par une réduction pure et simple de la production.

En France, sur la période 1990-2017, le cheptel laitier a fortement décru (-1,7 millions de vaches laitières soit -32%) compensé par une hausse des rendements laitiers ce qui a conduit à une réduction effective des émissions de CH4 de la fermentation entérique des vaches laitières (-87 kt soit – 17%). Cette évolution est à mettre en lien avec la politique agricole commune (PAC) qui a fortement impacté la structure des exploitations dans les années 90 en poussant vers une intensification supplémentaire de la production.

Sur le reste du cheptel bovin, les variations ont été plus discrètes avec des émissions très légèrement à la baisse pour la fermentation entérique (-17 kt soit -2%).

En plus du cheptel bovin, le cheptel ovin a également (malgré lui) contribué à la baisse des émissions de CH4 liées à la fermentation entérique (-51 kt soit -37%) du fait d’un très net recul des cheptels (-4,4 millions d’ovins soit -39%). Cette tendance correspond à la tendance globale du recul de l’élevage en France, en particulier dans les zones de montagne et d’élevage extensif. Les autres cheptels ont une contribution marginale à ces émissions et donc à la tendance globale observée.

Pour les émissions de CH4 liées à la gestion des déjections, la problématique est différente car elle est moins liée au fonctionnement de l’animal qu’aux pratiques d’élevage. Les émissions de CH4 sont liées aux conditions anaérobies (sans oxygène) auxquelles sont exposées les déjections animales. Les situations sont multiples : ainsi les émissions de CH4 liées aux déjections lors du pâturage sont faibles tandis que des stockages prolongés dans des fosses à lisier ou en litières accumulées sont très émetteurs. Ces pratiques obéissent à des schémas organisationnels différents dans les exploitations agricoles et sont peu orientées par les questions d’émissions de CH4. D’une manière générale, plus les exploitations seront grandes plus elles évolueront vers des systèmes lisiers potentiellement émetteurs de CH4.

Les exploitations agricoles peuvent néanmoins mettre en œuvre des techniques de réduction dont la plus répandue est la méthanisation, qui permet non pas de limiter la production de CH4, mais au contraire de la favoriser en vue d’un captage et d’une valorisation énergétique. En France, un plan de développement de ces installations de méthanisation est en cours (Plan Énergie Méthanisation Autonomie Azote – EMAA) qui a favorisé l’émergence de nombreuses installations. Cependant, l’impact réel de ces installations doit être considéré avec attention, tous les systèmes de méthanisation ne se valent pas en termes de captage du CH4 et les quantités de déjections effectivement méthanisées demeurent relativement faibles en comparaison des quantités totales de déjections. La méthanisation reste le principal levier évoqué pour baisser les émissions de CH4 de l’agriculture dans les politiques actuelles.

Le CH4 est aussi une problématique importante pour le secteur déchet du fait des émissions des décharges. Le émissions de CH4 de ces décharges présentent un profil en cloche sur la période 1990-2017. Elles ont fortement augmenté entre 1990 et 2002 (+205 kt soit +37%) pour baisser ensuite et retrouver en 2017 le niveau qu’elles avaient en 1990. Cette évolution recouvre évidemment plusieurs dynamiques, la mise en décharge a à peu près suivi cette même courbe en cloche mais les émissions de CH4 des décharges sont estimées à partir d’un historique de plusieurs décennies, il y a donc une inertie forte à ces émissions. La réduction des émissions observées depuis 2002 tient également beaucoup au fait que le torchage et la valorisation des émissions de CH4 se sont fortement développés sur la période permettant de limiter les émissions de CH4 des décharges dans l’atmosphère.

Enfin le dernier secteur réellement concerné par cette question du CH4 est le secteur résidentiel/tertiaire en lien avec la consommation de bois essentiellement. La baisse des émissions de CH4 de ce secteur (-113 kt soit -47%) est corrélée à la baisse de consommation de bois des ménages sur la période 1990-2000 (la consommation des ménages est depuis 2000 relativement stabilisée) et à l’amélioration du parc des chaudières (renouvellement avec des chaudières plus performantes). La baisse significative observée entre 1990 et 2010 semble plafonner sur les dernières années mais cette source ne représente en 2017 qu’une part assez modeste (6%) des émissions globales de CH4 de la France.

Évolution récente

Lors des dernières années, la baisse des émissions de CH4 de la France est principalement due à la baisse des émissions agricoles car les émissions des décharges se stabilisent depuis 2016 et les autres secteurs demeurent de faibles contributeurs aux émissions totales nationales. Néanmoins, cette tendance observée des émissions agricoles sur quelques années ne permet pas de prédire le maintien d’une baisse pour le secteur agricole. Certes, il y a une tendance globale de diminution de l’élevage en France mais il y aussi une tendance à l’expansion de certains élevages et donc des systèmes lisiers potentiellement émetteurs de CH4. Quoi qu’il en soit, le constat demeure : pour baisser de manière supplémentaire et significative les émissions de CH4 de la France, il faudra baisser les émissions de l’agriculture.

Dans la stratégie nationale bas carbone (SNBC) de la France (révision décembre 2018), l’ambition affichée sur le CH4 est de 1 760 kt (total hors UTCATF) pour la période 2029-2033, soit une baisse de 20% par rapport à l’année 2017. Pour atteindre cet objectif, la stratégie intègre une réduction des émissions de la fermentation entérique des ruminants en lien avec une alimentation complémentée en lipides et un essor très important de la méthanisation des déjections d’élevage.

Retour aux données