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Publié le 24 février 2026

La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat fixe des orientations pour accélérer la transition écologique du système alimentaire 

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 24/02/2026
Réf . : 2026_02_08

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Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la biodiversité, et des négociations internationales sur le climat et la nature 

Mieux manger, c’est agir pour la planète, notre santé, et soutenir une agriculture de qualité : en choisissant des produits locaux et durables, nous réduisons notre empreinte carbone, protégeons la biodiversité et valorisons le travail de nos agriculteurs. Avec cette stratégie, l’écologie s’invite concrètement dans nos assiettes.

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Le Gouvernement a présenté, le 11 février 2026, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) qui fixe, à l’horizon 2030, des objectifs pour transformer le modèle alimentaire. Cette feuille de route comporte trois axes : améliorer la qualité de l’alimentation, réduire l’impact climatique du système alimentaire et soutenir les filières agricoles et renforcer la souveraineté alimentaire.  

Alors que les émissions de gaz à effet de serre (GES) du système alimentaire dans son ensemble représentent 37 % des émissions mondiales totales d’origine humaine et environ 24 % de l’empreinte carbone des ménages français, comme rappelle le document conjoint publié par les ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé, la Snanc vise à accélérer la transition écologique du système alimentaire.  

À cet égard, la Snanc préconise « une limitation de la consommation de viande et de charcuterie », tout en incitant notamment à « réduire la consommation de viande importée ». 


 

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Contexte

Agriculture biologique © Pexels – Pixabay 

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Suite aux propositions de la Convention citoyenne pour le Climat en 2020 d’approfondir l’intégration de la dimension environnementale dans la politique de l’alimentation, la loi Climat et Résilience n° 2021-1104 du 22 août 2021 a prévu l’élaboration d’une Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc), telle que décrite dans le code rural et de la pêche maritime. 

La loi prévoit que la Snanc « détermine les orientations de la politique de l’alimentation durable, moins émettrice de gaz à effet de serre, respectueuse de la santé humaine, davantage protectrice de la biodiversité, favorisant la résilience des systèmes agricoles et des systèmes alimentaires territoriaux et garante de la souveraineté alimentaire ainsi que les orientations de la politique de la nutrition », en s’appuyant sur le Programme national pour l’alimentation (PNA) et le Programme national nutrition santé (PNNS). Elle s’inscrit, en outre, dans le cadre du volet « alimentation » de la planification écologique qui vise à accompagner les filières de production dans leur transition et à transformer les habitudes alimentaires.  

Ainsi, la Snanc vise notamment à promouvoir une alimentation respectueuse de l’environnement, compatible avec la trajectoire française de réduction des émissions de GES, et issue de modes de production et de transformation durables et résilients face au changement climatique, comme le résume le document.  

La Snanc permet à cet égard de préciser les axes d’intervention du volet alimentation de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) et de compléter les actions relatives à l’agriculture prévues dans le cadre du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), en cohérence avec les grandes orientations définies pour l’évolution du secteur agricole. Elle détermine ainsi les orientations stratégiques générales de la politique de l’alimentation à l’horizon 2030 qui seront déclinées dans les plans d’actions à l’échelle nationale et territoriale.  

Ces orientations stratégiques sont également définies en cohérence avec les objectifs programmatiques internationaux, européens et nationaux, en particulier :  

  • au niveau international, l’Agenda 2030 et les objectifs du développement durable (ODD) des Nations unies, notamment les objectifs relatifs à l’agriculture durable, à la santé et au bien-être ;  
  • au niveau européen, les engagements de réduction des émissions nettes de GES de - 55 % d’ici 2030 dans le cadre du paquet « Fit for 55 », les orientations du Pacte vert et de la vision pour l’agriculture et l’alimentation dévoilée le 19 février 2025 ; 
  • au niveau national, la feuille de route de la France pour l’Agenda 2030, qui entend notamment agir pour la santé et le bien-être de toutes et tous.  

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Les coûts directs et indirects du système alimentaire en France 

Dans un rapport intitulé The State of Food and Agriculture 2023 – Revealing the true cost of food to transform agrifood systems, (L’état de l’alimentation et de l’agriculture 2023 – Révéler le coût réel des aliments pour transformer les systèmes  agroalimentaires), cité par la Snanc, la FAO – l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture – a estimé les coûts cachés du système alimentaire en France pour l’année 2020 à 177,5 milliards d’euros, dont 134,3 milliards d’euros liés au fardeau des maladies chroniques liées à l’alimentation, 8,2 milliards d’euros liés aux externalités des émissions de GES, 17,8 milliards d’euros liés au changement d’affectation des terres et 17,1 milliards d’euros aux émissions d’azote. 

En outre, toujours selon la Snanc, en 2021, les coûts de prise en charge de maladies respiratoires attribuables à la pollution de l’air et les coûts de surveillance et de prévention de la pollution de l’air étaient estimés, au prorata des émissions du secteur agricole, à respectivement 981 millions et 800 millions d’euros par an. La même année, les coûts de traitement de l’eau au prorata de la responsabilité du système alimentaire et agricole étaient évalués à 480 millions d’euros par an.  

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État des lieux 

La Snanc rappelle que les comportements et les systèmes alimentaires représentent un enjeu environnemental, lié à la fois aux quantités et types d’aliments consommés et aux modes de production agricole. Les systèmes alimentaires, de la production jusqu’à la consommation, participent notamment au dépassement de cinq des neuf limites planétaires (changement climatique, érosion de la biodiversité, perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote, introduction d’entités chimiques et plastiques dans la biosphère, utilisation de l’eau douce) et au risque de dépassement des limites presque déjà atteintes (changement d’usage des sols, perturbation des cycles biogéochimiques du phosphore).  

Or, comme déjà souligné, les émissions de GES du système alimentaire dans son ensemble représentent 37 % des émissions mondiales totales d’origine humaine et environ 24 % de l’empreinte carbone des ménages français (qui comprend les émissions importées). Les produits d’origine animale (viande, produits laitiers, poisson) sont responsables de la majorité de l’empreinte carbone alimentaire (61 %).  

Par ailleurs, la production agricole en tant que telle (usages alimentaires et non alimentaires confondus) génère près de 20 % des émissions de GES de la France, ce qui représente le 2ème poste d’émissions national après les transports. Selon le dernier inventaire Secten du Citepa (édition 2025), les émissions de l’agriculture sont composées à 57,1 % de méthane (CH4 émis essentiellement par l’élevage ruminant), à 28,7 % de protoxyde d’azote (N2O issu essentiellement de la fertilisation azotée des cultures) et à 14,3% de dioxyde de carbone (CO2 dont la principale source est la consommation d’énergie fossile par les engins agricoles ou les bâtiments d’exploitation).  

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Le volet Agriculture de la SNBC 3 

Dans le cadre de la SNBC 3, mise en consultation publique en décembre 2025 (lire notre article), le secteur de l’agriculture, – qui a émis 76 Mt CO₂eq en 2023, ce qui représente 20 % des émissions brutes françaises, hors Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie (UTCATF) -, doit diminuer ses émissions de 28 % d’ici 2030 (soit 67 Mt) et de 54 % d’ici 2050 (soit 43 Mt) par rapport à 1990 (93 Mt). 

Une feuille de route toutefois beaucoup moins contraignante que celle de la plupart des autres secteurs économiques qui devront en 2050 avoir réduit leurs émissions à la portion congrue. De fait, le MTE a souligné en décembre 2025 que « L’agriculture a un statut particulier dans la SNBC car une partie de ses émissions sont incompressibles, dues pour 87 % à des processus biologiques inhérents à l’élevage – principalement du fait du méthane issu de la fermentation entérique -, et liées [de manière générale] à la manière dont fonctionne le monde agricole et l’écosystème sol. Seule, elle ne peut pas atteindre le zéro émission. Le puits de carbone sera là pour capter les émissions résiduelles. »  

Des orientations fortes sont toutefois mises en avant, à savoir le développement de l’agriculture biologique (21 % des surfaces cultivées en 2030), la réduction des engrais azotés (- 30 % en 2030) et de l’importation de soja pour le bétail, ou encore le développement des légumineuses (10 % de surface cultivée en 2030). 

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Orientations de la Snanc 

L’alimentation représentant une part significative des émissions de gaz à effet de serre, la Snanc fixe des orientations pour accélérer la transition écologique du système alimentaire sachant qu’en parallèle la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) définit des grandes orientations de la production agricole et de la consommation alimentaire afin de limiter les impacts négatifs de l’alimentation sur le climat. 

Ainsi le document précise que la Snanc encourage :

  • le développement de pratiques agricoles durables ; 
  • la réduction du gaspillage alimentaire ; 
  • la relocalisation de certaines productions ; 
  • une meilleure prise en compte des enjeux climatiques dans l’ensemble de la chaîne alimentaire. 

Concernant la consommation, l’évolution des régimes alimentaires est reconnue par la SNBC comme l’un des principaux leviers de réduction des émissions de GES.  

Ainsi l’objectif opérationnel 5 de la Snanc est d’atteindre les objectifs de la SNBC à horizon 2030 par une évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du Programme national nutrition santé (PNNS), c’est-à-dire notamment 

  • une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes ;  
  • une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers ; 
  • et une limitation de la consommation de viande et de charcuterie ainsi qu’une réduction de la consommation de viande importée.  

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À cet égard, selon Agreste, le service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, 30 % de la viande consommée en France est importée, dont plus de 50 % de la viande de poulet (Agreste. La consommation de viandes en France en 2022, chiffres repris par 57 associations dont le Réseau Action Climat dans le  décryptage de la Snanc). 

Sur ce sujet de la consommation de viande, le document précise par ailleurs qu’au vu d’une étude réalisée au Royaume-Uni sur 55 000 personnes (sans citer la source), les émissions de GES des végétaliens représenteraient 25 % de celles des gros consommateurs de viande en équivalent CO2. Celles des végétariens en représenteraient 42 %, et celles des faibles consommateurs 52 %.  À cet égard, la Snanc préconise « une limitation de la consommation de viande et de charcuterie »,  tout en incitant notamment à « réduire la consommation de viande importée ». 

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Concernant la production agricole, la Snanc rappelle que dans le cadre de la SNBC, le développement des pratiques agroécologiques et plus globalement des systèmes agricoles fondés sur les principes de l’agroécologie, tels que l’agriculture biologique ou les systèmes extensifs, fait partie des principaux leviers permettant de réduire les émissions de GES et d’augmenter le stockage de carbone dans les sols et la biomasse. Il s’agit ainsi « d’optimiser l’utilisation de ressources apportées par la nature pour développer une agriculture recourant le moins possible aux intrants de synthèse (ou excluant ceux-ci dans le cas de l’agriculture biologique), qu’il s’agisse d’engrais, de produits phytopharmaceutiques ou d’antibiotiques ». 

En complément de ce « levier majeur »« tout gain d’efficience des systèmes de production, notamment grâce aux nouvelles technologies, à la sélection variétale et à la transition énergétique de l’agriculture (décarbonation des énergies utilisées, augmentation de l’efficacité énergétique) est encouragé », ajoute le document. 

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La vulnérabilité du secteur de l’alimentation vis-à-vis du changement climatique et de la perte de biodiversité 

Si le secteur alimentaire génère des impacts environnementaux négatifs et contribue au changement climatique, il est aussi fortement soumis aux conséquences de ces dérèglements, rappelle la Snanc. L’adaptation du secteur au changement climatique est cruciale pour assurer la résilience des systèmes alimentaires et limiter les risques qui pèsent sur notre approvisionnement alimentaire, souligne le document : vulnérabilité renforcée des productions agricoles et aquacoles face à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des aléas climatiques (sécheresses, vagues de chaleur ou inondations, gel printanier provoquant la perte des cultures), moindre disponibilité de la ressource en eau ou à l’inverse augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes pluvieux, développement des ravageurs des cultures favorisé par la hausse des températures, résistances développées par les adventices, érosion des sols, etc. 

Le développement de pratiques agroécologiques, comme c’est par exemple le cas en agriculture biologique, constitue ainsi l’un des leviers essentiels d’adaptation au changement climatique : par exemple grâce à la diversification des assolements, à l’introduction de cultures intermédiaires, à l’application du principe de protection intégrée des cultures et à l’implantation de haies, ou encore au développement de l’autonomie fourragère et protéique des élevages – argumente le document. De même, le Plan aquaculture d’avenir 2021-2027 doit permettre de concilier les objectifs de croissance et de souveraineté du secteur avec la maîtrise de ses impacts sur l’environnement.  

Les nouvelles technologies et la sélection des variétés sont des leviers qui pourront permettre également d’accompagner l’adaptation des systèmes de production, adaptation qui vise également à rechercher des variétés et des espèces mieux adaptées au changement climatique. L’efficience énergétique des entreprises agroalimentaires, la nature de la chaîne logistique utilisée (i.e. transports mobilisés pour l’acheminement des produits, types d’emballages, lieux de stockage), la lutte contre le gaspillage et, plus globalement, la décarbonation des filières agricoles, de la pêche, de l’aquaculture et agro-alimentaire contribuent aussi à améliorer la résilience du système alimentaire et la garantie d’un approvisionnement pérenne, fait encore valoir la Snanc. 

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Pour en savoir plus

Consultation publique : projet de Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) [clôturée] | Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire 

Le Gouvernement publie ce jour la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat : pour une alimentation saine et durable pour tous à horizon 2030 | Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire 

Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat 2025/2030 | Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire 

La Situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2023 – Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture

Ultime consultation sur la troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) – Citepa 

Enjeux économiques de la transition bas-carbone – DG Trésor – 2024 

Snanc-décryptage_2025 par 57 acteurs de la société civile 

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