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Publié le 12 février 2026

Tenir les objectifs de la SNBC 3 permettra à la France d’économiser entre 22 et 39 milliards d’euros d’ici 2030 sur les importations d’énergies fossiles 

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 12/02/2026
Réf . : 2026_02_05

Les 7 objectifs stratégiques de la SNBC 3 – Source : ministère de la Transition écologique, décembre 2025

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Alors que « les dix-huit à vingt-quatre derniers mois ont fait l’objet d’une série de « Stop & Go » budgétaires et règlementaires, et n’ont pas aidé à maintenir un signal clair pour le grand public comme pour les entreprises sur la décarbonation », le ministère de la Transition écologique (MTE) a dit jeudi 5 février 2026 devant la presse sa détermination à « remettre le climat et la planification écologique à l’agenda  et au centre des politiques publiques» 

Le MTE est revenu en détail sur la troisième édition de la stratégie nationale bas carbone (SNBC 3), mise en consultation en décembre 2025, « point d’atterrissage de trois ans de planification écologique » (lire notre article)la feuille de route de la France pour diminuer les émissions brutes par deux d’ici 2030 et viser la neutralité carbone d’ici 2050. 

« Il s’agit du plan de transformation climatique le plus détaillé et abouti au monde en termes de transformation économique et d’implémentation de changements concrets de nos pratiques économiques, de nos filières industrielles, de la structure de notre société et des aménagements de nos territoires », se félicite le ministère qui entend susciter « la remobilisation » des collectivités territoriales, des entreprises comme des citoyens. « Les objectifs de la SNBC 3 sont ambitieux, mais nous avons tous les outils de politique publique et les technologies pour y arriver », ajoute-t-il. 

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Donner un « signal clair » au grand public comme aux entreprises sur la décarbonation 

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La baisse des émissions de gaz à effet de serre de la France a marqué le pas en 2024 et devrait être modérée en 2025 avec une réduction estimée à – 1,6 % sur l’ensemble de l’année 2025 selon le baromètre prévisionnel du Citepa. Mais le MTE martèle qu’avec la SNBC 3, « les difficultés d’élaboration sont derrière nous. Nous avons un plan assumé par l’ensemble du gouvernement et nous avons l’intention de l’exécuter. Le Premier ministre a indiqué le 12 décembre 2025 son intention de l’implémenter, y compris à travers un plan d’électrification qu’il a annoncé. »  

Outre le fait qu’une trajectoire claire est désormais définie, les taux d’intérêt devraient repartir à la baisse et favoriser la décarbonation. « Décarboner, c’est investir. Remplacer des équipements fossiles par des équipements décarbonés, des hauts fourneaux par des fours électriques, des véhicules thermiques par des véhicules électriques, des chaudières à gaz par des pompes à chaleur », rappelle le ministèreAvant d’ajouter que « La transition écologique n’est pas seulement une politique climatique, c’est une politique macroéconomique. La transition ne se décrète pas (…). La Spafte [Stratégie pluriannuelle des financements de la transition écologique et de la politique énergétique nationale] rappelle d’ailleurs le besoin d’un choc d’investissements et notamment d’investissements publics » (lire notre articlequi devrait être facilité par la baisse des taux d’intérêt. 

Pour atteindre le budget carbone, le MTE parie également sur « la maturité des technologies décarbonées désormais accessibles au même coût total, voire parfois même à un coût moindre, que les technologies carbonées.  Un véhicule électrique dans un certain nombre de scénarios d’usage peut être plus rentable pour le pouvoir d’achat qu’un véhicule thermique. Une PAC dans la plupart des cas constitue une très bonne opération sur le plan financier qui peut être amortie en cinq ans par les ménages qui en font le choix. »  

« Le modèle économique pour la décarbonation est désormais là, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années », poursuit le MTE. « Le passage à l’échelle est possible avec un besoin de soutien public bien moindre que par le passé. La mise en cohérence des politiques publiques nous permet de libérer des moyens d’investissements et de soutiens publics très significatifs pour aller vers les directions qui nous semblent les plus efficaces en euro par tonne de CO2 évitée. »    

« La SNBC 3 donne un cap essentiel pour relancer les investissements. Les émissions ont été réduites de 30 % depuis 1990 et de 20 % ces dernières années, le deuxième budget carbone 2019 – 2023 a été respecté, les investissements de l’Etat à travers le plan de relance et France 2030 ayant permis d’atteindre les objectifs fixés. Nous pensons donc qu’attendre – 5% en moyenne sur l’ensemble de la période [2024-2028] est possible ». 

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« Aucun renoncement concernant l’efficacité énergétique » 

Le MTE précise que si la SNBC 3 privilégie le recours aux pompes à chaleur et donc au chauffage décarboné, une solution plus rapide et moins coûteuse que l’isolation des bâtiments, pour autant « il n’y a aucun renoncement concernant l’efficacité énergétique » dans ce plan : réduire la consommation d’énergie finale est « un objectif en soi » de la SNBC avec deux leviers de baisse des émissions – la recherche de sobriété pour – 1 Mt CO2eq et d’efficacité énergétique pour

– 10 Mt CO2eq sachant qu’en parallèle, les objectifs des certificats d’économie d’énergie (CEE) pour la sixième période ont été réhaussés de 27 %.

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Favoriser la souveraineté énergétique 

La SNBC 3 s’appuie notamment sur l’électrification des mobilités et sur la réindustrialisation verte. 

Le MTE souligne à cet égard qu’il s’agit non seulement d’atténuer les effets du changement climatique mais également de garantir la souveraineté énergétique du pays avec un triple objectif :

  • de sortie du charbon à l’horizon 2030, 
  • de fin du pétrole à l’horizon 2045, 
  • et de fin du gaz fossile en 2050. 

Actuellement les importations d’énergies fossiles coûtent à la France 70 milliards d’euros par an selon le MTE (60 milliards d’euros par an selon le ministère des Finances) sachant qu’elles sont importées à 99 %. Se libérer des énergies fossiles répondra aux enjeux climatiques tout en permettant de faire baisser la facture énergétique et de protéger les Français des fluctuations des prix. Ainsi le MTE estime que tenir les objectifs de la SNBC 3 permettra d’économiser entre 22 et 39 milliards d’euros sur les importations d’énergies fossiles d’ici 2030. 

Le MTE précise que pour tous les secteurs, un travail a été mené afin de s’assurer que cette stratégie soit cohérente avec les ressources disponibles tant au niveau national qu’au niveau mondial, et notamment les ressources rares. 

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L’Assemblée nationale lance une mission flash sur la décarbonation du transport routier de marchandises

La commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale a acté la création d’une mission flash relative à la décarbonation des poids lourds. Alors que l’un des objectifs de la SNBC 3 est d’augmenter progressivement la part des véhicules bas carbone et zéro émission lors du renouvellement de la flotte de poids lourds, la mission entend éclairer les politiques publiques de nature à favoriser l’achat de véhicules décarbonés et le développement des stations d’alimentation et d’infrastructures de recharge de ces véhicules.

Elle s’attachera à examiner les différentes technologies disponibles et à identifier les freins à la décarbonation de la flotte qui suit un rythme trop lent pour atteindre l’objectif, fixé par le projet de SNBC 3, de 50 % de véhicules électriques parmi les immatriculations neuves en 2030, en parallèle du développement des véhicules fonctionnant à l’hydrogène et aux biocarburants.

Le programme de travail prévoit une série d’auditions des différentes parties prenantes et de déplacements de terrain auprès des constructeurs de poids lourds bas carbone et zéro émission. Il permettra de formuler des propositions législatives visant à stimuler l’achat de véhicules décarbonés et à étendre les infrastructures d’alimentation et de recharge de ces véhicules dans la perspective de l’examen du projet de loi cadre pour le développement des transports.

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Contribuer à restaurer la souveraineté industrielle 

La SNBC constitue également un plan d’industrialisation pour développer l’électrification en lieu et place des énergies fossiles, ce qui passera par la promotion des véhicules électriques et les pompes à chaleur. Le plan d’électrification en préparation vise en même temps à réduire la dépendance aux importations de tous ces matériels. 

Par ailleurs, au vu de l’évaluation macroéconomique de la SNBC qui a été réalisée par la direction générale du Trésor (1) sous la direction de Jean Pisani-Ferry et de Selma Mahfouz, la SNBC 3 va créer des emplois par rapport à un scénario tendanciel.  

 

Des co-bénéfices pour la santé  

En outre, l’évaluation environnementale stratégique montre qu’elle va s’accompagner de co-bénéfices sur la santé en améliorant la qualité de l’air et de l’eau. « Rénover des bâtiments, installer des pompes à chaleur, va aussi permettre de réduire l’impact sanitaire des canicules qui vont être de plus en plus nombreuses », relève le ministère.  

 

Réduire également les émissions importées  

La SNBC 3 vise également à réduire les émissions importées – autrement dit les émissions émises dans les pays tiers et associées aux produits que nous importons – qui représentent la moitié de notre empreinte carbone, au point que la France devient ainsi, selon le MTE, le « premier pays » à se doter d’un objectif et d’une stratégie en la matière. Le Haut Conseil pour le Climat en fait une demande forte depuis 2021 où il avait présenté son rapport « Maîtriser l’empreinte carbone de la France » 

À cet égard, le MTE indique que « nous sommes sur la bonne voie car nous diminuons le caractère carboné de nos importations » tandis que « la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, la lutte contre la fast fashion et le développement de l’affichage environnemental » contribuent à réduire cette empreinte. 

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Une publication prévue en mai 2026  

La SNBC 3 devrait être publiée par décret en mai 2026 sachant que le Conseil national de la transition écologique et le Haut Conseil pour le climat doivent rendre en février leur avis sur le texte mis en consultation le 12 décembre 2025 (lire notre article). Le Conseil national d’évaluation des normes a déjà rendu un avis favorable, le 22 janvier 2026, à la version présentée.  

Le décret présentera les budgets carbone qui permettront d’adopter la SNBC dans son ensembleL’objectif en empreinte ne sera pas contraignant mais seulement indicatif, sachant qu’il dépend de l’ensemble des partenaires commerciaux.  

 

Une série de rencontres pour faire la pédagogie de la SNBC 

Le MTE va organiser toute une série de rencontres pour détailler la SNBC et en faire la pédagogie auprès de tous les publics concernés – transports, logement, etc.   

Ces rencontres permettront également d’expliciter les enjeux de méthodologie, concernant notamment les émissions importées, un colloque universitaire étant prévu à ce sujet avec l’École des Ponts.  

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Pour en savoir plus

Ultime consultation sur la troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) – Citepa 

Pour atteindre ses objectifs climatiques, la France doit doubler son total d’investissements bas carbone annuels d’ici 2030 – Spafte 2025 – Citepa 

La transition écologique n’est pas une politique publique parmi d’autres – Cour des comptes – Citepa 

Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz, 2023-incidences-economiques-action-pour-le-climat-rapport-pisani.pdf 

DG Trésor 2025 – « Rapport final – Les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone » 

Ademe – communiqué de presse – Les pompes à chaleur, une solution à fort potentiel

 

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