ARTICLE
Climat Climat
UE
Agriculture et Forêt Atténuation CCNUCC et Accord de Paris Energie Politique et règlementation Transport
Publié le 23 février 2026

Investir dans la résilience climatique de l’agriculture, de l’énergie et des transports contribuerait à la compétitivité de l’Europe – AEE 

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 23/02/2026
Réf . : 2026_02_09

[

La protection des secteurs de l’agriculture, de l’énergie et des transports contre les effets du changement climatique permettrait d’éviter des milliards d’euros de pertes liées à l’accélération des phénomènes météorologiques extrêmes. Une telle démarchée renforcerait également la compétitivité de l’Europe, fait valoir une note d’information de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) en date du 12 janvier 2026. 

De son côté, suite à une étude commandée par la direction générale de l’action pour le climat (DG CLIMA), la Commission européenne a fait savoir le 23 janvier 2026 que l’UE, ses États membres et le secteur privé devraient investir environ 70 milliards d’euros par an jusqu’en 2050 dans l’adaptation au changement climatique, afin de réduire l’exposition aux risques climatiques croissants et d’améliorer la résilience. 

[

[en ajoutant que “cet objectif 2040 est un cap clair qui donne de la visibilité à nos industries, à nos territoires et à nos citoyens”

Constats

L’Europe se réchauffe environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale, avec des températures en hausse qui entraînent des aléas climatiques plus fréquents et plus graves – vagues de chaleur, sécheresses, incendies de forêt, inondations, élévation du niveau de la mer et érosion côtière. Pour mettre les choses en perspective, souligne l’AEE, l’UE a subi des pertes économiques annuelles d’environ 40 à 50 milliards d’euros (entre 2021 et 2024 en raison de phénomènes météorologiques extrêmes, soit un total de 822 milliards d’euros pour la période 1980-2024.  Or les coûts augmentent, les années 2021 à 2024 représentant les pertes annuelles les plus importantes. Comme ces chiffres ne tiennent compte que des pertes directes, le montant total des coûts sera plus élevé. 

L’AEE relève que l’agriculture, l’énergie et les transports sont les secteurs les plus vulnérables au changement climatique et estime que les investissements nécessaires pour rendre des trois secteurs résilients se situent entre 53 et 137 milliards d’euros par an d’ici 2050 et entre 59 et 173 milliards d’euros par an d’ici 2100, selon que la température augmentera de +1,5 °C à +2 °C ou de +3 °C par rapport aux températures préindustrielles. Or les niveaux de financement actuellement engagés sont estimés à seulement 15-16 milliards d’euros par an pour ces secteurs, soit un déficit d’investissement de plus de 100 milliards d’euros par an.  

De son côté, la Commission européenne estime que l’UE, ses États membres et le secteur privé devraient investir environ 70 milliards d’euros par an jusqu’en 2050 dans l’adaptation au changement climatique, afin de réduire l’exposition aux risques climatiques croissants et d’améliorer la résilience, au vu d’une nouvelle étude commandée par la direction générale de l’action pour le climat (DG CLIMA). L’étude, publiée le 23 janvier 2026, préconise d’investir environ 30 milliards pour les infrastructures, 21 milliards pour les écosystèmes et 12 milliards pour la sécurité alimentaire. La France, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne ont les besoins d’investissement les plus importants en matière d’adaptation, en partie en raison de leur taille géographique et économique. L’étude conclut également que l’ampleur et les types d’investissements nécessaires varient considérablement d’un État membre à l’autre, en fonction des caractéristiques propres à chaque pays. 

[

Renforcer le cadre politique pour une adaptation efficace 

Dans un rapport publié le 17 février 2026 et intitulé « Renforcer la résilience face au changement climatique – Recommandations pour un cadre politique européen efficace en matière d’adaptation », le Conseil scientifique consultatif européen sur le changement climatique (European Scientific Advisory Board on Climate Change), établi en application de la loi européenne sur le climat, règlement (UE) 2021/1119, appelle l’Union européenne, à renforcer d’urgence son cadre politique pour une adaptation efficace et cohérente. 

La gestion des risques climatiques nécessite, fait valoir l’instance, une action combinée et coordonnée entre les différents domaines politiques et niveaux de gouvernance. L’action locale et nationale est essentielle pour stimuler l’adaptation. En même temps, les efforts d’adaptation se heurtent à de nombreux obstacles, et de nombreux risques climatiques sont transfrontaliers, affectant les services critiques, les chaînes d’approvisionnement transfrontalières, ainsi que les systèmes financiers et écologiques.  

Un cadre européen plus solide peut apporter de la cohérence et une orientation à long terme, faciliter la coopération et la solidarité, et permettre aux États membres de mieux gérer leurs risques climatiques, argumente l’instance. Le Conseil consultatif appelle notamment l’UE à adopter une référence commune pour la planification de l’adaptation, en se préparant à des risques climatiques cohérents avec une trajectoire de réchauffement mondial de +2,8 à +3,3 °C d’ici 2100. En parallèle, le conseil souligne que « l’adaptation ne peut prévenir toutes les pertes, c’est pourquoi les efforts d’atténuation restent essentiels pour limiter les aléas climatiques à des niveaux gérables. Renforcer l’adaptation parallèlement à l’atténuation est indispensable pour protéger les citoyens, la sécurité et les objectifs stratégiques plus larges de l’UE. » 

[

[

Retour sur investissement et double, voire triple dividende

Bénéfices des actions menées en faveur de l’adaptation – © AEE- janvier 2026

[

L’AEE souligne qu’« investir dans l’adaptation au changement climatique présente des avantages qui vont au-delà de la simple prévention des pertes liées aux événements extrêmes » : ainsi, selon une étude du Centre commun de recherche de la Commission européenne, citée par l’AEE, s’adapter aux risques croissants d’inondations côtières dans l’UE rapporterait 6 euros pour chaque euro investi.

Une autre étude, menée à l’échelle mondiale par le World Resources Institute, également citée par l’AEE, a conclu que chaque dollar américain investi dans l’adaptation pourrait rapporter plus de 10,50 dollars sur une période de 10 ans et générer un rendement moyen de 27 % par projet. 

Ainsi, l’adaptation apporte même un double voire un triple dividende : la réduction des risques climatiques permet non seulement de protéger les personnes, les infrastructures et les économies contre les dommages causés par les effets du changement climatique (dividende d’adaptation), mais aussi de réduire les émissions de gaz à effet de serre ou de renforcer la durabilité (dividende d’atténuation). Par exemple, dans le cas des solutions fondées sur la nature, la restauration des zones humides permet à la fois de protéger les territoires face aux inondations et de stocker le CO2. En outre, l’adaptation permet non seulement d’éviter les pertes, mais aussi de libérer le potentiel économique et générer des avantages connexes en matière de développement – c’est le triple dividende. 

Dans le même esprit, l’étude de la Commission européenne souligne que les investissements dans ce domaine génèrent des avantages connexes, notamment en matière d’atténuation des effets du changement climatique. 

[

[

[

Pour en savoir plus

Investing in climate adaptation strengthens European competitiveness | Press releases | European Environment Agency (EEA) 

Europe’s adaptation policies advance, but stronger action is needed to address growing climate risks | Press releases | European Environment Agency (EEA) 

« Rendre l’agriculture, l’énergie et les transports résilients au changement climatique : combien cela coûtera-t-il et quels en seront les bénéfices ? » – AEE  

EU needs to invest €70 billion per year in climate adaptation up to 2050 – Climate Action 

Escalating climate impacts demand urgent, coordinated adaptation across the EU 

Le changement climatique et la dégradation de l’environnement constituent une menace directe pour la compétitivité de l’Europe – AEE – Citepa 

 

Agriculture et Forêt Atténuation CCNUCC et Accord de Paris Energie Politique et règlementation Transport