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Publié le 18 mars 2026

Diplomatie climat – L’Union européenne pourrait durcir le ton face à ses partenaires

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 18/03/2026
Réf . : 2026_03_07

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© Mathias Boeckel / Pixabay

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Le Conseil des ministres de l’Environnement des vingt-sept États membres de l’Union européenne (UE) qui a eu lieu le 17 mars 2026, a porté notamment sur le renforcement de la diplomatie climatique européenne. Selon les communiqués officiels du Conseil de l’Union européenne (Environment Council – Consilium), les ministres ont discuté de la voie à suivre dans les négociations internationales sur le climat, dans le prolongement des échanges ministériels qui ont eu lieu à Chypre début février 2026.

Ainsi ont-ils « exploré les moyens de consolider la position de l’UE dans les négociations environnementales mondiales, dans un contexte géopolitique en mutation », notamment par le biais de moyens et d’outils tels que la diplomatie fondée sur la science, l’exemple donné par une mise en œuvre rigoureuse au sein de l’UE, la constitution de coalitions, une meilleure coordination interne et l’utilisation stratégique des ressources de l’UE.

Telle est la version diplomatique du discours. Mais dans la pratique, les échanges risquent de devenir de moins en moins feutrés. De fait, pour la troisième fois, les ministres ont dressé un bilan de la COP30 qui s’est déroulée en novembre 2025 au Brésil, comme le révèle le ministère français de la Transition écologique (MTE). Soucieuse de préserver le multilatéralisme, l’Union européenne s’est retrouvée en effet affaiblie et isolée à Belém (lire notre article) dans un contexte où les Américains étaient absents et où les grands pays émergents et les pays pétroliers ont cherché à réduire les exigences en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Aussi les Vingt-Sept ne cachent pas leur insatisfaction, comme l’explique le cabinet de la ministre  Monique Barbut : l’Union européenne réalise des efforts massifs pour se décarboner et est le premier pourvoyeur de finance mondiale pour l’action climat. Or, en parallèle, 62 pays n’ont toujours pas remis leur plan de baisse des émissions de GES, ce que l’on appelle les contributions déterminées au niveau national (CDN en français, NDC en anglais) alors qu’il s’agit d’une obligation fixée par l’Accord de Paris (article 4).

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Vers une approche plus transactionnelle…

Aussi la France pousse au sein des Vingt-Sept pour une approche différente de la diplomatie climatique, « une approche [qui sera] sans doute beaucoup plus dure, plus transactionnelle, en utilisant davantage les instruments comme les accords commerciaux ou l’aide publique au développement »« Nous devons mieux utiliser [les] leviers à notre disposition, en particulier notre accès au marché intérieur, pour promouvoir ce qui nous définit aussi en tant qu’Européens, c’est-à-dire le respect de l’Accord de Paris », précise-t-on au MTE.  

« Ce diagnostic [sur la situation actuelle] est de plus en plus partagé [au sein des Vingt-Sept] avec des pays comme la Pologne ou Chypre en soutienla France étant certainement un des pays les plus en pointe dans la remise en cause de la stratégie actuelle », ajoute-t-on au MTE. « Mais on n’est certainement pas seuls parce qu’il y a un constat assez unanime qu’il faut se remettre en cause et réévaluer notre stratégie à l’aune d’un monde où l’absence des Américains à la COP a conduit un certain nombre de pays à se durcir » dans un contexte où le réchauffement climatique s’accélère.  

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Ne pas avoir déposé sa CDN pourrait ainsi devenir une clause de suspension d’un accord commercial. En outre, la France plaide pour « un cadre de surveillance et de rapportage beaucoup plus strict de ces contributions et [la possibilité] de refuser un accord s’il est jugé contraire aux intérêts européens » En d’autres termes, l’Union européenne doit être capable d’indiquer ses lignes rouges, et de refuser un accord si elles sont franchies.  

Pour rappel, les contributions déterminées au niveau national, autrement dit les plans climat des pays, doivent être publiés tous les cinq ans. Ensuite, elles doivent être compatibles avec les objectifs de l’Accord de Paris et être en progrès par rapport aux précédentes. Or, outre le fait que 62 pays n’ont toujours pas soumis leur CDN, d’autres ont publié des CDN « de papier », qui ne comportent pas de véritables engagements. Aussi, il est envisagé de « réfléchir dans le cadre de la Convention climat, à faire en sorte qu’il y ait un mécanisme de contrôle de rapportage pour vérifier que ces CDN représentent un vrai effort de décarbonation supplémentaire » 

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Répartition des émissions de gaz à effet de serre dans le monde par pays – Source : base de données européenne Edgar

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« Si l’Union européenne [qui ne représente plus que 6 % des émissions mondiales de GES selon la base de données européenne Edgar] est la seule à réduire ses émissions, alors qu’il s’agit d’un problème mondial, le compte n’y est pas », poursuit-on de même source. « Nous n’avons pas envie de nous retrouver dans une situation où nos économies seront complètement décarbonées mais où, parce que les autres pays n’auront pas accompli les mêmes efforts, nous allons subir de plein fouet toutes les [conséquences] du changement climatique – les inondations en hiver puis les sécheresses et les incendies en été » 

Ainsi, le cas de l’Inde qui n’a pas remis sa CDN (comme en atteste le registre officiel des CDN établi dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatiqueNationally Determined Contributions Registry | UNFCCCa été évoqué sachant toutefois que le Conseil des ministres de l’environnement en était encore à « une discussion plus générale à ce stade ». 

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…Et une communication plus directe

En outre, alors que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), entré en vigueur dans sa phase définitive le 1er janvier 2026 (lire notre article), fait l’objet de critiques de certains pays émergents qui y voient une forme de protectionnisme, les Vingt-Sept entendent « mieux communiquer » afin de montrer que « l’UE cible surtout les grands émergents et souhaite égaliser les conditions de concurrence, et que [sa] politique commerciale est [en réalité] très favorable aux pays vulnérables », explique-t-on au MTE.  

L’UE avait d’ailleurs déjà précisé à cet égard en décembre 2025 que « Le MACF n’est ni un outil commercial ni un instrument de protection de l’industrie de l’Union européenne » et que « les produits importés ne bénéficieront pas d’un traitement moins favorable que les produits de l’UE » (lire notre article). De même, une meilleure communication est requise sur la finance-climat pour « attester de tous les efforts » que fait l’Union européenne dans ce domaine.  

Pour autant, comme on le précisait le 17 mars 2026 au MTE, l’Union européenne n’a pas encore défini, décidé ni formalisé une nouvelle stratégie concernant la diplomatie climatique ou pour convaincre les pays de mieux respecter leurs engagements. Mais le MTE laisse entendre que, sur la base, par exemple, d’une proposition de la Commission, un document européen pourrait être établi à l’issue des discussions qui ont eu lieu le 17 mars 2026 lors du Conseil de l’Union européenne et de celles qui auront lieu les 19 et 20 mars 2026 lors de la réunion, cette fois, du Conseil européen qui réunit les Chefs d’État et de gouvernement.  

Inciter les « grands émergents » à prendre davantage leur part au financement climat est également un enjeu fort. Lors de la COP29 à Bakou (Azerbaïdjan), un accord avait été conclu sur le principe de l’élargissement de la base des donateurs alors que le système actuellement en vigueur remonte à 1992. Or aujourd’hui, « la Chine a dépassé l’Union européenne en émissions cumulées historiques, autrement dit en stock depuis 1850 » (Emissions Gap Report 2024 | UNEP – UN Environment Programme). Aussi « il faut que chacun prenne ses responsabilités, […] on ne peut pas continuer dans ce système [de répartition des contributions financières] qui est complètement absurde et hypocrite », fait-on valoir encore au cabinet de la ministre.  

À cet égard, toujours au cours du conseil du 17 mars 2026, les ministres de l’Environnement des Vingt-Sept ont entamé – selon le communiqué officiel – à l’occasion d’un déjeuner informel, les préparatifs de fond en vue de la prochaine COP qui aura lieu en novembre 2026 à Antalya en Turquie. Il s’agit d’une « première étape vers la définition des principales priorités de l’UE, telles que l’atténuation et l’adaptation au changement climatique ainsi qu’une science climatique solide, et en mettant l’accent sur les activités de sensibilisation ». Ce processus, lancé et coordonné par la présidence chypriote, sera poursuivi par la prochaine présidence irlandaise de l’Union européenne. 

 

 

Pour en savoir plus 

Environment Council – Consilium 

Journal de la COP-30 | Jour 12 : 22 novembre – Citepa – Réaction de la France : « Je ne pourrai pas appeler cette COP une réussite » 

COP-30 : bilan total très mitigé à presque tous les égards – Citepa

La Commission européenne finalise et renforce le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières – Citepa 

Diplomatie climat : la position de la France dans le cadre de la COP-30 – Citepa 

L’Union européenne en bonne voie pour atteindre ses objectifs en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2030 – Citepa 

[Comparatif] Union européenne, Chine, États-Unis… qui émet le plus de gaz à effet de serre ? – Touteleurope.eu

EDGAR – The Emissions Database for Global Atmospheric Research

Emissions Gap Report 2024 | UNEP – UN Environment Programme

 

 

Atténuation CCNUCC et Accord de Paris Politique et règlementation Science