Réchauffement climatique : la moyenne des températures mondiales pour les trois dernières années 2023 à 2025 a dépassé +1,5 °C
Par : Mark Tuddenham
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Le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (European Centre for Medium-Range Weather Forecasts, ECMWF) a publié le 14 janvier 2026 son rapport annuel sur l’état du climat, intitulé Global Climate Highlights 2025. Organisation intergouvernementale indépendante soutenue par 35 pays, l’ECMWF exploite le Copernicus Climate Change Service (C3S) dans le cadre du programme européen Copernicus au nom de la Commission européenne.
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Objet du rapport
Le rapport de l’ECMWF fournit des données et des analyses sur les conditions climatiques et météorologiques à l’échelle planétaire (températures à la surface de la Terre et des mers, étendue de la banquise arctique et antarctique,…).
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Principaux résultats
Le rapport montre que l’année 2025 a été la troisième année la plus chaude depuis le début des mesures (1940). En 2025, les températures moyennes mondiales à la surface ont été de 14,97°C, soit +1,47°C au-dessus de la moyenne préindustrielle (1850-1900). L’année 2024 a été l’année la plus chaude, soit +1,60°C au-dessus de la moyenne préindustrielle, suivie de 2023 qui a été la deuxième année la plus chaude, soit +1,48°C au-dessus de la moyenne préindustrielle.
Selon l’ECMWF, si 2025 n’a pas atteint le seuil de +1,5 °C au-dessus du niveau préindustriel sur l’ensemble de l’année, la moyenne des températures mondiales pour les trois années 2023-2025 a dépassé +1,5 °C : il s’agit de la première moyenne triennale à dépasser ce seuil depuis le début de la période couverte. La moyenne pour ces trois années est de +1,52 °C.
Par ailleurs, l’ensemble des 11 dernières années (2015-2025) sont les 11 années les plus chaudes jamais enregistrées.
En 2025, la température moyenne mensuelle mondiale a dépassé +1,5 °C au-dessus du niveau préindustriel pendant six mois de l’année, de janvier à avril, puis à nouveau en octobre et novembre. Il s’agit donc d’une série presque continue de 21 mois à +1,5 °C au-dessus du niveau préindustriel, qui a commencé en juillet 2023, avec juillet 2024 comme seule exception.
Hausse des températures moyennes mondiales à la surface de la Terre depuis 1940
par rapport à la moyenne préindustrielle (1850-1900)
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Source : ECMWF / Copernicus,
14 janvier 2026
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Indicateurs climat : tendances à long terme
Selon le rapport de l’ECMWF, au cours des dernières décennies, les températures terrestres ont augmenté environ deux fois plus vite que celles des océans.
L’Europe est la région de l’OMM (Organisation météorologique mondiale) qui se réchauffe le plus rapidement, avec un réchauffement environ deux fois supérieur à la moyenne mondiale.
Enfin, les températures relevées dans l’Arctique ont augmenté plus rapidement que celles du reste de la planète, avec un réchauffement estimé à environ +3 °C depuis les années 1970.
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L’objectif en matière de température de l’Accord de Paris : où en est-on et où va-t-on ?
L’EMRWF estime le niveau actuel du réchauffement à environ +1,4°C au-dessus de la moyenne préindustrielle. L’organisme souligne que, puisque pour la 1ère fois, la dernière moyenne sur trois ans (2023-2025) est supérieure à +1,5 °C, la planète se rapproche de la limite de +1,5°C fixée par l’article 2.1(a) de l’Accord de Paris. L’EMRWF est formel : sur la base du rythme de réchauffement depuis les 30 dernières années, cette limite de +1,5°C pourrait être atteint d’ici la fin de cette décennie, c’est-à-dire plus d’une décennie plus tôt que projeté sur la base du rythme de réchauffement observé lors de l’adoption de l’Accord de Paris.
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Dépassement de la limite de +1,5°C
Ce que dit l’Accord de Paris
L’article 2.1 (a) fixe les objectifs +2°C et +1,5°C mais il ne définit pas de métrique pour déterminer le niveau du réchauffement constaté. Comme souvent, dans le cadre de la CCNUCC, cette imprécision ne facilite pas la tâche d’interprétation mais a permis de rallier le plus grand nombre de Parties pour adopter l’Accord de Paris. D’ailleurs, cet article 2 ne définit pas non plus explicitement ce que signifie la « hausse de température ». Sans métrique formellement définie et approuvée, il ne peut pas y avoir de consensus sur le moment où le seuil de +1,5°C sera atteint aux termes de l’Accord de Paris
Ce que dit le Giec
Pour lisser les fluctuations interannuelles de température induites par la variabilité naturelle du climat (El Niño, éruption de volcans,…) dans les projections modélisées du climat, le dernier rapport d’évaluation du Giec (AR6) a défini le dépassement des seuils +1,5 °C et +2°C en termes de moyennes sur 20 ans par rapport à la moyenne de la période de référence 1850-1900 (cf. AR6, rapport de synthèse, résumé pour décideurs, p.12, note en bas de page n°28).
Selon le Giec, l’année de dépassement du seuil de +1,5°C serait alors l’année centrale de la période de 20 ans où le seuil de +1,5°C est dépassé en moyenne. Ainsi, un dépassement de l’objectif de +1,5°C aux termes de l’article 2 de l’Accord de Paris serait confirmé une fois que la hausse de température observée aurait atteint ce seuil, en moyenne, sur une période de 20 ans.
L’année de dépassement serait une décennie après avoir franchi la barre de +1,5°C mais le dépassement aux termes de l’article 2 ne serait constaté que 20 ans après le début de la période, par exemple si, dès 2024 on entrait dans une période qui, sur 20 ans (2024-2043), dépasse +1,5°C, on ne constaterait qu’en 2043 que le seuil de +1,5°C aura été dépassé et on affecterait ce dépassement à l’année centrale 2033. Or, ce dépassement aurait effectivement commencé en 2024.
Il s’agirait donc d’un constat a posteriori. Cette métrique entraînerait donc un retard considérable dans la reconnaissance du point de dépassement formel et dans la réaction de la communauté internationale à celui-ci.
Ce que disent de nombreux chercheurs
Les chercheurs et les décideurs politiques doivent rapidement se mettre d’accord sur une métrique permettant de déterminer le niveau du réchauffement constaté pour évaluer plus tôt si le seuil +1,5°C est dépassé aux termes de l’Accord de Paris.
Une fois définie, cette métrique devrait être formellement adoptée par la CMA (réunion des Parties à l’Accord de Paris) pour être utilisée dans le cadre de l’Accord de Paris. Elle devrait être conforme aux pratiques établies du Giec et permettre de reconnaître plus immédiatement le franchissement formel du seuil de +1,5 °C.
Un groupe de chercheurs sous la direction de Richard A. Betts du Hadley Centre for Climate Science du Met Office britannique a donc proposé en 2023 un nouvel indicateur : la hausse moyenne de la température sur 20 ans autour de l’année en cours (10 ans avant et 10 ans après). Elle serait estimée en combinant les observations des 10 dernières années avec les projections des modèles climatiques pour les 10 prochaines années, et en calculant une moyenne sur la période combinée de 20 ans. Toute la difficulté de ce genre de métrique c’est qu’il inclut non seulement des constatations scientifiques, mais aussi des projections (dont des scénarios avec leurs incertitudes).
Même si ces scénarios peuvent être très robustes, une question se pose : auront-ils le même poids politique pour un enjeu aussi majeur que celui de reconnaître la non-atteinte des objectifs +1,5°C et +2°C de l’Accord de Paris ?
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Pour en savoir plus
Communiqué de l’EMRWF