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Publié le 30 avril 2026

Réduction des pollutions : suivre une approche intégrée est gage de succès – Entreprises pour l’environnement

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 30/04/2026
Réf . : 2026_04_09

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Suite à des travaux menés au sein de sa commission Santé-Environnement, l’association française des Entreprises pour l’environnement (EPE), qui vise à favoriser l’intégration de la transition écologique par les entreprises dans leurs stratégies et leurs opérations, a publié le 2 avril 2026 un nouveau rapport intitulé « Pollutions et entreprises : vers la mise en place d’approches holistiques » 

Ce faisant, EPE met en avant les leviers d’action que les entreprises peuvent activer pour réduire l’exposition aux pollutions issues de leurs activités industrielles et des produits qu’elles mettent sur le marché. L’association met en valeur les bénéfices issus de l’adoption d’approches intégrées par les entreprises conciliant santé humaine, protection des écosystèmes et performance économique afin d’aboutir à des solutions plus robustes et résilientes. Entretien avec Marie Marchand-Pilard, responsable Santé, Eau, Juridique, Recherche-Innovation chez EPE et docteure en droit.  

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Votre association Entreprises pour l’environnement cherche à favoriser l’intégration de la transition écologique par les entreprises dans leurs stratégies et leurs opérations. Pourquoi avoir choisi de traiter spécifiquement des pollutions ? 

 

© Audrey Bourdier

Marie Marchand-Pilard La pollution constitue aujourd’hui l’une des premières causes de mortalité évitable dans le monde, avec près de 9 millions de décès prématurés par an, tandis que 75 % des maladies émergentes sont liées à des facteurs environnementaux. C’est une des raisons pour lesquelles les entreprises s’efforcent de réduire les pollutions issues de leurs activités, de leurs produits et de leurs chaînes de valeur. 

Mais la mise en œuvre de ces démarches reste complexe en raison du manque de connaissances scientifiques à propos de certains polluants et des incertitudes sur les normes à venir – par exemple concernant les plastiques, les PFAS ou d’autres substances émergentes -, du manque d’outils harmonisés d’évaluation des impacts et du cadre réglementaire qui reste fragmenté (dans la mesure où il ne s’applique souvent que substance par substance) et qui n’évolue pas suffisamment rapidement au regard de la vie économique. 

Néanmoins, il nous a semblé à la fois utile et important de travailler avec les entreprises sur l’enjeu des pollutions et de partager les bonnes pratiques qu’elles ont déjà adoptées au sein de leurs structures pour que d’autres puissent s’en inspirer. 

En effet, par exemple, les substances chimiques présentent de nombreux risques tout à la fois environnementaux et sanitaires mais également règlementaires, juridiques, réputationnels, financiers ou encore économiques pour les entreprises. Or les investisseurs sont de plus en plus vigilants et font pression pour que ces dernières adoptent des pratiques plus vertueuses, ce qui peut impliquer le renoncement à certaines matières ou matériaux ou leur substitution.  

Qui plus est, les activités de production et de transport des produits chimiques sont largement dépendantes des énergies fossiles et ont donc un impact sur le climat.

Certaines entreprises font l’évaluation des impacts sanitaires de leurs produits chimiques et apportent ainsi plus de transparence à leurs clients sur leur composition.  

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Quels sont les enseignements clés de votre rapport ?

Marie Marchand-Pilard – Agir en amont dès la conception des produits est le levier le plus efficace pour les adapter aux nouveaux enjeux environnementaux et réduire leurs impacts éventuels. Mais c’est aussi le plus complexe et le plus coûteux. Cela implique en effet de renoncer à certains matériaux ou substances, de trouver des alternatives ou a minima d’en réduire l’impact général. Pour autant, tous les produits ne sont pas substituables et il faut aussi bien étudier les alternatives et leurs impacts environnementaux et sanitaires éventuels. Ainsi BIC Briquet a supprimé de la composition de ses briquets les colorants les plus toxiques et a entamé des études pour trouver des traitements de surface des métaux alternatifs et la substitution de pièces métalliques. Cette démarche fait suite au programme de recherche BIC-SEA qui a impliqué plusieurs partenaires clés et différents axes de réflexions pour mieux comprendre l’impact des briquets sur l’environnement et leur comportement dans le milieu marin.  

Deuxième point clé, la coopération au sein d’un même secteur ou à l’échelle de toute une chaîne de valeur apporte des solutions précieuses pour réduire les coûts d’écoconception et les incertitudes et contraintes scientifiques qui y sont liées. Ainsi, dans le cadre du projet Zebra, la démarche des acteurs de la chaîne de valeur de l’éolien qui cherchent à modifier la composition des pales d’éoliennes, actuellement non recyclables, est particulièrement intéressante.  

De manière générale, les démarches intégrées, dites aussi « holistiques », prenant en compte à la fois le climat, la biodiversité et la santé, sont plus complexes à mener mais permettent d’aboutir à des solutions plus robustes et résilientes. Par exemple, BNP Paribas Real Estate s’emploie à contribuer à un immobilier bas carbone, résilient, inclusif et source de bien-être pour les usagers et l’écosystème en jouant sur la grande diversité de leviers mobilisables : renaturation, économie circulaire, réduction des îlots de chaleur, qualité de l’air, santé des habitants et inclusion sociale.

Si les entreprises n’ont pas ou n’arrivent pas toujours à définir une stratégie santé-environnement, les démarches mises en œuvre pour réduire la pollution ont des effets positifs en matière de santé humaine, voire animale, de protection de la biodiversité et sont conciliables avec la décarbonation et la lutte contre le changement climatique. C’est pourquoi, ces démarches holistiques se révèlent plus efficaces et plus robustes dans le temps.

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Parmi les bonnes pratiques concernant l’air et le climat, quelles sont celles à retenir ?

Marie Marchand-Pilard – Plusieurs démarches permettant d’améliorer la qualité de l’air extérieur peuvent être citées. EDF Production électrique insulaire, filiale du groupe EDF, a converti à la biomasse liquide – un combustible végétal issu d’huile de colza -, des centrales historiquement alimentées au fioul. L’entreprise a ainsi réussi à éviter l’émission de 770 000 tonnes de CO2 en 2025, à éliminer totalement les émissions de soufre et à réduire de 95 % les poussières, et a contribué à améliorer la qualité de l’air local tout en réduisant les impacts sur le climat.   

Pour sa part, l’énergéticien Engie a déployé la biosurveillance sur et autour de ses sites (en recourant à l’étude des lichens sur les arbres) pour surveiller la qualité de l’air global, NOx, SOx, métaux, HAP, pesticides, ainsi que l’état de la biodiversité. Avec cette méthode à bas coût, les polluants retrouvés sur et aux abords des sites ont pu être cartographiés.  

De son côté, l’opérateur aéroportuaire Groupe ADP participe au projet européen Olga qui vise à développer une plateforme pour évaluer en temps réel la qualité de l’air et à identifier les leviers propres à réduire les sources de pollution sur les aéroports, comme, par exemple, l’évolution du parc de véhicules roulants.  

Par ailleurs, certaines entreprises s’engagent sur l’adaptation au changement climatique.  En 2024 et 2025, pour mieux comprendre les phénomènes liés aux impacts humains de la chaleur, EDF a réalisé une étude expérimentale, avec l’aide de l’institut de recherche action Human Adaptation Institut (HAI), pour évaluer les contraintes, risques et adaptation à la chaleur des salariés sur deux sites de production en France. EDF fait valoir qu’il s’agit d’une première à cette échelle dans un cadre industriel. L’objectif de ce travail est de mieux identifier et comprendre les effets physiologiques, cognitifs et organisationnels liés aux grandes chaleurs avec un objectif essentiel : protéger la santé des salariés tout en continuant de garantir la continuité de la production d’énergie. 

Ces initiatives montrent qu’il est possible de concilier réduction des pollutions, compétitivité économique et innovation, à condition d’encourager la coopération entre acteurs publics, privés et scientifiques, et de favoriser un cadre réglementaire stable et lisible.  

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