Premier bilan des impacts du changement climatique : 2025 a été la quatrième année la plus chaude jamais enregistrée en France
Par : Sophie Sanchez
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Monique Barbut, ministre de la Transition écologique
Alors que la France et l’Europe viennent de subir une canicule historique, le ministère de la Transition écologique a rendu public le 9 juillet 2026 le premier bilan annuel des impacts du changement climatique en France, établi sur la recommandation du Haut Conseil pour le climat. Réalisé par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), en coordination avec le HCC, ce rapport dresse un état des lieux inédit des conséquences observables du dérèglement climatique, notamment sur l’année 2025, sachant que la France est très exposée aux risques climatiques. L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite par rapport à la période pré-industrielle et le réchauffement a atteint + 2,2 C° en France sur les 10 dernières années (lire notre article).
L’année 2025 illustre l’accélération du changement climatique en France : il s’agit de la quatrième année la plus chaude jamais enregistrée en France hexagonale avec deux vagues de chaleur majeures ayant concerné 80 % de la population, 78 départements soumis à des restrictions d’usage de l’eau, plus de 30 500 hectares brûlés par des feux de forêt et un coût des « évènements naturels » estimé à 5,2 milliards d’euros. 2025 est « une année assez représentative de ce que nous vivrons à moyen terme et de ce qui va s’aggraver à plus long terme », indique-t-on au MTE avec des impacts en cascade sur l’environnement, la santé et l’activité.
Constatant que « Le climat a déjà changé et changera dans le futur », le ministère rappelle que « l’adaptation au changement climatique est désormais un impératif complémentaire à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ».
Ce bilan s’inscrit dans la mise en œuvre du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique et sera prolongé par la mise en ligne d’ici fin 2026 d’un portail national des impacts du changement climatique.
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Méthodologie du bilan
Le ministère de la Transition écologique (MTE) a tenu d’abord à rappeler que l’impact du changement climatique ne se limite pas aux canicules, et se traduit aussi par des inondations, la hausse au niveau des mers, etc. L’enjeu est donc de disposer d’une vision globale pour aider à la décision et à se projeter sur les politiques d’adaptation adéquates pour l’ensemble de ces champs. La trajectoire de référence pour l’adaptation au changement climatique, la Tracc, qui a été inscrite dans le droit de l’environnement depuis janvier 2026 (lire notre article), doit permettre de se projeter sur un réchauffement de +4°C en France d’ici 2100, mais les impacts du dérèglement climatique sont déjà patents, avec la canicule historique de juillet 2026.
Le parti pris a été de rassembler des indicateurs pertinents pour attester de ce constat tout en montrant les évolutions sur les années précédentes pour pouvoir ensuite faire le suivi.
Le Bureau d’adaptation au changement climatique, qui a pris la suite de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique au sein de la Direction générale de l’Energie et du Climat (DGEC), a coordonné cette synthèse. Un premier « screening » a été réalisé à partir du bilan climatique 2025 établi par Météo France, afin d’établir dans quelle mesure les événements recensés pouvaient être attribués au changement climatique. La science a beaucoup progressé en la matière mais des limitations demeurent, explique-t-on au MTE. Mesurer l’impact du changement climatique sur la pluie est, par exemple, encore complexe. Il est en revanche avéré que de manière générale, le changement climatique contribue à l’aggravation des phénomènes météorologiques au point que des évènements qui paraissent inédits aujourd’hui pourraient devenir assez banals d’ici à 2050.
Le Bureau d’adaptation au changement climatique peut s’appuyer sur une trentaine d’indicateurs suivis de longue date et a également essayé d’établir des projections. Ce bilan a à cet égard été établi en collaboration avec le HCC afin de compléter les indicateurs déjà suivis pour y ajouter des données spécifiques comme l’agriculture, et avec Santé publique France. La DGEC s’est également appuyée sur le centre ministériel de veille opérationnelle, le CMVOA, qui dispose d’une vision générale sur les impacts concernant l’énergie, le transport, etc.
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Augmentation de la température moyenne, vagues de chaleur, sécheresse et précipitations intenses

Évolution de la température moyenne en France hexagonale en prenant la référence 1961-1990 – DGEC / bureau d’adaptation au changement climatique juillet 2026
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Au terme de ce bilan, 2025 a été la quatrième année la plus chaude jamais enregistrée en France hexagonale avec deux vagues de chaleur majeures. En outre, sur longue période, les quarante dernières années ont été plus chaudes que la normale (voir graphique ci-dessus). Les années les plus récentes sont aussi les plus chaudes avec une accélération de l’augmentation en termes de température moyenne.
Deux vagues de chaleur intenses (19 juin-4 juillet, 18-28 août) ont affecté 80 % de la population (vigilance orange ou rouge)

Part des personnes résidant dans des départements exposés à au moins une canicule dans l’année – DGEC / bureau d’adaptation au changement climatique juillet 2026
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L’année 2025 a également été marquée par la sécheresse des sols sur une large partie du territoire

Évolution journalière du nombre de départements soumis à restriction en 2025 – DGEC / bureau d’adaptation au changement climatique juillet 2026
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… et par plusieurs épisodes de pluies intenses, rendus plus probable et/ou plus intenses par le changement climatique :

Montant des dommages déclarés ouvrant droit à une indemnisation dus à des inondations – DGEC / bureau d’adaptation au changement climatique juillet 2026
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Impacts en cascade sur l’environnement, la santé et les activités sociales et économiques
L’augmentation de la température moyenne a eu des effets en cascade sur l’environnement, la santé et les activités au sens large :
- une diminution importante de la masse des glaciers alpins et pyrénéen (- 2,6 m contre – 1,6 m en moyenne depuis les années 2000) ;
- une augmentation de la quantité de pollen de bouleau (doublée par rapport aux années quatre-vingt), la hausse des températures suscitant une production à la fois plus importante en volume et plus précoce, ce qui allonge la période à risque pour les personnes allergiques ;
- des vendanges et une récolte de blé avancées (à raison de dix et huit jours par rapport aux années 2010) sachant que les viticulteurs ont tendance désormais à vendanger avec une maturité plus importante ;
- l’émergence de nouvelles maladies chez les animaux (dermatose nodulaire contagieuse) transmises par des moustiques désormais capables de se reproduire et dont les périodes d’incubation sont plus courtes du fait de la chaleur ;
- l’arrivée printanière des oiseaux migrateurs (dix jours plus tôt que dans les années quatre-vingt).

Variation d’épaisseur de glaciers alpins et pyrénéen – DGEC / bureau d’adaptation au changement climatique juillet 2026
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Évolution de la date de vendange pour un panel de vignobles français – moyenne décennale – DGEC / bureau d’adaptation au changement climatique juillet 2026
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Les deux vagues de chaleur intenses ont eu de nombreux impacts spécifiques :
- passages aux urgences multipliés par trois avec 1 918 décès, ce qui a porté la mortalité liée à la chaleur à 5700 sur l’ensemble de l’été ;
- fermeture de 2 500 établissements scolaires le 1er juillet 2025, jour où la température était la plus élevée ;
- pics de pollution à l’ozone ;
- 300 incidents sur le réseau ferroviaire SNCF ayant affecté les caténaires et transformateurs, plus que le matériel roulant ;
- vague de chaleur marine qui s’est traduit par une perte de 50 % des récifs coralliens entre 2022 et 2025 et des échouages massifs de sargasses(1) dans les Antilles françaises.
(1) Algues brunes qui se développent à la surface de l’eau
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En outre, la sécheresse des sols a contribué à :
- des restrictions d’usage de l’eau dans 78 départements, dont 41 en crise ;
- la reconnaissance de 459 communes en état de catastrophe naturelle pour retrait-gonflement des argiles pour une indemnisation estimée à 850 M€ ;
- plus de 16 000 feux de forêt et de végétation avec 30 500 ha brûlés, dont 11 000 ha dans l’Aude ;
- une diminution de 20 % de la quantité de carbone stockée dans les forêts par rapport à la fin des années 2000.
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Par ailleurs, les inondations se sont traduites par :
- l’inondation de plusieurs hôpitaux, écoles et bâtiments publics ;
- quatre décès ;
- la fermeture de routes et voies, un trafic aérien perturbé ;
- la perte de 50 000 ha de culture dans le Sud-Ouest en raison de la grêle,
- 470 M€ de dégâts indemnisés.
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Ce bilan sera prolongé par la mise en ligne d’ici à la fin 2026 d’un portail national des impacts du changement climatique par Météo France qui visera à identifier les vulnérabilités particulières (Ehpad, écoles, voies ferrées, etc.). En outre, à la demande du HCC, d’autres indicateurs des impacts du changement climatique vont être étudiés, notamment l’impact de la chaleur sur la prématurité des nouveau-nés ou la santé mentale, impacts compliqués à quantifier.
La DGEC a enfin précisé qu’elle allait se rapprocher des centres de soins de la faune sauvage très sollicités depuis début juillet 2026 du fait de la situation des oiseaux et des animaux sauvages.
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Parmi les avancées mises en avant par la ministre figurent
• l’intégration de la trajectoire de réchauffement (Tracc), dans le code de l’environnement, qui doit « permettre d’intégrer la réalité climatique à l’ensemble de nos politiques d’ici 2030 dans le domaine de la santé ou de l’aménagement » (lire notre article),
• la publication, en mai 2025, d’un décret pour protéger les travailleurs face aux fortes chaleurs,
• la création d’un fonds de 30 millions d’euros pour accompagner les propriétaires face au retrait-gonflement des argiles.
Concernant le logement, Vincent Jeanbrun a précisé que pour lutter contre la surchauffe des logements
• les PAC air-air réversibles bénéficieront d’un taux de TVA réduit à 5,5 % dès septembre,
• l’indicateur de confort d’été de la RE2020 sera révisé par décret avant le 1er janvier 2027,
• dans les copropriétés, stores et brasseurs d’air pourront être votés à la majorité simple.
Pour autant, dans un avis publié en mars 2025, le Haut Conseil pour le climat, l’instance indépendante chargée d’évaluer la politique climatique de la France, avait qualifié « les financements favorables à l’adaptation dans le PNACC 3 [de] très insuffisants » et appelé à « doter le PNACC 3 d’un plan de financement complet (État/collectivités/privé) prévoyant un renforcement des financements de l’adaptation sur la base d’un cadre incitatif et réglementaire et [à] mettre en place un suivi transparent des crédits alloués à chaque mesure » (lire notre article).