Retour sur la Journée d’études 2026 du Citepa consacrée à l’adaptation au changement climatique
Par : Mehdi Cherfi
Le 29 septembre dernier, le Citepa a réuni entreprises, acteurs publics, experts et partenaires à l’ESTP, à Cachan, à l’occasion de sa Journée d’études 2026, consacrée à l’adaptation des entreprises au changement climatique.

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Principaux enseignements de la journée
La Journée d’études 2026 du Citepa consacrée à l’adaptation des entreprises au changement climatique s’est intéressée aux approches permettant de construire des trajectoires d’adaptation en synergie avec les secteurs et les territoires. Les interventions ont montré que des cadres institutionnels, des méthodes et des dispositifs d’accompagnement existent déjà, et que des entreprises engagent des démarches concrètes. Le principal défi consiste désormais à transformer les diagnostics en décisions, à financer leur mise en œuvre et à organiser la coopération. Les échanges ont aussi souligné la nécessité d’une vision holistique : l’adaptation associe les personnes, les infrastructures, les activités économiques et le vivant), dont les vulnérabilités sont interdépendantes.

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Un cadre commun pour agir malgré les incertitudes
L’accueil de Joël Cuny, directeur général de l’ESTP, a mis en avant le rôle de la formation et de la recherche dans la transition. Jérôme Boutang, directeur général du Citepa, a ensuite rappelé que l’adaptation doit partir des décisions à prendre, préparer plusieurs futurs et intégrer la question des résultats. Elle doit rester cohérente avec l’atténuation et la préservation des ressources, pour éviter qu’une réponse ne déplace le risque ou n’aggrave d’autres vulnérabilités.
Jean-Marie Quemener du Secrétariat général à la planification écologique, a montré l’importance de prendre en considération non seulement les événements de crise mais aussi les évolutions chroniques, notamment concernant l’eau, la chaleur et le littoral. La trajectoire de référence préparant la France à un réchauffement de 4 °C en fin de siècle fournit un cadre commun, à croiser avec les données locales et les transformations démographiques. M. Quemener a insisté sur la nécessité d’adapter les études aux enjeux et sur l’importance de l’ingénierie pour faire émerger des projets. Le financement appelle aussi des arbitrages entre adaptation des actifs existants, prise en compte du climat dans les nouveaux investissements et conséquences de la perte de valeur de certains biens. Enfin, il a rappelé le fait que le pilotage des politiques d’adaptation requiert un cadrage des objectifs d’adaptation afin de pouvoir déterminer les trajectoires d’adaptation vers lesquelles on souhaite s’orienter.
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Session 1 – Des méthodes disponibles et des démarches en pratique

Thibaut Limon, de l’ADEME, a présenté l’adaptation comme une démarche de prise de décision en contexte d’incertitude reliant enjeux, aléas, exposition et vulnérabilité. Les approches destinées aux territoires et aux entreprises partagent une logique de trajectoire : définir des finalités d’adaptation selon plusieurs niveaux d’impact, choisir des actions et identifier des seuils qui déclencheront une révision des choix. L’exemple de l’arboriculture montre comment la fréquence de mauvaises récoltes peut conduire à diversifier les variétés, puis les productions. Cette méthode rend visibles les limites des solutions et permet d’anticiper les transformations nécessaires.
L’approche collective intervient dès le diagnostic, par le partage des connaissances sur les risques et les dépendances, puis dans la définition des réponses. Elle facilite la mutualisation des moyens et la prévention des transferts de risques entre acteurs. L’ADEME a notamment évoqué les études collectives menées dans les zones industrielles bas carbone (ZIBAC), un guide sur les approches collectives annoncé pour fin 2026 et une expérimentation en ZIBAC envisagée en 2027 sur l’adaptation de bassins d’emploi.
Le retour d’expérience de Nathalie Julien a illustré la structuration de cette démarche chez Arkema. Le groupe associe plusieurs directions, les régions et les sites dans une gouvernance dédiée à l’adaptation. Une première analyse simplifiée permet de couvrir ses quelque 160 sites, avant des études approfondies lorsque les niveaux de risques identifiés le nécessitent. Les projets de plus de deux millions d’euros doivent par ailleurs systématiquement intégrer une évaluation du risque climatique. Sur un site américain, le choix d’une location saisonnière d’un groupe de refroidissement a supprimé les pertes de productivité estivales rapportées, avec une solution ajustable à l’évolution des besoins. Les expériences d’inondation sur plusieurs de leurs sites ont, quant à elles, fait prendre conscience de l’importance d’articuler les plans des sites avec ceux des autorités locales.
Francis Claude, de l’ESTP, a présenté un référentiel en cours de développement avec SOCOTEC et l’Observatoire de l’immobilier durable. L’objectif est de produire un audit traçable qui relie les aléas aux conséquences sur les bâtiments et leurs usages, puis aux flux financiers. Il s’agit de compléter les classements qualitatifs par des évaluations permettant de comparer les options et de définir un risque résiduel acceptable. La recherche contribue ainsi à construire un langage partagé entre propriétaires, gestionnaires, assureurs et financeurs. Une restitution de ce travail était par ailleurs prévue le lendemain de la journée d’étude.
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Session 2 – Des financements et des outils pour éclairer les arbitrages
Enora Kergoat a présenté les leviers proposés par Bpifrance, dont le Diag’Adaptation destiné aux PME et ETI disposant de sites de moins de 500 salariés. Inspiré de la méthode OCARA de Carbone 4, ce diagnostic se concentre sur les processus essentiels à la continuité d’activité et les aléas pertinents. Réalisé par des bureaux d’études spécialisés, il fournit une analyse de vulnérabilité et un premier plan d’action. Des prêts et garanties peuvent accompagner les investissements. Bpifrance intègre également l’analyse des risques climatiques dans ses décisions de financement.
Maxime Aboukrat, cofondateur d’Azard, a mis en évidence le besoin de relier les connaissances des équipes de terrain au langage des décideurs économiques. L’outil Azard Screen vise à hiérarchiser les risques et les sites, notamment en estimant le coût de l’inaction. Azard Act vise à simuler des scénarios d’adaptation et à comparer leurs coûts et bénéfices. La démarche combine données climatiques, caractéristiques des sites et informations métier, avec des modèles construits par typologie d’activité. Elle traduit les impacts physiques en conséquences opérationnelles, puis financières. Cette interface entre recherche et entreprise s’appuie notamment sur des collaborations scientifiques et des travaux soutenus par Bpifrance.
Les échanges ont rappelé les exigences de transparence des modèles et la nécessité de confrontation aux observations locales. Les outils de priorisation à grande échelle complètent l’expertise de terrain sans couvrir toutes les singularités d’un site. L’évaluation de l’efficacité des mesures demeure difficile, et les calculs dépendent du niveau de service ou de protection recherché. Le financement reste donc une question ouverte : une rentabilité à court terme ne reflète pas toujours les bénéfices différés ou partagés entre plusieurs acteurs. La répartition des coûts et le financement de l’entretien doivent faire partie des arbitrages.
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Session 3 – Table ronde : Le vivant et la coopération territoriale au cœur de la résilience
La table ronde animée par Christian de Perthuis a mis en valeur la complémentarité entre acteurs et thématiques. Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’INRAE, a montré, à partir de l’exemple de la viticulture, que le changement climatique affecte les rendements, la qualité des produits, l’organisation du travail et les relations au terroir. Aucune solution unique ne répond à l’ensemble de ces impacts. Les stratégies combinent gestion des sols et de l’eau, évolution des variétés, diversification et organisation des filières. Les approches agroécologiques et les solutions fondées sur la nature peuvent associer adaptation et atténuation, mais leur pertinence dépend des contextes et des interactions entre mesures. Les démonstrateurs territoriaux favorisent l’expérimentation et le partage rapide des connaissances, y compris lorsque les résultats sont décevants.
Ludivine Cozette, du Citepa, a illustré les liens entre entreprises et collectivités dans le secteur des déchets, en s’appuyant sur les travaux conduits pour RECORD et l’ADEME. La continuité de la collecte et du traitement repose sur la coordination de responsabilités publiques et privées. Une entreprise ne maîtrise pas toujours les aménagements dont dépend sa protection, et la fermeture d’un site peut affecter l’ensemble du service territorial. Les solutions fondées sur la nature doivent également tenir compte des écosystèmes environnants et des « trames vertes et bleues ». La concertation permet d’identifier des enjeux communs, malgré les différences d’intérêts et la confidentialité de certaines données.
David Laurent, d’Entreprises pour l’environnement, a souligné que la résilience des systèmes ne suffit pas à garantir celle des personnes. La protection des salariés, l’évolution des conditions de travail, le dialogue social et la formation doivent intégrer les démarches d’adaptation. Il a également appelé à rapprocher les stratégies d’adaptation, d’atténuation, de gestion de l’eau et de biodiversité. Les effets bénéfiques des solutions fondées sur la nature peuvent concerner plusieurs acteurs, ce qui appelle des modèles de financement capables de reconnaître cette valeur collective.
Anne Rostaing a présenté la Coopérative Carbone de La Rochelle comme un exemple de gouvernance territoriale associant collectivités, entreprises, agriculteurs, citoyens et partenaires techniques. Ses projets portent notamment sur les plantations, la régénération des sols et la restauration de zones humides. Les bénéfices pour l’eau et la biodiversité orientent la sélection des projets, au-delà de la seule séquestration carbone. Le financement doit couvrir leur cycle de vie, notamment l’entretien et le suivi. Cette expérience montre que le passage à l’action dépend autant de l’organisation de la coopération et de l’ingénierie que de la disponibilité des solutions.

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Les enseignements pour passer à l’action
La journée invite à utiliser les cadres et méthodes existants, à clarifier les finalités de l’adaptation et à réunir les acteurs qui disposent des leviers nécessaires. L’analyse économique aide à comparer les options, mais doit intégrer les bénéfices collectifs et les effets sur les personnes et les écosystèmes. Les interdépendances entre climat, eau, sols, biodiversité et activités économiques nécessitent des démarches cohérentes à l’échelle des sites, des filières et des territoires.
Le suivi, l’évaluation et l’apprentissage, mis en avant par le Citepa, prolongent cette démarche après le lancement des actions. Ils permettent de vérifier leur mise en œuvre, d’observer les résultats et de réviser les choix avec l’évolution du climat. Le principal bénéfice est ainsi de pouvoir construire une adaptation collective et évolutive, appuyée sur des décisions concrètes et des responsabilités explicites, dont les effets sont suivis dans la durée.
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Remerciements
La journée d’étude du Citepa a reçu le soutien de l’ESTP, adhérent du Citepa. Le Citepa remercie l’équipe de l’ESTP pour son aide dans l’organisation de l’évènement.
Merci également aux 90 personnes qui étaient présentes.