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Climat Climat
France
Adaptation Fiscalité, coûts et économie
Publié le 05 octobre 2026

Direction générale du Trésor – Le changement climatique pourrait amputer le PIB français de 3,6 % à l’horizon 2050

Par : Pierre Havez et Sophie Sanchez

Modifié le : 05/10/2026
Réf . : 2026_09_09

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La Direction générale du Trésor (DGT) doit remettre d’ici fin 2026 à Roland Lescure, ministre chargé de l’économie, un rapport sur les enjeux économiques de l’adaptation au changement climatique. Les premiers résultats, publiés le 11 septembre 2026, mettent en lumière les effets à long terme de l’inaction climatique sur les finances publiques et, à l’inverse, les gains attendus des stratégies d’adaptation. 

La DG Trésor a en effet publié une note détaillée sur les « enjeux économiques de l’adaptation au changement climatique » qui présente les résultats préliminaires de deux chapitres du rapport à venir :  

  • l’impact des effets physiques du changement climatique sur les finances publiques à niveau d’adaptation inchangé,  
  • et l’impact macroéconomique de l’adaptation.  

Le coût de l’inaction climatique est significatif pour l’économie. Hors adaptation et atténuation supplémentaires, le changement climatique pourrait amputer le PIB français de 3,6 % en 2050. À l’inverse, les stratégies d’adaptation permettent de réduire la vulnérabilité au changement climatique et auraient permis jusqu’alors d’éviter jusqu’à la moitié des coûts liés aux dommages climatiques sur l’activité. 

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Les points à retenir
  • Hors adaptation et atténuation supplémentaires, le changement climatique pourrait susciter un recul du PIB français de 3,6 % à l’horizon 2050
  • L’ampleur du coût du changement climatique pour les finances publiques sera conditionnée à plusieurs facteurs : la trajectoire de réchauffement climatique, les politiques d’adaptation mises en œuvre et les choix futurs de prise en charge publique des impacts climatiques
  • Les solutions d’adaptation mises en œuvre jusqu’à présent auraient permis d’éviter jusqu’à la moitié des pertes d’activité économique liées aux dommages climatiques 
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Coût croissant du changement climatique pour les finances publiques…

Dégradation du déficit public et ralentissement de l’activité 

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La DG Trésor prévient que le changement climatique aura des effets négatifs sur les finances publiques, qui devraient s’accentuer au cours du temps. De fait, le changement climatique exacerbe l’intensité et la fréquence des aléas climatiques extrêmes (inondations, vagues de chaleur, sécheresse, feux de forêt) et induit des effets chroniques (montée des eaux et recul du trait de côte). Ces phénomènes ont pour effet direct d’augmenter certaines dépenses (compensation des victimes, réparation du patrimoine public, protection des populations), dont une partie seront des dépenses publiques. Le changement climatique engendrera aussi, via plusieurs canaux, un ralentissement de l’activité ce qui aura des effets indirects sur les finances publiques.  

Ainsi en l’absence de mesures d’adaptation, le ralentissement macroéconomique causé par le changement climatique pourrait dégrader le solde public primaire – ou, en d’autres termes, le déficit public – de 1,8 point de PIB en 2050, calcule la DG Trésor.  

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Graphique 1. Implications des effets indirects du changement climatique sur le solde public primaire à horizon 2050 avec sa dégradation prévisible – Source : calculs DG Trésor à partir des données du NGFS (Network of Central Banks and Supervisors for Greening the Financial System)

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Le solde primaire constitue un indicateur important de la situation budgétaire d’un pays et des risques d’évolution non contrôlée de l’endettement public. Il dépend de l’évolution des recettes (impôts et prélèvements) et des dépenses décidées par les pouvoirs publics, hors charge d’intérêts. Le montant des intérêts dépend, pour sa part, des taux d’intérêt sur la dette passée et du montant de celle-ci. 

« Cet effet indirect du changement climatique sur les finances publiques résulterait d’une baisse du PIB estimée à – 3,6 % en 2050 (1), qui proviendrait principalement d’une baisse de la productivité du travail et d’une hausse du taux de dépréciation du capital », poursuit la DGT, qui souligne qu’« à moins d’être compensés par des mesures d’économie, ces effets sur le déficit viendraient accroître l’endettement public ».  

En outre, prévient l’instance, les aléas climatiques risquent d’alourdir les dépenses publiques directes, en lien avec la hausse à venir de la fréquence et de l’intensité des aléas. Les aléas climatiques (vagues de chaleur, sécheresses, inondations, etc.) appelleront en effet une intervention publique croissante notamment pour l’indemnisation des victimes, la réparation du patrimoine public et la protection des populations.  Cet effet en dépense, qui dépendra du partage des coûts entre public et privé, devrait être a priori plus limité, mais est appelé à s’accentuer. La DGT relève que « l’ampleur du coût pour les finances publiques sera conditionnée à plusieurs facteurs : la trajectoire de réchauffement climatique, les politiques d’adaptation mises en œuvre et les choix futurs de prise en charge publique des impacts climatiques ». 

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(1) La DGT précise que cette prévision de baisse correspond à l’écart entre un scénario de réchauffement de + 2 °C au niveau mondial en 2050 – cohérent avec la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc) (lire notre article) – et un scénario de réchauffement à + 1,5 °C en 2050 (soit un réchauffement équivalent à celui déjà atteint aujourd’hui). Elle est issue des estimations du NGFS (Network of Central Banks and Supervisors for Greening the Financial System), réseau international de banques centrales et de superviseurs financiers qui élabore des scénarios climatiques servant de cadre de référence commun pour évaluer les effets macroéconomiques du changement climatique et de la transition.

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Adaptation « ex post » et « ex ante »
La DGT rappelle que l’adaptation au changement climatique recouvre les changements de comportement et les actions que les agents économiques (ménages, entreprises, administrations publiques) entreprennent afin de réduire leur vulnérabilité aux impacts physiques du changement climatique.

La notion d’adaptation englobe les réponses aux aléas climatiques (adaptation « ex post »), les décisions prises en prévision de la modification du climat (adaptation « ex ante »), ainsi que les conséquences de ces actions (par exemple les effets internationaux par le commerce et les migrations) sur les systèmes sociaux, politiques et économiques. La part des dommages évitables grâce à l’adaptation dépend de nombreux facteurs tels que la trajectoire climatique, les technologies disponibles, les choix sociétaux et la capacité à s’informer et à anticiper.

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…Versus pertes d’activité évitées grâce à l’adaptation au changement climatique

Évaluation des dommages évités grâce aux solutions d’adaptation

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Graphique 2. Canaux d’impact de la transition bas carbone sur la croissance potentielle – La transition bas-carbone permet de limiter fortement l’impact négatif du changement climatique – Source : DG Trésor, Trésor-Éco, septembre 2026

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La DG Trésor souligne que la littérature académique s’est principalement penchée, en termes d’adaptation, sur les coûts des dommages qui pourraient être évités. À cet égard, la part des dommages qui peuvent être évités dépend de nombreux facteurs, tels que la trajectoire climatique, les technologies disponibles (par exemple les solutions de confort d’été dans les bâtiments), les choix sociétaux (comme les règles d’urbanisme limitant la construction en zone inondable), ou encore la capacité des agents à s’informer et anticiper.

Un premier champ, formé par la littérature dite « économétrique », qui a l’intérêt d’apporter une évaluation exhaustive de l’impact sur l’activité, tente de capter l’ensemble des canaux de transmission de l’adaptation pour les quantifier les dommages évités. Les différents travaux existants suggèrent que les différentes solutions d’adaptation mises en œuvre jusqu’à présent auraient permis d’éviter jusqu’à la moitié des pertes d’activité liées aux dommages climatiques.

Le Trésor précise également qu’« une littérature croissante » mobilise également les modèles macroéconomiques afin d’évaluer le potentiel et l’efficacité de différents canaux d’adaptation, comme les investissements publics ou privés, la mobilité des biens et des capitaux ou le déplacement des personnes. Selon le canal d’adaptation mobilisé face à un événement climatique donné, la majorité de ces études indique qu’entre 5 et 20 % des dommages climatiques pourraient être évités.

Les ordres de grandeur retenus par la DG Trésor concernant les effets macroéconomiques du changement climatique s’inscrivent par ailleurs dans le même sens que plusieurs travaux récents, même si les méthodologies, horizons et scénarios ne sont pas directement comparables. La DGT estime qu’un réchauffement mondial atteignant +2°C en 2050, contre environ +1,5°C dans le scénario de référence, pourrait réduire le PIB français de 3,6 % à cet horizon et, par le biais notamment de moindres recettes publiques, dégrader le solde public primaire de 1,8 point de PIB.  

Ces résultats sont cohérents, dans leur direction, avec les travaux de l’Ademe : Florian Jacquetin et Gaël Callonnec estiment ainsi que l’inaction climatique pourrait entraîner près de 7 points de PIB annuel en moins en France à l’horizon 2100 par rapport à une transition anticipée limitant le réchauffement à 1,5°C.

Les travaux récents d’Adrien Bilal et Diego Känzig aboutissent à des effets encore plus importants : ils estiment qu’une hausse de 1°C de la température mondiale réduit le PIB mondial de plus de 20% à long terme. Ces estimations ne peuvent cependant pas être rapprochées directement de celles de la DGT, puisqu’elles portent sur l’économie mondiale et sur des effets de long terme, elles confortent néanmoins l’idée que les dommages macroéconomiques du changement climatique peuvent être substantiels, voire supérieurs à ceux retenus dans certains modèles traditionnels. Le chiffrage de l’effet sur les finances publiques constitue en revanche un apport plus spécifique de la DGT et n’est pas directement validé par ces deux études, qui portent principalement sur l’activité économique. 

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Impact macroéconomique des coûts de l’adaptation au changement climatique

En parallèle, la DG Trésor souligne qu’il sera nécessaire à l’avenir de mesurer également l’impact macroéconomique des coûts de l’adaptation au changement climatique. En effet, les stratégies mises en œuvre présentent des coûts qui peuvent eux-mêmes avoir des effets macroéconomiques adverses comme, par exemple, une hausse des taux d’intérêt dans le cas où les besoins de financement supplémentaires pour l’adaptation ne pourraient être couverts par un surplus d’épargne ou de crédit. La demande de financements supplémentaires dépendra du niveau de dépenses que les acteurs économiques devront réaliser : plus celui-ci sera élevé, plus il risque d’être difficile d’ajuster d’autres postes de dépenses (en consommation et/ou investissement), prévient la DGT.

Plusieurs travaux permettent toutefois de compléter ce constat en mettant en regard, au moins pour certaines mesures d’adaptation, leur coût et les dommages qu’elles permettent d’éviter. En France, le rapport Dommages et adaptation de France Stratégie et de l’OFCE identifie notamment, sur la base des travaux d’I4CE, un premier ensemble de mesures « sans regret », prêtes à être mises en œuvre, représentant au moins 2,3 Md€ de dépenses additionnelles par an, tout en soulignant qu’il ne s’agit que d’une première étape et non du chiffrage d’une stratégie complète d’adaptation. À l’échelle européenne, les travaux PESETA IV du Joint Research Centre de la Commission européenne montrent que certaines mesures peuvent présenter un bilan coûts-bénéfices très favorable : par exemple, des infrastructures de rétention des crues représenteraient environ 3,3 Md€ d’investissements annuels mais permettraient d’éviter près de 40 Md€ de dommages annuels à la fin du siècle dans le scénario étudié ; de même, le renforcement des protections côtières pourrait éviter jusqu’à 220 Md€ de dommages annuels pour un coût inférieur à 2 Md€ par an.

L’Agence européenne pour l’environnement (EEA) souligne également que l’analyse économique de l’adaptation doit comparer conjointement le coût de l’inaction, le coût des mesures et les dommages évités, et relève que plusieurs actions peuvent être économiquement efficientes, même si les données restent insuffisantes pour établir un bilan agrégé de l’ensemble des politiques d’adaptation.  

Des travaux similaires ont récemment été menés au Royaume-Uni par le Climate Change Committee, qui conclut que de nombreuses mesures d’adaptation présentent des ratios bénéfices-coûts nettement supérieurs à un. Les estimations britanniques se situent généralement entre 2 et 10°£ de bénéfices pour 1°£ investie, selon les mesures considérées. Le ratio est ainsi estimé entre 3 et 5 pour la gestion naturelle des inondations, autour de 5 pour la résilience des bâtiments et la gestion des risques d’inondation, autour de 3 pour certaines mesures de rafraîchissement des bâtiments, et entre 10 et 30 pour les plans de prévention des vagues de chaleur. Ces ordres de grandeur illustrent qu’une adaptation bien ciblée peut générer des bénéfices économiques sensiblement supérieurs à son coût, sans toutefois impliquer que toutes les mesures d’adaptation présentent systématiquement un bilan positif. 

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Pour en savoir plus

Impact du changement climatique sur les finances publiques et effets macroéconomiques de l’adaptation | Direction générale du Trésor

Note détaillée « Enjeux économiques de l’adaptation au changement climatique – Coût de la non-adaptation et effets économiques de l’adaptation » I Direction générale du Trésor

Changement climatique, transition bas-carbone et croissance potentielle | Direction générale du Trésor

Note détaillée « Changement climatique, transition bas-carbone et croissance potentielle » I Direction générale du Trésor

Commissariat général au Développement durable – Comment s’adapter au changement climatique

Changement climatique et adaptation : les impacts économiques | Vie publique

Florian Jacquetin et Gaël Callonnec, Impact macroéconomique des dommages climatiques en France, Économie et Statistique / Economics and Statistics, 2024 – Insee 

Ademe, Les risques climatiques et leurs coûts pour la France, 2023

Adrien Bilal et Diego R. Känzig, The Macroeconomic Impact of Climate Change: Global vs. Local Temperature, Quarterly Journal of Economics, 2026

France Stratégie / OFCE, Les incidences économiques de l’action pour le climat – Dommages et adaptation, 2023

Commission européenne, Joint Research Centre, PESETA IV – Climate change impacts and adaptation in Europe, 2020 

European Environment Agency, Assessing the costs and benefits of climate change adaptation, 2023. 

UK Climate Change Committee, A Well-Adapted UK, 2026

Citepa – expertise et solutions pour les entreprises

Pnacc 3 : les financements favorables à l’adaptation restent très insuffisants – avis du Haut Conseil pour le climat

Changement climatique : le gouvernement lance le Pnacc-3 pour préparer la France à un réchauffement de + 4°C

 

Adaptation Fiscalité, coûts et économie