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Publié le 19 mai 2026

Environ un tiers des émissions de méthane du secteur des énergies fossiles pourrait être évité – AIE 

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 19/05/2026
Réf . : 2026_05_03

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© Terry Mc Graw – Pixabay

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Tim Gould, économiste en chef de l’énergie à l’AIE 

Ces dernières années, les pays et les entreprises ont relevé leurs ambitions en matière de méthane, plaçant cette question plus haut dans l’agenda politique. Cependant, fixer des objectifs de réduction n’est qu’une première étape : il est essentiel de s’assurer qu’ils sont soutenus par des politiques, des plans de mise en œuvre et des actions concrètes. 

 Il ne s’agit pas seulement d’une question climatique : il existe également des avantages majeurs en matière de sécurité énergétique qui peuvent découler de la lutte contre le méthane et le torchage, surtout à un moment où le monde recherche urgemment des approvisionnements supplémentaires dans le contexte de la crise [énergétique] actuelle.

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L’Engagement mondial pour le méthane – Global Methane Pledge – a fixé un objectif de réduction de 30 % de ce gaz à effet de serre responsable de près d’un tiers du réchauffement climatique actuel. Mais les émissions de méthane liées aux énergies fossiles sont restées à des niveaux très élevés en 2025, sans signe de baisse à l’échelle mondiale, d’après le rapport Global Methane Tracker 2026 publié par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), autrement dit le baromètre mondial du méthane mis à jour chaque année.  

Dans ce contexte, la France qui a organisé le 4 mai 2026 à Paris, dans le cadre de sa présidence du G7, une conférence internationale de haut niveau consacrée à la réduction des émissions de méthane, a appelé « à intégrer pleinement le méthane dans l’agenda international comme un levier clé de l’action climatique », comme l’a martelé Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature

De fait, selon l’AIE, environ un tiers des émissions de méthane du secteur des énergies fossiles pourrait être évité sans coût net, car le gaz capturé peut être utilisé ou vendu. En outre, ce faisant, des mesures d’atténuation éprouvées pourraient rendre disponibles 200 milliards de mètres cubes de gaz naturel chaque année, réduisant les risques de crise énergétique.  

Toutefois, note discordante dans ce tableau, l’Union européenne envisage, selon l’agence d’informations Reuters, de suspendre les sanctions à l’encontre des entreprises pétrolières et gazières qui enfreignent le règlement européen sur la réduction des émissions de méthane, du fait notamment des pressions américaines.  

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580 Mt de méthane rejetées par an dont 124 Mt par les producteurs d’énergie 

Doté d’un pouvoir de réchauffement plus de 80 fois supérieur à celui du CO₂ (très exactement 81,2 dans le 6e rapport du Giec – source : AR6, voir tableau 7 SM7 p.1842), le méthane, principal composant du gaz naturel, est responsable d’environ 30 % de la hausse de la température moyenne mondiale depuis la révolution industrielle. Mais sa durée de vie étant plus courte, le réduire offre des « bénéfices climatiques significatifs à court terme », souligne l’AIE. Près de 580 millions de tonnes de méthane sont rejetées chaque année dans le monde, dont 60 % sont attribuables à l’activité humaine – avec l’agriculture en tête, suivie de l’énergie. 

Le rapport Global Methane Tracker 2026 (GMT 2026) présente les dernières estimations de l’AIE concernant les émissions de méthane dans le secteur énergétique, « fondées sur les données les plus récentes issues de satellites et de campagnes de mesure ». Il explore également différentes options d’atténuation, ainsi que leurs coûts associés. 

Selon l’AIE, les émissions de méthane dans le secteur énergétique sont restées proches de niveaux records en 2025, révélant un écart important entre les engagements de réduction d’émissions et leur mise en œuvre. Ainsi, l’AIE estime que les émissions de méthane issues de ces activités se sont élevées à 124 millions de tonnes (Mt) par an. Le pétrole est la principale source avec 45 Mt, suivi du charbon avec 43 Mt et du gaz naturel avec 36 Mt. 20 Mt supplémentaires proviennent de la production et de la consommation de bioénergie, principalement de la combustion incomplète de la biomasse traditionnelle utilisée pour la cuisine et le chauffage dans les économies en développement. 

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Contexte scientifique : le méthane et l’effet de serre

Le méthane est un puissant gaz à effet de serre, un forceur climatique à courte durée de vie (SLCF – lire notre article)  (comme le carbone suie, l’ozone troposphérique et certaines espèces d’HFC), ainsi qu’un précurseur d’ozone troposphérique (comme les NOx, les COVNM et le CO). Il est ainsi concerné à la fois par les problématiques de changement climatique et de pollution atmosphérique. 

Les forceurs climatiques à courte durée de vie – carbone noir, méthane, ozone troposphérique et hydrofluorocarbures (HFC) – sont les plus importants contributeurs au réchauffement climatique anthropique après le dioxyde de carbone comme le rappelle la Climate and Clean Air Coalition (CCAC), un partenariat volontaire de plus de 200 gouvernements, organisations intergouvernementales et organisations non gouvernementales fondé en 2012 et réuni au sein du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). 

Selon l’édition 2025 du Bulletin annuel sur les GES publié le 15 octobre 2025 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le CH4 est le deuxième contributeur au forçage radiatif total des GES, à hauteur de 16 % en 2024, après le CO2 (66 %) et avant le N2O (6 %). En 2024, les concentrations moyennes mondiales de CH4 dans l’atmosphère ont atteint les niveaux les plus élevés jamais enregistrés depuis l’époque préindustrielle (1750) : 1 942,0 parties par milliard (ppb), soit +166% depuis 1750 (729,2 ppb). 

Par rapport aux principaux gaz à effet de serre (CO2, N2O, HFC, PFC, SF6, NF3), le CH4 a une durée de vie courte dans l’atmosphère. Ainsi, dans son 6e rapport d’évaluation (2021), le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) l’estime à 11,8 ans (voir tableau 7 SM7 p.1842), soit une légère réévaluation à la baisse de son estimation de 12,4 ans indiquée dans son 5e rapport d’évaluation (2013) (voir chapitre 8, appendice 8.A, tableau 8.A.1 pp.732). 

Quant à la valeur PRG (pouvoir de réchauffement global – lire l’encadré dans notre article) du CH4, elle diffère sensiblement selon que le PRG soit considéré sur 20 ans ou sur 100 ans. Sur 100 ans, le 6e rapport d’évaluation l’estime à 27,9 (contre 28 dans le 5e rapport). Cependant, sur 20 ans, le PRG du CH4 est beaucoup plus important : 81,2 dans le 6e rapport (contre 84 dans le 5e rapport) (sources : AR6, voir tableau 7 SM7 p.1842 ; AR5, voir chapitre 8, appendice 8.A, tableau 8.A.1 pp.732). Autrement dit, le CH4 a un effet sur le climat beaucoup plus fort à court terme (20 ans) qu’à long terme (100 ans). 

Dans son résumé à l’intention des décideurs du premier volume de 6e rapport d’évaluation (AR6), consacré aux sciences du climat et publié le 9 août 2021, le Giec souligne que les concentrations atmosphériques de CH4 en 2019 étaient les plus hautes depuis au moins 800 000 ans et que des réductions rapides, fortes et soutenues de CH4 limiteraient le réchauffement résultant de la baisse des émissions d’aérosols et amélioreraient la qualité de l’air. 

Dans son résumé à l’intention des décideurs du 3e volume de l’AR6, consacré à l’atténuation et publié le 4 avril 2022, le Giec souligne que pour respecter l’objectif de +1,5°C, les émissions mondiales de CH4 doivent être réduites de 34 % d’ici 2030 et de 45 % d’ici 2050 (par rapport aux niveaux de 2019). Pour respecter l’objectif de +2°C, elles doivent baisser de 24 % d’ici 2030 et de 37 % d’ici 2050 (base 2019) (lire notre dossier de fond). 

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Aller plus loin dans les efforts de réduction des émissions de méthane 

Ces dernières années, de nombreux pays et entreprises ont annoncé qu’ils allaient réaliser des efforts pour réduire les émissions de méthane, dans le cadre d’actions visant à limiter le réchauffement climatique à court terme et à améliorer la qualité de l’air. De fait, les engagements de réduction du méthane concrétisés par l’initiative Oil and Gas Methane Partnership 2.0, qui rassemble les entreprises du secteur pétrolier et gazier s’engageant à appliquer les standards les plus stricts sur les fuites de méthane, continuent de s’étendre et couvre désormais près de la moitié de la production mondiale de pétrole et de gaz.  

Par ailleurs, une nouvelle base de données mondiale sur les émissions des mines de charbon est désormais disponible, renforçant la transparence et le suivi des émissions à l’échelle internationale. 

Mais il existe un potentiel significatif pour aller plus loin, fait valoir l’AIE dans le rapport Global Methane Tracker 2026 

  • L’AIE souligne que la disponibilité et le signalement des données sur les émissions de méthane ont considérablement augmenté ces dernières années, et indique que près de 70 % des émissions de méthane liées aux énergies fossiles en 2025 proviennent des dix pays les plus émetteurs. En effet si pendant longtemps, les émissions de méthane ont été mal comprises, sous-estimées ou fondées sur des hypothèses moyennes, désormais les données issues des dizaines de satellites en orbite, les capteurs, l’intelligence artificielle et les systèmes d’alerte transforment notre capacité à détecter les fuites, identifier les super-émetteurs et comparer les données déclarées et observées et renforcent les efforts de réduction des émissions de méthane. En outre, un nombre croissant de prestataires peuvent alerter les gouvernements et les exploitants sur les événements d’émissions importantes dans leurs juridictions. 
  • Par ailleurs, l’intensité en méthane de la production de pétrole et de gaz varie considérablement d’un pays à l’autre : les « meilleurs élèves » affichent des performances plus de 100 fois supérieures à celles des moins bons. 
  • D’après le rapport GMT 2026, de nombreuses solutions pour réduire les émissions de méthane sont bien connues et rentables. Environ 70 % des émissions de méthane liées aux énergies fossiles – soit près de 85 millions de tonnes (Mt) – pourraient être évitées grâce aux technologies existantes, y compris les trois quarts des émissions liées au pétrole et au gaz, et environ la moitié de celles liées au charbon. En outre, sur la base des prix moyens de l’énergie en 2025, plus de 35 Mt pourraient être évitées sans coût net selon les calculs de l’AIE ; cette quantité serait encore plus importante aujourd’hui, compte tenu de la hausse des prix de l’énergie ces derniers mois. 
  • L’une des méthodes les plus efficaces pour réduire le méthane consiste à s’attaquer aux émissions liées aux activités en amont, qui représentent actuellement 80 % des émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier, selon le rapport. Le Canada et l’Union européenne ont récemment introduit des réglementations robustes pour les activités en amont, tandis que le Brésil, le Ghana et le Kazakhstan sont en train de le faire. 
  • Dans le contexte de la crise énergétique actuelle, la lutte contre le méthane pourrait également aider les pays à renforcer la sécurité des marchés gaziers alors que la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz a retiré près de 20 % de l’offre mondiale de gaz naturel liquéfié (GNL) du marché, comme le précise l’AIE. Ainsi selon le rapport GMT 2026, si certains pays disposant de capacités d’exportation de gaz inutilisées et les pays importateurs mettaient en œuvre des mesures d’atténuation du méthane facilement accessibles dans leurs systèmes gaziers, près de 15 milliards de mètres cubes (Gm³) de gaz pourraient être rapidement mis à disposition sur les marchés 
  • À plus long terme, les efforts pour réduire le méthane issu des opérations pétrolières et gazières à l’échelle mondiale pourraient fournir près de 100 Gm³ de gaz aux marchés chaque année, tandis que l’élimination du torchage non urgent de gaz pourrait libérer 100 Gm³ supplémentaires. Ces économies représenteraient le double des volumes d’approvisionnement coupés en raison de la fermeture effective actuelle du détroit d’Ormuz. 

 

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Mobilisation et engagements concrets 

Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature

Nous n’avons plus besoin de débattre de l’importance du méthane : nous avons besoin de décisions, de partenariats et de résultats concrets. Sa réduction est un levier immédiat, efficace et directement mobilisable, au croisement de l’action climatique, de la sécurité énergétique et de la performance économique. La France poursuivra cette mobilisation dans les prochaines échéances internationales, notamment en vue de la COP31, afin de faire du méthane une priorité durable de l’agenda climatique mondial et d’obtenir des résultats rapides et mesurables.

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Ces constats et analyses de l’AIE ont été largement repris lors de la conférence internationale de haut niveau consacrée à la réduction des émissions de méthane, organisée à Paris le 4 mai 2026 dans le cadre de la présidence française du G7. À l’issue de cette conférence, Monique Barbut a indiqué qu’« Il faut faire [de la réduction des émissions de méthane] une priorité politique durable, transformer la transparence en action, et construire un marché mondial de l’énergie compatible avec des émissions [de méthane] quasi nulles », a-t-elle ajouté.  

« Le secteur de l’énergie offre aujourd’hui les réductions les plus rapides et souvent les plus rentables. Dans le pétrole, le gaz et le charbon, une part importante des émissions provient de fuites, de torchage ou de ventilation. Résoudre ces problèmes est à notre portée », a-t-elle souligné.  

« Réduire les émissions de méthane n’est pas seulement une nécessité climatique. Dans un contexte de crise énergétique, c’est aussi une opportunité d’améliorer l’efficacité, d’économiser de l’énergie et de réduire les risques industriels.
L’action sur le méthane est donc l’un des rares domaines où les bénéfices climatiques, économiques, sanitaires et énergétiques s’alignent aussi directement », a-t-elle encore précisé. 

Aussi Monique Barbut a appelé à « une mobilisation collective autour de trois priorités » : 

  • Accélérer les réductions des émissions de méthane dans les secteurs clés, en particulier dans l’énergie, où des réductions rapides et à faible coût peuvent être réalisées ; 
  • Renforcer la transparence et la mesure des émissions, grâce aux nouvelles technologies permettant d’identifier précisément les sources de pollution ; 
  • Déployer des solutions concrètes et des cadres réglementaires ambitieux, à l’image de la réglementation européenne entrée en vigueur en 2024. 

 

Dans le secteur de l’énergie, l’International Methane Emissions Observatory (IMEO) a confirmél’extension du système mondial d’alerte et de réponse aux émissions de méthane, MARS (Methane Alert and Response System), aux secteurs du charbon et des déchets, en plus du pétrole et du gaz. Cette extension renforce la capacité internationale de détection et de réponse aux fuites de méthane. 

Sur la transparence et la mesure des émissions, un partenariat entre le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) continue à renforcer le système commun de traitement des alertes satellites. L’objectif est d’accélérer le passage de la détection à la réponse opérationnelle sur le terrain. 

 

Pour accélérer l’action sur le méthane, il faut aussi encourager la mise en œuvre de solutions, a également plaidé Monique Barbut. Dans le secteur de l’énergie, la ministre a appelé à renforcer la mesure des émissions de méthane, réduire les fuites, limiter le torchage et également soutenir les pays producteurs émergents dans la mise en œuvre de normes élevées, tout en favorisant la convergence entre les grands marchés importateurs. 

Dans le secteur des déchets, elle a cité l’amélioration de la capture du biogaz, une meilleure gestion des déchets organiques, le soutien des collectivités locales, et la mobilisation des banques de développement et les opérateurs privés. Un enjeu clé pour de nombreux pays émergents et villes en forte croissance.

Dans l’agriculture, un secteur économique particulièrement en souffrance en France et en Europe, elle a fait valoir « qu’ il faut procéder de manière pragmatique. Il ne s’agit pas d’ouvrir des débats clivants ou d’affaiblir les agriculteurs. Il s’agit de promouvoir des solutions : amélioration des pratiques de culture du riz, méthanisation, innovation, recherche, et engagement volontaire des filières agroalimentaires. L’action sur le méthane dans l’agriculture doit se faire avec les agriculteurs, et non contre eux. » 

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Note toutefois discordante dans ce tableau, l’Union européenne (UE) envisage de suspendre les sanctions à l’encontre des entreprises pétrolières et gazières qui enfreignent la législation sur le méthane selon l’agence d’information Reuters dans un contexte de crise énergétique et du fait de la dépendance de l’UE vis-à-vis des États-Unis pour son approvisionnement en gaz. Les prix du pétrole et du gaz se sont en effet fortement appréciés en réaction à la guerre en Iran, ce qui accentue la pression à court terme sur les gouvernements pour qu’ils garantissent l’approvisionnement énergétique.   

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Pour en savoir plus

Tackling methane emissions would strengthen energy security amid crisis – News – IEA 

Key findings – Global Methane Tracker 2026 – Analysis – IEA

World Energy Outlook 2025 – Analysis – IEA 

Présidence du G7 : la France mobilise la communauté internationale pour accélérer la réduction des émissions de méthane | Ministères Transition écologique, Aménagement du Territoire, Transports, Ville et Logement 

EU considers suspending penalties for oil and gas firms that breach methane law 

La baisse de certains polluants booste le méthane | Atmo France 

Atténuation CCNUCC et Accord de Paris Energie