La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie vise à porter à 60 % dès 2030 la part d’énergie décarbonée dans la consommation énergétique de la France
Par : Sophie Sanchez

Troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) – source : ministère de l’Économie et des Finances, février 2026
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Le Gouvernement par la voie de Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances dont le portefeuille comprend également la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, a publié au Journal officiel du 13 février 2026 le décret n°2026-76 relatif à la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) qui fixe la stratégie énergétique de la France pour la période 2026-2035 et trace la trajectoire vers la neutralité carbone à l’horizon 2050.
Suite à « un long travail de concertation amorcé en 2022 avec les parlementaires, les filières et les élus locaux », l’exécutif prévoit un plan « ambitieux » – aligné sur la Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3), sur les engagements européens et sur l’Accord de Paris sur le climat -, de relance de la consommation électrique en favorisant l’usage d’une électricité décarbonée en lieu et place des énergies fossiles dont l’importation coûte 60 milliards d’euros selon le ministère des Finances (70 milliards d’euros selon le ministère de la Transition écologique (MTE)) (lire notre article). La PPE 3 contribuera de faire à « réduire la dépendance aux importations d’énergies fossiles [pétrole et gaz] » tout en garantissant « une maîtrise des finances publiques », avec une réduction de moitié à l’horizon 2040 de la dépense budgétaire consacrée au soutien aux énergies renouvelables.
Pour ce faire, le gouvernement entend poursuivre le développement d’un bouquet énergétique diversifié, combinant production électrique de différentes sources (nucléaire, hydroélectricité, éolien en mer et terrestre, photovoltaïque), électrification des usages et développement de substituts bas carbone aux énergies fossiles (réseaux de chaleur, biométhane, biocarburants, hydrogène).
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Favoriser la décarbonation de l’économie…
La programmation pluriannuelle de l’énergie est prévue par les dispositions des articles L.141-1 à L.141-4 du code de l’énergie. La loi dispose que la PPE est un décret et fixe ses cibles en termes de production d’énergie. La PPE doit être révisée tous les cinq ans et couvrir une période dix ans. La première PPE a été adoptée en 2016, la seconde en 2020 (lire notre article).
Dans un contexte d’urgence climatique et vu la nécessité accrue d’indépendance géostratégique, la PPE 3 vise à favoriser la décarbonation de l’économie française. Ainsi l’objectif est de ramener le poids des énergies fossiles, fortement émettrices de carbone, dans le bouquet énergétique de 60 % de la consommation totale en 2023 à 40 % en 2030 puis à près de 30 % en 2035.
De fait, comme dans la plupart des grands pays industrialisés, le bouquet énergétique français reste encore dominé par les énergies fossiles, avec 39 % de pétrole et 18 % de gaz naturel dans la consommation d’énergie finale en 2023.
À l’inverse, « la PPE 3 engage résolument la France dans la direction de la souveraineté énergétique et de la décarbonation. La PPE 3 donne une échéance crédible à 2030 et 2035 pour la neutralité carbone en 2050 et la sortie complète des énergies fossiles », martèle-t-on au ministère des Finances.
Ainsi, conformément au troisième volet de la SNBC 3 – intitulé « Garantir la souveraineté énergétique et sortir des énergies fossiles » (lire notre article) -, la production électrique décarbonée sera portée de 458 TWh en 2023 à une fourchette comprise entre 650 et 693 TWh en 2035, tandis que la consommation d’énergies fossiles sera ramenée de 900 TWh en 2023 à environ 330 TWh en 2035. Cette trajectoire permettra d’inverser la structure de la consommation énergétique du pays, avec 60 % d’énergie décarbonée dès 2030 et 70 % en 2035, fait encore valoir Bercy.
… et « l’électrification massive des usages »
En parallèle, le gouvernement souhaite favoriser « une électrification massive des usages » en lançant « un plan national d’électrification dès février 2026 afin d’accompagner l’industrie, le bâtiment, les mobilités et le numérique » et répondre à une demande estimée à 618 TWh en 2035. En d’autres termes, il cherche à faciliter la bascule de secteurs dépendants des énergies fossiles vers l’électricité – en favorisant les ventes de véhicules électriques dans les transports, l’installation des pompes à chaleur dans les logements ou encore le recours à des fours électriques dans l’industrie.
En cela, la PPE3 est une réponse au bilan prévisionnel publié le 9 décembre 2025 par RTE qui a revu à la baisse ses prévisions de consommation électrique en France à l’horizon 2030, en raison du retard de l’électrification de l’économie. De fait, en 2025, selon le gestionnaire du réseau d’électricité, la consommation d’électricité française (corrigée des effets météorologiques et calendaires) qui s’est établie à près de 449 TWh, est demeurée inférieure, pour la troisième année consécutive, d’environ 6 % à ses niveaux de la période 2014-2019, au point que « la consommation [actuelle] d’électricité du pays n’est pas alignée sur ses objectifs de décarbonation et de réindustrialisation ».
Dans ce contexte, le Gouvernement rappelle que plusieurs mesures à destination des particuliers entrées récemment en vigueur ou déjà annoncées permettront d’accélérer l’électrification des usages dans les prochains trimestres :
– prolongation des soutiens pour le développement des pompes à chaleur individuelles et collectives, aérothermiques ou géothermiques, l’objectif étant à terme de réduire de 60 % le nombre de chaudières au fioul et de 20 % celles au gaz dans le résidentiel d’ici 2030 ;
– prolongation en 2026 du coup de pouce pour l’achat de véhicules électriques pour les particuliers ;
– prolongation en 2026 de la location sociale (« leasing social ») pour rendre les véhicules électriques accessibles aux ménages les plus modestes, notamment les foyers ruraux, et accélérer ainsi la sortie du véhicule thermique ;
– soutien de la production d’hydrogène décarboné pour les usages industriels avec l’appel d’offre en cours ;
– soutien des grands projets industriels de décarbonation
En outre, le texte rappelle que « l’accès à une électricité décarbonée, stable et compétitive constitue un enjeu majeur pour soutenir la réindustrialisation » de la France, tout en poursuivant des objectifs forts de décarbonation et d’électrification de l’industrie, en particulier s’agissant des activités les plus électro-intensives et exposées à la concurrence internationale.
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Le Réseau Action Climat pointe l’absence d’incitation à la modération des consommations
Bastien Cuq, responsable Énergie du Réseau Action Climat, estime que « la 3e PPE passe largement à côté de son objectif de renforcement de notre souveraineté énergétique. Tout d’abord, la modération des consommations, pilier essentiel de cette souveraineté, est la grande absente de cette feuille de route. » Le Réseau Action Climat fait en effet valoir qu’il est possible d’économiser 4,2 milliards d’euros d’importations par an via des économies d’énergie à court terme. Ainsi, un plan de sobriété de court terme ambitieux pourrait permettre l’économie de 20 % des consommations de gaz en France, en évitant l’importation de 3,5 Md€/an de gaz et de 800 M€/an de pétrole brut.
Le réseau associatif regrette ensuite au vu du décret que « le développement des renouvelables [soit] réduit par rapport aux ambitions initiales. »
Enfin, s’il appelle de ses vœux l’électrification des usages (électrification des véhicules, pompes à chaleur, procédés industriels électriques), le réseau associatif fait part de son scepticisme suite aux annonces du gouvernement, dans la mesure où il estime que les moyens financiers visant à réduire la dépendance aux fossiles importés « ne sont pas à la hauteur dans la loi de finances 2026 ».
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[Constituer « un mix énergétique équilibré »

Troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) – source : ministère de l’Économie et des Finances, février 2026
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Pour parvenir à ces deux objectifs, la PPE 3 vise à associer nucléaire et énergies renouvelables :
- relance du nucléaire – en rupture avec la précédente planification (2019-2024), qui prévoyait de fermer 14 réacteurs – avec la construction de six EPR 2 pour de premières mises en service dès 2038, une option pour huit EPR 2 supplémentaires, la consolidation et la prolongation des 57 réacteurs existants et une optimisation du parc visant une production de 380 TWh dès 2030 ;
- réforme de l’hydroélectricité avec la relance des investissements afin d’augmenter de 2,8 GW les capacités des barrages (soit + 11 %) dont 640 MW supplémentaires sur les concessions existantes ;
- accélération sur l’éolien en mer en visant une capacité de production de 15 GW en 2035 ;
- « poursuite raisonnée et réaliste » du développement des énergies renouvelables électriques terrestres avec un ajustement des objectifs d’installations des énergies renouvelables électriques et une cible de 48 GW en 2030 et de 55-80 GW en 2035, à comparer à près de 30 GW en 2025 ;
- promotion, pour les usages de l’énergie difficiles à électrifier, des substituts décarbonés, tels que la chaleur et le froid renouvelables, le biométhane, l’hydrogène et les biocarburants. Ainsi la capacité de production de chaleur renouvelable et de récupération sera portée de 172 TWh en 2023 à 328-421 TWh en 2035 ; le biométhane de 9 TWh à 47-82 TWh ; les biocarburants de 38 TWh à 70-90 TWh et l’hydrogène jusqu’à 8 GW, comme déjà annoncé en avril 2025 (lire notre article).
Afin de permettre un ajustement fin de l’offre à la demande énergétique, le Gouvernement souligne que la PPE prévoit, pour la première fois, une clause de revoyure en 2027, permettant d’ajuster la trajectoire selon les besoins effectifs en énergie.
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La Commission européenne met en cause la France pour « défaut de transposition complète de la directive sur les énergies renouvelables »
La Commission européenne a adressé à la France le 30 janvier 2026 un avis motivé supplémentaire [INFR(2024)0227] pour non-transposition intégrale dans le droit national des dispositions de la directive révisée sur les énergies renouvelables relatives à la simplification et à l’accélération des procédures d’autorisation, dite RED 3.
La directive sur la promotion de l’énergie produite à partir de sources renouvelables, – directive (UE) 2023/2413 adoptée par l’ensemble des Vingt-Sept États membres de l’UE, dont la France -, est entrée en vigueur en novembre 2023 et certaines dispositions devaient être transposées dans le droit national des États membres avant le 1er juillet 2024. Ces dispositions comprennent des mesures visant à simplifier et à accélérer les procédures d’autorisation tant pour les projets d’énergie renouvelable que pour les projets d’infrastructure nécessaires à l’intégration des capacités supplémentaires dans le réseau électrique. Elles prévoient également des délais clairs pour les procédures d’octroi d’autorisations ciblant des technologies ou des types de projets spécifiques, le renforcement du rôle du guichet unique – censé centraliser les démarches et fluidifier les procédures pour les porteurs de projets – pour les demandes et la présomption que les projets d’énergie renouvelable et les infrastructures de réseau connexes présentent un intérêt public supérieur. En septembre 2024, la Commission a adressé des lettres de mise en demeure à 26 États membres pour ne pas avoir transposé intégralement la directive dans leur droit national.
En février 2025, la France a reçu un avis motivé pour ne pas avoir fourni des informations suffisamment claires et précises sur la manière dont les mesures de transposition mettent en œuvre chacune des dispositions de la directive. L’instabilité politique des dix-huit derniers mois a également retardé le processus de transposition.
Aussi la Commission européenne, qui a adressé un avis motivé supplémentaire à la France, indiquant les dispositions spécifiques qui ne sont pas considérées comme transposées, précise que la France dispose désormais de deux mois pour répondre et achever la transposition. À défaut, l’institution envisage de saisir la Cour de justice de l’Union européenne, ce qui pourrait se traduire par des sanctions financières.
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Un plan d’investissement de 100 milliards d’euros pour rendre le réseau électrique plus résilient
L’augmentation de la part d’énergies renouvelables implique, explique le Gouvernement, de repenser les systèmes de flexibilité pour garantir la stabilité du réseau électrique. Pour ce faire, grâce à l’engagement des filières, l’État réformera en 2026 le pilotage des énergies renouvelables électriques, notamment pour limiter les variations de puissance en période de prix négatifs. Les filières se sont engagées à mieux piloter la production de leurs installations afin de limiter les impacts sur le réseau électrique.
En outre, RTE révisera en 2026 son Schéma décennal de développement du réseau (SDDR), afin d’adapter le réseau :
- à un climat qui se réchauffera en moyenne de +4°C en 2100 selon la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (lire notre article) ;
- aux demandes d’électrification et de raccordement de nouvelles installations de production ;
- et pour renforcer la colonne vertébrale du réseau haute et très haute tension afin d’accueillir des flux d’électricité plus importants et répartis différemment sur le territoire.
Ce plan représentera un investissement de l’ordre de 100 milliards d’euros sur 15 ans, séquencé en trois périodes – jusqu’à 2030, 2030-2035 et 2035-2040.
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Pour en savoir plus
Réseau Action Climat – synthèse du rapport « La souveraineté énergétique de la France à l’épreuve des faits »
PPE3 : Rompre avec la tendance pour briser la dépendance – Réseau Action Climat