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Publié le 02 avril 2026

Seuls treize pays dans le monde respirent un air sain, dont trois en Europe

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 02/04/2026
Réf . : 2026_03_10

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Carte mondiale de 2025 – le code couleur indique la concentration moyenne annuelle en PM 2,5 – Source : IQAir, rapport mondial sur la qualité de l’air 2025

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La société suisse IQAir a publié le 24 mars 2026 son Rapport mondial sur la qualité de l’air 2025 qui « offre un aperçu complet de la qualité de l’air à l’échelle mondiale pour l’année civile 2025 ». Ce rapport analyse des données sur la qualité de l’air relatives aux PM2,5 – des particules fines de moins de 2,5 micromètres de diamètre qui pénètrent profondément dans l’organisme et ont une forte incidence sur la santé humaine -, de 9 446 villes réparties dans 143 pays, régions et territoires, provenant de 40 000 stations de surveillance réglementaires et de capteurs.

À l’échelle mondiale, IQAir constate que seuls 13 pays, régions et territoires ont enregistré des concentrations moyennes annuelles de PM2,5 conformes à la valeur-guide annuelle de 5 μg/m³ (microgrammes par mètre cube) fixée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la majorité d’entre eux étant situés dans la région Amérique latine et Caraïbes.

En outre, la volatilité environnementale s’accroît : les feux de forêt, exacerbés par le changement climatique, ont joué un rôle prépondérant dans la dégradation de la qualité de l’air en 2025.

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Exploitation des données des stations de surveillance des PM2,5 au sol

IQAir précise que son rapport s’appuie exclusivement sur des données empiriques relatives aux PM2,5, recueillies par des stations de surveillance de la qualité de l’air au niveau du sol. Ces données proviennent à la fois des réseaux réglementaires de surveillance de la qualité de l’air et de capteurs à faible coût mis en œuvre par des organismes publics, des établissements universitaires, des associations à but non lucratif et des citoyens scientifiques qui suivent l’évolution de la qualité de l’air – , offrant ainsi une perspective plus large que les ensembles de données officiels.

En outre, alors que de nombreux rapports et plateformes s’appuient sur des modèles satellitaires, la plupart des données du rapport sont collectées en temps réel, et complétées par des ensembles de données historiques de fin d’année afin de garantir une analyse exhaustive et représentative à l’échelle mondiale.

Les moyennes de PM2,5 à l’échelle de la ville peuvent être calculées à partir de données horaires, quotidiennes, mensuelles ou annuelles. IQAir précise qu’il utilise les moyennes horaires des stations pour établir les moyennes annuelles à l’échelle de la ville, minimisant ainsi l’impact des valeurs aberrantes.

Pour figurer dans le rapport, les villes doivent satisfaire à une exigence minimale de disponibilité des données correspondant à 60 % du nombre total d’heures annuelles.

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Un risque mieux reconnu

Si la pollution atmosphérique est reconnue depuis longtemps comme un danger persistant, IQAir estime que l’année 2025 a marqué un tournant décisif dans ce domaine, « les institutions internationales ayant enfin placé cette crise au premier plan de l’agenda mondial ». Ce changement a été matérialisé par le Rapport sur les risques mondiaux 2025 du Forum économique mondial, qui, pour la première fois, a consacré une section spécifique aux polluants atmosphériques et a classé cette question parmi les risques mondiaux de premier plan.

Parallèlement à ces avertissements économiques, l’Assemblée générale des Nations unies a officiellement classé la pollution atmosphérique parmi les principaux facteurs de risque de maladies non transmissibles, notamment les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux et le cancer. En réponse, l’Assemblée mondiale de la santé a approuvé une feuille de route historique visant à réduire de moitié le nombre de décès liés à la pollution atmosphérique d’ici 2040.

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Des lacunes persistantes au niveau mondial en matière de surveillance et de prise en compte de la qualité de l’air

En 2024, IQAir intégrait des données provenant de 8 954 villes réparties dans 138 pays, régions et territoires. Le rapport 2025 a été élargi pour couvrir 9 446 villes dans 143 pays, régions et territoires. L’inclusion des contributions additionnelles de données pour 2025 en provenance d’Asie occidentale, notamment d’Iran, de Syrie et de Jordanie, a entraîné une augmentation de 33 % du nombre de villes couvertes. Bien que cette région reste la moins représentée et ait toujours été insuffisamment surveillée, IQAir se félicite de cette progression qui « marque une étape cruciale vers la réduction des lacunes mondiales en matière de données ».

Pour autant, si le rapport 2025 intègre douze pays supplémentaires absents de l’édition précédente, d’importantes lacunes subsistent. Selon IQAir, seule une fraction de la population mondiale a accès à des informations ultra-locales et en temps réel sur la qualité de l’air. Ainsi le Burundi, le Turkménistan et le Togo – qui figuraient tous parmi les trente pays les plus pollués en 2024 – sont absents du rapport 2025 en raison d’un manque de données disponibles.

Dans certaines régions, la situation se dégrade. En mars 2025, l’administration Trump a supprimé le programme mondial de surveillance de la qualité de l’air du département d’État américain.

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130 pays ne respectent pas les seuils de sécurité

Dans la continuité d’une tendance observée en 2024 et les années précédentes, les concentrations annuelles moyennes nationales de PM2,5 les plus élevées, pondérées en fonction de la population, concernent l’Afrique ainsi que les régions d’Asie centrale et d’Asie du Sud.

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Classement des pays/régions en 2025 – Concentration moyenne de PM2,5 en 2025 (μg/m³), pondérée en fonction de la population, pour les pays, régions et territoires, par ordre décroissant – Source : IQAir, rapport mondial sur la qualité de l’air 2025

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À l’échelle mondiale, IQAir constate ainsi que seuls 13 pays, régions et territoires ont enregistré des concentrations moyennes annuelles de PM2,5 conformes à la valeur-guide annuelle de 5 μg/m³ fixée par l’OMS, la majorité d’entre eux étant situés dans la région Amérique latine et Caraïbes.

Andorre, l’Estonie et l’Islande sont les seuls pays en Europe à avoir respecté en 2025 la recommandation annuelle de l’OMS pour les PM2,5 fixée à 5 μg/m³. Figurent aussi parmi ces pays l’Australie, la Barbade, les Bermudes, la Polynésie française, la Grenade, la Nouvelle-Calédonie, le Panama, Porto Rico, La Réunion et les îles Vierges américaines.

À l’inverse, 130 des 143 pays étudiés, soit 91 %, ne respectent pas ces seuils. Les cinq pays les plus pollués sont le Pakistan (67,3 µg/m³), le Bangladesh (66,1 µg/m³), le Tadjikistan (57,3 µg/m³), le Tchad (53,6 µg/m³) et la République démocratique du Congo (50,2 µg/m³).

En Europe, huit pays, à savoir la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine du Nord, la Serbie, la Turquie, le Monténégro, la Moldavie, la Roumanie et la Pologne, ont signalé des concentrations supérieures à 15 µg/m³, ce qui les place dans la catégorie de pollution relative la plus élevée de la région.

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Classement des capitales régionales en 2025 – Concentration moyenne en PM2,5 (µg/m³) dans les capitales en 2025, par ordre décroissant – Source : IQAir, rapport mondial sur la qualité de l’air 2025

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À l’échelle des villes, seules 14 % des villes du monde respectaient la valeur-guide annuelle de l’OMS pour les PM2,5 en 2025, contre 17 % en 2024. Les 25 villes les plus polluées du monde se situent majoritairement en Asie, au Proche-Orient et en Afrique.

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Volatilité environnementale

Les données de 2025 rappellent de manière cruciale que la qualité de l’air n’est pas un acquis immuable, mais un atout fragile. En 2025, les feux de forêt ont en effet gravement affecté des régions qui avaient historiquement connu des niveaux de PM2,5 relativement bas.

De fait,  dans son cinquième bulletin annuel sur la qualité de l’air et le climat publié le 5 septembre 2025, l’Organisation météorologique mondiale (lire notre article) a montré que les feux de forêt, qui ont lieu en 2024, ont contribué grandement à la pollution de l’air en provoquant une augmentation des niveaux de particules fines (PM2,5). Un phénomène qui risque de s’aggraver avec le changement climatique, accentuant les risques pour les infrastructures, les écosystèmes et la santé humaine.

De fait, durant l’été 2025, des incendies ont ravagé l’Europe, atteignant un pic record en août, et détruisant exploitations agricoles, forêts et habitations. Les émissions record de carbone provenant d’Europe et également du Canada ont contribué à un rejet mondial d’environ 1 380 mégatonnes de carbone issu de la combustion de la biomasse.

Ainsi IQAir constate que la pollution aux PM2,5 a augmenté de plus de 30 % en Suisse et en Grèce, ce qui serait la conséquence des fumées de feux de forêt en provenance d’Amérique du Nord et des poussières sahariennes venues d’Afrique. Globalement, à l’échelle de l’Europe, 23 pays ont enregistré en 2025 une hausse de la concentration annuelle moyenne de PM2,5 et 18 une baisse. Malte a enregistré la plus forte baisse, de près de 24 %, fruits d’efforts pour abandonner le fioul lourd dans la production d’électricité au profit des énergies renouvelables, et des politiques visant les émissions liées au trafic.

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La nécessité d’une stratégie pro-active

Aussi IQAIr rappelle que « le maintien d’un air pur nécessite une gestion active et une stratégie proactive, quelles que soient les performances historiques. Il s’agit d’un engagement à long terme en faveur d’une amélioration progressive, plutôt qu’un simple objectif politique atteint ou une concentration cible annuelle atteinte ».

En outre, IQAir souligne que « pour les enfants, l’impact de l’exposition à la pollution atmosphérique peut durer toute une vie : les dommages respiratoires subis pendant les années de développement sont souvent irréversibles ». Ainsi les enfants sont condamnés à supporter les coûts sanitaires permanents d’une qualité de l’air qu’ils n’ont pas choisie, alors qu’il s’agit du groupe démographique qui a le moins de pouvoir d’action face à ces changements environnementaux.

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Pour en savoir plus

World Air Quality Index (AQI) Ranking | IQAir

2025_IQAir_World_Air_Quality_Report_3.26.2026.pdf

Preface – Global Risks Report 2025 | World Economic Forum

World Economic Forum_Global_Risks_Report_2025 page 49

2025 sees intense wildfire year in the Northern Hemisphere | Copernicus

Les feux de forêt dégradent la qualité de l’air en contribuant à la pollution par les particules fines – OMM – Citepa

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