ARTICLE
Air Air
France
Pics de pollution Politique et règlementation Santé
Publié le 21 avril 2026

Désormais unifié sous l’égide des AASQA, le dispositif de surveillance des pollens entre dans le droit commun de la qualité de l’air  

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 21/04/2026
Réf . : 2026_04_06

[[

© D.R. 

Le potentiel allergisant des pollens est avéré mais, jusqu’à récemment, les pollens étaient intégrés en France dans les polluants non réglementés et la surveillance des pollens était disjointe du dispositif national de surveillance de la qualité de l’air.  

Suite à un rapport conjoint de l’Inspection générale interministérielle du secteur social (Igas) et de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD) intitulé  « Évolution de la surveillance des pollens et des moisissures dans l’air ambiant », publié le 6 mars 2025 et présenté le 24 mars 2026 à l’occasion du colloque « Quel air respirerons-nous demain ? », la coordination de la surveillance des pollens et, le cas échéant, des moisissures dans l’air ambiant a été confiée le 19 mars 2026 par un arrêté officiel aux associations agréées de surveillance de la qualité de l’air de l’air (AASQA) afin d’unifier le dispositif de surveillance dans ce domaine.  

[

Vers des saisons polliniques plus longues 

La surveillance des pollens était jusqu’ici lacunaire et mal articulée – Source : IGEDD, mars 2026

[

En raison du changement climatique, les phénomènes naturels sont appelés à s’intensifier avec, notamment, des saisons polliniques plus longues. Le potentiel allergisant des pollens, qui sont responsables d’allergies, rhinites, rhino-conjonctivites et autres gênes respiratoires et qui affecteraient 20 % des enfants et 30 % des adultes, risque de s’accroître.  

Or jusqu’à récemment, comme l’a expliqué Florence Castel, inspectrice à l’IGEDD, à l’occasion du colloque « Quel air respirerons-nous demain ? », les pollens étaient intégrés en France dans les polluants non réglementés (référentiel du laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air – LCSQA) tandis que les moisissures ne sont pas formellement référencées – et ce, quand bien même la loi sur l’air et le code de l’environnement incluent les agents biologiques.  

En outre, la surveillance des pollens était confiée à trois coordonnateurs (Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA), association des Pollinariums sentinelles de France (APSF) et de façon facultative aux AASQA) – un dispositif construit en marge de la surveillance globale de l’air et sans règles d’articulation. Cette surveillance était lacunaire : elle reposait sur des capteurs manuels à lecture différée (avec sept jours de décalage), et 37 départements n’étaient pas couverts ; à l’opposé, le réseau de surveillance de la qualité de l’air compte 18 entités, auquel s’ajoute le LCSQA pour la coordination technique. De même, alors que l’indice Atmo est public et documenté, la méthodologie d’établissement de l’indicateur de risque d’allergie lié à l’exposition au pollen (RAEP) était confidentielle. 

Cette dissociation du dispositif de surveillance des pollens et moisissures par rapport à l’organisation globale de la surveillance de l’air ambiant était, en outre, contreproductive au regard des enjeux sanitaires, les études disponibles alertant sur de probables interactions entre les pollens et moisissures et la pollution chimique de l’air. En effet, les polluants chimiques peuvent modifier la paroi des pollens et aggraver les réactions allergiques. 

À cela s’est ajouté un fait alarmant« la qualité du dispositif de surveillance a été altérée par une gestion opaque et irrégulière dRNSAqui, sur longue période, n’a pas respecté l’utilisation prévue des financements publics », comme le précise l’IGEDD sur son site Internet 

[

Une réforme en profondeur du dispositif de surveillance des pollens  

La réforme vise à passer d’un « dispositif isolé, fragile et peu transparent à un système intégré scientifiquement robuste et aligné sur les enjeux sanitaires » – Source : IGEDD, mars 2026

[

Aussi l’Igas et l’IGEDD ont préconisé de rapprocher la surveillance des pollens du dispositif de droit commun de la qualité de l’air.  « Deux aspects fondamentaux invitent à intégrer la surveillance des pollens et moisissures dans le dispositif de droit commun de surveillance de l’air ambiant. D’une part, la solidité, attestée notamment par un rapport de la Cour des Comptes (rendu public en 2020), du dispositif global de surveillance de la qualité de l’air ambiant contraste point par point avec les failles et dérives du dispositif de surveillance des pollens et moisissures. D’autre part, cette réorganisation permettra d’assurer pour les pollens une surveillance cohérente avec celles des autres paramètres de la qualité de l’air, et est la mieux à même de servir les enjeux sanitaires en favorisant la nécessaire appréhension des interactions », précise l’IGEDD.  

Cette recommandation – passer d’un « dispositif isolé, fragile et peu transparent à un système intégré scientifiquement robuste et aligné sur les enjeux sanitaires », comme l’a résumé Florence Castel – a été rapidement mise en œuvre. 

Les AASQA, acteurs historiques de la surveillance de la qualité de l’air, vont désormais intégrer les pollens et les polluants chimiques, comme prévu par un nouvel arrêté du 2 mars 2026 publié au Journal officiel du 19 mars 2026. « Cette désignation constitue une étape importante pour la santé publique. La surveillance pollinique permet de fournir des informations fiables et régulières aux citoyens et aux professionnels de santé, contribuant ainsi à la prévention et à la gestion des allergies »souligne Atmo France. 

De fait, comme l’a précisé Florence Castel, certaines AASQA avaient déjà développé en ce domaine une approche innovante combinant des données statistiques, des relevés de pollens, des prévisions météorologiques et des informations provenant de la plateforme européenne Copernicus, dédiée à l’observation de la Terre. Depuis le 1er avril 2025, un indice Pollen généré à partir de ces données fournit une prévision sur trois jours couvrant l’ensemble du territoire hexagonal. « Cet indice en constante évolution grâce à la mobilisation de l’intelligence artificielle, ce qui permet de mieux anticiper les périodes critiques – un point essentiel pour les personnes allergiques », a-t-elle indiqué.  

[

Les deux organismes ont également préconisé une meilleure allocation des crédits publics à la surveillance des pollens et la sécurisation du financement du dispositif dans un cadre maîtrisé afin de « bien différencier ce qui relève de fonds publics de ce qui pourrait relever de fonds privés, compte tenu des enjeux commerciaux induits par les phénomènes allergiques ». Cette réforme s’accompagne aussi d’un renforcement sur le plan technique et sanitaire : les compétences du LCSQA sont désormais élargies à l’aérobiologie tandis que la place de la Direction générale de la santé (DGS) dans le comité de pilotage de la qualité de l’air est désormais institutionnalisée.  

Agnès Lefranc, sous-directrice Santé et environnement à la direction générale de la prévention des risques (DGPR), a salué à cette occasion « la force d’harmonisation et de modélisation des AASQA », sachant que le ministère de la Transition écologique a travaillé avec le ministère de la Santé pour la construction de ce nouveau dispositif national 

[

[

Pour en savoir plus

Replay de la matinée « Quel air respirerons-nous demain ? »

Les AASQA désignées officiellement pour la surveillance des pollens | Atmo France 

Arrêté du 2 mars 2026 portant désignation des organismes chargés de coordonner la surveillance des pollens et des moisissures de l’air ambiant – Légifrance 

Évolution de la surveillance des pollens et des moisissures dans l’air ambiant | IGEDD 

Indice pollen | Atmo France

Pics de pollution Politique et règlementation Santé