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Publié le 13 mai 2026

Première conférence internationale sur la sortie des énergies fossiles : une dynamique constructive des pays volontaires est engagée 

Par : Mark Tuddenham

Modifié le : 13/05/2026
Réf . : 2026_05_01

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© D.R.

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La Colombie a organisé du 24 au 29 avril 2026, en association avec les Pays-Bas, la première conférence internationale sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles (First Conference on Transitioning Away from Fossil Fuels ou TAFF-1). Cette conférence internationale a eu lieu dans la ville de Santa Marta où est situé le premier port charbonnier du pays. Elle est intervenue dans le contexte géopolitique actuel, sur fond de guerre en Iran et de son corollaire, la crise énergétique mondiale engendrée par la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles conduisant à l’insécurité énergétique et la volatilité des prix du pétrole et de gaz. Il s’agit de la deuxième crise énergétique mondiale en quatre ans après celle liée au gaz russe à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Pour rappel, cette conférence ne s’inscrit dans le cadre de la CCNUCC mais elle constitue, pour les États volontaristes qui souhaitent aller de l’avant sur le sujet, un espace multilatéral de dialogue en complément et en renforcement du processus de la CCNUCC. Cette conférence ne constitue donc pas une alternative aux COP, mais une première étape pour ces pays volontaristes, un point d’étape inédit entre la COP-30 et la COP-31. Au sein des COP, depuis 34 ans, les négociations sont axées sur les « symptômes » de la crise climatique, les émissions de gaz à effet de serre (GES), et non la source de ces émissions et donc de cette crise climatique, à savoir la combustion des combustibles fossiles.

La conférence visait avant tout à faire avancer les discussions sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles et créer une dynamique pour mettre en œuvre des solutions concrètes en ce sens, tout en consolidant et en élargissant la coalition des pays volontaristes.

Par ailleurs, les deux co-présidentes de la Conférence (Colombie et Pays-Bas) avaient souligné que celle-ci ne visait pas à constituer une enceinte de négociation d’un nouveau traité sur la sortie progressive des combustibles fossiles, en s’appuyant sur l’initiative lancée en 2022 par le Vanuatu lors de la 77e Assemblée générale de l’ONU : l’appel à l’adoption d’un traité international de non-prolifération des combustibles fossiles (à l’instar du traité international sur la non-prolifération des armes nucléaires adopté en 1968 sous l’égide de l’AIEA) (lire notre article sur le sujet, Journal de la COP-27 | Jour 3).

Pour les éléments de contexte en détail, lire notre article publié en amont de cette conférence.

 

Organisation et structure de la conférence

La conférence s’est articulée autour de deux principales séquences :

24-27 avril : des dialogues pilotés par les parties prenantes :

  • 24-25 avril : dialogue académique avec la pré-conférence scientifique (voir plus loin),
  • 26 avril : dialogue des parlementaires et dialogue des autorités infranationales,
  • 27 avril : dialogue des syndicats, dialogue du secteur privé, dialogue des peuples autochtones,
  • 27 avril : réunion des banques multilatérales d’investissement et des Ministres des Finances.

 

28-29 avril : une séquence de haut niveau :

  • participation de Ministres et/ou de représentants de haut niveau des gouvernements nationaux et des autorités infranationales.

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Les participants

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La conférence a réuni des représentants des gouvernements nationaux, des autorités infranationales (Etats fédérés, régions, provinces, villes, etc.), du secteur privé, des universités, des ONG, de la société civile, ainsi que des peuples autochtones.

En amont, les gouvernements des deux pays hôtes (Colombie et Pays-Bas) avait pris la décision que la participation à la séquence de haut niveau de la Conférence de Santa Marta serait uniquement sur invitation. Lors d’une conférence de presse pendant la conférence, sa co-présidente, Stientje van Veldhoven, ministre néerlandaise du Climat, a expliqué que les deux pays hôtes avaient en partie fondé leurs critères d’invitation sur les quelque 80 pays ayant montré, à Belém, leur soutien à la feuille de route pour la sortie des combustibles fossiles à laquelle le Président du Brésil a appelé lors de la première journée de la séquence de haut niveau de la COP-30, le 6 nov. 2025, et lors de l’ouverture de la COP-30, le 10 nov. 2025) (voir liste de ces 85 pays établie par Carbon Brief lors de la COP-30). Selon l’autre co-Présidente de la Conférence de Santa Marta, Irena Vélez Torres, ministre colombienne de l’Environnement, c’est pour cette raison notamment que les deux premiers émetteurs mondiaux (Chine et États-Unis), ainsi que la Russie (quatrième émetteur mondial, source : PNUE, Emissions Gap Report 2025, 4 nov. 2025), n’avaient pas été invités. Ces trois pays n’avaient pas montré l’esprit nécessaire à Belém pour faire partie de la « coalition des pays volontaristes » (« coalition of the willing [countries] »), auquel la Colombie tenait afin d’éviter de reproduire les débats tendus, clivants et interminables sur ce sujet observés lors de la COP-30 à Belém.

Ainsi, la séquence de haut niveau a rassemblé des délégués de cinquante-six pays et de l’UE dans son ensemble, dont ceux des deux pays hôtes et quelques pays grands producteurs de pétrole et de gaz (Canada, Nigeria, Norvège, Royaume-Uni, …etc. – voir liste des pays participants ci-dessous). Presque la moitié de ces pays (27 au total) a été représentée par des ministres, des ministres adjoints ou des ambassadeurs. La France était représentée par Benoît Faraco, l’ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique qui a présenté la nouvelle feuille de route de la France pour la transition vers la sortie des combustibles fossiles, publiée le 27 avril 2026.

Ces 56 pays et l’UE pèsent un tiers de l’économie mondiale, un tiers de la consommation mondiale des combustibles fossiles et un cinquième de la production mondiale de ceux-ci (sources : IISD, Carbon Brief). Toutes les régions du monde étaient représentées, avec une majorité relative de l’Europe (un tiers des pays participants). Le seul grand pays émergent qui participait était le Brésil.

Enfin, 1 500 représentants de la société civile ont également participé à la séquence de haut niveau de la conférence.

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Liste des pays ayant participé à la conférence de Santa Marta

Pays industrialisés

  • Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie, UE (en tant qu’organisation régionale d’intégration économique) + Le Vatican.

Petits Etats insulaires

  • Antigua et Barbude, États fédérés de Micronésie, Jamaïque, Iles Marshall, Iles Salomon, Maldives, Ile Maurice, Palau, Sainte-Lucie, Trinité et Tobago, Tuvalu, Vanuatu.

Afrique

  • Angola, Cameroun, Ghana, Kenya, Malawi, Nigeria, Ouganda, Sénégal, Tanzanie.

Asie

  • Bangladesh, Mongolie, Népal, Philippines, Singapour, Viêt-Nam.

Amérique du Nord (hors Canada et USA), Amérique centrale et Amérique du Sud

  • Brésil, Chili, Colombie, Guatemala, Mexique, Panama, République dominicaine, Uruguay.

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Résultats de la conférence

Panel scientifique © D.R.

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La pré-conférence scientifique

Dans le cadre de cet événement, une « pré-conférence scientifique » a eu lieu les 24-25 avril 2026 à l’Universidad del Magdalena à Santa Marta. Intitulée Conférence scientifique et politique mondiale sur la transition vers la sortie des fossiles (« Global Science & Policy Conference on transitioning away from fossil fuels »). Elle a formalisé le dialogue académique, réunissant quelque 400 chercheurs rattachés à des universités et instituts de recherche à travers le monde.

À la demande du gouvernement colombien, ces 400 participants ont été répartis en 13 principaux axes de travail transversaux autour des trois piliers thématiques qui sous-tendaient la conférence. Ils se sont penchés sur les démarches et mesures concrètes que peuvent adopter les gouvernements nationaux pour assurer la transition vers la sortie des combustibles fossiles.

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Les trois piliers et les 13 axes de travail

Pilier n°1 : Surmonter la dépendance économique aux combustibles fossiles

  • banques centrales,
  • économie et données,
  • entreprises publiques,
  • au-delà de l’extractivisme,
  • transition de la main d’œuvre et diversification économique régionale.[

Pilier n°2 : Transformer l’offre et la demande

  • prospérité à zéro carbone,
  • politiques d’élimination progressive des combustibles fossiles,
  • mettre fin aux subventions aux combustibles fossiles & transition des ressources,
  • pétrochimie.

Pilier n°3 : Renforcer la coopération internationale et le multilatéralisme

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Les axes de travail supplémentaires

  • point de vue des pays du Sud,
  • panel scientifique sur la transition énergétique mondiale,
  • méthane d’origine fossile,
  • bénéfices pour la santé publique,
  • synthèse de l’ensemble des travaux.

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Les discussions issues de ces axes de travail (voir les synthèses des discussions rédigées pour chaque axe de travail) ont débouché sur un plan d’actions, baptisé « répertoire d’actions de Santa Marta (Santa Marta Action Repertoire ou SMART) qui met en avant 12 recommandations d’actions concrètes autour des trois piliers thématiques pour la transition vers la sortie des énergies fossiles :

Pilier n°1 : Surmonter la dépendance économique aux combustibles fossiles

  1. Élaborer des plans gouvernementaux globaux visant à sortir des énergies fossiles et à lever les obstacles juridiques, financiers et politiques résultant de la dépendance aux énergies fossiles ;
  2. Protéger de manière proactive les moyens de subsistance et les travailleurs grâce à une reconversion précoce pour les personnes touchées, au développement des compétences et au redéveloppement des communautés et des régions ;
  3. Mettre en place des politiques équitables, transparentes et fondées sur des données factuelles pour contrer la désinformation et l’information ou publicité mensongère ;
  4. Faire appel aux valeurs humaines et au bien-être pour faire comprendre la nécessité de la transition.

Pilier n°2 : Transformer l’offre et la demande

  1. Mettre en œuvre des mesures immédiates pour prévenir de futures émissions de GES ;
  2. Mettre en place une tarification du carbone harmonisée au niveau international et supprimer progressivement les subventions aux énergies fossiles ;
  3. Définir des normes et des exigences de suivi permettant d’atteindre les objectifs et les calendriers de transition vers la sortie des énergies fossiles ;
  4. Mettre en place des taxes harmonisées sur l’approvisionnement en combustibles fossiles afin d’encourager la réorientation de la demande et de financer des transitions justes ;
  5. Mettre à profit les missions des banques centrales en matière de stabilité financière et de stabilité des prix pour réduire les coûts de financement des énergies propres, de l’électrification et des infrastructures nécessaires.

Pilier n°3 : Renforcer la coopération internationale et le multilatéralisme

  1. Renforcer la coopération internationale en matière de transition vers la sortie des combustibles fossiles, tant au sein qu’en dehors de la CCNUCC ;
  2. Intégrer toutes les formes de savoir et les impératifs de développement dans la planification des transitions justes ;
  3. Réorienter les cadres juridiques internationaux afin de favoriser des transitions justes vers la sortie des énergies fossiles.

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Dans le cadre de cette pré-conférence, un nouveau panel scientifique pour la transition énergétique mondiale (Science Panel for Global Energy Transition ou SPGET) a été lancé par Johan Rockström, directeur de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur les impacts du climat (Potsdam Institute for Climate Impact Research ou PIK) et Carlos Nobre, chercheur sur les forêts tropicales de l’Amazonie de l’université de São Paolo, Brésil.

Ce panel indépendant, qui sera rattaché à l’université de São Paolo, regroupera entre 50 et 100 scientifiques rattachés à des instituts de recherche à travers le monde. Ses trois co-présidents sont : Vera Songwe (économiste du climat du Cameroun), le professeur Ottmar Edenhofer (économiste en chef au PIK) et le professeur Gilberto M. Jannuzzi (professeur des systèmes énergétiques à l’Universidade Estadual de Campinas, Brésil). La mission du panel est de fournir des analyses rapides sur les modalités de transition vers la sortie des énergies fossiles pour aider les pays et pour alimenter les négociations internationales, et de fournir des informations spécifiquement adaptées aux pays s’ils le demandent.

Le panel sera composé de quatre groupes de travail :

  • trajectoires de transition,
  • solutions technologiques,
  • élaboration et évaluation des politiques,
  • instruments financiers et gouvernements.

À la différence du Giec qui traite l’ensemble des sujets scientifiques liés au changement climatique et qui travaille selon les cycles d’évaluation de sept ans, le SPGET centrera ses travaux uniquement sur la problématique de la transition vers la sortie des énergies fossiles et compte publier des mises à jour annuelles.

Enfin, sur le plan scientifique, une nouvelle feuille de route, qui vise spécifiquement la Colombie, a été présentée sous forme d’étude de cas pour aider la Colombie à assurer sa transition vers la sortie des énergies fossiles. Cette feuille de route a été élaborée par une équipe de scientifiques sous la direction du professeur Piers Forster de l’université de Leeds au Royaume-Uni.

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La séquence de haut niveau

La séquence de haut niveau a eu lieu les 28-29 avril 2026. Après la plénière d’ouverture, huit sessions thématiques (breakout groups), animées par des Ministres, se sont tenues autour des trois piliers thématiques :

Pilier n°1 : Surmonter la dépendance économique aux combustibles fossiles

  • reconversion de l’économie et de la main d’œuvre,
  • dépendance fiscale.

Pilier n°2 : Transformer l’offre et la demande

  • accès à l’énergie,
  • substitution des combustibles, sécurité énergétique et souveraineté,
  • réduction et fermeture progressives des activités d’extraction des combustibles fossiles,
  • incitations financières.

Pilier n°3 : Renforcer la coopération internationale et le multilatéralisme

  • action collective pour réduire les lacunes en matière de gouvernance,
  • réduction des lacunes en matière de systèmes financiers et d’investissement.

Voir programme.

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Une dernière session, qui a pris la forme d’un « comité d’ensemble » (« Committee of the Whole »), a été axée sur la coopération. Trois groupes de travail ont été mis en place pour organiser et canaliser les efforts à consentir au cours de l’année à venir et définir les actions à mettre en œuvre :

  • collaboration pour élaborer des feuilles de route, y compris les aspects côté offre, en mettant l’accent sur les pays producteurs de combustibles fossiles, puisqu’il y a un manque d’engagements à réduire les émissions de GES exportées par ces pays producteurs. Les feuilles de route pourraient être nationales ou régionales. Ce groupe de travail sera soutenu par le Partenariat pour les NDC (NDC Partnership) et le SPGET ;
  • dépendances macroéconomiques et architecture financière, en mettant l’accent sur les pièges en matière de fiscalité, de dettes et de subventions. Ce groupe de travail sera soutenu par l’Institut international du Développement durable (International Institute for Sustainable Development ou IISD, basé à Winnipeg, Canada) et le Centre de politique et de recherche économiques (Centre for Economic Policy and Research ou CEPR, basé à Paris au sein de Sciences Po) ;
  • décarbonation des échanges commerciaux entre les pays exportateurs et les pays importateurs de combustibles fossiles en vue de mettre en place des systèmes d’échange sans combustibles fossiles (des échanges sobres en carbone). Ce groupe de travail sera soutenu par l’OCDE.

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Quels sont les résultats concrets issus de la Conférence ?

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Lors de la plénière de clôture de la séquence de haut niveau, les deux co-présidentes de la Conférence, Irena Vélez Torres (ministre colombienne de l’Environnement) et Stientje van Veldhoven (ministre néerlandaise du Climat), ont annoncé une série de résultats concrets :

  • la 2e Conférence sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles (TAFF-2) aura lieu en 2027 sur l’île de Tuvalu en collaboration avec l’Irlande,
  • le lancement du panel scientifique pour la transition énergétique mondiale (SPGET), déjà soutenu par 5 200 chercheurs selon les deux co-présidentes de la Conférence,
  • la mise en place des trois axes de travail pour organiser et canaliser les efforts à consentir au cours de l’année à venir et définir les actions à mettre en œuvre,
  • un engagement de la part des participants à maintenir la « psychologie de Santa Marta », en travaillant avec les co-présidents entrants de la TAFF-2 afin de maintenir un dialogue positif et inclusif,
  • un engagement de la part des deux co-présidentes à communiquer les résultats de la Conférence aux présidents de la COP-30 et de la COP-31, et à travailler avec eux sur le sujet,
  • un engagement à assurer la transparence. La co-présidente Stientje van Veldhoven a précisé que tous les pays participants recevront des informations sur la méthodologie définie par la Coalition pour l’élimination progressive des incitations à la production/consommation des combustibles fossiles, dont les subventions (Coalition on Phasing Out Fossil Fuel Incentives including Subsidies ou COFFIS). Cette méthodologie est destinée à aider les États à identifier, à inventorier et à suivre, en un document unique, les subventions qu’ils accordent aux combustibles fossiles. Stientje van Veldhoven a ajouté que les pays participants recevront également des modèles électroniques pour renseigner ces informations.

Même si les deux pays organisateurs avaient souligné en amont de la Conférence qu’elle ne serait pas destinée à constituer une enceinte de négociation pour élaborer un traité sur la sortie progressive des combustibles fossiles, quelques pays, notamment des petits États insulaires et des pays africains, ont profité de leur temps d’intervention à Santa Marta pour manifester leur soutien à l’initiative lancée en septembre 2020 par une coalition d’ONG. Celle-ci a créé un comité de pilotage représentatif d’ONG à travers le monde pour faire avancer l’appel à un traité international de non-prolifération des combustibles fossiles (à l’instar du traité international sur la non-prolifération des armes nucléaires adopté en 1968 sous l’égide de l’AIEA). Cette initiative est désormais soutenue par 18 Etats, dont 15 petits États insulaires, ainsi que par le Cambodge, la Colombie et le Pakistan. Elle est également soutenue par 70 entreprises et plus d’un million d’autorités infranationales, d’ONG et d’autres organisations de la société civile à travers le monde.

À noter qu’il n’y avait aucune mention de cette initiative dans les résultats finaux de la Conférence.

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Bilan

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Tout d’abord beaucoup d’observateurs s’accordent à reconnaître que le fait même que cette Conférence ait eu lieu sur le sujet clivant de la sortie des combustibles fossiles, sujet plutôt tabou au sein des COP, constitue en lui-même un succès. Par ailleurs, elle a été préparée dans un délai très court (en moins de cinq mois). Il s’agit d’une première expérience de ce genre de gouvernance mondiale pour renforcer et élargir la coalition des pays souhaitant aller de l’avant sur le sujet. Ainsi, cette Conférence a inauguré de nouvelles modalités de coopération internationale. Elle a visé à replacer la sortie progressive des combustibles fossiles au cœur de l’agenda politique international et elle y a réussi.

Selon Jean-Baptiste Meyer, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), « les efforts déployés à Santa Marta ont transcendé les clivages nationaux, mais aussi nord-sud, d’une certaine manière. Avec une présidence bicéphale eurolatino (colombo-néerlandaise), et euro-océanique pour la prochaine conférence qui sera co-organisée par l’Irlande et Tuvalu, le grand partage manichéen des responsabilités historiques de l’empreinte écologique (qui, historiquement, est un point d’achoppement des COP) n’a, certes, pas été complètement effacé. Il a toutefois été adouci par le cadrage de la conférence sur la recherche de solutions » (propos rapportés dans The Conversation, 7 mai 2026).

Selon IISD, un des aspects les plus étonnants de la Conférence, et notamment lors de la séquence de haut niveau, était qu’elle n’a pas donné lieu à des blocages, ni à des discussions interminables sur les procédures à respecter, ni à des reproches ou récriminations contre l’inaction de tel ou tel pays. Au contraire, à la différence des COP, les discussions ont été fluides, constructives, encourageantes, dynamiques et orientées vers l’action et des solutions.

Les gouvernements nationaux ont partagé leurs expériences, leurs défis, les enseignements tirés et les possibilités à saisir. Le cadre, les modalités et la méthode de travail de la Conférence étaient plus informels et beaucoup moins rigides que ceux des COP : davantage d’improvisation, il n’y avait pas d’allocutions de trois minutes, les représentants des autorités infranationales et des peuples autochtones se sont assis à côté des ministres dans le cadre des huit sessions thématiques.

Lors des sessions plénières, les interventions des représentants des ONG et des peuples autochtones ont été entrecoupées de celles des États, plutôt que d’être regroupées à la fin de celles des États, comme lors des COP. Lors des sessions thématiques de la séquence de haut niveau, les ministres et les autres parties prenantes pouvaient parler librement, en toute franchise et sans contrainte de protocole à la différence des COP. De nombreux pays ont vivement salué ce format informel, le qualifiant lors de la séance plénière de clôture de « rafraîchissant », de « très réussi » et d’« espace de discussion propice au dialogue » (source : Carbon Brief, 30 avril 2026).

Juan Carlos Monterrey Gómez, envoyé climat du Panama, cité dans le Climate Diplomacy Brief du 1er mai 2026, a déclaré : « Santa Marta est un moment historique, car c’est la première fois que nous pouvons ouvrir nos cœurs, ouvrir nos esprits et avoir une véritable conversation sans ces stupides demandes de mise au vote, sans ces stupides procédures qui font dérailler toute la séance et ne nous laissent que 10 minutes pour aborder le fond. » (propos repris par The Conversation, 7 mai 2026).

En dépit de tous ces points positifs, la Conférence a vu des divergences de position auxquelles il fallait s’attendre :

  • certains pays producteurs du Nord ont évité de débattre de l’élimination progressive de l’extraction des combustibles fossiles,
  • certains pays du Sud sont d’avis que le gaz d’origine fossile constitue un combustible de transition,
  • la question de savoir s’il faut élaborer une proposition de traité international ou d’autre instrument juridique spécifiquement visant l’élimination progressive de la production et/ou de la consommation de combustibles fossiles : d’un côté, une très grande majorité des représentants de la société civile a soutenu cette initiative mais de l’autre, les réactions des représentants des gouvernements nationaux ont été plus timides. Plusieurs pays ont même rejeté cette initiative, soulignant que les négociations entre États pour aboutir à un tel traité nécessiteraient trop de temps, pourraient miner les négociations dans le cadre de la CCNUCC et de l’Accord de Paris et pourraient faire fuir les gouvernements des pays producteurs du processus de la TAFF.

Une initiative originale et inédite issue des discussions qui s’est traduite en axe de travail pour la suite est le concept d’un système d’échanges commerciaux sans combustibles fossiles : un « club » de pays acheteurs et pays vendeurs qui mettrait au point des systèmes d’échanges commerciaux bas carbone parmi un groupe de pays volontaristes qui se substitueraient aux échanges des combustibles fossiles.

La Conférence n’a pas vu d’appels à fusionner le processus de la TAFF avec celui de la CCNUCC. Les discussions ont plutôt abordé la question de savoir comment les discussions et les résultats de la TAFF pourront alimenter le processus de la CCNUCC, le principal défi étant de créer une passerelle avec les COP.

Enfin, le groupe de pays qui constituent la coalition des pays volontaristes est appelé à s’agrandir puisque, lors de la plénière de clôture de la Conférence, sa co-présidente Stientje van Veldhoven a annoncé que les deux pays hôtes souhaitaient que cette coalition soit « ouverte », et ont invité d’autres pays à la rejoindre.

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Pour en savoir plus

Site de la conférence

Pré-conférence scientifique :

Synthèse des principaux résultats de la Conférence élaborée par ses deux co-présidentes, 30 avril 2026

Feuille de route de la France pour la transition vers la sortie des combustibles fossiles et communiqué du Ministère de la Transition écologique du 27 avril 2026

Iddri : Transition hors des énergies fossiles : comment la conférence de Santa Marta peut-elle faire effet boule de neige ? 16 avril 2026

The Conversation : Conférence de Santa Marta : les nouvelles pistes de la diplomatie climatique qui émergent hors des COP climat, 7 mai 2026

Earth Negotiations Bulletin : Summary of the High-Level Segment of the First Conference on Transitioning Away from Fossil Fuels: 28–29 April 2026, vol.12 n° 890, 1er mai 2026

Carbon Brief : Santa Marta: Key outcomes from first summit on ‘transitioning away’ from fossil fuels, 30 avril 2026

Carbon Brief : Revealed: Scientists tell Colombia fossil-fuel transition summit to ‘halt new expansion’, 20 avril 2026

Note (Briefing) du Réseau Action Climat publiée le 16 mars 2026

Voir aussi l’initiative lancée en 2022 par le Vanuatu lors de la 77e Assemblée générale de l’ONU. Lire notre article sur le sujet, Journal de la COP-27 | Jour 3 : l’appel à l’adoption d’un traité international de non-prolifération des combustibles fossiles (à l’instar du traité international sur la non-prolifération des armes nucléaires adopté en 1968 sous l’égide de l’AIEA).

Atténuation CCNUCC et Accord de Paris Collectivités et Territoires Energie Politique et règlementation