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Climat Climat
Atténuation CCNUCC et Accord de Paris Energie Politique et règlementation
Publié le 13 mai 2026

La France entend contribuer à des alliances et à des programmes d’urgence aptes à favoriser la sortie des énergies fossiles 

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 13/05/2026
Réf . : 2026_05_02

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Conférence de Santa Marta sur la sortie des énergies fossiles © D.R.

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La conférence de Santa Marta, la première conférence internationale sur la sortie progressive des énergies fossiles qui a été organisée par la Colombie et les Pays-Bas du 24 au 29 avril 2026, marquera un moment clé de l’année 2026 et de la lutte contre le changement climatique (lire notre article). Une soixantaine de pays moteurs sur le sujet y ont participé – et notamment ceux qui font partie de coalitions, comme l’alliance Beyond Oil and Gas (dite BOGA), ou l’alliance Powering Past Coal (PPCA) qui porte sur le charbon.  

La délégation française conduite par Benoît Faraco, ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique, avait plusieurs objectifs : engager les discussions avec la soixantaine de pays représentés, nouer des alliances tout en développant, dans le contexte actuel de crise énergétique, un dialogue visant aussi à aller au-delà même de ce « club » de pays particulièrement ambitieux.  

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Les énergies fossiles, principale source des émissions anthropiques

L’Accord de Paris implique des réductions massives des émissions de gaz à effet de serre (GES). Or, les énergies fossiles représentent encore entre 70 % et 75 % des émissions anthropiques de GES. En effet, au niveau mondial, le charbon reste la principale source d’émissions de GES au point qu’il génère 42 % des émissions mondiales liées à la combustion d’énergie et 28 % de la consommation mondiale (AIE 2024). Le pétrole représente, pour sa part, 30 % de la consommation mondiale d’énergie et 33 % des émissions mondiales liées à l’énergie et le gaz fossile 23 % de la consommation et 22 % des émissions. 

En outre, la demande mondiale de charbon, qui continue à jouer un rôle important dans la sécurisation de l’approvisionnement énergétique de nombreux pays, a atteint un record en 2024 avec 8,7 milliards de tonnes alors que selon l’AIE, pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, le monde devrait convertir, transformer et mettre hors service l’équivalent de près de 100 GW de capacités de charbon par an.  

 

Urgence énergétique

Conférence de Santa Marta sur la sortie des énergies fossiles © D.R.

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La crise énergétique liée au conflit en Iran et au quasi blocage du détroit d’Ormuz rend le sujet plus prégnant encore. Plusieurs petits États insulaires du Pacifique se sont en effet déclarés en état d’urgence énergétique, tandis que certains pays africains qui sont largement importateurs nets de pétrole et de gaz font face à une situation extrêmement délicate du fait du renchérissement des prix du pétrole.  

De manière générale, comme l’a précisé Benoît Faraco à la presse en amont de la conférence, près de 80 % de la population de la planète vit dans des pays importateurs nets de gaz et de pétrole qui souffrent aujourd’hui de la volatilité des prix et de l’imprévisibilité liée à la géopolitique des énergies fossiles.  

Aussi faut-il essayer, tant pour préserver le climat que pour des raisons économiques, de construire des solutions pour enfin inverser la tendance et accompagner les pays partenaires dans la réduction de leur consommation.  

De fait, face à ces défis, « la France a fait de l’accélération de la sortie du charbon une priorité de sa diplomatie climatique au cours des dix dernières années, ce qui fut rappelé par le conseil présidentiel pour les partenariats internationaux de 2025 », font valoir le ministère de la Transition écologique et le ministère des Affaires étrangères. La France est ainsi engagée depuis 2017, explique-t-on de même source, dans un dialogue avec ses partenaires pour partager son expérience sur la sortie progressive des énergies fossiles afin d’accélérer la mise en œuvre de l’Accord de Paris. 

 

Propositions françaises 

Benoît Faraco, ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique à la conférence de Santa Marta – © D.R.

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Aussi la délégation française avait prévu de faire plusieurs propositions lors de la conférence de Santa Marta et dans le cadre de la feuille de route que le président de la COP 30, le Brésilien André Do Lago, s’est engagé à élaborer pour la COP-31. 

Première proposition, mettre en place une planification écologique, c’est-à-dire programmer à long terme la porte d’entrée pour une sortie en dehors des énergies fossiles.  

Deuxième proposition, renforcer les partenariats avec les pays qui souhaitent s’engager dans cette logique làen mobilisant notamment des outils financiers comme les plateformes pays, les partenariats pour une transition énergétique juste, autrement dit les JET-P (Just Energy Transition Investment Plan). Les JET-P visent à soutenir des pays émergents et en développement fortement dépendants des énergies fossiles les plus émettrices (charbon, fioul lourd) dans l’accélération de leur transition énergétique et à réaliser un effort de planification énergétique compatible à la fois avec les défis du développement économique, mais aussi avec les objectifs climatiques. 

Le premier JETP-P a été lancé en 2021 à la COP 26 à Glasgow avec l’Afrique du Sud. Puis ont suivi l’Indonésie et le Vietnam en 2022 ainsi que le Sénégal en 2023. En échange d’engagements précis sur le mix énergétique, les JET-P combinent des financements publics apportés par le Groupe des partenaires internationaux (soit le G7 moins les USA qui se sont retirés début mars 2025 du financement des JET-P), des financements d’autres pays et des promesses d’investissements privés au Vietnam et en Indonésie via la Glasgow Financial Alliance for Net Zero 

L’Afrique du Sud et l’Indonésie ont ainsi présenté à la COP des nouvelles contributions parmi les plus ambitieuses pour la catégorie des grands pays émergents et déclinant secteur par secteur les grands défis et les sujets à suivre, argumente Benoît Faraco. Grâce à cette planification, des investissements ont été débloqués et les conditions pour envisager une sortie accélérée du charbon.  

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Conférence de Santa Marta sur la sortie des énergies fossiles © D.R.

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Troisième proposition en lien avec l’actualité, la délégation française a proposé de mettre en place un mécanisme ou programme d’urgence pour aider les pays dépendants des énergies fossiles à électrifier le plus rapidement possible l’ensemble des usages dont ils disposent afin de les aider à faire face à une crise énergétique qui, aujourd’hui, pèse non seulement sur le pouvoir d’achat des ménages et sur la compétitivité d’entreprises, mais aussi sur la dette d’un certain nombre de pays. 

Il s’agira de mobiliser l’ensemble des financements existants, notamment le Fonds vert pour le climat (Green Climate Fund ou GCF), ainsi que les banques multilatérales de développement. Des pays comme le Kenya et l’Éthiopie ont en effet décidé de se tourner vers la mobilité électrique, et ont besoin de solutions propres à leur permettre de développer massivement l’accès à l’électricité pour soutenir leur croissance économique tout en améliorant leur souveraineté énergétique. Plus grande puissance électrique européenne, la France qui exporte aujourd’hui 20 % de son électricité qui est à 95 % décarbonée, est perçue, souligne-t-on côté gouvernemental, par ces pays comme un partenaire important. 

Pour sa part, la délégation française a également mis en avant la feuille de route de la France pour sortir des énergies fossiles, publiée officiellement le 27 avril 2026 et qui avait été dévoilée lors de la publication de la troisième édition de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) (lire notre article) en décembre 2025 puis de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) (lire notre article) en février 2026. Cette feuille de route récapitule les engagements visant à sortir du charbon d’ici à 2030 puis à en finir avec le pétrole à l’horizon 2045 et avec le gaz fossile en 2050 en favorisant notamment une électrification massive des usages.  

 

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Pour en savoir plus

World Energy Outlook 2025 – Analysis – IEA 

Feuille de route de la France pour une sortie progressive des énergies fossiles | Ministères Transition écologique, Aménagement du Territoire, Transports, Ville et Logement

202604_France’s_roadmap_to_transitionning_away_from_Fossil_Fuel_EN.pdf

Ultime consultation sur la troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) – Citepa 

Tenir les objectifs de la SNBC 3 permettra à la France d’économiser entre 22 et 39 milliards d’euros d’ici 2030 sur les importations d’énergies fossiles - MTE – Citepa 

La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie vise à porter à 60% dès 2030 la part d’énergie décarbonée dans la consommation énergétique de la France  – Citepa 

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