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Atténuation CCNUCC et Accord de Paris Empreinte carbone
Publié le 28 septembre 2026

Changement climatique – Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan préconise de faire de la décarbonation des importations un objectif stratégique

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 28/09/2026
Réf . : 2026_09_06

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Alors que les conséquences du dérèglement climatique s’intensifient, Nicolas Riedinger, directeur du département Environnement du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan (HCSP), préconise dans une note intitulée « L’empreinte carbone : concilier climat et souveraineté » et publiée le 14 septembre 2026 de fixer un objectif de neutralité en termes d’empreinte carbone à l’horizon 2060, qui viendrait compléter l’objectif de neutralité en termes d’émissions territoriales.

Nicolas Riedinger fait valoir que « l’architecture internationale de lutte contre le changement climatique, qui repose sur les engagements des États à réduire les émissions générées sur leur territoire, ne les incite pas à réduire les émissions liées à leurs importations ». Aussi « dans un contexte où le cumul des engagements nationaux ne suffit pas à limiter le réchauffement mondial en-deçà de 2°C et où, de plus, leur respect n’est pas garanti, agir sur tous les leviers à disposition paraît indispensable », martèle-t-il.

« À notre double responsabilité climatique, comme producteurs et comme consommateurs, et à la double dimension, interne et internationale, doit correspondre un double objectif de neutralité en empreinte [carbone] et en émissions territoriales », argumente-t-il en appelant à « faire de la décarbonation des importations un objectif stratégique ».

Les points à retenir
Fixer un horizon de « neutralité en empreinte » de manière complémentaire à l’objectif de neutralité en émissions territoriales afin de réduire les émissions liées aux importations et favoriser la relocalisation de productions destinées à la demande intérieure
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Contexte

Pour rappel alors que l’inventaire des émissions se focalise sur les émissions dites territoriales, autrement dit suit une approche production en comptabilisant les émissions ayant lieu sur le territoire national, l’empreinte carbone mesure, elle, les émissions de gaz à effet de serre associées à la production des biens et services utilisés en France, et ce qu’ils soient fabriqués ou produits sur le territoire ou importés.

Comme il le rappelle, la troisième version de la Stratégie nationale bas carbone (lire notre article) intègre pour la première fois l’empreinte carbone par habitant parmi les indicateurs pilotés, la France étant ainsi selon le ministère de la Transition écologique le premier État au monde à se fixer un tel objectif.

En 2024, l’empreinte carbone de la France se montait à 563 MtCO₂eq, ce qui équivaut à environ une fois et demie les émissions territoriales évaluées à 367 MtCO2eq selon le rapport Secten 2026. La SNBC-3 préconise de réduire cette empreinte de – 38 % à – 43 % d’ici 2030 (pour la ramener entre 426 et 464 MtCO2eq), et de – 71 % à – 79 % en 2050 (soit entre 160 et 215 MtCO2eq) par rapport à 2010 (749 MtCO2eq). L’empreinte carbone moyenne d’un Français serait ainsi comprise entre 2,3 et 3,1 tonnes de CO2eq en 2050, contre 8,2 tonnes actuellement.

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Viser la neutralité en termes d’empreinte carbone

Nicolas Riedinger plaide pour aller plus loin, en fixant en plus de l’objectif de neutralité des émissions territoriales à l’horizon 2050, un objectif de neutralité en termes d’empreinte carbone à l’horizon 2060 qui devrait être porté à l’échelle de l’Union européenne et être rendu contraignant pour être pleinement effectif.

Cette approche présente plusieurs avantages, fait valoir l’expert, puisqu’elle orienterait la consommation vers une production décarbonée, notamment locale, renforcerait la place de la sobriété, mettrait la décarbonation des importations au cœur de la politique commerciale et ferait de la relocalisation des activités en France ou en Europe un levier climatique, dès lors que cette relocalisation permettra de substituer une production française (ou européenne) moins carbonée à une production étrangère.

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Émissions territoriales versus émissions générées à l’étranger et incorporées dans les importations

Nicolas Riedinger rappelle que la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat repose sur des « contributions déterminées au niveau national » (CDN), qui doivent correspondre au « niveau d’ambition le plus élevé possible », compte tenu notamment des « responsabilités communes mais différenciées » et des « capacités respectives » des Parties. Dans ce cadre, les pays développés doivent assumer « des réductions d’émissions en chiffres absolus à l’échelle de l’économie », tandis que les pays en développement doivent accroître leurs efforts d’atténuation et « sont encouragés à passer progressivement à des objectifs de réduction ou de limitation des émissions à l’échelle de l’économie ». Même si l’Accord de Paris ne le précise pas explicitement, les émissions que les pays doivent réduire ou limiter sont les émissions ayant lieu sur leur territoire, telles que comptabilisées dans les inventaires établis suivant la méthodologie définie par le Giec (Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

Le choix de faire reposer l’architecture internationale sur le concept d’émissions territoriales paraît naturel, analyse-t-il, dans la mesure où il rend chaque État responsable des émissions ayant lieu sur son sol, telles que mesurées au moyen d’inventaires nationaux harmonisés. Cette approche permet ainsi de piloter les émissions directes des ménages, la transformation du système productif national ainsi que la gestion des puits de carbone. Il souligne qu’elle a cependant pour limite d’ignorer les interdépendances mondiales en matière d’émissions, notamment celles qui résultent du commerce international. En particulier, les émissions territoriales d’un pays excluent les émissions générées à l’étranger par la production des biens et services qu’il importe. À l’inverse, le concept d’« empreinte carbone » complète la lecture de la contribution des différents États aux émissions mondiales, en les ventilant dans une logique de consommation plutôt que de production.

Précisément, rappelle-t-il, les émissions incorporées dans les importations françaises destinées à la demande finale (284 MtCO2eq), – qui sont incluses dans l’empreinte mais pas dans les émissions territoriales -, excèdent largement les émissions incorporées dans les exportations (125 MtCO2eq), incluses à l’inverse dans les émissions territoriales mais pas dans l’empreinte. Ce différentiel reflète « au-delà du déficit commercial », le fait que les exportations ont un contenu en gaz à effet de serre par euro moins élevé que les importations en raison d’une différence de structure sectorielle et du fait aussi qu’à un produit donné, la production en France est relativement moins émettrice en moyenne que celle de ses partenaires commerciaux;

Le bilan à l’échelle de l’UE est similaire. Son empreinte s’est élevée à 4  000 MtCO2eq en 2023, soit 30 % de plus que ses émissions territoriales (3 100 MtCO2eq) et ses émissions importées à 1 400 MtCO2eq, contre 700 MtCO2eq pour ses émissions exportées.

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Mobiliser les leviers d’action sur les émissions importées

L’auteur rappelle que la somme des engagements de tous les États du monde portant sur leurs émissions territoriales n’est pas suffisante pour atteindre l’objectif climatique de l’Accord de Paris. La trajectoire de réchauffement qui résulterait du respect des CDN actuelles s’établirait entre 2,3°C à 2,5°C d’ici 2100 selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) au vu du rapport sur l’écart en matière d’émissions (Emissions Gap Report) publié le 4 novembre 2025 tandis que les seules politiques actuellement en vigueur conduiraient quant à elles le réchauffement à 2,8 °C (lire notre article). Aussi préconise-t-il de « mobiliser tous les leviers d’action sur les émissions mondiales dont nous disposons, en particulier sur les émissions importées – une condition d’efficacité de l’action climatique avant d’être une question d’équité ».

Dès lors, il propose de réexaminer les objectifs en empreinte carbone fixés dans le cadre de la troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC-3), publiée en juillet 2026, sous forme d’une fourchette comprise entre 160 Mt et 215 MtCO2eq. En effet, la borne haute de la fourchette – la moins ambitieuse – correspondrait à une empreinte par habitant de 3,1 tCO2eq en 2050, ce qui reviendrait si cet objectif était étendu au niveau mondial à une trajectoire menant à un réchauffement de 2°C d’ici la fin du siècle alors que l’Accord de Paris vise à ne pas dépasser les 1,5°C.

Aussi il préconise de viser la borne basse – « voire en-dessous » – de la fourchette visée par la SNBC-3 (148 MtCO2e par an sur la période 2034-2038) qui correspondrait à une empreinte par habitant de 2,3 tCO2eq en 2050, et qui impliquerait un rythme moyen de décroissance des émissions importées de 5,3 % par an. En partant du principe d’une convergence de l’empreinte carbone des Français avec celle du reste de l’humanité à cet horizon, elle permettrait de limiter le réchauffement en-deçà de 2°C. Elle resterait toutefois supérieure à l’empreinte mondiale par habitant en 2050 compatible avec un scénario limitant le pic de réchauffement entre 1,7°C et 1,8°C et permettant de revenir en-deçà du seuil de 1,5°C avant 2100.

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Empreinte carbone et émissions territoriales brutes de la France observées et projetées (en MTCO2 eq) – Trajectoire possible d’atteinte de la neutralité en empreinte en 2060, coïncidant avec la borne basse de la SNBC jusqu’en 2030 et accélérant légèrement ensuite, avec une empreinte par habitant de 2tCO2eq comme point de passage en 2050 – Source : SNBC-3, HCSP

 

Il préconise également de se donner une décennie supplémentaire après la neutralité en émissions territoriales pour atteindre le neutralité en empreinte, soit en 2060. En supposant un niveau d’absorptions de CO₂ inchangé à 60 MtCO2e entre 2050 et 2060, cela impliquerait un rythme de baisse de l’empreinte de 6,0 % d’ici 2060 par an en moyenne.

Il relève en outre que la portée de l’objectif actuel d’empreinte est limitée par son caractère national et par le caractère « indicatif » des plafonds fixés par la SNBC-3 et appelle à ce que cet objectif soit porté par l’Union européenne dans son ensemble, comme le recommande le Haut Conseil pour le climat, afin d’ « encourager les pays s’étant dotés d’une trajectoire ambitieuse à respecter leurs engagements et les autres à rejoindre le mouvement et faire [ainsi] d’un engagement résolu de réduction de notre empreinte une incitation à la décarbonation du reste du monde ». Ce faisant, l’UE devrait réduire son empreinte de 5,7 % par an en moyenne d’ici 2060 pour atteindre la neutralité, contre une baisse annuelle de 6,8 % pour les émissions territoriales d’ici 2050.

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Favoriser la sobriété

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Répartition de l’empreinte carbone de la France par grand poste de consommation en 2023 – Service des données et des études statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique, 2025

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Nicolas Riedinger veut croire que la sobriété est également un levier de réduction des émissions territoriales. La SNBC-3 n’y accorde qu’une place modeste avec une contribution à la baisse des émissions limitée à 11 % (lire notre article). Fixer un objectif ambitieux d’empreinte donnerait une place accrue à la sobriété – l’alimentation, l’habitat et les déplacements, qui représentent au total plus des deux-tiers de l’empreinte carbone, constituant les trois postes de consommation à cibler prioritairement.

L’adoption de modes de vie plus sobres passe, souligne-t-il, par une combinaison de politiques publiques mobilisant différents leviers, tels que les prix, l’information, l’offre ou les infrastructures. Elle suppose aussi une évolution des normes socioculturelles. Pour autant, il relève que contenir la demande ne permettra pas d’éliminer l’ensemble des émissions associées à la consommation et qu’un objectif d’empreinte impose également d’agir sur son contenu carbone, et notamment sur les importations.

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Faire de la décarbonation des importations un objectif stratégique

Principal levier d’action sur le contenu carbone des importations, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) n’est pas structurellement conçu pour garantir la limitation des émissions importées à un niveau donné, relève Nicolas Riedinger. Aussi préconise-t-il de mettre en place « une véritable stratégie de décarbonation des importations », à définir à l’échelon européen et à « faire de la réduction de l’empreinte carbone un objectif central et explicite de la politique commerciale européenne », intégré à l’ensemble des accords commerciaux.

Ces accords pourraient être complétés, comme le recommande le Haut Conseil pour le climat, par des partenariats bilatéraux ou régionaux visant à accompagner la décarbonation des chaînes de valeur et le développement de capacités de production bas carbone dans les pays partenaires.

Cette stratégie de décarbonation passerait par la substitution d’importations moins carbonées aux importations actuelles ainsi que par la relocalisation de certaines productions destinées à la demande intérieure, qui pourrait ainsi devenir un levier à part entière de la politique climatique, lorsqu’elle permettrait de substituer une production européenne moins carbonée à une production étrangère. Il précise que la réorientation de la politique commerciale peut favoriser de telles relocalisations en modifiant les conditions de concurrence entre producteurs européens et étrangers.

Pour autant, il rappelle que relocaliser en France ou en Europe une production auparavant réalisée dans un pays plus carboné peut accroître les émissions territoriales. Aussi appelle-t-il à « un pilotage conjoint des émissions territoriales et de l’empreinte » pour éviter qu’un objectif territorial pris isolément ne décourage des relocalisations favorables au climat.

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Double dividende climatique et productif

En conclusion, Nicolas Riedinger souligne que poursuivre un objectif de neutralité en empreinte, en complément de l’objectif de neutralité en émissions territoriales, serait susceptible de « générer un double dividende, climatique et productif, en renforçant les incitations à décarboner les chaînes de valeur mondiales tout en valorisant les productions françaises et européennes lorsqu’elles présentent un avantage carbone ».

Pour autant, il souligne que les objectifs de neutralisation des émissions territoriales et de l’empreinte carbone n’épuisent pas la capacité d’action sur les émissions mondiales. La coopération internationale, l’orientation des flux financiers vers l’investissement socialement responsable, l’information extra-financière ou encore la diffusion de normes et technologies bas carbone sont autant de leviers à mobiliser, au-delà de notre impact direct en tant que producteurs et consommateurs.

 

Pour en savoir plus

L’empreinte carbone : concilier climat et souveraineté | Haut-commissariat à la stratégie et au plan

L’empreinte carbone des Français – dernière étude du Citepa et de l’ABC

 

 

Atténuation CCNUCC et Accord de Paris Empreinte carbone