Pesticides dans l’air – Atmo France souhaite sensibiliser les acteurs territoriaux et le grand public, et favoriser la définition de valeurs de référence
Par : Sophie Sanchez
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Tableau de bord du suivi des pesticides – Source : Atmo France, mars 2026
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Catherine Hervieu, présidente d’Atmo France
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Habituellement associés à la contamination des aliments, du sol et de l’eau, les pesticides polluent aussi l’air que nous respirons. Pour favoriser la prise de conscience des enjeux environnementaux et sanitaires liés à leur présence, Atmo France, qui fédère les dix-neuf associations de surveillance de la qualité de l’air (Aasqa), a rendu publique le 30 mars 2026 PhytAtmo Dataviz, la première carte de France des pesticides dans l’air.
Cet outil interactif rend accessible au plus grand nombre les données issues des mesures de pesticides respirés par la population, en France hexagonale comme dans les DROM. Il permet de comprendre où, quand et dans quels contextes des pesticides sont mesurés dans l’air, à partir des données produites par les Aasqa. Même à de très faibles concentrations, ces substances peuvent contribuer à une exposition diffuse et répétée, alimentant les inquiétudes de la population quant à leurs effets potentiels sur la santé.
Dans un contexte où il n’existe pas de valeurs réglementaires à ne pas dépasser pour les pesticides dans l’air et pas de modélisation, contrairement aux polluants règlementés, Atmo France souhaite, comme le précise Emmanuelle Drab-Sommesous, sa référente nationale pesticides, « sensibiliser les acteurs territoriaux et le grand public à ces enjeux et donner les clés de lecture pour mieux comprendre ces données » .
La mise en ligne de PhytAtmo DataViz s’inscrit à cet égard dans le cadre « d’un travail en cours depuis plusieurs années, visant à aboutir avec l’Anses(1) à la définition de valeurs de référence en matière de pesticides dans l’air afin d’orienter les politiques publiques et d’accompagner les acteurs du territoire » face à ces enjeux importants pour la santé publique.
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Le réseau de surveillance de la qualité de l’air
Atmo France fédère les dix-neuf associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (Aasqa) réparties sur l’ensemble du territoire (une par région), acteurs de référence pour la mesure, l’analyse et l’information du public sur l’air. Dans le prolongement de sa mission de service public, Atmo France s’engage également à développer une expertise nationale en matière de surveillance des pollens.
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Structuration et homogénéisation des données
« Les AASQA réalisent des mesures des pesticides depuis 2002. La base a été ouverte en open data en 2019 mais les informations n’étaient pas aisément accessibles. Nous avons entrepris de la structurer sur impulsion du ministère en charge de la Transition écologique, qui finance un point de mesure sur chaque région, en appliquant à partir de 2021 des protocoles homogènes sur tous les territoires afin de permettre la comparaison de tous les sites au niveau national et l’identification des concentrations de pesticides entre les différents sites de mesures en France. En l’absence de valeurs règlementaires, ceci permet de donner un premier élément d’appréciation des concentrations observées en facilitant la compréhension des situations », explique Emmanuelle Drab-Sommesous.
Les informations apportées par PhytAtmo DataViz alimentent les travaux de l’Anses dans le cadre du réseau de phytopharmacovigilance, un dispositif qui permet de disposer de nombreuses données sur la présence de résidus de produits phytopharmaceutiques dans les milieux, y compris les aliments, les expositions et leurs éventuels effets sur les êtres vivants et les écosystèmes. Pour autant, elles ne constituent pas une évaluation sanitaire, mais apportent des repères pour éclairer les enjeux d’exposition, la prévention et la décision publique, dans un contexte où il n’existe pas de valeurs réglementaires pour les pesticides dans l’air.
L’outil présente les données 2022-2023. Les données 2024 seront intégrées au premier semestre 2026, puis la datavisualisation sera mise à jour chaque année.
(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
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Pourquoi des pesticides sont présents dans l’air

Voies de dispersion des pesticides dans l’air – Source : Atmo France, mars 2026
Les produits phytosanitaires appliqués sur les cultures peuvent se retrouver dans l’air, comme l’explique la plateforme. Lors de la pulvérisation, une partie des gouttelettes est emportée par le vent en dehors de la parcelle traitée (surface cible), ce qui peut représenter des pertes importantes si le vent est fort.
Après l’application, les pesticides peuvent aussi s’évaporer à partir du sol ou des plantes : c’est la volatilisation. Ce phénomène peut durer plusieurs jours, voire semaines, et dépend beaucoup de la température et des conditions météorologiques.
Enfin, le vent peut soulever des particules de sol contaminées, contribuant à la dispersion des pesticides sous forme de poussières (érosion éolienne).
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Premiers résultats et situations « de vigilance »
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Clef de lecture des jauges – Source : Atmo France, mars 2026
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À partir des mesures effectuées en 2022 et 2023 sur dix-huit sites de surveillance répartis sur le territoire, Atmo France a constitué des moyennes nationales par substance, permettant de visualiser des situations pouvant être « de vigilance ».
La plateforme permet en effet d’identifier si un territoire est plus ou moins exposé que la moyenne nationale (calculée dans la majorité des cas à partir de sites dits « de fond » et parfois à partir de sites situés à proximité directe de parcelles agricoles) et comment il se situe par rapport aux valeurs minimales et maximales observées sur une année – et, ce, pour une quinzaine de substances actives présentes dans les pesticides. Ainsi les données sont matérialisées sous forme de jauges intégrant les valeurs minimum, moyenne et maximum constatées et qui constituent « des outils de compréhension et de repérage des concentrations en pesticides dans l’air par comparaison avec l’ensemble des sites sur le territoire national ».
Il en résulte que des pesticides – fongicides, herbicides ou insecticides – sont présents dans l’air sur l’ensemble du territoire. En 2023, parmi les 75 substances actives recherchées, environ un tiers a été détecté et une sur huit a été quantifiée, avec des niveaux variables selon les territoires et les périodes d’usage.
Le pesticide dont les concentrations sont les plus élevées est le prosulfocarbe, un herbicide utilisé particulièrement sur les cultures de céréales, pommes de terre, oignons et pour certaines plantes aromatiques. Ainsi en France hexagonale, en considérant l’ensemble des prélèvements hebdomadaires, le prosulfocarbe se distingue des autres substances avec une concentration maximale de 70 ng/m3 .
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Substances actives les plus quantifiées en 2022/2023, avec l’intégration dans les jauges de la distinction entre substances autorisées et substances interdites
Fongicides
Fenpropidine, Fluazinam, Fluopyram, Folpel, Pyriméthanil, Spiroxamine
Herbicides
Metolachlore (-s), Pendiméthaline, Propyzamide, Prosulfocarbe, Triallate
Insecticides
Chlorpyriphos methyl (interdit), Deltaméthrine, Lindane (interdit), Perméthrine (interdit)
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Substances majoritairement quantifiées en France hexagonale – Source : Atmo France, mars 2026
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Substances majoritairement quantifiées dans les Drom – Source : Atmo France, mars 2026
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La datavisualisation met également en évidence la présence de substances connues, comme le glyphosate, à des niveaux très faibles (inférieurs à 0,1 ng/m³) et de molécules interdites depuis plusieurs années en raison de risques avérés pour la santé humaine, la biodiversité ou l’environnement, mais encore présentes en raison de leur persistance environnementale.
Ainsi le lindane, insecticide interdit depuis 1998 dans l’agriculture et depuis septembre 2006 en usage de biocides (antipoux et antipuces) pour les particuliers en France, et classé cancérogène pour l’homme, a la capacité de persister longtemps dans l’environnement après son utilisation. Sur la période 2022-2023, le lindane a été quantifié dans 61 % des prélèvements d’air en France, précise Atmo France.
De même, le chlorothalonil, un fongicide utilisé en agriculture pour protéger les cultures contre les maladies causées par des champignons et qui n’est plus approuvé en tant que substance active phytopharmaceutique en France depuis 2020, a été détecté. Toutefois, dès 2021, les concentrations de ce fongicide baissent et en 2022 et 2023, sur près de 600 prélèvements hebdomadaires, seuls cinq ont présenté des résultats légèrement supérieurs à la limite de quantification analytique pour ce produit qui est à l’origine de la présence d’un métabolite dans l’eau, responsable d’une forte dégradation de l’eau potable.
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Pour en savoir plus
Communique de presse Atmo France
Présentation de PhytAtmo | Atmo France
PhytAtmo – principales substances actives – Jauges – tableau de bord
Liste des polluants d’intérêt national | LCSQA
Pesticides dans l’air ambiant : lancement d’un suivi national annuel – Citepa
