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Emissions de GES : écart entre ambition et science (Gap Report 2017 de l’ONU)

  • Réf. : 2017_11_a2
  • Publié le: 1 novembre 2017
  • Date de mise à jour: 28 mai 2019
  • International

Même avec la mise en œuvre intégrale des (I)NDC, selon les projections d’ONU-Environnement, les émissions de GES en 2030 ne seraient pas compatibles avec l’objectif de 2°C.

ONU-Environnement [anciennement le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)] a publié le 31 octobre 2017 la 8 e édition de son rapport annuel ( Emissions Gap Report ) qui évalue l’écart entre le niveau de réduction collective des émissions de gaz à effet de serre (GES) nécessaire au regard de l’objectif de 2°C et les projections d’émissions mondiales de GES de tous les pays de la planète basées sur leurs engagements de réduction pour 2025-2030, inscrits dans leurs contributions nationales (INDC [CPDN en français] et NDC [CDN] ) [soumises respectivement en amont de la COP-21 et au titre de l’Accord de Paris] . Ces engagements sont inconditionnels [prévus quoi qu’il arrive] et/ou conditionnels [conditionnés à un soutien des pays industrialisés (financement, renforcement des capacités, transfert de technologies)], sans pour autant être contraignants [cf. article 4 de l’Accord de Paris].

En 2016, les émissions mondiales de GES sont estimées à 51,9 Gt CO2e [avec UTCATF] .

Scénario sans (I)NDC(3)  : en 2030, les émissions mondiales de GES devraient s’élever à 58,9 Gt CO2e , alors que le niveau à ne pas dépasser en 2030 pour ramener les émissions sur une trajectoire compatible avec l’objectif de 2°C d’ici 2100 est toujours estimé à 42 Gt CO2e (l’écart est donc de 16,9 Gt CO2e ).

Scénario avec (I)NDC : même avec les (I)NDC, en 2030, les émissions mondiales de GES devraient atteindre 52,8 Gt CO2e [mise en œuvre intégrale des objectifs inconditionnels et conditionnels ] à 55,2 Gt CO2e [mise en œuvre uniquement des objectifs inconditionnels] , soit une réduction comprise entre 3,7 et 6,1 Gt CO2e par rapport au scénario sans (I)NDC en 2030.

L’écart entre l’ambition des (I)NDC et le niveau de réduction collective nécessaire serait alors de 10,8 à 13,2 Gt CO2e .

Les engagements pris par les Parties dans le cadre de leur (I)NDC, qui constituent le fondement de l’Accord de Paris, ne représentent qu’un tiers des réductions d’émissions de GES nécessaires à l’horizon 2030 pour respecter l’objectif de 2°C. Cette estimation se base sur l’hypothèse que les Parties mettraient en œuvre les engagements de réduction inscrits dans leurs (I)NDC.

Evolution des émissions mondiales de GES selon des scénarios avec et sans (I)NDC par rapport à l’objectif de 2°C (en Gt CO2e)

Source : ONU-Environnement, Emissions Gap Report 2017

Avec les mesures existantes, les émissions en 2030 s’élèveront à 58,9 Gt CO2e. Or, pour respecter l’objectif de 2°C, il ne faudrait pas dépasser 42 Gt CO2e à cet horizon. L’effort de réduction à consentir est donc de 16,9 Gt CO2e. Même mises en œuvre intégralement, les (I)NDC ne permettraient qu’une réduction de 6,1 Gt CO2e. Il faudrait donc multiplier cet effort par 3.

Le rapport détaille différentes possibilités pour réaliser de rapides et fortes réductions d’émissions de GES dans tous les secteurs. ONU-Environnement estime que les investissements dans les technologies d’un coût inférieur à 100 dollars par tonne de CO2 évitée pourraient permettre d’éviter entre 30 et 36 Gt  CO 2 e par an à l’horizon 2030. 

Une grande partie du potentiel de l’ensemble des secteurs découle de l’investissement dans six sous-secteurs : solaire, éolien, appareils électroménagers efficaces, voitures particulières efficaces, boisement et arrêt de la déforestation. Ces sous-secteurs représentent un gisement de réduction cumulé de 22 Gt CO2e en 2030.

Les mesures prévues par les acteurs non étatiques pourraient réduire l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions de 2030 de quelques Gt CO2e, ceci même en tenant compte du chevauchement avec les (I)NDC.

Par ailleurs, ONU-Environnement analyse les conséquences de l’ambition actuelle des (I)NDC pour le budget CO2 jusqu’en 2030.

Dans le 3e volume de son 5e rapport d’évaluation, le GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] a estimé la quantité maximale cumulée de CO 2 pouvant encore être émise dans l’atmosphère pour rester en-dessous du seuil de 2°C à 1 000 Gt CO2 [sur la période 2011-2100].

Sur la base de la mise en œuvre intégrale des (I)NDC, ONU-Environnement estime [avec une probabilité de 66%] que le budget CO2 à l’horizon 2030 sera consommé à hauteur d’environ 80%. [Ces estimations prennent en compte la NDC des Etats-Unis malgré leur retrait prévu].

La mise en œuvre des (I)NDC entraînerait une augmentation des températures à l’horizon 2100 de 3°C [mise en œuvre intégrale des engagements] à 3,2°C [mise en œuvre des engagements inconditionnels seulement].

ONU-Environnement est formel dans ses conclusions : il est urgent d’accélérer l’action à court terme et de renforcer les ambitions nationales à long terme pour que les objectifs de l’Accord de Paris restent atteignables. […] Il est clair que si l’écart [entre les réductions nécessaires et les engagements des Parties] n’est pas comblé d’ici à 2030, il est extrêmement improbable que l’objectif de 2°C puisse encore être atteint”.

Les Parties devront donc soumettre des NDC plus ambitieuses lors de leur révision prévue en 2020. ONU-Environnement souligne enfin que “si les Parties ratent l’échéance de 2020 pour réviser les NDC, il serait quasiment impossible par la suite de combler l’écart des émissions en 2030“.

(3) Projections d’émissions mondiales en prenant en compte les politiques climat actuelles adoptées mais hors engagements de réduction des (I)NDC.

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