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Emissions de GES : écart entre ambition et science (Gap Report 2018 de l’ONU)

  • Réf. : 2018_12_a1
  • Publié le: 1 décembre 2018
  • Date de mise à jour: 16 mai 2019
  • International

Même avec la mise en œuvre intégrale des NDC, selon les projections de l’ONU Environnement, les émissions de GES en 2030 ne seraient compatibles ni avec l’objectif de 1,5°C et ni même avec l’objectif de 2°C.

L’ONU Environnement [anciennement le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)] a publié le 27 novembre 2018 la 9e édition de son rapport annuel (Emissions Gap Report) qui évalue l’écart entre :

  • le niveau de réduction collective des émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2030 qui soit compatible avec les objectifs de 2°C et de 1,5°C et,
  • les projections d’émissions mondiales de GES de tous les pays de la planète, basées sur leurs engagements de réduction pour 2025-2030, inscrits dans leurs contributions nationales (NDC) [soumises au titre de l’Accord de Paris]. Ces engagements sont inconditionnels [prévus quoi qu’il arrive] et/ou conditionnels [conditionnés à un soutien des pays industrialisés (financement, renforcement des capacités, transfert de technologies)], sans pour autant être contraignants [cf. article 4 de l’Accord de Paris].

Niveau d’émissions actuel : en 2017, les émissions mondiales de GES sont estimées à 53,5 Gt CO2e [avec UTCATF]. Après trois années de stabilisation (2014-2016), les émissions mondiales de GES sont reparties à la hausse [+0,7 Gt CO2e en 2017 par rapport à 2016]. Sur la base des projections (scénarios avec mesures existantes [sans NDC] et avec NDC), les émissions mondiales de GES ne devraient pas atteindre leur niveau maximal [pic] avant 2030, a fortiori avant 2020.


Scénario sans NDC(1)
: comparées au scénario de référence (65 Gt CO2e en 2030), les trajectoires projetées sur la base des mesures existantes devraient permettre de réduire les émissions mondiales de GES d’environ 6 Gt CO2e en 2030 pour atteindre 59 Gt CO2e. Cette réduction de 6 Gt CO2e est du même ordre de grandeur que celle du rapport de 2017, ce qui indique, selon l’ONU Environnement, qu’aucun progrès significatif n’a été identifié dans la mise en œuvre de politiques depuis 2016 qui permettrait la réalisation des objectifs de réduction fixés dans les NDC. Or, le niveau à ne pas dépasser à cet horizon pour ramener les émissions sur une trajectoire compatible avec l’objectif de 2°C est désormais estimé à 40 Gt CO2e [et non plus à 42 Gt CO2e]. L’écart est donc de 19 Gt CO2e. Pour l’objectif de 1,5°C, le niveau à ne pas dépasser en 2030 serait de 24 Gt CO2e, soit un écart de 35 Gt CO2e.


Scénario avec NDC :
même avec les NDC, en 2030, les émissions mondiales de GES devraient atteindre 53 Gt CO2e [mise en œuvre intégrale des objectifs inconditionnels et conditionnels] à 56 Gt CO2e [mise en œuvre uniquement des objectifs inconditionnels], soit une réduction comprise entre 3 et 6 Gt CO2e par rapport au scénario sans NDC en 2030.


Cohérence avec les données du GIEC
: la fourchette de 53-56 Gt CO2e précitée est cohérente avec les projections du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] dans le résumé pour décideurs de son rapport spécial +1,5°C publié le 8 octobre 2018 (lire notre article sur le sujet) [Impacts du réchauffement à +1,5°C] : 52-58 Gt CO2e en 2030 sur la base du niveau d’ambition des NDC actuelles.

L’écart entre l’ambition des NDC et le niveau de réduction collective nécessaire pour une trajectoire compatible avec l’objectif de 2°C serait alors de 13 à 16 Gt CO2e ; pour une trajectoire compatible avec l’objectif de 1,5°C, l’écart serait de 29 à 32 Gt CO2e. L’ONU Environnement souligne que l’écart s’est considérablement creusé par rapport aux estimations précédentes, en particulier concernant l’objectif de 1,5°C [écart en 2017 : 10,8 à 13,2 Gt CO2e (2°C) et 16 à 19 Gt CO2e (1,5°C), source : Emissions Gap Report 2017].

Les émissions mondiales de GES doivent donc baisser d’environ 25% en 2030 par rapport à 2017 pour s’engager sur une trajectoire d’émissions compatible avec l’objectif de 2°C et d’environ 55% pour l’objectif de 1,5°C.

Les engagements [inconditionnels + conditionnels] pris par les Parties dans le cadre de leurs NDC, qui constituent le fondement de l’Accord de Paris, ne représentent qu’un tiers des réductions d’émissions de GES nécessaires à l’horizon 2030 pour respecter l’objectif de 2°C et qu’un sixième pour respecter l’objectif de 1,5°C. En d’autres termes, il faudrait donc respectivement tripler cet effort pour respecter l’objectif de 2°C et presque sextupler cet effort pour l’objectif 1,5°. En outre, ces estimations se basent sur l’hypothèse que les pays mettraient en œuvre les engagements de réduction inscrits dans leurs NDC, ce qui est loin d’être acquis à ce stade.

Evolution des émissions mondiales de GES selon des scénarios avec et sans NDC par rapport aux objectifs de 2°C et de 1,5°C

Source : ONU-Environnement, Emissions Gap Report 2018

Le rapport actualise les potentiels de réduction sectoriels réalisables en 2030 d’un point de vue technique et économique. L’ONU Environnement estime ainsi que les investissements dans les technologies d’un coût inférieur à 100 dollars par tonne de CO2 évitée pourraient permettre d’éviter entre 33 et 38 Gt CO2e par an à l’horizon 2030. En clair, le potentiel technique de réduction [essentiellement dans six domaines : solaire, éolien, appareils électroménagers efficaces, voitures particulières efficaces, boisement et arrêt de la déforestation] est donc suffisant pour combler l’écart en 2030, ce qui laisse entendre que c’est une volonté politique ambitieuse qui manque pour y parvenir.


Acteurs non-étatiques
: l’ONU Environnement analyse l’impact des engagements des acteurs non-étatiques [villes, régions et Etats fédérés, entreprises, investisseurs, banques] sur l’écart entre science et ambition. Les mesures prises par ces acteurs sont essentielles à la mise en œuvre des NDC et peuvent aider les Gouvernements à réaliser leurs objectifs de réduction.


Toutefois,l’incidence de la mise en œuvre intégrale de leurs engagements individuels pris à ce jour sur la réduction de l’écart est extrêmement limitée : d’ici 2030, jusqu’à 0,45 Gt CO2e/an par rapport à la mise en œuvre intégrale des NDC inconditionnelles et jusqu’à 1,85 Gt CO2e/an par rapport aux trajectoires basées sur les mesures existantes.
Par ailleurs, pour renforcer la crédibilité de ces mesures, il faut améliorer le suivi, la déclaration et la vérification [MRV] de leur mise en œuvre et des réductions réalisées.


Hausse des températures
: la mise en œuvre des NDC entraînerait une augmentation des températures à l’horizon 2100 de 3°C [mise en œuvre intégrale des engagements] à 3,2°C [mise en œuvre des engagements inconditionnels seulement]. Ces projections sont identiques à celles du rapport 2017.


Conclusions

L’ONU Environnement est formel : “Les engagements actuels [inscrits] dans les [NDC] sont insuffisants pour combler l’écart […] d’ici à 2030. Techniquement, il est encore possible d’y parvenir […]. Cependant, si les ambitions des [NDC] ne sont pas revues à la hausse avant 2030, il deviendra impossible de respecter l’objectif de 1,5°C. Aujourd’hui plus que jamais, les nations doivent prendre des mesures urgentes et inédites. Si l’écart […] n’est pas comblé d’ici à 2030, tout porte à croire que l’objectif de 2°C sera lui aussi hors d’atteinte.


Les Parties doivent donc rapidement passer à la mise en œuvre de leurs NDC actuelles, et en parallèle, rehausser leur niveau d’ambition lors de la révision prévue en 2020
[cf. décision 1/CP.21 § 23 et 24] mais aussi améliorer l’efficacité des politiques nationales qui sont essentielles pour convertir l’ambition en actions concrètes.

Zoom sur les pays du G20

Le rapport de l’ONU Environnement comporte une analyse des politiques climat actuelles des pays du G20 [voir sections 2.4.1 et 2.4.2] visant à évaluer s’ils sont en bonne voie pour respecter leurs engagements de Cancún (2010) pour 2020 et ceux pour 2030 inscrits dans leurs NDC.

Le rapport conclut que si la plupart des pays du G20 sont en passe de tenir leurs engagements de Cancún, il n’y va pas de même pour ceux de leurs NDC. Puisque les pays du G20 représentent aujourd’hui 78% des émissions mondiales de GES(2), ils joueront un rôle central dans l’atteinte ou non de l’objectif à long terme de l’Accord de Paris [neutralité carbone dans la 2emoitié du 21e siècle (article 4)].


(1)
projections d’émissions mondiales en prenant en compte les politiques climat actuelles adoptées mais hors engagements de réduction des NDC.

(2)Source : Emissions Gap Report, p.7.Voir rapport intégral et synthèse en français.

 

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