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Ecart entre science et ambition : un seul pays au monde – la Gambie – a soumis une NDC-2 compatible avec l’objectif de +1,5°C (analyse de Climate Action Tracker)

  • Réf. : 2021_10_a01
  • Publié le: 1 octobre 2021
  • Date de mise à jour: 13 octobre 2021
  • International

Le 15 septembre 2021, Climate Action Tracker (voir encadré en fin d’article) a publié une mise à jour de ses projections d’émissions de gaz à effet de serre (GES) élaborées notamment sur la base des objectifs inscrits dans les contributions nationales (NDC) soumises à la CCNUCC en 2020-2021 par les Parties à l’Accord de Paris (conformément à son article 4). Concrètement, CAT a analysé l’écart entre la science et l’ambition (voir encadré ci-dessous), c’est-à-dire l’impact de la mise en œuvre de l’ensemble des nouveaux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) sur le niveau d’émissions de GES projeté à l’horizon 2030 et ce, au regard d’une trajectoire d’émissions de GES compatible en 2030 avec l’objectif de +1,5°C fixé par l’article 2 de l’Accord de Paris. Cette mise à jour a été publiée sous forme de note d’analyse (Briefing).

 

L’écart entre la science et l’ambition 

Le concept d’écart entre la science et l’ambition (dit en anglais “emissions gap“) est un indicateur mis au point par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) en 2010. Il décrit l’écart entre :

  • le niveau de réduction collective des émissions de GES en 2030 nécessaire pour être compatible avec les objectifs de +2°C et de +1,5°C et,
  • les projections d’émissions mondiales de GES de tous les pays de la planète, basées sur leurs engagements de réduction pour 2025-2030, inscrits dans leurs NDC.

Chaque année depuis 2010, le PNUE publie son rapport annuel évaluant cet écart. Le 11e rapport a été publié le 9 décembre 2020 (lire notre article).

 

Méthodologie

CAT indique qu’il s’est appuyé sur une méthodologie élargie pour classer les Parties dans les cinq différentes catégories définies : « gravement insuffisant », « hautement insuffisant », « insuffisant », « presque suffisant », « compatible avec l’objectif +1,5°C ». Pour déterminer la notation des Parties, CAT prend désormais en compte quatre principaux paramètres : (1) les objectifs de réduction des émissions de GES fixés pour 2030, (2) si l’objectif d’une Partie est équitable par rapport à sa part de responsabilité (part dans les émissions mondiales de GES), (3) les politiques et mesures mises en place pour les atteindre, et (4) le financement climat fourni par les pays industrialisés aux pays en développement et le financement climat dont les pays en développement ont besoin. Deux critères supplémentaires ont également été définis : (5) l’utilisation des terres et la forêt et (6) les objectifs zéro émission nette pour 2050. A noter enfin que l’analyse du CAT ne porte pas sur l’ensemble des 191 Parties à l’Accord de Paris, mais une sélection de 37 Parties.

 

Résultats

Impact des objectifs 2030 renforcés sur l’écart entre la science et l’ambition

Selon les estimations de CAT, les NDC-2 soumises en 2020-2021 (jusqu’à la date de publication de l’analyse de CAT) permettraient de réduire de 4 Gt CO2e au maximum (soit de 15%) l’écart entre le niveau d’émissions de GES projeté à l’horizon 2030 sur la base de ces NDC-2 et une trajectoire d’émissions de GES compatible en 2030 avec l’objectif de +1,5°C. Cet écart se situerait entre 20 et 23 Gt CO2e selon les projections de CAT. (Voir la liste des NDC-2).

Or, l’analyse précédente de CAT, publiée le 4 mai 2021 (lire notre article), avait estimé la réduction de cet écart à 3,9 Gt CO2e au maximum (-14%). En d’autres termes, au cours des cinq derniers mois (mai-septembre 2021), l’écart n’aurait été réduit que de 0,1 Gt CO2e (soit -1%).

CAT pointe plusieurs Parties dont les NDC-2 sont soit « gravement insuffisantes » (Russie, Singapour), soit « hautement insuffisantes » (Australie, Brésil, Indonésie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Viêt-Nam), soit « insuffisantes » (Suisse). Ces Parties n’ont pas relevé leur niveau d’ambition depuis leur NDC-1. Ainsi, elles ont soumis les mêmes objectifs que ceux inscrits dans leur NDC-1 (Australie, Indonésie), voire, dans certains cas, baissé le niveau d’ambition de leurs objectifs NDC-1 (Brésil, Mexique).

Il reste toutefois 71 Parties (dont plusieurs grands émetteurs [Chine, Inde,…]) qui n’ont pas encore soumis de NDC-2 avec une mise à jour de leurs objectifs de réduction inscrits dans leur NDC-1.

 

Il faut renforcer les objectifs et les actions

CAT souligne que la quasi-totalité des pays industrialisés doivent renforcer davantage leurs objectifs GES afin de réduire les émissions le plus rapidement possible, élaborer et mettre en œuvre des politiques et mesures pour atteindre ces objectifs et soutenir davantage les pays en développement pour leur permettre d’assurer la transition énergétique. Quant aux pays en développement, pointe CAT, ils doivent non seulement mettre à jour leurs objectifs et politiques, mais aussi définir une trajectoire montrant comment ils pourraient réduire leurs émissions de GES s’ils bénéficiaient d’un soutien financier international, et chiffrer le soutien international dont ils ont besoin.

Seule une Partie, le Royaume-Uni, s’est fixé un objectif de réduction national classé « compatible avec l’objectif de °+1,5°C » alors que ceux d’autres Parties (UE, Norvège) sont « presque suffisants ». Lorsque l’ensemble des critères de classement est pris en compte, la NDC d’une seule Partie – un pays en développement -est jugée « compatible avec l’objectif de +1,5°C », à savoir la Gambie.

Notation globale des Parties étudiées par CAT (sur la base de l’ensemble des critères de classement pris en compte)

Source : CAT, 15 septembre 2021 (p.7).

 

Tableau de synthèse de la notation des Parties étudiées par CAT au regard des quatre principaux critères de classement pris en compte et de leur notation globale

Source : CAT, 15 septembre 2021 (p.15).

 

L’importance de l’échéance 2030

CAT souligne que 2030 est l’échéance la plus importante pour la mise en œuvre des objectifs de réduction puisque, selon le Giec, il faut réaliser une réduction des émissions mondiales de CO2 réduire les émissions de CO2 de 45% à cette échéance par rapport à 2010 (soit un total mondial de 21,2 Gt CO2 sur la base des émissions totales nettes de CO2 en 2010 de 38,5 Gt CO2 (source : Giec, rapport spécial +1,5°C, chapitre 2, tableau 2.4, p.37, 8 octobre 2018lire notre dossier de fond) pour mettre la planète sur une trajectoire d’émissions compatible avec l’objectif de +1,5°C. Or, pointe CAT, « les Gouvernements nationaux en sont très loin ». Il estime que sur la base des politiques et mesures existantes, les émissions mondiales de GES en 2030 seront à peu près au même niveau qu’aujourd’hui (52,4 Gt CO2e, source : PNUE, Emissions Gap Report 2020, 9 déc. 2020), soit le double du niveau nécessaire pour être compatible avec l’objectif de +1,5°C (25 Gt CO2e (source : idem).

 

Les objectifs 2050 sont indissociables des objectifs 2030

Selon CAT, les nombreux objectifs de zéro émission nette fixés pour 2050 sont une source d’espoir mais ne seront pas atteints sans réductions suffisantes dès 2030. Il faut donc que les objectifs 2030 soient alignés sur ceux de 2050 et que les Parties fixent des objectifs robustes à court terme (2030) et définissent une trajectoire robuste pour les atteindre. A défaut, les objectifs de neutralité carbone ou climatique en 2050 ne seront pas réalisables.

 

Impact sur la hausse des températures moyennes mondiales

Selon les estimations de CAT, si les objectifs de zéro émission nette pour 2050 couplés à ceux fixés pour 2030 étaient intégralement mis en œuvre, la hausse des températures moyennes mondiales d’ici 2100 pourrait être limitée à +2,0°C (au lieu de +2,9°C sur la base des politiques et mesures existantes [cf. analyse de CAT du 4 mai 2021], sot presque le double de l’objectif de +1,5°C fixé par l’Accord de Paris).

 

L’éclairage du Citepa

Au-delà de l’écart entre science et ambition, il existe un deuxième écart…. 

Enfin et surtout, il faut certes combler l’écart entre l’ambition des Parties et la science, mais il faut également combler l’écart entre l’ambition et l’action : la mise en œuvre concrète des engagements inscrits dans les NDC, sachant que ces objectifs ne sont même pas juridiquement contraignants (cf. article 4 de l’Accord de Paris).

 

La trajectoire climat mondiale se trouve ainsi dans une double incohérence :

  • entre les objectifs de l’Accord de Paris et les engagements des Parties (NDC), mais aussi
  • entre ces mêmes engagements, et les actions mise en œuvre pour les atteindre.

 

Par conséquent, il faut que les engagements à long terme (2050) des Parties se traduisent :

  • dans les engagements et objectifs à moyen terme (2030) via les NDC,
  • dans les politiques et mesures robustes adoptées et mises en œuvre pour atteindre ces objectifs 2030,
  • dans les politiques et mesures à court terme, notamment dans leurs plans de relance post-Covid-19.

 

 

En savoir plus

Communiqué de CAT

Synthèse de la note d’analyse

La note d’analyse intégrale

 

Climate Action Tracker (CAT) 

Climate Action Tracker (CAT) est un consortium international indépendant d’analyse scientifique composé de deux instituts de recherche Climate Analytics et New Climate Institute. La mission de CAT est de suivre et d’évaluer l’action climat des pays au regard de leurs objectifs climat nationaux, notamment à l’horizon 2030 et 2050 (fixés conformément à l’article 4 de l’Accord de Paris) et des objectifs mondiaux de +2°C et de +1,5°C (fixés par l’article 2 de l’Accord de Paris).

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