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Climate Action Tracker ramène de +2,6°C à +2,4°C ses projections de réchauffement après les annonces du Sommet Biden

  • Réf. : 2021_05_a07
  • Publié le: 9 juin 2021
  • Date de mise à jour: 1 juillet 2021
  • International

Le 4 mai 2021, Climate Action Tracker (voir encadré ci-dessous) a publié une mise à jour de ses projections du réchauffement climatique sur la base des annonces faites depuis septembre 2020 et surtout lors du Sommet des dirigeants pour le climat des 22-23 avril 2021. Concrètement, CAT a analysé l’impact de la mise en œuvre de l’ensemble des nouveaux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et des objectifs de réduction existants sur la hausse des températures moyennes mondiales d’ici 2100 (par rapport aux niveaux pré-industriels). Cette mise à jour a été publiée sous forme de note d’analyse (Briefing).

 

Climate Action Tracker (CAT)

Climate Action Tracker (CAT) est un consortium international indépendant d’analyse scientifique composé de deux instituts de recherche Climate Analytics et New Climate Institute. La mission de CAT est de suivre et d’évaluer l’action climat des pays au regard de leurs objectifs climat nationaux, notamment à l’horizon 2030 et 2050 (fixés conformément à l’article 4 de l’Accord de Paris) et des objectifs mondiaux de +2°C et de +1,5°C (fixés par l’article 2 de l’Accord de Paris).

 

 

Résultats

 

Projections sur la base des politiques et mesures existantes

Selon les estimations de CAT, les politiques et mesures existantes (“scénario politiques existantes”) conduiraient à un réchauffement de +2,9°C d’ici 2100, soit presque le double de l’objectif de +1,5°C fixé par l’Accord de Paris (article 2). Cette estimation est basée sur l’analyse de CAT publiée le 23 septembre 2020.

 

Projections sur la base des annonces de nouveaux objectifs de réduction 2030

Initialement, en décembre 2020, le CAT avait estimé que les nouvelles annonces par plusieurs grands pays émetteurs faites au dernier trimestre 2020 (lire nos articles sur la Chine, sur le Japon et la Corée et sur l’UE) conduiraient non pas à un réchauffement de +2,9°C mais à un réchauffement de +2,6°C (soit un réchauffement évité de +0,3°C) (voir son analyse publiée le 1er décembre 2020).

Or, lors du Sommet des dirigeants sur le climat des 22-23 avril 2021, dit Sommet Biden, des annonces fortes de nouveaux engagements et objectifs ont été faites par plusieurs pays. Sur cette base, CAT révise ses projections de réchauffement : au lieu d’atteindre +2,6°C, le réchauffement atteindrait +2,4°C grâce aux engagements supplémentaires (soit un réchauffement évité supplémentaire de +0,2°C) (“scénario engagements et objectifs”). Autrement dit, l’ensemble des engagements/objectifs et mesures (récemment annoncés ou non) conduirait à une hausse des températures moyennes mondiales d’ici 2100 de +2,4°C au lieu de +2,9°C, soit un réchauffement évité de +0,5°C, dont +0,2°C grâce aux nouvelles annonces fin 2020 et début 2021.

 

Projections sur la base des objectifs de neutralité carbone 2050

Selon les calculs de CAT (sur la base de son outil de suivi et d’analyse des NDC-2), le nombre de pays ayant adopté ou envisageant l’adoption d’objectifs de neutralité carbone (zéro émission nette de CO2) ou climatique (zéro émission nette de GES) s’élève désormais à 131, représentant 73% des émissions mondiales de GES.

Objectifs zéro émission nette 2050 : pourcentage de pays avec de tels objectifs fixés, annoncés ou envisagés et leur part dans les émissions mondiales de GES

Source : CAT, 04/05/2021

 

Dans l’hypothèse que les objectifs de neutralité carbone ou climatique 2050 fixés, annoncés ou envisagés par les Etats-Unis, la Chine, l’UE et d’autres pays seraient intégralement mis en œuvre, le réchauffement pourrait même être ramené à +2,0°C (“scénario optimiste), soit une légère baisse par rapport à la dernière estimation de +2,1°C (voir mise à jour du scénario optimiste du 1er décembre 2020 et voir encadré dans notre article). Autrement dit, avec les annonces actuelles, sous réserve de leur mise en œuvre intégrale, l’objectif du +2°C semble atteignable d’après les projections de CAT.

CAT souligne que ce sont les objectifs 2030 renforcés, plutôt que ces pays supplémentaires ayant adopté ou envisageant des objectifs de neutralité carbone/climatique 2050, qui ont contribué le plus (et surtout ceux de l’UE et de la Chine) à ce réchauffement évité dans le cadre de cette nouvelle mise à jour du scénario optimiste. Cela s’expliquerait par le fait que ces objectifs 2030 renforcés fassent baisser la trajectoire des émissions cumulées de GES compatible avec les objectifs de 2°C et de 1,5°C.

CAT est formel dans son analyse : ce constat montre clairement l’importance d’objectifs 2030 plus ambitieux pour respecter l’objectif de 2°C et surtout celui de 1,5°C.

 

Projections en matière de réchauffement d’ici 2100 selon les trois scénarios de CAT

Source : CAT, 04/05/2021

 

Etat d’avancement du renforcement des NDC

Au 29 avril 2021, selon CAT, plus de 40% des Parties ayant ratifié l’Accord de Paris (191 au total au 31 mai 2021) et représentant environ 50% des émissions mondiales de GES et environ un tiers de la population mondiale avaient soumis des contributions nationales (NDC) mises à jour et ce, conformément à l’article 4 de l’Accord de Paris et des paragraphes 23 et 24 de la décision 1/CP.21 qui a accompagné l’Accord de Paris (voir la liste des NDC-2).

 

Impact des objectifs 2030 renforcés sur l’écart entre la science et l’ambition

Selon CAT, sur la base des NDC-1 mises à jour ou des NDC-2 (et des objectifs 2030 renforcés), l’écart entre la science et l’ambition (voir encadré ci-dessous) serait réduit dans une fourchette comprise entre 11 et 14% (en absolu : réduction comprise entre 2,6 et 3,9 Gt CO2e).

 

L’écart entre la science et l’ambition

Le concept d’écart entre la science et l’ambition (dit en anglais “emissions gap“) est un indicateur mis au point par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) en 2010. Il décrit l’écart entre :

  • le niveau de réduction collective des émissions de GES en 2030 nécessaire pour être compatible avec les objectifs de +2°C et de +1,5°C et,
  • les projections d’émissions mondiales de GES de tous les pays de la planète, basées sur leurs engagements de réduction pour 2025-2030, inscrits dans leurs NDC.

Chaque année depuis 2010, le PNUE publie son rapport annuel évaluant cet écart. Le 11e rapport a été publié le 9 décembre 2020 (lire notre article).

 

 

Comparaison de l’écart en matière d’émissions de GES entre la science et l’ambition, basée sur les analyses de CAT en septembre 2020 et mai 2021

Source : CAT, 04/05/2021

 

Ce sont quatre grands émetteurs qui ont contribué le plus à cette réduction de l’écart : les Etats-Unis, la Chine, l’UE-27 et le Japon.

 

Ecart entre science et ambition : impact des annonces et soumissions d’objectifs 2030 renforcés depuis septembre 2020 sur les projections d’émissions mondiales de GES en 2030. Mise à jour mai 2021

Source : CAT, 04/05/2021

 

Conclusions

Pour CAT, il est clair que c’est l’Accord de Paris qui constitue le moteur de cette ambition 2030 et 2050 renforcée, poussant ainsi les pays à fixer des objectifs plus forts. Toutefois, avertit CAT, si l’effort collectif va globalement dans la bonne direction, on en est encore loin de la limite de +1,5°C même dans le scénario le plus optimiste, sachant qu’aujourd’hui le réchauffement s’élève d’ores et déjà à +1,2°C (selon la dernière analyse de l’Organisation Météorologique Mondiale [OMM], publiée le 20 avril 2021, qui constitue la version finale de sa déclaration provisoire du 2 décembre 2020).

D’après CAT, ce constat ne fait que souligner le fait que les pays doivent d’urgence fixer de nouveaux objectifs 2030 plus ambitieux et les inscrire dans une mise à jour de leur NDC-1.

Enfin et surtout, il faut certes combler l’écart entre l’ambition des Parties et la science, mais il faut également combler l’écart entre l’ambition et l’action (la mise en œuvre concrète des engagements inscrits dans les NDC). La trajectoire climat mondiale se trouve ainsi dans une double incohérence :

  • entre les objectifs de l’Accord de Paris et les engagements des Parties (NDC), mais aussi
  • entre ces mêmes engagements, et les actions mise en œuvre pour les atteindre.

 

Par conséquent, il faut que les engagements à long terme (2050) des Parties se traduisent :

  • dans les engagements et objectifs à moyen terme (2030) via les NDC,
  • dans les politiques et mesures robustes adoptées et mises en œuvre pour atteindre ces objectifs 2030,
  • dans les politiques et mesures à court terme, notamment dans leurs plans de relance post-Covid-19.

 

 

En savoir plus

Communiqué de CAT

Synthèse de la note d’analyse

La note d’analyse intégrale

 

 

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