L’Organisation météorologique mondiale alerte sur les impacts croissants du changement climatique sur la qualité de l’air et la santé
Par : Sophie Sanchez
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Dans son bulletin annuel sur la qualité de l’air et du climat, publié le 7 septembre 2026, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) apporte de nouvelles preuves, notamment en ce qui concerne les effets de la pollution atmosphérique sur la santé, des liens étroits qui existent entre la qualité de l’air et le climat, qui constituent les facettes d’un même système global, l’atmosphère. L’organisme rappelle « l’importance de considérer la qualité de l’air et le changement climatique comme des enjeux liés et interdépendants ».
De fait, le changement climatique peut avoir une incidence sur la pollution atmosphérique. Ainsi, la hausse des températures modifie les vitesses de formation et de destruction de l’ozone, ce qui influe sur la persistance de la pollution à l’ozone. Le changement climatique agit également sur la pollution par l’intermédiaire des variations de température, de précipitations et d’humidité des sols, qui augmentent la probabilité des feux de forêt et modifient les processus de désertification, entraînant de nouvelles configurations d’exposition à la fumée et aux poussières, des polluants puissants.
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- Les épisodes d’exposition aux PM2,5 liés aux incendies ont triplé depuis les années 1990. L’OMM prévient que le respect des lignes directrices de 2021 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) relatives à la qualité de l’air deviendra plus difficile, car les conditions météorologiques extrêmes propices aux incendies devraient être plus fréquentes à l’avenir.
- Les vagues de chaleur favorisent la formation d’ozone troposphérique. L’exposition de la population à des épisodes concomitants de vagues de chaleur et de pollution à l’ozone devrait doubler selon l’OMM, entraînant plusieurs dizaines de milliers de décès prématurés supplémentaires dans le monde.
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Potentiel oxydant et toxicité cachée des émissions des feux de forêt
Exposition aiguë aux PM2,5

Figure 1. Concentration moyenne aux particules fines PM2,5 sur la période 2003-2025 lors des incendies – Source : Organisation météorologique mondiale / Institut météorologique finnois, septembre 2026
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Le bulletin publié par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) présente notamment dans un volet intitulé « Émissions des feux de forêt et santé mondiale : potentiel oxydant et toxicité cachée », les conséquences sur la qualité de l’air des feux de forêt qui constituent à la fois des sources de matières particulaires et de précurseurs de l’ozone.
Ainsi les données récentes indiquent que les épisodes extrêmes de fumées d’incendie ont triplé à l’échelle mondiale depuis les années 1990 et que l’exposition aiguë aux PM2,5 (particules fines qui pénètrent profondément dans l’organisme), produites par les feux de forêt, particulièrement toxiques en raison de leur composition chimique, aurait contribué à près de 99 000 décès supplémentaires par an entre 2010 et 2018.
La surmortalité est particulièrement marquée en Afrique subsaharienne et en Europe de l’Est, qui représentent respectivement 28 % et 24 % des décès mondiaux attribuables à l’exposition aux fumées d’incendie. De même alors que les concentrations de PM2,5 ont diminué dans des régions telles que l’Europe et l’Amérique du Nord grâce à des réglementations strictes concernant les émissions des véhicules et de l’industrie, l’exposition aux PM2,5 liées aux incendies a en revanche considérablement augmenté, relève le bulletin.
Or comme l’ont montré les étés 2025 et 2026, les feux de forêt extrêmes sont de plus en plus fréquents dans de nombreuses régions du monde, entraînant d’importantes conséquences sanitaires. En outre, cette tendance est alimentée par une boucle de rétroaction entre le changement climatique et les conditions météorologiques propices aux incendies, ce qui constitue « une menace urgente et croissante pour la santé publique », souligne l’OMM.
À tel point, prévient l’OMM, que le respect des lignes directrices de 2021 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) relatives à la qualité de l’air deviendra progressivement plus difficile car les conditions météorologiques extrêmes propices aux incendies devraient devenir plus fréquentes à l’avenir. De fait, comme le précise l’institution, le nombre de journées-personnes d’exposition à des concentrations de PM2,5 supérieures à la valeur guide journalière de l’OMS, fixée à 15 μg/m³, est estimé à 12 milliards au cours de la période 2010-2018, sachant que les fumées de feux de forêt représentaient au moins 50 % de cette exposition excessive.
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Toxicité élevée des fumées de feux de forêt
Comme le détaille le bulletin de l’OMM, les graves effets sanitaires des fumées de feux de forêt s’expliquent par leur composition chimique particulière, leur toxicité élevée et leur forte capacité à provoquer un stress oxydatif dans l’organisme, par comparaison avec d’autres sources de pollution atmosphérique. Lorsqu’elles sont inhalées, ces fumées déclenchent une inflammation généralisée de l’organisme et un stress oxydatif, c’est-à-dire un déséquilibre chimique délétère au niveau cellulaire qui affaiblit la capacité naturelle des poumons à éliminer les particules étrangères. L’OMM souligne que les revues systématiques et les études expérimentales établissent « de manière constante » un lien entre l’exposition aux fumées de feux de forêt et une augmentation des crises d’asthme, des hospitalisations pour bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et du recours aux médicaments destinés au traitement des affections respiratoires, auxquels s’ajoutent des effets sur la santé mentale et l’issue des grossesses.
En outre, les fumées provenant des incendies ayant lieu à l’interface entre espaces naturels et zones urbaines — c’est-à-dire les incendies qui se propagent jusque dans les zones habitées — contiennent de fortes concentrations de polluants dangereux en raison de la combustion de matériaux synthétiques qui ne sont généralement pas présents dans les fumées des feux de végétation naturels.
Sous-estimation des impacts
Or, souvent, comme le regrette l’OMM, les évaluations actuelles des risques liés à la qualité de l’air ne permettent pas de prendre suffisamment en compte la toxicité accrue des fumées de feux de forêt en raison de leur méthodologie. Une étude épidémiologique menée en Europe a ainsi montré que les modèles de risque conventionnels fondés sur les concentrations totales de PM2,5 peuvent sous-estimer jusqu’à 93 % la mortalité attribuable aux feux de forêt lorsqu’ils sont appliqués à des épisodes d’incendie. En effet, ces modèles ne prennent pas en compte la toxicité oxydative et inflammatoire plus élevée, à quantité égale, des particules issues des incendies et sous-estiment donc les risques relatifs propres à cette source.
L’OMM précise à cet égard que des démarches sont en cours afin de mettre à jour les modèles d’évaluation des risques sanitaires de manière à prendre en compte cette forte toxicité. Au-delà, l’organisation appelle la communauté scientifique à suivre attentivement les épisodes de feux de forêt, qui deviennent à la fois plus fréquents et plus intenses, grâce à la collecte d’observations et à fournir les données permettant de quantifier l’exposition des populations aux substances toxiques et aux particules, afin que des mesures appropriées puissent être prises.
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Effets combinés sur la santé de l’exposition à l’ozone et aux vagues de chaleur
Ozone de surface
Dans le dernier volet de son bulletin, l’OMM présente les risques futurs pour la santé liés à l’exposition à l’ozone troposphérique dans un monde qui se réchauffe, et notamment la manière dont la mortalité future pourrait être influencée par les effets combinés de la croissance démographique, du vieillissement de la population, de la chaleur et des émissions de précurseurs de l’ozone – illustrant les liens complexes entre la composition de l’atmosphère et le changement climatique, ainsi que leurs effets conjugués sur la santé publique.
La fréquence croissante des vagues de chaleur dans un climat en réchauffement, qui auront été particulièrement récurrentes en Europe durant l’été 2026, peuvent favoriser la formation d’ozone (O₃) de surface, un polluant qui a des répercussions sur la santé humaine, l’agriculture et les écosystèmes. Une exposition à long terme à l’ozone troposphérique est ainsi associée à une augmentation de la mortalité et à une diminution de l’espérance de vie, principalement en raison de maladies respiratoires.
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Figure 2. Part des décès dus à la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) imputables à la pollution à l’ozone sur la période 2005 – 2014 – Source : Organisation météorologique mondiale et partenaires, septembre 2026
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Précisément, la combinaison de températures de l’air élevées, de conditions atmosphériques de stagnation et d’un rayonnement solaire intense favorise la formation d’ozone en augmentant les émissions de composés organiques volatils (COV) provenant de la végétation et en accélérant les vitesses de réaction photochimiques, souligne l’OMM.
Concomitance des vagues de chaleur et de concentrations élevées d’ozone
Le changement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses. Or la concomitance des vagues de chaleur et de concentrations élevées d’ozone constitue un risque environnemental aux effets sanitaires amplifiés, car l’exposition simultanée à ces deux facteurs accroît le stress cardiopulmonaire au-delà des effets produits par chacun d’eux pris isolément.
Ainsi des études de modélisation à haute résolution montrent que les vagues de chaleur peuvent augmenter considérablement les concentrations d’ozone par rapport aux périodes sans vague de chaleur, dans des régions telles que le sud-est des États-Unis, l’Europe, le nord de la Chine et le centre-est de la Chine. En milieu urbain, le phénomène d’îlot de chaleur urbain amplifie encore davantage les taux de production locaux d’ozone en modifiant les conditions météorologiques locales, telles que la température de l’air et la vitesse du vent au point que le respect des recommandations de 2021 de l’Organisation mondiale de la santé en matière de qualité de l’air, qui préconisent que la concentration moyenne d’O₃ sur 8 heures en période de pointe ne dépasse pas 60 µg/m3, reste un défi dans les villes – prévient l’OMM.
Or les événements combinés stress thermique/concentrations élevées d’ozone deviendront plus fréquents et plus intenses à mesure que le climat se réchauffera, au point que l’exposition de la population mondiale devrait doubler, entraînant plusieurs dizaines de milliers de décès prématurés supplémentaires. Ainsi, les épisodes de pollution à l’ozone devraient augmenter de près de 60 % en Chine d’ici le milieu du siècle dans un scénario de fortes émissions, environ la moitié de ces épisodes devant survenir pendant des vagues de chaleur. « Ces résultats soulignent que la pollution par l’ozone n’est pas seulement un problème persistant de qualité de l’air, mais aussi un facteur de risque lié au climat, exacerbé par la chaleur extrême », relève à cet égard l’OMM.
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Précurseurs de l’ozone
Aussi l’OMM appelle à réduire les émissions de précurseurs de l’O₃ — notamment les NOₓ (oxydes de carbone), les COV et le CH₄ (méthane) provenant, entre autres, des combustibles fossiles, des solvants chimiques et de la combustion de biomasse —, à mettre en œuvre des interventions de santé publique, à développer une planification urbaine résiliente et à assurer une gestion adaptative des populations et des écosystèmes vulnérables.
L’organisation ajoute qu’il est essentiel de disposer d’un réseau de surveillance de la composition atmosphérique capable de mesurer les augmentations des concentrations d’ozone de surface lors des épisodes de vagues de chaleur, afin d’alerter les populations exposées sur les risques imminents et de mettre en place les infrastructures nécessaires à la prise en charge des personnes touchées.
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Pour en savoir plus
Organisation météorologique mondiale – Bulletin annuel sur la qualité de l’air et du climat