Prairies et élevage : que dit l’inventaire national des gaz à effet de serre ?
Par : Quentin Bedrune
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Le Citepa publie une étude consacrée aux flux de gaz à effet de serre associés aux prairies et à l’élevage, en lien avec l’inventaire national des GES. Financée par le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire, cette étude fournit des ordres de grandeur sur une question régulièrement débattue : dans quelle mesure le stockage de carbone dans les prairies peut-il compenser les émissions de l’élevage ?
Les prairies occupent une place importante dans les paysages agricoles français. Elles constituent une ressource essentielle pour l’élevage, un réservoir de biodiversité et un stock significatif de carbone dans les sols. Elles sont également au cœur de plusieurs stratégies d’atténuation du changement climatique, notamment à travers le maintien des prairies permanentes, la préservation et plantation de haies, le développement de l’agroforesterie ou encore l’évolution des pratiques agricoles dites «stockantes», favorables à la séquestration de carbone dans les sols.
Dans le même temps, l’élevage de ruminants, en particulier l’élevage bovin, reste une source importante d’émissions de gaz à effet de serre, principalement via le méthane issu de la fermentation entérique et les émissions associées à la gestion des déjections. La question du bilan entre ces émissions et la séquestration de carbone dans les prairies est donc souvent posée, mais elle nécessite de bien distinguer les périmètres, les méthodes et les usages des données.
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Un rapport pour objectiver le débat à partir de l’inventaire national
L’étude vise à éclairer ce sujet à partir des données de l’inventaire national des gaz à effet de serre et de l’inventaire Floréal, qui permet une lecture plus fine des émissions agricoles par filière ou par type de culture. L’inventaire national ne prétend pas résumer à lui seul toute la complexité des systèmes d’élevage en prairie, mais il constitue un référentiel robuste, construit selon des méthodes reconnues et mobilisé dans les travaux de planification climatique, notamment la Stratégie Nationale Bas-Carbone.
Le rapport rappelle d’abord que les émissions de l’élevage et les flux de carbone des prairies sont comptabilisés dans deux secteurs distincts de l’inventaire : l’Agriculture, pour les émissions liées aux animaux et aux pratiques agricoles, comme la fertilisation ; et l’UTCATF, pour les flux associés aux changements d’usage des terres et à l’évolution des pratiques de gestion sur les terres sans changement d’usage. Cette séparation méthodologique rend nécessaire un travail de mise en regard des postes d’émissions et d’absorptions.
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Les prairies : un puits de carbone, mais d’ampleur limitée au regard des émissions de l’élevage
Selon l’étude qui se base sur l’édition 2025 de l’inventaire national, les prairies françaises représentent en 2021 environ 9 millions d’hectares en France hexagonale, soit près de 17 % du territoire. Elles constituent la troisième catégorie d’usage des terres après les terres cultivées et les forêts. À noter que les prairies temporaires, comptabilisées dans la catégorie d’usage « Cultures » au sens du Giec, ne font pas partie du périmètre de l’étude.
Sur la période 2013-2017, la catégorie prairies constitue un puits net de carbone estimé à environ -4 MtCO₂e/an. Ce chiffre inclue le stockage de carbone lié à l’apparition des nouvelles prairies (2.7 MtCO₂e/an) ainsi que le stockage de carbone estimé sur les prairies de plus de 20ans (1,3 MtCO₂e/an). Les émissions liées au retournement des prairies permanentes converties en d’autres usages sont quant à elles attribuées à part et représentent un total de 4,6 MtCO₂e/an. Le puits de carbone estimé en prairies peut être mis en perspective avec les émissions associées à l’élevage au sens large, estimées à près de 52 MtCO₂e/an sur la même période. L’ordre de grandeur établi par l’étude est donc le suivant : la séquestration de carbone en prairie compense de 8 à 12% des émissions associées à l’élevage en France selon les années.
Cette conclusion ne signifie pas pour autant que les prairies ne jouent pas un rôle important du point de vue climatique. Au contraire, même si elles ne représentent pas un puits de carbone suffisant pour compenser les émissions de l’élevage, leur maintien permet d’éviter des pertes de carbone et de préserver un stock important dans les sols. Elle montre en revanche que le stockage de carbone des prairies ne peut pas, à lui seul, neutraliser les émissions de l’élevage à l’échelle nationale.
Figure 1 : Détail des émissions agricoles du secteur de l’agriculture associées aux prairies (STH) selon l’inventaire Floréal (édition de l’inventaire national 2024 centré sur l’année 2021). Les postes d’émissions fermentation entérique et Bâtiment/ Stockage ne sont composés que des émissions liées à l’élevage de bovins.
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Des approches différentes et des méthodes encore à consolider
L’étude compare également les résultats de l’inventaire national avec d’autres approches existantes. Certaines méthodes utilisées à l’échelle des exploitations ou des filières retiennent des hypothèses de stockage systématique du carbone dans les prairies, ce qui peut conduire à des taux de compensation plus élevés. L’approche CAP’2ER, par exemple, applique un coefficient de stockage de 570 kgC/ha/an pour les prairies permanentes, alors que l’inventaire national estime un stockage moyen d’environ 43 kgC/ha/an pour les prairies restant prairies sur la période 2013-2017. Ces écarts ne traduisent pas uniquement une contradiction, mais reflètent des objectifs et des périmètres méthodologiques différents. L’inventaire national vise à suivre l’évolution des flux dans le temps, selon des règles harmonisées, en tenant compte de l’historique des usages des terres et des pratiques agricoles disponibles. D’autres outils peuvent viser une évaluation à l’échelle de l’exploitation ou de la filière, avec des hypothèses plus ciblées.
Le rapport souligne ainsi l’importance d’améliorer progressivement le suivi des pratiques agricoles en prairie qui demeurent le levier central d’impact sur les stocks de carbone des sols. Plusieurs pistes sont identifiées : la mobilisation de données déjà utilisées dans le secteur agricole à des échelles plus fines, comme la fertilisation azotée, les apports organiques ou les données de cheptel ; le rapprochement avec des dispositifs de mesure de terrain, tels que le RMQS ou LUCAS ; l’utilisation de données satellitaires, notamment issues du réseau européen Copernicus Land Monitoring Service, ou encore le recours à des approches de modélisation (PaSim ou RothC).


