Vers la sortie des combustibles fossiles ? Première conférence internationale sur le sujet
Par : Mark Tuddenham
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Du 24 au 29 avril 2026, la Colombie organise, en association avec les Pays-Bas, une conférence internationale sur l’élimination progressive des combustibles fossiles. Il s’agit de la première conférence internationale sur ce sujet lequel a pris une tout autre ampleur dans le contexte géopolitique actuel. Elle aura lieu dans la ville portuaire de Santa Marta.
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Contexte
La Colombie avait initialement annoncé cette initiative, conjointement avec le Vanuatu, en marge du sommet climat de New York, organisé le 24 septembre 2025 à l’initiative d’Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU.
Le jour de la clôture officielle de la COP-30 / CMA-7, le 21 novembre 2025, lors d’une conférence de presse, la Colombie avait formellement annoncé qu’elle allait accueillir, conjointement avec les Pays-Bas, cette conférence fin avril 2026 à Santa Marta.
La conférence de Santa Marta s’appuie sur la déclaration de Belém pour la transition vers la sortie des combustibles fossiles (Belém Declaration to transition away from fossil fuels) signée par 24 pays, lors de cette conférence de presse, y compris par certains pays grands producteurs de combustibles fossiles (Australie, Mexique,…), ainsi que par plusieurs pays latino-américains et européens (mais pas la France) et par des petits Etats insulaires du Pacifique. Cette déclaration a été lancée à l’initiative de la Colombie soutenue par le Panama et le Chili. Voir la liste complète des signataires, à Belém : Australie, Autriche, Belgique, Cambodge, Chili, Colombie, Costa Rica, Danemark, Iles Fidji, Finlande, Irlande, Jamaïque, Kenya, Luxembourg, Iles Marshall, Mexique, Micronésie, Népal, Pays-Bas, Panama, Espagne, Slovénie, Vanuatu, Tuvalu.
Les signataires « réaffirm[ent] notre détermination commune à œuvrer collectivement en faveur d’une transition juste, ordonnée et équitable vers l’abandon des combustibles fossiles, conformément aux trajectoires permettant de limiter le réchauffement climatique mondial à +1,5 °C » (cf. § 28(d) de la décision phare adoptée lors de la COP-28 / CMA-5 [décision 1/CMA.5] au terme de la phase politique du premier bilan mondial [Global Stocktake]).
Cette décision a fixé plusieurs objectifs notamment dans le cadre d’un paquet sur la transition énergétique (il s’agit d’objectifs non contraignants) pour accélérer les mesures d’atténuation des pays : [§ 28] la CMA invite les Parties à contribuer à huit efforts mondiaux dont :
« [§ 28d] assurer une transition pour s’éloigner [transitioning away from] des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques [dans le secteur de la production/transformation d’énergie, et non pas dans le secteur industriel], d’une manière juste, ordonnée et équitable, en accélérant l’action au cours de cette décennie critique, de manière à atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050 ».
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Objet de la conférence et public visé
La conférence de Santa Marta vise à :
- constituer une plateforme politique mondiale permettant aux pays de coopérer sur les stratégies visant à éliminer progressivement l’extraction des combustibles fossiles en complément et en renforcement de l’Accord de Paris et ce, pour mettre en œuvre l’engagement fixé par la CMA-5 dans sa décision 1/CMA.5, paragraphe 28(d) ;
- constituer un espace multilatéral, en complément et en renforcement du processus de la CCNUCC, pour les Etats volontaristes qui souhaitent aller de l’avant sur le sujet ;
- contribuer aux travaux d’élaboration de la feuille de route sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles à laquelle le Président brésilien de la COP-30 s’est engagé à Belém ;
- esquisser, définir, baliser des trajectoires juridiques, économiques et sociales pour une élimination progressive juste des combustibles fossiles.
Le public visé par la conférence est les gouvernements nationaux, les autorités infranationales (Etats fédérés, régions, provinces, villes, etc.), les experts, le secteur privé, les universités, les ONG, la société civile, ainsi que les représentants des peuples autochtones.
La conférence est axée sur la mise en œuvre de l’acquis politique le plus important acté à Dubaï : le paragraphe 28(d) de la décision 1/CMA.5).
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Organisation et structure de la conférence
La conférence s’articule autour de deux principales séquences :
24-27 avril : des dialogues pilotés par les parties prenantes :
- dialogue académique,
- dialogue des ONG,
- dialogue des syndicats,
- dialogue du secteur privé,
- dialogue des autorités infranationales,
- assemblée des peuples.
28-29 avril : une séquence de haut niveau :
- participation de Ministres et/ou de représentants de haut niveau des gouvernements nationaux et des autorités infranationales.
Trois piliers thématiques ont été définis :
- surmonter la dépendance économique aux combustibles fossiles,
- transformer l’offre et la demande,
- renforcer la coopération internationale et le multilatéralisme.
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Résultats attendus
La conférence ne débouchera pas sur un résultat négocié, comme lors des COP/CMA, mais elle devrait fournir des pistes concrètes en vue d’accélérer la sortie progressive des combustibles fossiles. Les deux pays co-hôtes espèrent construire une coalition de gouvernements, d’autorités infranationales et d’autres parties prenantes clés (« coalition of the willing ») dans une sorte de « coopération renforcée » comme prévu par l’article 20 du Traité sur l’UE.
La conférence devrait mettre en place une plateforme internationale permanente visant à soutenir les pays qui souhaitent aller de l’avant dans leur transition vers la sortie des énergies fossiles.
La Colombie et les Pays-Bas vont élaborer un rapport identifiant les leviers, les balises et les étapes pratiques des trajectoires de transition. Ce rapport servira de base pour les prochaines étapes de ce processus. Il est également destiné à alimenter l’initiative lancée par le Président brésilien de la COP-30 (feuille de route sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles) en amont et lors de la COP-31 / CMA-8 à Antalya.
Enfin, seront mis en place un dispositif de suivi, basé sur la science, ainsi qu’un secrétariat technique et un comité scientifique consultatif.[
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Pour en savoir plus
Note (Briefing) du Réseau Action Climat publiée le 16 mars 2026
Voir aussi l’initiative lancée en 2022 par le Vanuatu lors de la 77e Assemblée générale de l’ONU. Lire notre article sur le sujet, Journal de la COP-27 | Jour 3 : l’appel à l’adoption d’un traité international de non-prolifération des combustibles fossiles (à l’instar du traité international sur la non-prolifération des armes nucléaires adopté en 1968 sous l’égide de l’AIEA).