ARTICLE
Air Air
France
Monde
UE
Particules Pics de pollution Politique et règlementation Santé
Publié le 05 mars 2026

Une étude scientifique met en évidence le lien entre pollution de l’air et démence  

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 05/03/2026
Réf . : 2026_02_10

[

Panoramic view of heavy traffic in the city with pollution – © Carlos Cairo/iStock

La démence, syndrome clinique caractérisé par un déclin cognitif progressif qui altère le fonctionnement quotidien, touchait plus de 57,4 millions de personnes dans le monde en 2019 et figurait au huitième rang des causes de décès dans le monde en 2021, selon des chiffres cités par la revue scientifique spécialisée The Lancet Planetary HealthOr ce nombre devrait augmenter considérablement pour atteindre environ 152,8 millions de cas d’ici 2050, souligne de son côté le site spécialisé SciTechDaily. Les conséquences sont considérables et représentent un lourd fardeau pour les individus, les familles, les aidants et la société dans son ensemble. 

Précisément, dans l’une des plus vastes études de ce type, publiée le 8 août 2025 et qui s’appuie sur une méta-analyse de 51 travaux scientifiques, des chercheurs ont examiné les données de près de 30 millions de personnes et ont découvert qu’une exposition prolongée à des polluants atmosphériques courants, tels que les gaz d’échappement des voitures et les fumées industrielles, était associée à un risque plus élevé de démence. Les particules présentes dans l’air qui peuvent pénétrer profondément dans l’organisme, pourraient contribuer à la perte de mémoire et au déclin cognitif. 

Par ailleurs, une autre étude distincte publiée le 20 janvier 2026 dans la revue scientifique Jama Neurology, suggère pour sa part que l’exposition prolongée à la pollution de l’air pourrait augmenter significativement le risque de développer la maladie de Charcot (sclérose latérale amyotrophique ou SLA), une pathologie neurodégénérative fatale.  

Précisément, l’Agence européenne pour l’environnement prévient pour sa part dans un rapport intitulé « Pollution et santé mentale, preuves scientifiques actuelles » (Pollution and mental health: current scientific evidence)  publié le 3 mars 2026, que la pollution environnementale, et notamment la pollution atmosphérique extérieure, est associée à un risque accru de troubles de la santé mentale. 

[

Contexte  

La Commission The Lancet 2024 sur la prévention, l’intervention et la prise en charge de la démence avait identifié la pollution atmosphérique comme l’un des 14 facteurs de risque modifiables de démence, en s’appuyant sur des études rapportant une association entre la démence et plusieurs polluants atmosphériques. 

Mais vu que la force des preuves variait selon le polluant et l’étude, et que les résultats des études primaires étaient mitigés, des scientifiques de l’unité d’épidémiologie du Medical Research Council (MRC) de l’université de Cambridge ont décidé de mener une série de revues systématiques et une méta-analyse à grande échelle afin d’approfondir la compréhension de la relation entre la pollution atmosphérique extérieure et l’incidence de la démence, sachant que cette recherche a été financée par le Conseil européen de la recherche dans le cadre du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 et par le programme-cadre Horizon Europe de l’Union européenne. 

Ainsi, les chercheurs ont réalisé des revues qui ont porté sur 51 études publiées jusqu’en juillet 2022, dont 16 ont été intégrées dans la méta-analyse, sachant que l’ensemble représente plus de 29 millions de personnes issues de régions variées comme l’Amérique du Nord, l’Europe ou l’Asie. 

Les études analysées portaient sur une ou plusieurs expositions à des polluants : 40 d’entre elles portant sur les particules fines dites PM2,5 (inférieures ou égales à 2,5 micromètres), 28 sur le dioxyde d’azote (NO2), 17 sur les particules PM10 (inférieures ou égales à 10 micromètres), 12 sur les oxydes d’azote (Nox), dix sur la combinaison carbone suie (BC)/PM2,5, dix sur l’ozone (O3), six sur la fraction intermédiaire PM2,5-10 (entre 2,5 et 10 micromètres) ainsi que cinq sur le monoxyde de carbone (CO), cinq sur le dioxyde de soufre (SO2) et trois sur les oxydes d’azote (NO et NO2).  

Dans 34 (soit 67 %) des 51 études, l’âge minimum des participants était de 55, 60 ou 65 ans. L’âge maximum rapporté d’un participant était de 115 ans et l’âge minimum rapporté était de 37 ans, bien que toutes les études n’aient pas enregistré l’âge minimum et maximum. 

[

Résultats  

Ces travaux – dont l’article publié le 8 août 2025 dans The Lancet Planetary Health « Long-term air pollution exposure and incident dementia: a systematic review and meta-analysis » (« Exposition à long terme à la pollution atmosphérique et incidence de la démence : revue systématique et méta-analyse ») – rend compte, ont notamment permis de conclure à l’existence d’une association possible entre l’exposition aux particules fines (PM2,5) et la démence.   

Les méta-analyses de polluants individuels ont en effet identifié une association positive significative entre la démence incidente et l’exposition à long terme  :

  • aux particules fines (PM2,5, 21 études), un polluant composé de particules suffisamment petites pour être inhalées profondément dans les poumons et qui proviennent de plusieurs sources, notamment les émissions des véhicules, les centrales électriques, les processus industriels, les poêles et cheminées à bois, ainsi que la poussière de construction ; 
  • au dioxyde d’azote (NO2, 16 études), l’un des principaux polluants issus de la combustion des combustibles fossiles présent dans les gaz d’échappement des véhicules, en particulier ceux des moteurs Diesel, dans les émissions industrielles, ainsi que dans celles des cuisinières et des appareils de chauffage à gaz ;  
  • et à l’absorption combinée carbone suie/PM2,5 (six études), sachant que la suie, qui provient notamment des gaz d’échappement des véhicules et de la combustion du bois, peut, lorsqu’elle est inhalée, pénétrer profondément dans les poumons, aggravant les maladies respiratoires et augmentant le risque de problèmes cardiaques. 

Ainsi, selon les chercheurs, comme le rapporte le site spécialisé SciTechDaily, le risque relatif de démence d’un individu augmenterait de 17 % pour chaque tranche de 10 microgrammes par mètre cube (μg/m³) de PM2,5 (sachant que la mesure moyenne des PM2,5 au bord des routes dans le centre de Londres en 2023 était de 10 μg/m³). 

Pour chaque tranche de 10 μg/m3 de NO2, le risque relatif de démence augmente de 3 % (sachant que la moyenne du NO2 au bord des routes dans le centre de Londres en 2023 était de 33 µg/m³). 

Enfin, pour chaque 1 μg/m³ de suie présente dans les PM2,5, le risque relatif augmente de 13 % (avec des concentrations moyennes annuelles de suie mesurées à certains endroits en bordure de route en 2023 de 0,93 μg/m³ à Londres, 1,51 μg/m³ à Birmingham et 0,65 μg/m³ à Glasgow). 

Les auteurs notent que les résultats concernant d’autres polluants et les effets différentiels selon les sous-types de démence diagnostiqués restent en revanche moins clairs. Ainsi le lien de la démence avec une association avec le dioxyde d’azote (NO2 – neuf études) et les oxydes d’azote (NOx – cinq études) est plus limité. En outre, aucune association claire n’a été trouvée avec l’ozone (O3 – quatre études).  

[

Inflammation du cerveau et stress oxydatif 

Selon l’article paru le 4 août 2025 sur le site en ligne SciTechDaily, plusieurs mécanismes ont été proposés pour expliquer comment la pollution atmosphérique peut causer la démence : en l’occurrence la pollution atmosphérique entraînerait une inflammation du cerveau et un stress oxydatif (autrement dit un processus chimique dans l’organisme qui peut endommager les cellules, les protéines et l’ADN), participant ainsi à la dégénérescence neuronale. Ces processus seraient suscités par la pénétration directe des polluants dans le cerveau ou par le biais des mêmes mécanismes que ceux qui sous-tendent les maladies pulmonaires et cardiovasculaires. La pollution atmosphérique peut également pénétrer dans la circulation sanguine à partir des poumons et se propager aux organes solides, et provoquer une inflammation généralisée. 

[

[

Conclusions 

« Cette analyse vient s’ajouter à l’ensemble des preuves démontrant que les polluants atmosphériques extérieurs constituent des facteurs de risque de démence, indiquant qu’une exposition réduite à la pollution pourrait réduire les taux de démence et que des normes de qualité de l’air plus strictes seraient susceptibles d’apporter des avantages considérables sur les plans sanitaire, social et économique », résument les auteurs de l’article. 

Ainsi l’auteur principal, le Dr Haneen Khreis, de l’unité d’épidémiologie du MRC, précise que « [Ces] travaux fournissent des preuves supplémentaires [que] l’exposition à long terme à la pollution atmosphérique extérieure est un facteur de risque de démence chez les adultes auparavant en bonne santé. La lutte contre la pollution atmosphérique peut avoir des effets bénéfiques à long terme sur la santé, la société, le climat et l’économie. Elle peut réduire le fardeau considérable qui pèse sur les patients, les familles et les soignants, tout en allégeant la pression sur des systèmes de santé déjà surchargés. » 

Clare Rogowski, coauteure principale également issue de l’unité d’épidémiologie du MRC, en conclut qu’« Il sera probablement nécessaire de fixer des limites plus strictes pour plusieurs polluants, en ciblant les principaux contributeurs tels que les secteurs des transports et de l’industrie » et ajoute que « compte tenu de [son] ampleur, il est urgent de mettre en place des mesures politiques régionales, nationales et internationales pour lutter de manière équitable contre la pollution atmosphérique. » 

[

La maladie de Charcot pourrait être liée à l’exposition prolongée à la pollution de l’air  

La sclérose latérale amyotrophique (SLA), ou « maladie de Charcot », dite encore par les médecins « maladie du motoneurone », est une pathologie neurodégénérative fatale, avec une espérance de vie généralement estimée à seulement deux à cinq ans après le diagnostic et qui touche environ 6 000 personnes en France. La pathologie résulte de la destruction progressive des neurones en charge de commander les muscles, les motoneurones. Une nouvelle étude publiée le 20 janvier 2026 dans la revue scientifique JAMA Neurology qui a porté sur 10 000 personnes, suggère que l’exposition prolongée à la pollution de l’air pourrait augmenter significativement le risque de développer cette maladie.  

Selon les chercheurs, vivre pendant plusieurs années dans un environnement exposé à certains polluants atmosphériques serait associé à une hausse du risque de 20 à 30 %, même dans des pays où la qualité de l’air est globalement considérée comme bonne, comme la Suède. 

L’étude s’est concentrée sur deux polluants extérieurs largement répandus et connus pour leurs effets néfastes sur la santé : le dioxyde d’azote, principalement émis par le trafic routier, et les particules fines. 

Les chercheurs expliquent avoir observé ce lien en analysant les données de plusieurs milliers de personnes, pendant 10 ans. Les résultats restent similaires lorsque les scientifiques comparent des frères et sœurs entre eux, ce qui permet de limiter l’influence de facteurs communs comme la génétique ou l’environnement familial. 

« Une exposition prolongée à la pollution atmosphérique, même à des niveaux relativement faibles, est associée à un risque accru de maladie du motoneurone », résument les auteurs dans un communiqué relayé par Science Alert. 

Au-delà du risque de développer la maladie, l’étude suggère également un impact sur son évolution. Les patients atteints de la maladie de Charcot ayant été exposés pendant plusieurs années à des niveaux élevés de dioxyde d’azote présentaient un risque accru de décès ou de recours à une assistance respiratoire. 

Les chercheurs estiment que la pollution générée à proximité du domicile, notamment celle liée aux émissions locales des véhicules, pourrait jouer un rôle plus important que les particules fines provenant de régions plus éloignées. « Nous sommes tous exposés à la pollution atmosphérique, et les preuves s’accumulent quant à ses graves conséquences sur notre santé. Assainir notre air pourrait avoir des bénéfices bien plus importants que nous ne l’imaginons », conclut Jing Wu, chercheuse postdoctorale en épidémiologie intégrative à l’Institut Karolinska.

[

[

La pollution environnementale est associée à un risque accru de troubles de la santé mentale selon un rapport de l’AEE 

L’acuité de ces deux études apparaît d’autant plus au vu du rapport publié le 3 mars 2026 par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) et intitulé « Pollution et santé mentale : preuves scientifiques actuelles ». L’AEE fait en effet valoir que la pollution de l’air, sonore et chimique contribue probablement à toute une série de problèmes de santé mentale et estime qu’appliquer la législation européenne pour réduire la pollution, « conformément au plan d’action Zéro pollution » (lire notre article), peut avoir des effets bénéfiques sur la santé mentale et le bien-être. 

Une corrélation significative entre l’exposition à la pollution (notamment l’air, le bruit et les produits chimiques) et les troubles de la santé mentale émerge dans les études scientifiques, bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires pour établir un lien de causalité clair, révèle la note d’information de l’AEE  

L’Europe a connu une augmentation significative de la prévalence et de l’incidence des troubles de santé mentale au cours des 25 dernières années. En 2023, ces troubles représentaient le sixième type de maladie le plus fréquent dans l’Union européenne et constituaient la huitième cause de décès. 

Ainsi concernant la pollution de l’air, l’AEE souligne que : 

  • la pollution atmosphérique extérieure, pendant des phases critiques du développement cérébral (par exemple in utero, pendant l’enfance et au début de l’adolescence), est associée à des modifications structurelles et fonctionnelles du cerveau.
  • une exposition à long terme à une mauvaise qualité de l’air (principalement aux particules fines PM2,5 et au dioxyde d’azote NO₂) est liée à une prévalence accrue ou à un risque plus élevé de dépression ;
  • les pics d’exposition à court terme sont associés à une aggravation des symptômes de la schizophrénie.

 

[

Pour en savoir plus

Long-term air pollution exposure and incident dementia: a systematic review and meta-analysis – The Lancet Planetary Health 

Scientists Just Found a Shocking Link Between Dirty Air and Dementia – SciTechDaily  

Air Pollution Linked to Higher ALS Risk And Faster Decline – ScienceAlert 

Long-Term Exposure to Air Pollution and Risk and Prognosis of Motor Neuron Disease | Neurology | JAMA Neurology | JAMA Network 

Exposure to pollution linked to depression, anxiety and other mental health issues | Press releases | European Environment Agency (EEA) 

Pollution and mental health: current scientific evidence | Publications | European Environment Agency (EEA) 

Impact of air pollution on mental health (Signal) | Indicators and signals | European zero pollution dashboards (EEA) 

 

 

Particules Pics de pollution Politique et règlementation Santé