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Publié le 21 septembre 2026

Changement climatique – Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan appelle à desserrer les dépendances énergie-matières et à préserver la vivabilité du territoire national

Par : Sophie Sanchez

Modifié le : 21/09/2026
Réf . : 2026_09_05

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Vulnérabilité des départements au changement climatique en 2050 –La carte représente l’exposition des départements aux principaux aléas climatiques en 2050 et la superpose aux dynamiques de population – Source : HCSP, septembre 2026

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Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan (HCSP), dirigé par l’ancien ministre des Transports Clément Beaune, a publié, le 2 septembre 2026,  le volet « environnement » de sa « prospective nationale », intitulée « France 2035, France 2050 – Comment vivrons-nous en France demain ?». Le « focus  environnement » a été piloté par Antoine Pellion, ancien secrétaire général à la planification écologique et président du Comité 21, avec l’appui d’une vingtaine d’experts et de personnalités dont Jean-François Soussana et Valérie Masson-Delmotte, respectivement président et membre du Haut Conseil pour le Climat.

L’instance appelle à « un changement de paradigme » permettant de rompre avec « le scénario tendanciel de prolongation des trajectoires actuelles [qui] montre le risque de subir, crise après crise, des transformations brutales ». Elle appelle à suivre un autre scénario face à ce qu’elle appelle « le dérèglement climatique » : une France convergeant vers la neutralité carbone en 2050, mieux adaptée, plus sobre dans ses pressions sur le vivant, plus souveraine et plus cohésive. Ce scénario souhaitable montre, soulignent les experts, que « l’action produira des bénéfices tangibles : souveraineté énergétique et matière renforcées, agriculture plus résiliente, territoires mieux adaptés, santé mieux protégée, biodiversité restaurée, cohésion sociale consolidée ».

Alors que les conséquences du dérèglement climatique s’intensifient, l’organisme martèle que la transition écologique n’est plus seulement un impératif climatique mais constitue « une condition de souveraineté, de protection et de cohésion nationales ». « Réussir la transition ne consistera donc pas seulement à réduire les émissions [de gaz à effet de serre]. Il s’agira de rendre la France viable, vivable et désirable dans un monde durablement réchauffé ». En outre, l’instance rappelle que les investissements verts exigent « stabilité et pluri-annualité » et critique la « volatilité réglementaire » qui a caractérisé la politique menée ces dernières années – « l’incertitude qui en résulte augmente le coût de la transition, en même temps qu’elle la retarde°», sachant qu’Antoine Pellion a fait le choix de quitter en 2025 son poste de secrétaire général à la planification écologique pour rejoindre le groupe Idex, un acteur des énergies renouvelables.

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Les points à retenir

Le Haut-Commissariat au plan met en garde contre un scénario tendanciel de prolongation des trajectoires actuelles qui prolongerait l’exposition de la France à des dépendances énergie-matières potentiellement sources de déstabilisation

Il préconise de suivre le scénario d’une France convergeant vers la neutralité carbone qui produira à l’inverse des bénéfices tangibles : souveraineté énergétique et matière renforcées, agriculture plus résiliente, territoires mieux adaptés, santé mieux protégée, biodiversité restaurée, cohésion sociale consolidée

Il préconise de changer de paradigme en passant de la logique d’optimisation qui sous-tend les systèmes économiques, sociaux et administratifs à la recherche de la robustesse et de la résilience, la redondance étant une assurance face au dérèglement climatique

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Faire face à l’intensification des conséquences du dérèglement climatique

Le Haut-Commissariat au plan souligne que les conséquences du dérèglement climatique s’intensifient et sont devenues « une donnée concrète de l’action publique ». « Force est de constater que nos infrastructures, notre agriculture, notre organisation sociale ont été conçues pour un climat qui n’existe plus ». La transition écologique prend donc une autre ampleur et « ne peut donc plus être pensée comme une simple politique de décarbonation ».

Le rapport souligne à cet égard que « même dans des conditions de grande insuffisance des politiques climatiques mondiales, la France garde tout intérêt à conduire une transition environnementale ambitieuse ».

Trois enjeux majeurs, intimement liés, et prégnants pour la France des vingt-cinq prochaines années sont passés en revue :

–                la capacité à réduire les dépendances critiques (énergie, matière, produits agricoles) du pays, afin de conserver ou en rétablir la souveraineté ;

–                l’habitabilité des territoires et la santé, entendue dans une approche liant santé humaine et santé des écosystèmes ;

–                et la cohésion nationale dans la transition écologique.

 

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Desserrer les dépendances accumulées énergie-matières

Le HCSP définit un objectif 2035 et prévient qu’il faut « agir vite pour éviter un décrochage irréversible ». Il appelle d’abord à desserrer les dépendances accumulées en terme énergétique et matière afin de préserver notre souveraineté et de refaire prévaloir, « face aux déstabilisations environnementales et climatiques », la cohésion nationale.

Il rappelle les dangers que recouvrent les dépendances excessives pour notre approvisionnement en matières – énergie, engrais, matériaux de base… – alors qu’en 2026, les flux commerciaux transitant par le détroit d’Ormuz ont été à l’arrêt pendant plusieurs mois.

La France a importé 66 milliards d’euros d’hydrocarbures en 2024 puis 70 milliards en 2025. Or l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a alerté dans son rapport publié le 16 septembre 2025, intitulé « The Implications of Oil and Gas Field Decline Rate », sur l’accélération du déclin des champs actuellement en exploitation. « Le pétrole et le gaz sont donc plus que jamais susceptibles d’alterner entre prix hauts nécessaires pour développer ces ressources, et prix bas pour résorber les surcapacités », relève le rapport.

L’instance souligne que la même logique vaut pour les matières critiques dont certaines comme les terres rares, pèsent peu en valeur mais sont décisives pour l’industrie, le numérique et la défense. La concentration du raffinage, en Chine notamment, expose la France et l’Europe à « des ruptures ou à des tentatives de déstabilisation ». Aussi faut-il penser la « souveraineté matière » à l’échelle européenne, en s’appuyant sur la sobriété et l’optimisation, mais « en assumant aussi » des mines, des filières de raffinage et de recyclage, des contractualisations longues et du stockage.

« Nous nous trouvons donc aujourd’hui dans une étape particulièrement délicate de la décarbonation », prévient le HCSP – « nos anciennes dépendances étant encore largement présentes et l’engagement de notre décarbonation nous soumettant, fût-ce temporairement, à de nouvelles dépendances », notamment à l’égard de « l’électro-État » chinois (batteries électriques, panneaux solaires).

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Accélérer la décarbonation

Dans ce contexte, le HSCP préconise l’accélération de la décarbonation, en premier lieu par « l’électrification possible dans presque tous les secteurs, depuis le transport de marchandises jusqu’à l’industrie », et le développement des capacités industrielles associées, afin de « sortir [du] piège de la dépendance », confortant ce faisant l’un des axes clés de la troisième version de la stratégie nationale bas carbone (lire notre article).

Autre ingrédient de la souveraineté écologique, « la montée en charge des capacités industrielles françaises et européennes de la décarbonation », depuis la mine jusqu’aux usines d’assemblage en passant par le raffinage et les nécessaires stocks stratégiques, « qui doit être soutenue fermement ».

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Protéger les territoires, les habitants et la biodiversité face aux risques climatiques

Les problématiques d’accès à l’eau, le phénomène de retrait-gonflement des argiles, qui touche déjà 11 millions de maisons individuelles, les vagues de chaleur plus fréquentes et intenses, les incendies et inondations, le recul du trait de côte et les submersions pèseront sur l’habitabilité des territoires. Or si « l’intensité de ces phénomènes restera encore absorbable en 2035, certains territoires feront déjà face [à cette échéance] à des menaces vitales », notamment les littoraux les plus exposés et les départements et régions d’Outre-mer (avec une augmentation prévisible de + 17 % à + 68 % de la fréquence des cyclones en Guadeloupe entre 2035-2065 par rapport à la période 1980-2005) – prévient le HCSP.

Aussi l’instance appelle à développer la culture du risque et à systématiser plans communaux, exercices de crise, cartographies, normes de construction et continuité des services essentiels, sans quoi « les coûts d’assurance et de réparation augmenteraient plus vite que les capacités financières des acteurs, et certaines zones pourraient connaître des retraits d’assureurs avant même de devenir physiquement inhabitables ».

L’organisme souligne aussi « le danger d’une perte de cohésion sociale » en soulignant que le dérèglement climatique risque d’agir comme un multiplicateur d’inégalités en exposant davantage ceux qui disposent déjà de moins de ressources pour se protéger, s’adapter ou rebondir : les plus vulnérables qui ont moins contribué au réchauffement (les 50 % des Français les plus pauvres émettent aujourd’hui en moyenne 3,8 tCO2/an, contre 40,2 tCO2/an pour les 1 % les plus riches), risquent d’en subir davantage ses effets, ce que les oppositions à la transition pourraient instrumentaliser. « L’adaptation deviendra un enjeu de justice sociale, entre ménages disposant d’épargne pour isoler et climatiser leurs logements et ménages captifs condamnés aux passoires ou bouilloires thermiques », prévient le HCSP.

Les collectivités territoriales seront placées sous pression et, sans péréquation et ingénierie renforcées, l’écart se creusera entre territoires capables d’absorber les chocs et ceux condamnés à les subir. Aussi le HCSP préconise de donner aux collectivités territoriales, et notamment au bloc communal, les moyens de réaliser leur transition : la production d’un plan pluriannuel d’investissement (PPI) permettant une transition crédible donnerait accès à des ressources propres supplémentaires, et à un endettement additionnel à bas taux pour les infrastructures de transition.

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Garantir la viabilité du territoire national à l’horizon 2050 
Le HCSP prévient qu’à l’horizon 2050, les bouleversements climatiques auront changé d’échelle. « Les impacts deviendront systémiques, capables d’altérer les conditions ordinaires de la vie sociale, de l’activité économique et de l’action publique. Chaque territoire français sera soumis de manière critique à au moins un aléa majeur. »Ainsi, l’instance dresse une évaluation des risques à venir : l’érosion et la submersion exerceraient une pression croissante sur le littoral (1,09 milliards d’euros de valeur de logements potentiellement atteints en 2050) ; le retrait-gonflement des argiles (RGA) affecterait davantage de maisons individuelles (+ 44 % à + 162 % de la sinistralité d’ici 2050) ; les inondations pèseraient sur les pôles urbains (+ 370 millions d’euros de dégâts par an) ; les vagues de chaleur transformeraient l’habitabilité des villes et la productivité du travail – avec une multiplication par 5 du nombre de jours de chaleur en 2050.Le montant des sinistres liés à la sécheresse pourrait tripler par rapport aux trente dernières années (au point de passer 13,8 à 43,3 milliards d’euros entre 2020 et 2050). Les incendies remonteraient vers le Nord. Dans les Outre-mer, la répétition de tempêtes, de cyclones, de submersions et de crises d’accès à l’eau ou aux services essentiels pourrait prendre « un caractère socialement explosif ».

Aussi l’organisme préconise d’aménager le territoire sur la base de trois piliers, pour « façonner activement » un territoire national plus résilient face au changement climatique :

  • freiner les pratiques d’aménagement qui entretiennent voire augmentent la vulnérabilité des territoires aux effets du changement climatique ;
  • assurer une péréquation nationale entre territoires plus ou moins touchés, dynamique et adaptable en fonction des événements ;
  • freiner la concentration des habitants et des activités dans certaines parties du territoire (métropoles, littoraux) et favoriser leur répartition sur le territoire national, moins optimisée économiquement mais plus robuste face au changement climatique.
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En conclusion, le HCSP rappelle que « nos systèmes économiques, sociaux et administratifs ont longtemps été pensés dans une logique d’optimisation : maximiser la production, réduire les coûts, supprimer les redondances, ajuster les flux ». Or un monde sous contrainte climatique impose de privilégier d’autres logiques en passant « à la robustesse et à la résilience ». Ainsi l’instance relève que « dans l’énergie, la mobilité, l’alimentation, l’eau, la santé, les infrastructures ou l’aménagement du territoire, la redondance cesse d’être un gaspillage et devient une assurance ».

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Pour en savoir plus

Haut-Commissariat à la stratégie et au plan – focus « environnement » de la « prospective nationale  France 2035 – France 2050 »

Rapport prospectif France 2035, France 2050 – Comment vivrons-nous en France demain ?

Publication du décret sur la troisième stratégie nationale bas carbone

 

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