COP-30 : bilan total très mitigé à presque tous les égards
Par : Mark Tuddenham
Après plus de deux semaines d’intenses négociations, que retenir de la COP-30 ? Que contient l’accord final ? Quels sont les éléments de la nouvelle décision « mutirão » ? Quid de l’ensemble d’indicateurs de suivi de l’adaptation qui devait être adopté ? Quelle suite a été donnée aux résultats du bilan mondial de Dubaï, et notamment à son engagement phare d’opérer une transition vers la sortie des combustibles fossiles ? Quelles perspectives en vue de la COP-31 ? Pour y voir plus clair, le Citepa, après avoir suivi les avancées des négociations jour après jour (lire notre journal de la COP-30), vous propose cet article de synthèse sur les résultats de la Conférence de Belém.
Plan de l’article
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Rappel de l’articulation des différents organes de la CCNUCC

Les organes subsidiaires SBSTA et SBI sont des organes techniques mis à disposition de la COP, de la CMP et de la CMA.
Pour une vision détaillée des enjeux de la COP-30, lire notre article. Pour le bilan de la COP-29, lire notre article.
Pour l’explication des différents groupes de négociation, voir notre glossaire de la COP-30.
La COP-30 a été une COP à forts enjeux et surtout une COP charnière où la priorité absolue était de faire le point sur la troisième série des contributions nationales (NDC) soumises à la CCNUCC, de prendre acte du déficit d’ambition et de définir une feuille de route pour le réduire d’ici 2030. L’accent a également mis sur la concrétisation de la mise en œuvre des engagements politiques de Dubaï (au premier rang desquels la transition vers la sortie des combustibles fossiles), sur la concrétisation de la feuille de route pour parvenir à l’objectif des 1 300 Md$/an d’ici 2035, ainsi que sur l’adoption des 100 indicateurs de suivi de l’objectif global en matière d’adaptation. En bref, selon la Présidence brésilienne de la COP-30, c’était une COP de la mise en œuvre, une COP de l’ambition et une COP de l’adaptation.
Mais c’était également une COP symbolique :
- la COP-30 marque les 10 ans de l’Accord de Paris, adopté le 12 déc. 2015,
- la COP-30 marque 30 ans de COP : la COP-1 a eu lieu à Berlin du 28 mars au 7 avril 1995,
- la COP-30 a lieu dans le pays où tout le processus de la CCNUCC a commencé il y a 33 ans….au Brésil, à Rio avec le Sommet de la Terre et l’adoption de la Convention Climat (et celles sur la biodiversité et la désertification),
- la COP-30 intervient à mi-parcours de la décennie « cruciale » pour renforcer l’action climat, « en rectifiant le tir » afin de combler l’écart entre la science et l’ambition.
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La Présidence de la COP-30
Conformément à la rotation des cinq groupes régionaux de l’ONU, la COP de 2025 a eu lieu en Amérique latine et Caraïbes (groupe composé de 33 pays). La COP-28 avait approuvé via la décision 17/CP.28 la proposition du Brésil d’accueillir la COP-30.
La Présidence azerbaïdjanaise de la COP-29 a pris fin à l’ouverture de la COP-30. Le Brésil détiendra la Présidence jusqu’à l’ouverture de la COP-31 (prévue au 9 novembre 2026).
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Organisation et déroulement de la Conférence de Belém
Déroulement de la Conférence de Belém
Du 10 au 22 novembre 2025, comme tous les ans, la Conférence de Belém (Brésil) sur le Climat s’est articulée autour de cinq sessions de négociation formelles en parallèle, la COP-30 n’étant qu’une session parmi elle. Néanmoins, il est d’usage de désigner l’ensemble de la Conférence Climat sous le nom de COP. Les cinq sessions formelles, au sein de la CCNUCC, ont été les suivantes :
10 – 15 nov. 2025 : 63èmes sessions des deux organes subsidiaires de la CCNUCC :
- organe subsidiaire pour la mise en œuvre (SBI-63) – voir ordre du jour provisoire,
- organe subsidiaire pour le conseil scientifique et technologique (SBSTA-63) – voir ordre du jour provisoire.
10 – 22 nov. 2025 : sessions des trois organes de prise de décision formelle :
- 30e Conférence des Parties à la Convention Climat (COP-30) – voir ordre du jour provisoire et annotations,
- 7e Réunion des Parties à l’Accord de Paris (CMA-7) – voir ordre du jour provisoire et annotations, ordre du jour provisoire et annotations +ajout et ordre du jour supplémentaire,
- 20e Réunion des Parties au Protocole de Kyoto (CMP-20) – voir ordre du jour provisoire et annotations.
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Séquence de haut niveau (Chefs d’Etat et de Gouvernement ; Ministres)
6 – 7 nov. 2025 : 1ère partie de la séquence de haut niveau, dont le Sommet des dirigeants mondiaux pour l’action climat (World Leaders’ Climate Action Summit). A noter que sur décision du Président de la COP-30, cette première partie de la séquence de haut niveau s’est tenue, pour la première fois, trois jours avant l’ouverture officielle de la COP-30, à Belém ;
17 – 18 nov. 2025 : 2e partie de la séquence de haut niveau, avec la présence des Ministres chargés des négociations internationales sur le climat (selon les Etats : Ministres de l’Environnement, du Climat et de l’Energie, des Affaires étrangères, etc.).
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Les principaux évènements mandatés
Plusieurs évènements et réunions mandatés (mandated events) par une décision de la COP ou de la CMA (de Bakou, de Dubaï, de Charm el-Cheikh ou d’une année antérieure) ont eu lieu à Belém.
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Journées thématiques
En dehors des négociations formelles dans le cadre de la COP, de la CMA et de la CMP, la Présidence brésilienne a organisé cinq double-journées thématiques qui ont eu lieu pendant la Conférence (comme le font tous les ans les Présidences des COP) :
- 10-11 nov. : adaptation, villes, infrastructure, eau, déchets, collectivités infranationales, bioéconomie, économie circulaire, science, technologies et IA.
- 12-13 nov. : santé, emploi, éducation, culture, justice et droits humains, intégrité de l’information, travailleurs.
- 14-15 nov. : énergie, industrie, transports, commerce, finance, marchés carbone, GES hors CO2.
- 17-18 nov. : forêts, océans, biodiversité, peuples indigènes, communautés locales et traditionnelles, enfants et jeunesse, santé, petites et moyennes entreprises.
- 19-20 nov. : agriculture, filière agro-alimentaire et sécurité alimentaire, pêche, petites exploitations agricoles, femmes, genre, tourisme.Voir communiqué de la Présidence du 5 août 2025.
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Vue d’ensemble des résultats
Participants
La Conférence de Belém : la 4e COP avec le plus grand nombre de participants
Le Secrétariat de la CCNUCC a publié le 9 décembre 2025 la liste définitive du nombre de participants à la Conférence de Belém sur le climat : 42 618 participants parmi lesquels :
- 7 527 délégués nationaux,
- 8 979 participants supplémentaires des Parties (party overflow),
- 11 306 représentants d’organisations intergouvernementales et d’ONG ayant le statut d’observateurs,
- 2 452 journalistes.
Enfin, 2 550 personnes ont participé à la COP-30 à distance, dont 267 délégués nationaux et 2 227 observateurs (source : CCNUCC, 9 déc. 2025. Voir également le fichier excel établi par la CCNUCC qui liste nommément les participants par catégorie).
A noter que le nombre de délégués nationaux ayant participé à Belém, 7 527, est presque moitié moins que leur nombre présent à la COP-29 (14 074, source : CCNUCC, 5 déc. 2024) et constitue le nombre le plus faible de délégués nationaux depuis la COP-20 à Lima en 2014 (source : Climate Home News d’après les données CCNUCC).
Au total, 194 Parties (193 pays et l’UE en tant qu’organisation régionale d’intégration économique) sur les 198 Parties à la CCNUCC ont inscrit une délégation pour y participer. Pour la toute première fois dans l’histoire des COP, les Etats-Unis, le premier pays émetteur de GES en termes d’émissions historiques, n’ont envoyé aucune délégation (l’administration Trump 2 ayant indiqué à la presse américaine sa décision en ce sens le 31 octobre 2025). A noter que l’administration Trump 1 (2017-2020) avait envoyé une délégation nationale aux trois COP qui ont eu lieu pendant son premier mandat.
Les trois autres pays qui n’ont pas envoyé de délégation nationale à Belém sont l’Afghanistan, Myanmar et San Marino.
Sur la base de ce total définitif de 42 618 participants à Belém, la COP-30 est la 4e COP ayant accueilli le plus grand nombre de participants après le record de la COP-28 à Dubaï (83 884 en présentiel et 2 089 en virtuel, source : CCNUCC, 22 déc. 2023). Viennent ensuite en 2e place la COP-29 à Bakou (54 148 en présentiel et 2 411 en virtuel, source : CCNUCC, 5 déc. 2024), en 3e place la COP-27 (Charm el-Cheikh, nov. 2022, 49 703 participants), en 4e place la COP-26 à Glasgow (38 457 participants), en 5e place la COP-21 avec 30 372 participants (Paris, 2015) et en 6e place la COP-15 avec 27 301 participants (Copenhague, 2009) (sources : CCNUCC ; Carbon Brief, 1er déc. 2023). A titre de comparaison, la toute première COP, la COP-1 (Berlin, 1995) a réuni 3 969 participants.
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Les plus grandes délégations
Le 11 novembre 2025, le site d’information britannique spécialisé sur le climat, Carbon Brief, a publié une analyse de la taille des différentes délégations à la COP-30 qui se base sur la liste provisoire des participants établie par la CCNUCC et publiée le 10 novembre 2025.
La délégation la plus importante à la COP-30 est sans surprise celle du Brésil (pays hôte de la COP-30 avec 3 805), suivi de la Chine (789), du Nigeria (749), de l’Indonésie (566), de la République démocratique du Congo (556) et de la France (530). Ainsi, la délégation française à Belém est la sixième plus importante.
La plus petite délégation est celle composée d’une seule personne, inscrite pour représenter le Nicaragua. Il y a cinq délégations composées de deux personnes (Corée du Nord, Lettonie, Liechtenstein, Saint-Vincent-et-les Grenadines et Slovaquie).
Carbon Brief : Analysis: Which countries have sent the most delegates to COP30? 11 nov. 2025.
Nombre de participants par COP (de la COP-1 à la COP-30)

Remarques : nombre total par COP (délégations officielles, observateurs et médias), tel que publié par la CCNUCC. Données COP-1-COP-29 : chiffres définitifs, données pour la COP-30 : chiffres provisoires.
Source : Carbon Brief, 11 nov. 2025.
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Les représentants du secteur des énergies fossiles – moins de représentants présents à Belém qu’à Bakou
Le 14 novembre 2025, l’ONG Global Witness a publié, comme tous les ans, une analyse du nombre de représentants du secteur de la production des combustibles fossiles (à l’origine du réchauffement climatique) qui participent à la COP-30 et ce, sur la base de la liste officielle provisoire des participants établie par le Secrétariat de la CCNUCC (lire notre Journal de la COP-30 | Jour 3). Cette analyse est désormais réalisée par la coalition d’ONG Kick Big Polluters Out (KBPO).
Selon l’estimation qui a nécessité un travail de vérification approfondie et minutieuse par toute une équipe de chargés d’études, de décodeurs et d’analystes de données, cette année (2025), l’autorisation à participer à la Conférence a été accordée à 1 602 représentants du secteur des combustibles fossiles (lobbyistes ou non), contre 1 773 en 2024 lors de la COP-29 (lire notre article) et 2 456 en 2023 lors de la COP-28 (lire notre article) et 636 en 2022 lors de la COP-27 (lire notre article).
Selon les auteurs de l’analyse, bien que le nombre de participants à la COP-30 soit globalement moins important qu’à la COP-29 en Azerbaïdjan et à la COP-28 à Dubaï, la proportion de représentants du secteur des énergies fossiles a augmenté pour atteindre près d’un délégué sur 25 présents à Belém.
Par ailleurs, l’analyse montre que si ces 1 602 représentants devaient constituer une délégation, elle serait la deuxième plus grande après celle du pays hôte de la COP-30, le Brésil (3 805) (lire notre Journal de la COP-30 | Jour 3).
Par ailleurs, selon l’analyse 2025, il y a plus de représentants du secteur de la production des combustibles fossiles à Belém que tous les délégués réunis des 10 pays africains les plus vulnérables (au total 1 061), pays en première ligne face aux impacts du dérèglement climatique.
Lire le communiqué de Global Witness (du 14 nov. 2025) qui comporte une section sur la méthodologie appliquée pour réaliser cette analyse.
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Durée
Au terme de deux semaines de négociations intenses et de près de 27 heures au-delà de l’heure de clôture officielle (18h vendredi 21 nov. 2025), la COP-30 s’est achevée le 22 novembre 2025 à 20h44 (heure locale à Belém [00h44 heure française] (source : IISD). La COP-30 représente le 11e dépassement le plus long de l’ensemble des 30 COP à ce jour (sources : IISD, Carbon Brief, 23 nov. 2025).
La COP qui a battu tous les records de dépassement des 30 COP jusque-là est détenu par la COP-25 (Madrid, 2019, avec un dépassement de 44h), suivie de la COP-27 (Charm el-Cheikh, 2022, la 2e COP la plus longue avec un dépassement de 39,5h) et de la COP-17 (Durban, 2011, avec un dépassement de près de 36,5h).
(sources : IISD, Carbon Brief, Citepa/Journal de la COP-27 | Jour 15 et Carbon Reporter, 14 nov. 2021)
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Dépassement des COP-1 à 30 au-delà de 18h le jour de leur clôture officielle prévue

Sources : IISD, Carbon Brief, 23 nov. 2025.
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Nombre de décisions adoptées
Au total, les Parties ont mené des discussions autour d’une quarantaine d’axes de négociation dans le cadre des cinq organes de la CCNUCC (COP-30, CMA-7, CMP-20, SBSTA-63 et SBI-63) conformément à leurs ordres du jour respectifs qui ont été adoptés le premier jour de la COP-30 (lire notre Journal de la COP-30 | Jour 1).
Au total, 55 décisions ont été adoptées : 20 par la COP-30, 27 par la CMA-7 et 8 par la CMP-20.
La Présidence a regroupé les 15 décisions les plus importantes du point de vue politique et des enjeux associés dans le cadre du paquet politique de Belém (« Belém political package« ), et notamment les décisions suivantes adoptées par la CMA-7 :
- décision dite « mutirão mondial : unir l’humanité au sein d’une mobilisation mondiale contre le changement climatique » (il s’agit de la décision phare de Belém qui deviendra la décision 1/CMA.7),
- décision sur les questions liées au bilan mondial (Global Stocktake),
- décision sur le programme de travail sur la transition juste (JTWP),
- décision sur l’objectif mondial de matière d’adaptation (GGA),
- décision sur les questions liées au fonds d’adaptation (même texte adopté par la CMA-7 et par la CMP-20)
- décision sur le programme de travail sur l’ambition et la mise en œuvre en matière d’atténuation (MWP),
- décision sur la compilation et la synthèse des communications biennales d’informations ex ante par les pays industrialisés sur le financement climat conformément à l’article 9.5 (même texte adopté par la CMA-7 et par la COP-30)
- décision sur le rapport du fonds pertes et préjudices et sur les recommandations de la CMA à l’intention de ce fonds (même texte adopté par la CMA-7 et par la COP-30),
- décision sur le dialogue sur l’article 2.1(c) – alignement des flux de financement mondiaux avec une trajectoire de développement bas-carbone,
- décision sur la mise à disposition du soutien financier et technique aux pays en développement aux fins de rapportage et de renforcement des capacités (cf. article 13),
- décision sur les questions liées au Comité permanent sur le financement (SCF) (même texte adopté par la CMA-7 et par la COP-30),
- décision sur les recommandations à l’intention du fonds vert pour le climat (GCF) (même texte adopté par la CMA-7 et par la COP-30).
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Parmi les autres décisions clés adoptées par la COP-30 (en dehors du paquet politique de Belém) :
- décision sur les dates et les lieux des futures sessions COP/CMA/CMP,
- décision sur les plans nationaux d’adaptation (NAP).
Parmi les autres décisions clés adoptées par la CMA-7 (en dehors du paquet politique de Belém) :
- décision établissant des recommandations concernant les communications sur l’adaptation,
- décision sur la mise en œuvre des recommandations sur les approches coopératives au titre de l’article 6.2,
- décision établissant des recommandations supplémentaires pour le mécanisme d’octroi des crédits d’émission carbone établi par l’article 6.4,
- décision sur le programme de travail au titre du cadre pour les approches non fondées sur le marché (article 6.8).
Parmi les décisions clés adoptées par la CMP-20 :
- décision établissant des recommandations concernant le mécanisme de développement propre (MDP ou CDM en anglais).
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Voir l’ensemble des décisions adoptées. Il s’agit des versions finales adoptées mais non corrigées d’éventuelles erreurs éditoriales (advanced unedited versions ou AUVs).
Les autres décisions sont essentiellement de nature procédurale.
Contrairement à la COP-26 et à la COP-27, mais comme Bakou, Belém n’a pas abouti à une décision chapeau proprement dite, selon le Président de la COP-30 mais tous les experts s’accordent à reconnaître que la « décision mutirão » fait office de décision chapeau.
En particulier, la « décision mutirão » constitue la réponse groupée de la CMA aux demandes formulées par certains groupes de négociation en amont de la Conférence d’ajouter aux ordres du jour formels de la COP-30/CMA-7/CMP-20/SBSTA-63/SBI-63 quatre sujets supplémentaires politiquement très épineux qui n’y avaient pas été inscrits :
- financement (obligation des pays industrialisés à fournir des financements climat aux pays en développement, cf. article 9.1 de l’Accord de Paris) ;
- commerce et climat (mesures unilatérales restrictives pour le commerce liées au climat, comme le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières mis en place par l’UE) ;
- ambition des NDC 3.0 ; et
- rapports biennaux sur la transparence.
De surcroît, la « décision mutirão » formule d’autres messages politiques dans le cadre d’une vision de la Présidence brésilienne (voir section consacrée à cette décision ci-après).
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Résultats des négociations formelles par décision clé
1. Décision « mutirão »
Structure
La décision est composée de 58 paragraphes regroupés en quatre sections :
- Mutirão mondial : unir l’humanité dans une mobilisation mondiale contre le changement climatique,
- – Unis dans la célébration du 10e anniversaire de l’Accord de Paris,
- – De la négociation à la mise en œuvre : le cycle politique de l’Accord de Paris pleinement en marche
III. – Répondre à l’urgence : accélérer la mise en œuvre, la solidarité et la coopération internationale.
Contenu
Les points clés de la « décision mutirão »
Multilatéralisme et Accord de Paris
- [8e alinéa du préambule] soulignant le rôle essentiel du multilatéralisme fondé sur les valeurs et les principes des Nations Unies, notamment dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention Climat et de l’Accord de Paris, ainsi que l’importance de la coopération internationale pour traiter les problèmes mondiaux, notamment le changement climatique, dans le contexte du développement durable et des efforts visant à éliminer la pauvreté. [Il s’agit d’un élément essentiel pour la présidence brésilienne face au 2e retrait des États-Unis de l’Accord de Paris et aux nombreuses crises géopolitiques internationales (Ukraine, Palestine,…) qui pèsent lourd sur les relations internationales.]
- 9e alinéa du préambule] soulignant le besoin urgent d’aborder de manière globale et synergique les crises mondiales interdépendantes du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la dégradation des terres et des océans ;
- [§ 2] la CMA réaffirme avec force son engagement en faveur du multilatéralisme et des principes et dispositions de l’Accord de Paris et décide de rester unis dans la poursuite des efforts visant à atteindre les objectifs à long terme de l’Accord, en vue de mener une action climat et d’apporter un soutien aux populations et à la planète.
Science
- [12e alinéa du préambule] rappelant avec inquiétude que le budget carbone compatible avec le respect de l’objectif de température fixé par l’Accord de Paris [formulation vague : l’objectif de +1,5°C n’est pas précisé] est désormais faible et s’épuise rapidement, et reconnaissant que les émissions nettes cumulées historiques de CO2 représentent au moins les quatre cinquièmes du budget carbone total pour une probabilité de 50 % de limiter le réchauffement climatique à +1,5°C ;
- [§ 5] la CMA reconnaît le rôle central des meilleures données scientifiques disponibles pour l’action climat et l’élaboration de politiques climat efficaces, telles que produites par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.
Ambition en matière d’atténuation – mise en place de deux nouveaux processus
- [§ 7] la CMA réaffirme sa détermination à poursuivre ses efforts pour limiter l’augmentation de la température à +1,5 °C, à limiter à la fois l’ampleur et la durée de tout dépassement (overshoot), et à réduire l’écart en matière d’adaptation ;
- [§ 10] a CMA reconnaît que la transition mondiale vers un développement à faibles émissions de GES et résilient au changement climatique est irréversible et constitue la tendance de l’avenir ;
- [§ 16] la CMA exhorte les Parties qui n’ont pas encore soumis leur NDC 3.0 à le faire dès que possible ;
- [§ 18] la CMA exhorte les Parties qui n’ont pas encore soumis leur stratégies bas-carbone à long terme à le faire dès que possible ;
- [§ 19] la CMA exhorte les Parties qui n’ont pas encore soumis leur plan national d’adaptation à le faire d’ici fin 2025 et à avancer dans leur mise en œuvre d’ici 2030 ;
- [§ 33] la CMA appelle les Parties à […] accélérer la mise en œuvre intégrale des NDC, tout en s’efforçant de faire mieux collectivement et en coopération, conformément aux principes et dispositions de la Convention et de l’Accord de Paris, en tenant compte des circonstances nationales et des priorités de développement ;
- [§ 36] la CMA invite les Parties à élaborer des plans de mise en œuvre et des plans d’investissement pour leurs NDC et à les aligner avec leurs plans et stratégies de développement économique plus globaux ;
- [§ 41] la CMA décide, en réponse à l’urgence climatique, aux écarts [entre la science et l’ambition ; entre les politiques climat et l’action climat sur le terrain] et aux défis, afin d’accélérer la mise en œuvre, la solidarité et la coopération internationale, de lancer l’Accélérateur mondial de mise en œuvre [de l’action climat], en tant qu’initiative coopérative, non-coercitif et volontaire sous le pilotage des Présidences de la CMA-7 (Brésil) et de la CMA-8 (Turquie/ Australie), afin d’accélérer la mise en œuvre par tous les acteurs pour maintenir l’objectif de +1,5 °C à portée de main et d’aider les pays à mettre en œuvre leurs NDC et leurs plans nationaux d’adaptation en tenant compte des décisions adoptées par la CMA depuis la CMA-1, telles que le Consensus des Émirats arabes unis ;
- Les Présidences de la CMA-7 et de la CMA-8 sont chargés de présenter un rapport de synthèse de leurs travaux lors de la CMA-8.
- [§ 42] la CMA décide de lancer, sous le pilotage des Présidences de la CMA-6, de la CMA-7 et de la CMA-8, la « Mission de Belém vers 1,5 », qui vise à permettre l’ambition et la mise en œuvre des NDC et des plans nationaux d’adaptation, afin de réfléchir à l’accélération de la mise en œuvre de ces deux documents, ainsi qu’à la coopération internationale et aux investissements à cet égard.
- La CMA demande à ces trois Présidences d’élaborer un rapport de synthèse de ces travaux pour présenter lors de leur achèvement à la CMA-8 (2026) ;
- [§ 43] la CMA […] encourage les Parties à renforcer à tout moment leur NDC existante en vue d’en accroître le niveau d’ambition, conformément aux orientations adoptées par la CMA ;
Financement
- [§ 45] la CMA réaffirme que les pays industrialisés doivent fournir des ressources financières pour aider les pays en développement à atténuer les effets des changements climatiques et à s’y adapter, conformément à leurs obligations existantes au titre de la Convention, et que les autres Parties sont encouragées à fournir ou à continuer de fournir ce soutien à titre volontaire ;
- [§ 47] la CMA réaffirme l’appel lancé à tous les acteurs (cf. décision 1/CMA.6 § 7) pour qu’ils collaborent afin de permettre l’augmentation du financement accordé aux pays en développement pour l’action climat, provenant de toutes les sources publiques et privées, pour atteindre au moins 1 300 Md$ par an d’ici 2035.
- [§ 48] la CMA décide d’accélérer d’urgence la mise en oeuvre d’actions permettant l’accroissement du financement accordé aux pays en développement pour l’action climat, provenant de toutes les sources publiques et privées pour atteindre 1 300 Md$/an d’ici 2035 et souligne le besoin urgent de rester sur une trajectoire vers la réalisation de l’objectif de mobiliser au moins 300 Md$/an d’ici 2035, les pays industrialisés étant les moteurs de cette mobilisation ;
- [§ 49] la CMA souligne le besoin urgent de fournir et de mobiliser des ressources publiques et à base de subventions et de financement hautement concessionnels (à faible taux d’intérêt), notamment pour l’adaptation dans les pays en développement, surtout ceux qui sont particulièrement vulnérables et qui ont de faibles capacités budgétaires (pays les moins avancés et petits Etats insulaires) ;
- [§ 52] la CMA décide de convoquer une table ronde ministérielle de haut niveau pour réfléchir sur la mise en oeuvre de l’objectif de 1 300 Md$/an, y compris sur les éléments quantitatifs et qualitatifs liés à la mise à disposition du financement climat ;
- [§ 53] la CMA réaffirme l’objectif de doubler le financement de l’adaptation d’ici 2025 par rapport aux niveaux de 2019 [fixé par la décision 1/CMA.3 § 18, adoptée à Glasgow en 2021] et appelle [les Parties et les acteurs non-étatiques] à tripler le financement de l’adaptation d’ici 2035 dans le contexte de la décision 1/CMA.6 et exhorte les pays industrialisés à accroître leur trajectoire de financement collectif de l’adaptation au changement climatique en faveur des pays en développement ;
- [§ 54] la CMA décide de mettre en place un programme de travail de deux ans sur le financement climat, y compris sur l’article 9.1 dans le contexte de l’article 9 (financement) dans son ensemble. [Ce programme de travail constitue une plateforme pour donner suite à la feuille de route vers la réalisation de l’objectif de 1 300 Md$/an d’ici 2035, présentée par les Présidences de la COP-29 et de la COP-30 le 6 nov. 2025 lors de la séquence de haut niveau.]
Commerce
Le commerce a été, pour la première fois, au cœur des négociations, s’étant imposé de manière inattendue comme un des sujets clés de Belém sous la pression de la Chine, soutenue par l’Inde.
- [§ 56] la CMA réaffirme que les Parties devraient coopérer afin de promouvoir un système économique international favorable et ouvert qui conduirait à une croissance économique et à un développement durables dans tous les pays, en particulier les pays en développement, leur permettant ainsi de mieux faire face aux problèmes liés aux changements climatiques, et réaffirme également que les mesures mises en oeuvre pour lutter contre le changement climatique, y compris les mesures unilatérales, ne devraient pas constituer un moyen de discrimination arbitraire ou injustifiable ni une restriction au commerce international qui est déguisée. [Ce paragraphe 56 cible implicitement le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières prévu par l’UE.]
- [§ 57] la CMA demande aux SB de mener un dialogue sur trois ans sur le commerce lors de leurs sessions SB-64 (juin 2026), SB-66 (juin 2027) et SB-68 (juin 2028), avec la participation des Parties et d’autres parties prenantes, notamment le Centre du commerce international, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED ou UNCTAD en anglais) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), afin d’examiner les possibilités, les défis et les obstacles liés au renforcement de la coopération internationale en ce qui concerne le rôle du commerce.
- La CMA décide également d’échanger des expériences et des points de vue sur des questions connexes lors d’une réunion de haut niveau en 2028 et demande aux SB de présenter un rapport résumant les discussions qui auront eu lieu lors de cette réunion.
Absence de référence aux combustibles fossiles et à une feuille de route vers la sortie de ceux-ci
Tout d’abord, cette décision ne fait aucune référence aux combustibles fossiles, ni au paragraphe 28 de la décision sur le bilan mondial de Dubaï (décision 1/CMA.5), ni aux engagements du paquet sur la transition énergétique, dont la transition vers la sortie des combustibles fossiles (§ 28a à §28h). Elle ne fait aucune référence non plus au lancement d’une feuille de route sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles et ce, malgré l’appel inattendue du Président brésilien Lula à la mise en place de deux feuilles de route (sortie progressive des combustibles fossiles et déforestation) à plusieurs reprises (lors de la première journée de la séquence de haut niveau, le 6 nov. 2025, et lors de l’ouverture de la COP-30, le 10 nov. 2025). Ces appels répétés ont engendré une dynamique portée par un nombre croissant de pays, au fil des jours, qui se sont prononcés en faveur d’une telle feuille de route. Ainsi, selon les calculs de Carbon Brief, au total 85 Parties ont fini par soutenir cette initiative (source : Carbon Brief, FF roadmap supporters, fichier excel, consulté le 24 nov. 2025).
Sur le plan politique, le Brésil a mené un débat à Belém sur l’avenir des combustibles fossiles. Malgré l’absence de consensus, avec plus de 80 pays soutenant un langage explicite, la présidence brésilienne a annoncé, de sa propre initiative, des processus visant à élaborer deux feuilles de route clés :
- la transition vers une économie sans combustibles fossiles de manière juste, ordonnée et équitable ;
- la feuille de route sur les forêts et le climat pour mettre fin à la déforestation et inverser la tendance.
Absence de référence à une feuille de route sur la déforestation
Malgré l’objectif affiché par la Présidence à plusieurs reprises en amont de la Conférence de Belém que celle-ci sera la « COP des forêts tropicales », la décision « mutirão » ne mentionne l’enjeu de la déforestation qu’une seule fois, et c’est dans le 2e alinéa du préambule et non dans le corps du texte de la décision : l’enjeu de la déforestation : « Conscients d’être au cœur de l’Amazonie et soulignant l’importance de conserver, protéger et restaurer la nature et les écosystèmes afin d’atteindre l’objectif de température fixé par l’Accord de Paris, notamment en redoublant d’efforts pour mettre fin à la déforestation et à la dégradation des forêts d’ici 2030, conformément à l’article 5 de l’Accord de Paris, et d’autres écosystèmes terrestres et marins agissant comme puits et réservoirs de gaz à effet de serre, et en conservant la biodiversité… ». Ainsi, la décision se contente de reprendre l’objectif fixé au paragraphe 33 de la décision 1/CMA.5 sur les résultats de la phase politique du bilan mondial, adoptée à Dubaï en déc. 2023.
Selon les calculs de Carbon Brief, 93 pays soutiennent désormais l’adoption d’une feuille de route pour mettre fin à la déforestation et à la dégradation des forêts d’ici 2030.
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2. Adaptation : décision sur l’objectif mondial en matière d’adaptation
L’enjeu n°2 de la COP-30 (ou plutôt de la CMA-7) était d’acter un ensemble de 100 indicateurs de suivi des sept objectifs thématiques qualitatifs et des quatre objectifs en matière de gouvernance. C’était en fait le seul sujet avec échéance pour adoption à Belém.
Les négociations des Parties se sont appuyées sur un rapport technique et une liste finale des 100 indicateurs potentiels (dont des indicateurs sur les moyens de mise en œuvre (MoI), préparés par le groupe d’experts, publiés le 8 sept. 2025, et se sont poursuivies sur la base d’une note informelle (version du 25 juin 2025 @ 23h32), issue des discussions des sessions SB-62 (juin 2025). A Belém, les opinions divergeaient, entre autres, sur :
- la conclusion des travaux dans le cadre du programme de travail Emirats arabes unis – Belém (établi par la décision 2/CMA.539) et l’adoption de la liste d’indicateurs lors de la CMA-7 ;
- l’état d’avancement et l’utilité de la liste d’indicateurs ;
- le rôle des indicateurs de suivi des MoI ;
- les travaux liés aux indicateurs à effectuer après la CMA-7 ;
- les modalités de la feuille de route de Bakou pour l’adaptation ; et
- la poursuite des travaux sur le concept d’adaptation transformationnelle.
Les pays étaient également en désaccord sur l’opportunité d’inclure dans le texte un objectif visant à tripler le financement de l’adaptation, ainsi que sur l’année cible et l’année de référence à fixer. Le 21 novembre, la Présidence a présenté un projet de texte révisé (version du 21 nov. 2025 @ 03h00, 9p) qui, entre autres, contenait un nombre réduit de 59 indicateurs.
Nombre d’indicateurs retenus dans la décision finale de Belém sur le GGA par objectif qualitatif thématique et par objectif de gouvernance, par rapport à la liste des 100 indicateurs pré-CMA-7

Source : SLYCAN Trust, The GGA decision at COP30/CMA7 (synthèse non datée et non disponible sur leur site).
Dans la décision sur l’objectif mondial d’adaptation adoptée à Belém, la CMA-7 a acté une liste restreinte de 59 indicateurs établis à l’annexe de la décision.
Lors de la séance plénière de clôture de la CMA, le 22 novembre, le Président Corrêa do Lago a adopté la décision. Soulevant une motion d’ordre (une objection), le Panama a déploré que le texte ait été publié très tardivement dans le processus et a déclaré qu’il effaçait deux années de travail d’experts. Il a indiqué avoir souhaité soulever ces préoccupations avant l’adoption de la décision, mais avoir été ignoré. Sur une autre motion d’ordre, l’Uruguay, l’Argentine, le Paraguay et l’Équateur ont soutenu le Panama, soulevant des préoccupations similaires concernant l’adoption de la décision. Le groupe AILAC s’y est également opposé, soulignant que les 59 indicateurs actés ne résultaient pas d’un processus décisionnel mené par les Parties.
La Suisse a soulevé deux préoccupations concernant la décision : les indicateurs ont été modifiés plutôt que sélectionnés à partir de la liste des 100 indicateurs fournie par les experts techniques ; et le temps disponible pour examiner la liste finale était limité.
Après avoir suspendu la séance plénière pendant plus d’une heure afin de permettre la poursuite des consultations, le Président Corrêa do Lago a informé les Parties que la décision était considérée comme adoptée et qu’elle était donc valable et définitive. Il a également proposé que les travaux sur ce sujet soient repris aux SB-64 (juin 2026).
Source : Summary of the 2025 Belém Climate Change Conference, Earth Negotiations Bulletin, vol. 12 n°888, 25 nov. 2025.
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Points clés de la décision
- [§ 5] la CMA a décidé de conclure le programme de travail Emirats arabes unis – Belém (établi par la décision 2/CMA.539). [Le programme s’est donc conclu à Belém mais aucune suite formelle à ces travaux n’a été décidée par la CMA] ;
- [§ 6] la CMA décide d’adopter la liste des 59 indicateurs en annexe (baptisés les indicateurs de Belém sur l’adaptation [Belém Adaptation Indicators]) [La liste des 59 indicateurs ne figurait pas dans la quasi-totalité des versions précédentes du projet de décision (voir version du 17 nov. 2025 @23h55, 8p ; version du 15 nov. 2025 @ 13h00 ; version du 15 nov. 2025 @ 10h50) ; version du 14 nov. 2025 @ 13h15). A la surprise générale de beaucoup de Parties et contre leur gré, elle a été ajoutée par la Présidence à la version du 21 nov. 2025 @ 03h00, 9p] ;
- [§ 7] [plusieurs limites sont définies dans la décision] : la CMA souligne que ces indicateurs sont à utiliser à titre volontaire, qu’ils sont non prescriptifs, non punitifs, non-coercitifs, de nature mondiale, respectueux de la souveraineté nationale et des circonstances nationales, et pilotés par les pays, et que les indicateurs ne devraient pas créer de charges supplémentaires en matière de rapportage, en particulier pour les pays en développement, ne sont pas destinés à servir de base de comparaison entre les Parties, ne doivent pas devenir un obstacle et ne doivent en aucun cas être utilisés comme condition pour que les pays en développement aient accès au financement au titre de la Convention et de l’Accord de Paris ;
- [§ 9] la CMA affirme que les indicateurs de Belém sur l’adaptation ont pour objectif d’éclairer les approches nationales pour suivre les mesures d’adaptation et des progrès accomplis et ne doivent pas créer de nouvelles obligations pour les pays en développement, ni de benchmarks ou de critères d’évaluation, ni établir de méthodologies ou de processus de collecte de données normalisés à l’échelle mondiale, ni établir de cadres de conformité, ni porter atteinte à la position d’une Partie […] ;
- [§ 11] la CMA encourage les Parties à tester les indicateurs de Belém sur l’adaptation, en consultation avec d’autres parties prenantes ;
- [§ 13] la CMA souligne que les indicateurs de Belém sur l’adaptation constitueront une source d’information, notamment via le rapportage des Parties, pour alimenter le 2e bilan mondial (2028) ;
- [§ 16] la CMA demande au Secrétariat d’élaborer, pour examen par la CMA-8 (nov. 2026, Antalya, Turquie), un document technique sur les sept objectifs thématiques qualitatifs et les quatre objectifs en matière de gouvernance (fixés par la décision 2/CMA.5 § 9 et § 10) et les indicateurs de Belém sur l’adaptation, d’ici le 30 septembre 2026, qui
- examinera l’utilisation des indicateurs ;
- comprendra une cartographie des processus existants de rapports de synthèse sur les informations relatives à l’adaptation pertinentes pour l’objectif mondial en matière d’adaptation ;
- identifiera les synergies ainsi que les lacunes et les moyens potentiels de les combler ; et
- analysera les lignes directrices, les outils et les méthodologies permettant d’agréger les indicateurs de Belém sur l’adaptation dans le cadre du Programme des Émirats arabes unis pour la résilience climatique mondiale (cf. décision 2/CMA.56) ;
- [§ 21] la CMA décide d’établir la « vision Belém-Addis » sur l’adaptation (Belém–Addis vision on adaptation) qui englobe un processus d’alignement des politiques de deux ans par les Parties, basé sur l’expérience acquise par les Parties lors de la période de test […], visant à élaborer des orientations pour la mise en œuvre des indicateurs de Belém sur l’adaptation [processus de deux ans donc] ;
- [§ 22] la CMA est d’accord pour que les travaux dans le cadre de la vision Belém-Addis sur l’adaptation seront menés conjointement par les SB ;
- [§ 23] la CMA demande aux SB de réaliser des travaux techniques pour améliorer les métadonnées et les méthodologies pour les indicateurs de Belém pour examen par la CMA-9 (nov. 2027, à Addis Abeba), y compris en mettant en place un groupe de travail technique pour contribuer à leurs travaux;
- [§ 29] la CMA décide que la première phase de la feuille de route de Bakou pour l’adaptation, couvrant la période 2026-2028, sera axée sur la mise en œuvre initiale des activités prévues dans la feuille de route, à savoir deux ateliers par an organisés par les présidents des SB avec l’appui du Secrétariat, l’un pendant la session de la CMA et l’autre entre les sessions, et la préparation d’un document technique par le Secrétariat, visant à renforcer la capacité d’adaptation, à renforcer la coopération et à faciliter la planification et la mise en œuvre de l’adaptation en fonction des différentes situations nationales ;
- [§ 32] la CMA décide d’effectuer un réexamen des indicateurs de Belém sur l’adaptation dans le cadre du réexamen du cadre des Émirats arabes unis pour la résilience climatique mondiale (établi par la décision 2/CMA.56), après le deuxième bilan mondial en 2029 ;
- [§ 33] la CMA décide que le cahier des charges du réexamen du cadre des Émirats pour la résilience climatique mondiale sera élaboré et avalisé par les SB en 2026-2027 ;
- [§ 34] la CMA prend note du paragraphe 53 de la décision mutirãodans lequel la CMA appelle [les Parties et les acteurs non-étatiques] à tripler le financement de l’adaptation d’ici 2035 par rapport aux niveaux de 2025 dans le contexte de la décision 1/CMA.6 (voir ci-après) et exhorte les pays industrialisés à accroître leur trajectoire de mise à disposition collective de financement climat pour l’adaptation en faveur des pays en développement.
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Transition juste : programme de travail sur la transition juste
La transition juste figurait parmi les enjeux majeurs de la COP-30 et de la CMA-7, d’autant plus que le sujet du programme de travail de la transition juste (Just Transition Work Programme ou JTWP) est resté en suspens l’année dernière à Bakou : en raison de l’absence de consensus entre les Parties, aucune décision n’a été adoptée sur ce sujet au terme de la CMA-7 à Bakou. En revanche à Belém, les Parties ont pu parvenir à un consensus pour adopter une décision sur le JTWP.
Points clés de la décision
- [8e alinéa du préambule] soulignant la nature multisectorielle, multidimensionnelle et transversale des transitions justes, pour lesquelles il n’existe pas d’approche unique et qui nécessitent des approches englobant l’ensemble de la société et de l’économie.
Pendant les négociations, les pays industrialisés soutenaient une définition plus restreinte de la transition juste qui se limiterait au secteur énergétique. D’autres Parties préconisaient une définition plus large, plus holistique. Ce sont elles qui ont obtenu gain de cause finalement dans la formulation de la décision finale adoptée ;
- [§ 25] la CMA décide de développer un mécanisme de transition juste, dont l’objectif sera de renforcer la coopération internationale, l’assistance technique, le renforcement des capacités et le partage des connaissances, et de permettre des transitions justes, équitables et inclusives, en notant que le mécanisme doit être mis en œuvre en s’appuyant notamment sur le JTWP, et demande aux SB-64 (juin 2026) de recommander un projet de décision sur le processus de mise en œuvre du mécanisme, pour examen par la CMA-8 (nov. 2026).
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Bilan mondial
Les trois sous-volets des négociations sur le bilan mondial (Global Stocktake ou GST), qui initialement faisaient l’objet de trois projets de texte séparés, ont été regroupés par la Présidence en un seul et unique projet de texte le 18 novembre 2025 (version 18 nov. 2025 @ 02h00). La version suivante (version du 21 nov. 2025 @ 03h00) , qui est devenue la version finale de la décision adoptée, a conservé cette configuration. Les trois sous-volets sont :
- les modalités du dialogue sur la mise en œuvre des résultats du GST (dialogue sur 2025-2028, établi par la décision 1/CMA.5 sur les résultats du premier GST, adoptée à Dubaï, déc. 2023, § 97-98),
- les rapports 2024 et 2025 du dialogue annuel visant à faciliter le partage des connaissances et des bonnes pratiques sur la façon dont les résultats du bilan mondial éclairent l’élaboration des prochaines NDC des Parties (en l’occurrence les NDC 3.0) (dialogue annuel établi par la décision 1/CMA.5 § 187),
- les éléments procéduraux et logistiques du processus de déroulement du GST dans son ensemble (prévue par la décision 1/CMA.5 § 192).
La décision adoptée ne fait aucune référence à la transition vers la sortie des combustibles fossiles (cf. paragraphe 28(d) de la décision 1/CMA.5 sur les résultats du premier GST, adoptée à Dubaï, déc. 2023), ni les versions précédentes des projets de décision. A noter que pendant toute la durée de la CMA-7, les négociations sur le sous-volet principal, les modalités du dialogue sur la mise en œuvre des résultats du GST, n’ont donné lieu qu’à deux versions : version du 13 nov. 2025 @ 10h00 et version 18 nov. 2025 @ 02h00, ce qui montre à quel point les négociations ont été difficiles et à quel point les divergences entre les Parties ont été fortes.
Points clés de la décision adoptée
Modalités du dialogue des Emirats arabes unis sur la mise en œuvre des résultats du bilan mondial
- [§ 1] la CMA convient que le dialogue des Emirats arabes unis sur la mise en œuvre des résultats du bilan mondial se déroulera dans un esprit de coopération internationale (ci-après le dialogue), sera facilitateur et non prescriptif (non normatif), et respectera le caractère déterminé au niveau national, ainsi que les différentes situations, trajectoires et approches nationales ;
- [§ 2] la CMA décide que le dialogue facilitera le partage d’expériences et d’informations sur les opportunités, les défis, les obstacles et les besoins, en mettant notamment l’accent sur le financement, le renforcement des capacités, le développement et le transfert de technologies, ainsi que le renforcement de la coopération internationale en tant que facteurs clés pour la mise en œuvre des résultats du bilan mondial ;
- [§ 3] la CMA décide que le dialogue sera organisé par les présidents du SBSTA et du SBI, avec l’appui du Secrétariat de la CCNUCC ;
- [§ 5] la CMA décide que le dialogue se tiendra chaque année, parallèlement à la première session des SB en juin 2026 et juin 2027, après quoi il prendra fin ;
- [§ 7] la CMA demande aux co-facilitateurs du dialogue de préparer, en temps opportun, avec l’appui du Secrétariat, un rapport de synthèse factuel et non prescriptif sur chaque dialogue, basé sur les contributions fournies par les Parties et les discussions tenues lors des dialogues ;
- [§ 8] la CMA décide de convoquer, dans le cadre du dialogue, une table ronde ministérielle de haut niveau lors de la CMA-9 (novembre 2027 à Addis Abeba, Ethiopie) ;
- [§ 9] la CMA décide que les rapports sur le dialogue ci-dessus serviront de contributions au deuxième bilan mondial.
Rapport sur le dialogue annuel sur le bilan mondial
- [§ 14] la CMA décide que le dialogue annuel sur le bilan mondial s’achèvera aux sessions SB-64 (juin 2026) et décide également qu’il examinera la reprise du dialogue dans le cadre de son examen des résultats du 2e bilan mondial.
Eléments procéduraux et logistiques du processus de déroulement du GST dans son ensemble
- [§ 15] la CMA reconnaît l’importance de l’inclusivité dans tous les aspects du processus du bilan mondial et encourage la participation des acteurs non-étatiques au processus, notamment via les champions de haut niveau pour le climat (Climate High-Level Champions) et du Partenariat de Marrakech pour l’action climat mondiale (Marrakech Partnership for Global Climate Action) ;
- [§ 19] la CMA encourage la communauté scientifique à fournir les meilleures contributions scientifiques disponibles pour alimenter le bilan mondial, reconnaissant l’importance cruciale des conclusions du Giec pour le bilan mondial, ainsi que l’importance des contributions scientifiques complètes et représentatives des pays en développement et des rapports pertinents des groupes et institutions régionaux pour le bilan […] ;
- [§ 20] la CMA encourage les co-facilitateurs du dialogue technique du bilan mondial à […] renforcer la prise en compte des efforts visant à prévenir, minimiser et traiter les pertes et préjudices.
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Pertes et préjudices
[Une décision relative au fonds pertes et préjudices a été adoptée par la COP-30 (voir décision) et la CMA-7 (voir décision). Le texte de la décision est quasiment le même pour les deux organes à l’exception de l’article 16 de la décision de la CMA-7 qui rappelle la décision 1/CMA.6 sur le NCQG sans demander aux pays industrialisés, ni les inciter à accroître leur financement pour les pertes et préjudices. Plusieurs pays en développement avaient espéré voir une formulation plus forte en ce sens dans la décision.
La décision acte formellement le lancement des modalités de mise en œuvre de la Barbade (Barbados Implementation Modalities ou BIM) [§ 2], ainsi nommées car elles ont été approuvées lors de la 5e réunion du conseil d’administration du Fonds à Bridgetown, Barbade du 8 au 10 avril 2025 (voir relevé de décisions de la 5e réunion du Conseil § 19, p.7, publié le 5 mai 2025). Le dispositif BIM est composé d’une première série de financements sous forme de subventions pour les années 2025 et 2026 pour un montant total de 250 M$, soutenant des approches ascendantes, pilotées par les pays afin d’appuyer et de renforcer les réponses nationales aux pertes et préjudices, y compris les décisions prises sur les critères de financement et les modalités d’accès direct (dans le cadre des modalités de mise en œuvre de la Barbade) [§ 2]. Lire aussi notre Journal de la COP-30 | Jour 1.
La CMA exprime son soutien à la poursuite de la mise en œuvre opérationnelle du fonds.
Par ailleurs, dans leurs décisions respectives, la COP et la CMA approuvent :
- le programme de travail 2026 du Conseil d’administration (Board) du fonds (cf. décision B.7/D.2 du Conseil) [§ 7],
- la décision (réf. décision B.7/D.7, paragraphe (e)) du Conseil d’administration, adoptée lors de sa 7e réunion (7-9 oct. 2025 à Manille, Philippines), de lancer le premier processus de reconstitution (replenishment process) du fonds en 2027 [§ 12].
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Atténuation
Les discussions dans le cadre du programme de travail pour renforcer l’ambition et la mise en œuvre en matière d’atténuation (Sharm el-Sheikh Mitigation Ambition and Implementation Work Programme ou MWP, lancé par la décision 4/CMA.4), ont été notamment axées sur l’amélioration du MWP et la poursuite des travaux ou non au-delà de 2026. Ces discussions ont fait ressortir des divergences d’opinion sur le besoin d’un processus visant à examiner la question de la poursuite ou non des travaux du MWP. L’alliance des petits Etats insulaires (AOSIS), les pays les moins avancés, l’AILAC, le Japon et la Nouvelle-Zélande soutenaient un tel processus alors que les pays en développement partageant la même vision (groupe LMDC), le groupe arabe et le groupe africain s’y opposaient.
Malgré ces divergences, la CMA-7 a fini par dégager un consensus pour adopter une décision. Sachant que, conformément à la décision 4/CMA.4, les résultats qui découlent du MWP seront « non-coercitifs, non-punitifs, basés sur la facilitation, respectueux de la souveraineté nationale et des circonstances nationales, en prenant en compte le fait que les NDC sont déterminées au niveau national et n’imposeront pas de nouveaux objectifs ou de nouvelles cibles », il allait de soi que les négociations sur ce volet n’allaient pas aboutir à un renforcement de l’ambition collective ou individuelle. Depuis sa mise en place (2021), les décisions adoptées par la CMA (CMA-4, CMA-5 et CMA-6) ont essentiellement été axés sur les éléments de procédure, notamment sur les dialogues menés dans le cadre du MWP. La décision adoptée à Belém suit la même tendance et ce, malgré le fait que la COP-30 (et la CMA-7) était censée être la COP de l’ambition.
Lors de la séance plénière de clôture de la CMA, le Président Corrêa do Lago a adopté la décision, en frappant le marteau sur la table. La Colombie a soulevé une motion d’ordre (une objection), soulignant qu’avant l’adoption de la décision, elle avait soulevé une motion d’ordre, mais que celle-ci avait été ignorée. Elle s’est donc opposée à l’adoption de la décision sur le MWP à moins qu’elle ne soit modifiée pour préciser que les thèmes des dialogues mondiaux de 2026 seront l’industrie et les trajectoires à suivre pour mettre en œuvre la transition vers l’abandon des combustibles fossiles de manière juste, ordonnée et équitable, conformément aux meilleures données scientifiques disponibles, afin de maintenir l’objectif de +1,5°C à portée de main. Le Président Corrêa do Lago a suspendu la séance plénière afin de consulter les Parties et le Secrétariat. Reprenant la séance plénière une heure plus tard, le Président Corrêa do Lago a informé les Parties que le Secrétariat avait confirmé que la décision avait été adoptée et qu’elle était donc définitive.
Source : Summary of the 2025 Belém Climate Change Conference, Earth Negotiations Bulletin, vol. 12 n°888, 25 nov. 2025.
Dans la décision de Belém, la CMA rappelle la décision 4/CMA.4 (§ 5), au titre de laquelle il a été décidé que la mise en œuvre du MWP continue jusqu’à la CMA-8 (nov. 2026) en vue d’adopter une décision sur la poursuite du MWP lors de cette CMA-8 [§ 15]. Dans cette perspective, la CMA invite les Parties, les observateurs et les autres parties prenantes à soumettre avant le 15 avril 2026, leurs points de vue sur les opportunités, les meilleures pratiques, les solutions réalisables, les défis et les obstacles liés à la poursuite, au fonctionnement et à l’efficacité du MWP, en vue d’un échange de points de vue lors des session SB-64 (juin 2026).
A noter enfin qu’en dépit du périmètre d’action du MWP (renforcement d’ambition), la décision de Belém, comme les décisions de la CMA-5 (décision 4/CMA.5) et de la CMA-6 (décision 2/CMA.6), ne fait aucune référence à la cause principale du dérèglement climatique, à savoir les combustibles fossiles. En revanche, celle de la CMA-4 (décision 4/CMA.4) “appell[e] les Parties à [accélérer] leurs efforts vers une réduction de la production d’électricité à base de charbon non assortie de dispositifs de CSC et vers l’élimination progressive des subventions inefficaces aux combustibles fossiles » (§ 28).
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L’article 2.1(c)
La CMA-7 a adopté une décision sur le dialogue de Charm el-Cheikh sur la portée de l’article 2.1(c) (alignement des flux financiers mondiaux avec les trajectoires de développement bas-carbone).
Points clés de la décision :
- [§ 2] la CMA reconnaît qu’il n’existe pas d’interprétation commune de la portée de l’article 2.1(c) de l’Accord de Paris, ni de la manière de le mettre en œuvre [constat du groupe G77+Chine pendant les négociations] ;
- [§ 3] la CMA reconnaît les diverses préoccupations et la nécessité de mesures de sauvegarde soulevées par les Parties dans le contexte de la mise en œuvre de l’article 2.1(c), notamment :
- le fait que l’article 2.1(c) complète et ne remplace pas la mise à disposition et la mobilisation d’un soutien financier aux pays en développement au titre de l’article 9 de l’Accord de Paris ;
- le fait que les efforts visant à rendre les flux financiers compatibles avec une trajectoire vers un développement à bas-carbone sont déterminés au niveau national, en tenant compte des stratégies nationales et de la nature ascendante de l’Accord de Paris, dans le respect de la souveraineté nationale et en tenant compte des différentes situations nationales, des calendriers et des approches des Parties, en particulier des pays en développement particulièrement vulnérables ;
- la nécessité de veiller à ce que les efforts collectifs et les délibérations sur la mise en œuvre de l’article 2.1(c) soient entrepris d’une manière facilitatrice, non punitive et non prescriptive ;
- la nécessité d’assurer la transparence, notamment en ce qui concerne le rapportage et la mise en œuvre ;
- [§ 10] la CMA décide de tenir des délibérations dans le cadre du Dialogue de Veredas sur la mise en œuvre de l’article 2.1(c), en s’appuyant sur le dialogue de Charm el-Cheikh et en tenant compte des préoccupations et des garanties précitées [Ainsi, Belém a réussi à transformer le dialogue de Charm el-Cheikh sur l’article 2.1(c), lancé par la décision 1/CMA-4 (§ 68) et dont le mandat était de mieux comprendre cet article, en un dialogue axé sur la mise en œuvre de cette disposition. Cela constitue une avancée non négligeable] ;
- [§ 11] la CMA décide également que le Dialogue de Veredas sera organisé de manière ouverte, transparente et inclusive, sera ouvert à toutes les Parties et associera tous les acteurs, y compris les gouvernements et les acteurs des secteurs financier et non financier ;
- [§ 12] la CMA décide en outre qu’au moins une réunion par an dans le cadre du Dialogue de Veredas sera organisée en marge des sessions de juin des SB ;
- [§ 13] la CMA prie la Présidence de la CMA de convoquer les pourparlers financiers de Xingu (Xingu Finance Talks) dans le cadre du Dialogue de Veredas sous la forme d’une table ronde annuelle de haut niveau visant à faciliter un échange de points de vue coopératif entre toutes les Parties intéressées et les acteurs non-étatiques, en particulier les milieux universitaires, institutions financières internationales et le secteur privé, sur les solutions pratiques qui répondent aux défis et opportunités dans la mise en œuvre de l’article 2.1(c) ;
- [§ 21] la CMA décide de réexaminer le Dialogue de Veredas lors de la CMA-10 (novembre 2028).
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L’article 6 : mécanismes de marché
Trois décisions ont été adoptées sur l’article 6 :
- article 6.2: approches coopératives (transferts de réduction directs [crédits carbone] entre pays à titre bilatéral ou multilatéral, connus sous l’acronyme anglais ITMO). Voir décision sur la mise en œuvre des recommandations sur les approches coopératives au titre de l’article 6.2,
- article 6.4: mécanisme d’octroi des crédits d’émission (Paris Agreement Crediting Mechanism, PACM) – mécanisme de certification carbone centralisé sous l’égide de la CCNUCC (via l’organe de supervision Article 6.4 Supervisory Body ou SBM) et permettant aux pays et aux entités publiques et privées d’échanger des unités de réduction d’émissions, dites les A6.4ER, délivrées au titre de l’article 6.4. Le PACM prendra le relais du MDP. Voir décision sur l’article 6.4, et
- article 6.8 : approches non fondées sur le marché (pour renforcer les liens et créer des synergies entre atténuation, adaptation, financement, transfert de technologies et renforcement des capacités). Voir décision sur l’article 6.8.
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Article 6.2
La décision porte sur les réexamens techniques par des experts (technical expert reviews) ; le rapportage et l’infrastructure ; le renforcement des capacités ; et les questions financières et administratives. Les discussions sur l’article 6.2 ont été très tendues notamment sur la question du financement à accorder pour mettre ce mécanisme sur pied. La décision devrait permettre davantage de transparence sur les marchés carbone.
De l’avis général, ce sous-volet de l’article 6 semblait désormais être ficelé une fois pour toutes après la décision 4/CMA.6 adoptée à Bakou, les prochaines négociations sur ce sous-volet n’étant programmés qu’en 2028. Cependant, à Belém les discussions sur l’article 6.2 ont été très tendues, notamment sur la question du financement à accorder pour mettre ce mécanisme sur pied.
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Article 6.4 et modalités de transition des activités du MDP vers le PACM
La décision porte sur la gouvernance de l’organe de supervision SBM ; les autorités nationales désignées ; la transparence et la participation des parties prenantes ; les méthodologies et les normes ; la transition des activités menées au titre du mécanisme pour le développement propre (MDP ou CDM, article 6 du Protocole de Kyoto) ; et le financement pour le fonctionnement du PACM.
En particulier, dans cette décision, la CMA décide de prolonger jusqu’au 30 juin 2026 le délai imparti aux Parties hôtes du MDP pour qu’elles soumettent au SBM, via les autorités nationales désignées pour le PACM, leur approbation de la transition des activités de projet ou des programmes d’activités du MDP vers le PACM [§ 25].
Par ailleurs, la CMA accueille avec satisfaction le paragraphe 18 de la décision de la CMP-20 sur les recommandations relatives au MDP (adoptée à Belém), qui autorise le transfert de 26,8 M$ du fonds du MDP au fonds du PACM, et affirme que ce transfert a pour objectif de maximiser les avantages à long terme pour le fonds d’adaptation [§ 32].
A noter enfin que la décision de la CMP-20 sur les recommandations relatives au MDP (adoptée à Belém) a fixé l’échéance pour la fin des activités menées au titre du MDP : 31 décembre 2026. Les crédits de réduction d’émissions certifiées (URCE) issues d’activités MDP dans le registre du MDP seront annulées à compter de cette échéance.
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Science
Ce volet des négociations, appelé « Recherche et observation systématique » et mené sous l’égide du SBSTA, porte notamment sur les sciences du climat, le rôle du GIEC dans la production et la diffusion de données et faits scientifiques solides et fiables, ainsi que sur l’articulation entre les négociations de la CCNUCC et les travaux du GIEC. Il ne fait pas l’objet d’une décision de la COP/CMA mais de simples conclusions du SBSTA.
Le SBSTA a adopté des conclusions (FCCC/SBSTA/2025/L.8). Le Chili, l’Australie, le Bangladesh, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, le Canada et l’UE ont exprimé leur déception face à l’absence de références, dans ces conclusions, au GIEC en tant qu’organisation qui produit les meilleures données scientifiques disponibles (best available science) et aux événements climatiques majeurs de ces dernières années, notamment les années les plus chaudes jamais enregistrées, la fonte des glaciers et les concentrations atmosphériques record de CO2. En particulier, le Bangladesh a fustigé les tentatives continues [de la part de certains pays arabes] d’affaiblir toutes les références au GIEC, non seulement dans ce volet des négociations, mais aussi dans l’ensemble des volets de négociation de la CCNUCC : « le GIEC demeure le socle des connaissances crédibles sur le climat pertinentes pour l’élaboration des politiques » (source : Carbon Brief, CB at COP30, fil Whatsapp, post du 15 nov. 2025).
La Nouvelle-Zélande a souligné sa préoccupation face à l’incapacité des Parties à parvenir à un consensus sur la science lors de cette « COP de la vérité », ainsi baptisée par le Président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva à plusieurs reprises.
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Coopération avec d’autres organisations internationales
Lors des COP précédentes, les Parties ne faisaient que « prendre note » d’un rapport sur ce sujet élaboré par le Secrétariat de la CCNUCC, mais en réponse à l’intérêt exprimé par des Parties lors du SBSTA-62 (juin 2025 – voir synthèse des sessions SB-62 par l’IISD, p.13), le Président du SBSTA a mené des consultations sur ce sujet. Il porte sur le renforcement de la coopération avec les deux autres Conventions de Rio (biodiversité et désertification) et avec d’autres organisations internationales. Il fait également suite à l’objectif propulsé par le Président de la COP-30 de renforcer les synergies entre ces trois Conventions de Rio, voire de rapprocher les travaux respectifs afin d’améliorer l’efficacité de ces trois instruments juridiques dont les trois sujets sont étroitement imbriqués les uns aux autres.
Pour concrétiser cette démarche, l’un des quatre « cercles de leadership » lancés par le Président de la COP-30, est le « Cercle de Présidences [des COP] » réunissant toutes les Présidences depuis la COP-21 (France, Maroc, Iles Fidji, Pologne, Chili, Royaume-Uni, Egypte, Emirats et Azerbaïdjan). Les Présidences actuelles des Conventions sur la biodiversité (CDB) et sur la désertification (UNCCD) avaient été invitées à rejoindre ce Cercle de Présidences. Son mandat est de fournir à la Présidence de la COP-30 des conseils sur le processus politique (processus, mécanismes,…) et sur la mise en œuvre de l’action climat. Le Président du Cercle des Présidences est Laurent Fabius (source : 2e lettre du Président de la COP-30 adressée aux Parties, 8 mai 2025).
Les discussions à Belém ont d’abord été menées dans le cadre du SBSTA, puis de la COP sous le pilotage de la Présidence de la COP-30. La Colombie, l’UE, le Royaume-Uni, le groupe d’intégrité environnementale (EIG), le Canada, Palau, l’Australie, le Panama et la Mongolie ont soutenu la proposition de la Présidence d’élaborer une note informelle reprenant les points de vue exprimés lors des discussions à Belém. En revanche, l’Arabie saoudite, la Russie, le groupe africain, l’Iraq et la Chine s’y sont opposés. La COP-30 a fini par adopter des conclusions sur ce sujet, reconnaissant que les objectifs, dispositions, principes et modalités de gouvernance des Conventions de Rio étaient distincts et soulignant l’importance de la coopération entre celles-ci.
Par ailleurs, la COP a invité les Parties et les observateurs à faire part de leurs points de vue avant le 1er mai 2026 sur le renforcement du caractère inclusif de la coopération avec d’autres organisations internationales et sur le renforcement de la coopération avec les secrétariats des deux autres Conventions de Rio. La COP charge le SBSTA de reprendre les discussions sur ce sujet lors de ses sessions SBSTA-64 (juin 2026), en tenant compte de points de vue qui auront été communiquées.
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Que retenir des annonces en dehors des négociations formelles
1. Séquence de haut niveau (High Level Segment ou HLS) : Chefs d’Etat et de Gouvernement
6 – 7 nov. 2025 : 1ère partie de la séquence de haut niveau et le sommet des dirigeants mondiaux pour l’action climat
Au cours de cette séquence, les Chefs d’Etat et de Gouvernement d’une cinquantaine de Parties à la CCNUCC (sur les 197) ont prononcé leur allocution nationale. A la différence des années précédentes, cette année, aucune information précise n’est disponible ni sur le site de la COP-30 de la CCNUCC, ni sur le site de la Présidence brésilienne quant au nombre de dirigeants exacts qui y ont participé et lesquels.
Ces allocutions sont en général l’occasion pour les dirigeants mondiaux de présenter les politiques climat nationales, de témoigner directement des impacts du dérèglement climatique subis, de s’engager à fournir un soutien financier et de critiquer, voire montrer du doigt des pays n’ayant pas respecté leurs engagements précédents.
L’objet de cette séquence de haut niveau, avec la présence de ces dirigeants mondiaux, est surtout de donner une forte impulsion politique avant le lancement des négociations sur les différents sujets à l’ordre du jour de la COP-30, de la CMA-7, de la CMP-20, du SBI-63 et du SBSTA-63.
Le 13 mars 2025, le Secrétaire exécutif de la COP-30, Valter Correia, avait annoncé que la traditionnelle séquence de haut niveau réunissant les Chefs d’Etat et de Gouvernement, qui a lieu chaque année pendant la COP, se tiendra cette année quelques jours avant la COP-30, à savoir les 6-7 novembre 2025, à Belém, soit quatre jours avant l’ouverture de la COP-30 à Belém, le 10 nov. 2025. Ces séquences de haut niveau se tiennent depuis plusieurs années en général les 2e et 3e jours des COP.
Même si la COP-30 était une COP charnière, surtout pour le renforcement de l’ambition, les dirigeants mondiaux semblent lui accorder un profil politique plus faible que celui de la COP-27, de la COP-28 et de la COP-29, à en juger par le nombre plus faible de Chefs d’Etat et de Gouvernement qui ont participé à la séquence de haut niveau à Belém.
Ainsi, la COP-30 aurait réuni moins de dirigeants mondiaux que les trois dernières COP : 77 Chefs d’Etat et de Gouvernement lors de la COP-29 à Bakou en nov. 2024, 137 présents lors de la COP-28 à Dubaï en déc. 2023 et 100 lors de la COP-27 à Charm el-Cheikh en nov. 2022 (COP-21 : 117).
A noter l’absence des dirigeants des trois premiers pays émetteurs au monde : le Président Xi Jinping de la Chine (29% du total), le Président Donald Trump des Etats-Unis (sans surprise, 11% du total) et le Premier Ministre indien, Narendra Modi (8% du total) (source des données GES : Edgar/Commission européenne).
Dans le cadre de la séquence de haut niveau, s’est tenu le Sommet des dirigeants mondiaux pour l’action climat (World Leaders’ Climate Action Summit).
17 – 18 nov. 2025 : 2e partie de la séquence de haut niveau.
La 2e partie de la séquence de haut niveau s’est tenue les 17-18 nov. 2025, avec la participation de Ministres ou de hauts fonctionnaires de 141 Parties (77 lundi 17 nov. et 64 mardi 18 nov.). Voir liste finale des Parties qui ont participé, version du 16 nov. 2025.
Il s’agit de Ministres chargés des négociations internationales sur le climat (selon les Etats : Ministres des Affaires étrangères, Ministres de du Climat et de l’Energie et/ou l’Environnement) ou des hauts fonctionnaires de ces 141 Parties à la CCNUCC qui ont prononcé une allocution nationale au nom de leur Chef d’Etat ou de Gouvernement.
Les allocutions des Ministres sont postées ici.
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2. Annonces et déclarations volontaires (hors engagements financiers)
Le sommet des dirigeants pour l’action climat (1ère partie de la séquence de haut niveau, 6-7 nov. 2025) a vu plusieurs annonces et déclarations volontaires (non contraignantes donc) de la part de certains Etats sous plusieurs formes :
- engagements climat-énergie,
- lancement de coalitions,
- lancement de fonds de financement.
Les principales initiatives annoncées sont les suivantes :
Lancement du Fonds pour les forêts tropicales à jamais (Tropical Forest Forever Facility, TFFF)
Lors de la première journée de la séquence de haut niveau, le 6 novembre 2025, le président brésilien de la COP-30 a officiellement lancé le Fonds pour les forêts tropicales à jamais (Tropical Forest Forever Facility ou TFFF), qui héberge le Fonds d’investissement pour les forêts tropicales (TFIF). Il vise à lever un capital initial de 25 milliards de dollars US, avec un objectif à plus long terme de 125 milliards de dollars US. Le fonds vise à donner une valeur financière tangible aux forêts existantes, en fournissant des paiements à long terme, fiables et basés sur les résultats aux pays en développement afin qu’ils protègent leurs forêts.
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Les autres annonces
Lors de la deuxième journée de la séquence de haut niveau, le 7 novembre 2025, plusieurs autres déclarations et appels ont été lancés, parmi lesquels :
Déclaration sur la coalition ouverte pour les marchés carbone conformes
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Appel de Belém pour le climat
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Belém 4X
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Déclaration de Belém sur la faim, la pauvreté et l’action climat centrée sur les populations
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Déclaration de Belém pour la transition vers la sortie des combustibles fossiles
A Belém le jour de la clôture officielle de la COP-30, le 21 novembre 2025, la Colombie a tenu une conférence de presse pour présenter la déclaration de Belém pour la transition vers la sortie des combustibles fossiles (Belém Declaration to transition away from fossil fuels). Vingt-quatre pays ont déjà signé la déclaration : Australie, Autriche, Belgique, Cambodge, Chili, Colombie, Costa Rica, Danemark, Iles Fidji, Finlande, Irlande, Jamaïque, Kenya, Luxembourg, Iles Marshall, Mexique, Micronésie, Népal, Pays-Bas, Panama, Espagne, Slovénie, Vanuatu et Tuvalu. A noter que la France ne figure pas parmi les pays signataires.
La Colombie a également officiellement annoncé qu’elle va accueillir, conjointement avec les Pays-Bas, les 28-29 avril 2026 à Santa Marta la première conférence internationale sur l’élimination progressive des combustibles fossiles. Elle avait initialement annoncé cette initiative, conjointement avec le Vanuatu en marge du sommet climat de New York, le 24 septembre 2025, organisé par Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU. L’objet de cette future conférence sera de constituer une plateforme mondiale permettant aux pays de coopérer sur les stratégies visant à éliminer progressivement l’extraction des combustibles fossiles en complément et en renforcement de l’Accord de Paris. La conférence s’aligne également sur l’avis consultatif historique de la Cour internationale de justice (CIJ), qui reconnaît l’obligation légale des États de protéger le système climatique, notamment en s’attaquant à la production de combustibles fossiles.
La sortie des énergies fossiles, sujet très clivant entre les Parties, est donc revenue dans le débat de manière inattendue et avec force à Belém. Dès le début de la COP-30, le Président brésilien Lula avait préconisé l’adoption d’une feuille de route pour accélérer la sortie des combustibles fossiles, principale cause du dérèglement climatique.
L’initiative lancée par la Colombie s’appuie sur cette dynamique de plus en plus forte constatée au fil des jours à Belém en faveur d’une feuille de route en ce sens qui soit prévue dans le paquet final adopté au terme de la COP-30 (voir plus haut et lire notre Journal de la COP-30 | Jour 8). Au total, selon le décompte de Carbon Brief, 85 pays soutiennent désormais une telle feuille de route. Ces pays exigeaient un résultat à Belém sur la sortie des combustibles fossiles. Ils soulignaient que la principale cause de la crise climatique ne pouvait pas être ignorée et signalaient que la dernière version du projet de décision “mutirão” “refuse de parler la vérité,” et que « l’on ne peut pas justifier cela » (source : IISD, 21 nov. 2025).
Suivre la conférence de presse en replay.
Selon les calculs de Carbon Brief sur la base de données de l’AIE, le 19 nov. 2025, 43% des Parties à la CCNUCC soutiennent une telle feuille de route mais elles produisent seulement 7% des énergies fossiles.
Source : Carbon Brief d’après AIE, 19 nov. 2025.
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Déclaration sur l’intégrité de l’information sur le changement climatique
Le 12 novembre 2025, l’Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur le changement climatique a lancé la Déclaration sur l’intégrité de l’information sur le changement climatique lors de la COP-30.
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3. Annonces en matière de financement
Le 17 novembre 2025, lors d’une réunion pour soulever des fonds pour alimenter le fonds d’adaptation, de nouveaux engagements de contributions totalisant 135 M$ ont été annoncés par neuf pays et une région :
- Allemagne : 69,4 M€
- Espagne : 23,1 M$
- Suède : 13,8 M$
- Irlande : 11,6 M$
- Luxembourg : 5,8 M$
- Suisse : 5,3 M$
- région de Wallonie (Belgique) : 3,5 M$
- Portugal : 1,2 M$
- Corée du Sud : 820 000 $
- Islande : 670 000 $.
A noter que le total des engagements annoncés pour 2025, soit 135 M$, ne représente que 45% de l’objectif minimal de mobilisation de ressources que le fonds s’est fixé la COP-30 (300 M$). C’est la troisième année consécutive que les objectifs que le fonds s’est fixés pour les COP-28, COP-29 et COP-30 n’ont pas été atteints.
Ce total des contributions annoncées lors de la COP-30 (135 d$) est légèrement plus que celui annoncé lors de la COP-29 (133 M$), mais moins que le total des contributions annoncées lors de la COP-28 à Dubaï en nov. 2023 (192 M$), lors de la COP-27 à Charm el-Cheikh en déc. 2022 (244 M$), et lors de la COP-26 à Glasgow en nov. 2021 (356 M$) (source : NRDC/Joe Thwaites d’après les engagements annoncés au cours l’année en question + lors de la COP en question, état au 17 nov. 2025).
Voir le site du fonds d’adaptation | Lire le communiqué du fonds du 17 nov. 2025.
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Quatre Parties ont annoncé des engagements :
- Islande : 3 M$
- Japon : 5 M$
- Luxembourg : 8,1 M$
- Espagne : 23,1 M$
A noter que le total des engagements annoncés lors de la COP-30, soit 38,8 M$ représente 17 fois moins que le total des contributions annoncées lors de la COP-28 à Dubaï en déc. 2023 (676,3 M$) et presque trois fois moins que le total annoncé lors de la COP-29 à Bakou (106,4 M$) (Sources : Fonds pertes et préjudices, au 30 juin 2025 et NRDC/Joe Thwaites, état au 17 nov. 2025).
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Tous fonds climat au titre de la CCNUCC confondus
La récolte totale 2025 (182 M$) est la plus faible des quatre dernières COP : 329 M$ en 2024, contre 1 047 M$ en 2023, 350 M$ en 2022 et 769 M$ en 2021 (source : NRDC/Joe Thwaites, état au 17 nov. 2025).
Engagements financiers annoncés en 2025 et lors de la COP-30
LDCF = Least Developed Countries Fund | SCCF : Special Climate Change Fund.
Source : NRDC/Joe Thwaites d’après les engagements annoncés en 2025 et lors de la COP-30, état au 17 nov. 2025.
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Engagements financiers annoncés en 2025 et lors de la COP-30

LDCF = Least Developed Countries Fund | SCCF : Special Climate Change Fund.
Source : NRDC/Joe Thwaites d’après les engagements annoncés au cours l’année indiquée + lors de la COP indiquée, état au 17 nov. 2025.
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4) Annonces des banques multilatérales de développement (BMD)
Le 9 nov. 2025, les BMD ont publié une déclaration commune pour la COP-30 précisant le financement climat qu’ils ont fourni en 2024 en guise de soutien aux pays en développement pour l’adaptation et l’atténuation. Ainsi, en 2024, sur la base de la méthodologie commune des BMD pour le suivi du financement climat, les BMD ont fourni 137 Md$ pour l’adaptation et l’atténuation, et ont mobilisé 134 Md$ supplémentaires auprès des capitaux privés. Sur ces montants totaux, 85 Md$ et 33 Md$ ont été respectivement affectés aux économies à faible et moyen revenu, ce qui place les BMD en bonne voie pour atteindre 120 Md$ provenant de leurs propres comptes et 65 Md$ provenant de la mobilisation de capitaux privés d’ici 2030 (objectif fixé à Bakou lors de la COP-29).
Déclaration conjointe des BMD pour la COP-30 (9 nov. 2025).
En savoir plus : 2024 Joint summary report on multilateral development banks’ climate finance, septembre 2024.
Par ailleurs, 27 banques nationales et régionales – regroupées au sein d’un club – International Development Finance Club (IDFC) – ont confirmé leur soutien à la sortie progressive des énergies fossiles. L’IDFC est composé de 27 banques publiques de développement (BPD) nationales et régionales du monde entier, qui représente le plus grand fournisseur mondial de financement public pour le développement et le climat, avec 4 000 Md$ d’actifs combinés et des engagements annuels dépassant 800 Md$, dont une moyenne de 185 Md$ par an pour le financement climat.
Ainsi, dans une déclaration publiée à l’occasion de la COP-30, les 27 banques membres de l’IDFC s’engagent à accélérer la transition énergétique, conformément au consensus de Dubaï [décision 1/CMA.5], en soutenant la transition progressive vers l’abandon des combustibles fossiles et, ce faisant, en réduisant le financement public international des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques, et en soutenant le triplement de la capacité installée de production d’énergie d’origine renouvelable et le doublement du taux d’efficacité énergétique d’ici 2030.
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Bilan
Tout d’abord, il convient de souligner que la COP-30 et la CMA-7 étaient un nouveau type de COP/CMA qui n’est plus dans la phase de négociation des règles d’application de l’Accord de Paris, mais dans la phase de leur mise en œuvre. Le déroulé de cette phase est extrêmement mouvementé en ce moment à plusieurs titres pour des raisons externes à la CCNUCC : attaques de Trump contre le multilatéralisme et les sciences du climat, les fortes tensions géopolitiques et commerciales grandissantes, les contraintes budgétaires des Etats et la montée des populismes et du climato-scepticisme dans les pays du Nord, la crise économique, le backlash écologique (recul d’ambition et détricotage de réglementations,…). En outre, la prise de décision dans les COP/CMA se faisant par consensus, en période de fractures géopolitiques, y parvenir est plus difficile que jamais.
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Avancées
Le résultat obtenu n’est pas un échec ou un non-accord, ce qui aurait consacré clairement le triomphe du Trumpisme sur le multilatéralisme : le multilatéralisme s’en sort réaffirmé et la science a prévalu. Les Parties ne comptent pas suivre l’exemple des Etats-Unis, ni renier la lutte contre le changement climatique.
La première avancée de Belém : la mise en place de deux nouveaux processus – quoique à portée plutôt limitée car volontaires – pour renforcer la mise en œuvre et l’ambition : l’Accélérateur mondial de mise en œuvre et la mission de Belém vers 1.5. Cependant, leur efficacité dépendra très largement de la volonté politique des Parties et des Présidences de la COP/CMA.
La deuxième avancée : après l’échec à Bakou, la dimension sociale de l’action climat a bénéficié d’une attention toute particulière à Belém. Ainsi, les négociations sur la transition juste ont débouché sur la création d’un nouveau mécanisme institutionnel destiné à soutenir la protection des travailleurs et des communautés dans la décarbonation
La troisième avancée est la fixation d’un nouvel objectif financement de l’adaptation, quoique aux contours imprécis (triplement du financement certes, mais par rapport à quelle base ? Aucune année de référence, pas chiffré,…).
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Lacunes/insuffisances
C’est un accord a minima, un accord de compromis basé sur le plus petit dénominateur commun – les résultats n’ont pas du tout été à la hauteur des attentes en termes d’ambition et de financement climat mais le pire a été évité !
Belém établit une base minimale pour l’action climat mondiale, mais le rythme des progrès demeure largement insuffisant face à l’urgence de la crise climatique. Ce résultat confirme que l’écart entre l’ambition affichée et les réductions réelles d’émissions reste énorme. La réponse de Belém au manque d’ambition des NDC est très timide par rapport à l’ampleur des efforts à consentir : les Etats n’ont défini aucun plan mondial concret pour réduire l’écart entre science et ambition – ils se sont simplement engagés à mettre en place deux processus supplémentaires pour y remédier.
Belém n’a pas abouti à une feuille de route pour une sortie progressive des combustibles fossiles ; la décision mutirão ne fait aucune mention explicite des combustibles fossiles. Ceci dit, Belém n’a pas vu de recul sur les acquis de Dubaï, même s’ils ne sont qu’indirectement cités dans la décision Mutirão.
Belém a vu des engagements très décevants en matière de contributions financières aux divers fonds de la CCNUCC : peu de pays ont proposé des contributions par rapport aux COP précédentes.
Enfin, de fortes divergences d’opinion ont conduit à un manque de consensus entre les Parties sur les sujets majeurs (ambition +1,5°C, financement, indicateurs pour l’adaptation, mise en œuvre des résultats du bilan mondial,…).
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La Présidence
Adoption des ordres du jour des cinq organes de la CCNUCC
La première semaine, la Présidence brésilienne a fait preuve d’une gestion habile, notamment avec l’adoption des ordres du jour le premier jour suite au compromis que le Brésil a dégagé sur les sujets non-inscrits à l’ordre du jour, ce qui contraste nettement avec les situations de blocage le premier jour de la COP-29 et de la COP-27. Grâce aux efforts diplomatiques habiles d’André Aranha Corrêa do Lago dans le cadre de ces consultations informelles, une « dispute sur l’ordre du jour » (agenda fight) le premier jour de la COP-30 a ainsi été évitée et les Parties sont parvenues à une solution de compromis et ce, avant l’ouverture de Belém.
Il a donc proposé que les Parties adoptent les ordres du jour provisoires respectifs de la COP-30, de la CMA-7, de la CMP-20, du SBSTA-63 et du SBI-63 sans les sujets supplémentaires proposés par les Parties, étant entendu que la Présidence convoquerait des consultations, ouvertes aux observateurs, pendant les deux semaines de la Conférence sur les quatre sujets complexes et épineux :
- la mise en œuvre de l’article 9.1 de l’Accord de Paris (obligation des pays développés de fournir un financement) : proposition de sujet supplémentaire à inscrire à l’ordre du jour soumise le 3 juin 2025 par le groupe de pays partageant la même vision (LMDC), resoumise en amont de la COP-30 conjointement avec le groupe arabe ;
- les mesures unilatérales restrictives pour le commerce liées au climat : proposition de sujet supplémentaire à inscrire à l’ordre du jour soumise conjointement par le groupe de pays partageant la même vision (LMDC) et le groupe arabe ;
- répondre [collectivement] au rapport de synthèse du Secrétariat de la CCNUCC sur les NDC et réduire l’écart en matière d’ambition +1,5 °C et de mise en œuvre : proposition de sujet supplémentaire à inscrire à l’ordre du jour soumise le 27 octobre 2025 par l’alliance des petits Etats insulaires (AOSIS) ; et
- la synthèse des rapports biennaux sur la transparence (BTR) : proposition de sujet supplémentaire à inscrire à l’ordre du jour soumise le 5 novembre 2025 par l’UE.
En revanche, pendant la 2e semaine, la gestion et le pilotage des négociations par la Présidence brésilienne ont été jugés peu transparents, voire chaotiques, surtout dans la dernière ligne droite des négociations. Belém a vu des tensions internes sur la mention ou non de la sortie progressive des combustibles fossiles, entre, d’une part, le Président du Brésil, Lula et la Ministre brésilienne de l’Environnement, Marina Silva, pour, et d’autre part, les Ministères brésiliens des Affaires étrangères et de l’Energie, contre. Certains pays grands émetteurs (Chine, Inde et Russie en tête) ont fait pression sur ces deux derniers Ministères pour supprimer tout langage autour de ce sujet hautement épineux.
Belém a également vu manque de transparence de la part de la Présidence brésilienne : aucune information sur l’état des négociations sur les sujets du paquet politique de Belém, et notamment ceux regroupés dans le cadre du projet de décision « mutirão » n’a filtré entre le 18 et le 21 novembre 2025 (le mardi et le vendredi de la 2e semaine) : trois jours sans nouvelles de la Présidence alors qu’il s’agissait de la dernière ligne droite des négociations.
La façon précipitée dont do Lago a adopté les décisions du paquet politique de Belém, en donnant un coup de marteau rapide sans prendre en compte les objections de plusieurs pays a fait l’objet de vives critiques : d’une part, la décision sur l’adaptation (avec la liste des 59 indicateurs), avec l’objection formelle du Panama, soutenu par d’autres Parties ; et d’autre part, la décision sur le programme d’atténuation (MWP) avec l’objection formelle de la Colombie. Do Lago a insisté sur le fait qu’il n’avait pas vu les drapeaux soulevés, « probablement » en raison de sa grosse fatigue et son âge avancé.
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Dynamique des négociations et rapports de force
Changement radical de dynamique : le contexte géopolitique tendu aujourd’hui a eu une forte influence sur les négociations. Ainsi, les enjeux géopolitiques et économiques ont été au cœur des négociations à la COP-30, plus que les années précédentes où elles ont été axées sur la finalisation des règles de mise en œuvre. Belém a vu d’importants affrontements entre les pays du Nord et les pays du Sud, ainsi qu’au sein des groupes de négociation (G77+Chine par exemple). La méfiance des pays du Sud vis-à-vis des pays du Nord reste très forte, surtout sur la question du financement qui constitue « le nerf de la guerre » des négociations de la CCNUCC.
Les négociations sur les indicateurs de l’objectif mondial sur l’adaptation illustrent un changement de ton plus général dans les négociations : les accusations, les motions d’ordre et les débats sur les modalités de négociation aggravent de plus en plus les discussions et compromettent les progrès. Cette attitude est motivée par une plus grande importance accordée à la souveraineté nationale, aux lignes rouges nationales et à la crainte de se faire imposer des approches descendantes ou « uniformes ». Belém a montré, une fois de plus, à quel point il est difficile de traiter l’interaction entre le niveau national et le niveau multilatéral. Les rapports de force ont surtout joué pendant les derniers jours de Belém.
Rôle de l’UE : l’UE est entrée très tard dans le jeu : elle est arrivée à Belém, en venant tout juste d’adopter et soumettre son NDC 2035 le 4 nov. 2025, soit deux jours avant l’ouverture de la séquence de haut niveau le 6 nov. et six jours avant l’ouverture de la COP et ce, à cause des divisions en interne sur l’objectif de réduction intermédiaire de -90% pour 2040 (base 1990) proposé par la Commission le 2 juillet 2025 et qui avait fait l’objet d’âpres négociations entre les Vingt-sept.
L’UE est ainsi arrivée à Belém encore divisée sur son objectif climat 2040 : elle a donc payé le prix de son incapacité à se mettre d’accord sur cet objectif suffisamment à l’avance de la COP-30 pour construire des alliances de négociation. Ce manque de préparation en amont de Belém a entaché sa crédibilité et a affaibli sa position de négociation. L’UE a donc échoué à peser dans la dernière ligne droite des négociations et elle n’a pas fait preuve de son habituelle capacité d’entraînement.
A Belém, les pays vulnérables (alliance des petits Etats insulaires (Aosis) et pays les moins avancés), alliés traditionnels de l’UE sur l’ambition climat aux COP depuis la COP-21, n’ont, cette fois, pas soutenu l’UE dans sa tentative d’infléchir la position des pays producteurs de pétrole sur le sujet des combustibles fossiles. La raison selon certains observateurs est que la priorité de l’UE à Belém était d’obtenir une plus forte ambition mondiale en matière d’atténuation et de viser la sortie des combustibles fossiles. Dans un contexte budgétaire interne difficile, l’UE s’opposait fermement à tout nouvel objectif de financement pour l’adaptation et refusait toute demande de financement supplémentaire des pays en développement, alors que c’était la priorité des priorités pour l’Aosis et les pays africains. Cette position intransigeante de l’UE a eu pour conséquence de bloquer les avancées sur les autres dossiers.
L’UE n’a pas été soutenue non plus par ses alliés traditionnels du Nord (Etats-Unis, Australie, Canada, Japon,..), ni par les pays d’Amérique latine. Surtout la perte de l’allié que constituaient les Etats-Unis a eu un impact important sur la position de l’UE : en l’absence des Etats-Unis dans les négociations, bailleurs importants de financement climat jusqu’à la réélection de Trump, l’UE s’est retrouvée seule sur ce sujet face aux pays en développement. Malgré la position d’exemplarité de l’UE (réduction réelle des émissions, objectifs de réduction, financement climat – elle est le premier bailleur), elle a donc perdu en influence, en poids et en pouvoir de persuasion dans les négociations.
L’UE s’est donc retrouvée isolée – confrontée à un front uni et intransigeant Russie/Chine/Inde/Iran/groupe arabe (Arabie saoudite en tête) et à une Présidence qui n’était pas disposée à atteindre le niveau d’ambition de l’UE. Ce front uni a bloqué les avancées sur la sortie des énergies fossiles, les autres pays ayant cédé à la pression de ces pays producteurs de combustibles fossiles
Confortés, voire enhardis par l’absence des Etats-Unis, la position anti-climat de Trump et sa ruée vers les combustibles fossiles, les pays producteurs de combustibles fossiles (les pays du Golfe en tête) se sont montrés intransigeants vis-à-vis des demandes l’UE et des pays d’Amérique latine concernant l’inclusion d’une feuille de route dans la décision « mutirão ».
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Prochaines étapes
Au-delà de la COP-30 : vers la COP-31/CMA-8
Selon la rotation des cinq groupes régionaux de l’ONU (Afrique ; Amérique latine et Caraïbes ; Asie et région du Pacifique (dont les Etats du Golfe) ; Europe de l’Ouest et autres (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, USA, Israël,…) ; Europe de l’Est et centrale), la COP-31 aura lieu en Europe de l’Ouest et autres [Etats] (pour la liste des pays par groupe régional de l’ONU, voir notre glossaire).
Le choix du pays hôte candidat de la COP-31 doit se faire par consensus au sein du groupe régional Europe de l’Ouest et autres (29 pays), après quoi il doit être soumis pour approbation formelle par l’ensemble des Parties à la COP, soit à la COP-29, soit à la COP-30 (Belém, Brésil).
Le 19 novembre 2025, lors d’un point presse, le Ministre australien du Climat, Chris Bowen, a annoncé le compromis bilatéral informel auquel son pays et la Turquie sont parvenus dans le bras de fer pour accueillir la COP-31 qui opposait ces deux pays depuis plus de 12 mois. Selon cet accord de compromis, baptisé les modalités de partenariat Turquie-Australie :
- c’est la Turquie qui accueillera physiquement à Antalya la COP-31, ainsi que le sommet des dirigeants mondiaux ;
- c’est la Turquie qui désignera un ou une Président(e) de la COP-31 ;
- c’est le ou la Président(e) turc/turque de la COP-31 qui désignera un ou une représentant(e) de l’Australie en tant que « Président(e) des négociations » à qui il ou elle déléguera les fonctions de piloter les négociations de la COP-31 pour la durée de la COP-31 et qui aura l’autorité exclusive à l’égard des négociations. En cette qualité, c’est l’Australie qui gérera les négociations, nommera les co-facilitateurs, nommera les binômes ministériels et élaborera les projets de texte et toute décision chapeau ;
- pour faciliter cette tâche, le ou la représentant(e) de l’Australie sera nommé(e) en qualité de « vice-Président(e) de la COP » pour la durée de la COP-31 ;
- le ou la Président(e) de la COP-31 et le ou la Président(e) des négociations se consulteront ;
- en cas de divergences d’opinion entre ces deux personnes, des consultations seront menées jusqu’à ce que la divergence soit résolue à la satisfaction des deux Parties.
Par ailleurs, les Iles du Pacifique accueilleront la réunion préparatoire à la COP-31, dite pré-COP, qui aura lieu en octobre 2026 avec le soutien de l’Australie. Ce sont elles qui choisiront le pays hôte de la pré-COP. L’Australie avait en effet initialement proposé une candidature conjointe avec les Iles du Pacifique pour accueillir la COP-31 (source : annonce de Chris Bowen lors du point presse, enregistrement audio par Carbon Brief, 20 nov. 2025).
Cette configuration conjointe a été approuvée par l’ensemble des Parties réunies en plénière de la COP-30 et la décision a été formellement adoptée. En l’absence d’une solution de compromis à ce bras de fer, la COP-31 aurait eu lieu par défaut à Bonn, siège de la CCNUCC, ce qui aurait été, selon Chris Bowen, « irresponsable pour le multilatéralisme dans ce monde mis à mal » (propos rapportés par Climate Home News, 20 nov. 2025).
Cette configuration conjointe sera inédite dans les 30 ans d’histoire des COP dans la mesure où il y a deux Parties qui ont été désignées conjointement lors de la COP qui a adopté la décision formelle en ce sens (en l’occurrence la COP-30). Cette configuration partagée n’est pas sans rappeler celle de la COP-25 qui devait avoir lieu sous présidence chilienne à Santiago de Chili du 2 au 13 décembre 2019 mais en raison du mouvement de contestation sociale dans le pays au cours des semaines précédentes, le Président du Chili a annoncé le 30 octobre 2019 que gouvernement chilien avait décidé pour des raisons de sécurité, de ne pas accueillir la COP-25 dans la capitale chilienne (lire notre article). C’est l’Espagne qui est venue en aide à son ancienne colonie, en proposant de l’accueillir à Madrid pendant les mêmes dates. Après examen de la proposition, le Bureau de la Conférence des Parties (au sein de la CCNUCC, basé à Bonn) l’a acceptée le 1er novembre 2019. A noter toutefois que le Chili a conservé la Présidence de la COP-25 (lire notre article). C’était la première fois qu’un pays, officiellement désigné par la COP (en l’occurrence la COP-24 via la décision 17/CP.24) a renoncé à accueillir une COP.
L’année 2017 a également vu une autre configuration inhabituelle 2017 : ainsi, la COP-23 sous Présidence des Iles Fidji a eu lieu à Bonn puisque ce petit Etat insulaire n’avait pas les moyens logistiques et économiques pour accueillir un événement d’une telle envergure. Au titre des règles de la CCNUCC sur la tenue des COP, « la COP se réunit [tous les ans] à Bonn, siège du Secrétariat [de la CCNUCC], sauf si une Partie propose d’accueillir la session« .
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Au-delà de la COP-30 : pays hôte de la COP-32 (2027)
Selon la rotation des cinq groupes régionaux de l’ONU : la COP-32 aura lieu en 2027 en Afrique (6% des émissions mondiales, source : PNUE, Emissions Gap Report 2024, 24 oct. 2024, page V). Le choix du pays hôte candidat de la COP-32 devait se faire par consensus au sein du groupe régional Afrique (54 pays), et après il devait être soumis pour approbation formelle par l’ensemble des Parties à la COP, soit à la COP-30, soit à la COP-31.
Le 2e jour de la COP-30, le 11 novembre 2025, le groupe régional de l’Afrique est parvenu à un consensus sur son pays candidat pour accueillir la COP-32 : l’Ethiopie (selon Climate Home News). Ce choix de pays candidat par le groupe régional d’Afrique a été approuvé par les Parties réunies en plénière de la COP-30 et la décision a été formellement adoptée. La COP-32 aura donc lieu à Addis Abeba. L’Ethiopie avait officiellement annoncé son souhait d’accueillir la COP-30 lors du 2e sommet africain sur le climat (8-10 sept. 2025) dont elle était le pays hôte.
Depuis le début des COP (1995), cinq ont eu lieu en Afrique, dont deux au Maroc.
Le choix de l’Ethiopie comme candidat du groupe régional de l’Afrique intervient après une première manifestation d’intérêt de la part du Nigeria. Ainsi, le 6 mars 2025, lors d’un colloque à Lagos, Nigeria, le Ministère de l’Environnement nigérien s’était montré favorable à l’accueil de la COP-32 à Lagos en 2027. Lors du 2e sommet africain sur le climat à Addis Abeba (8-10 sept. 2025), des représentants nigériens avaient indiqué que l’Ethiopie était mieux préparée en termes de capacité et d’infrastructure pour accueillir la COP-32 que le Nigeria.
A noter enfin que ce sera la première fois qu’une COP se tient dans un PMA (un des 46 pays les moins avancés).
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Au-delà de la COP-30 : pays hôte de la COP-33 (2028)
Selon la rotation des cinq groupes régionaux de l’ONU : la COP-33 aura lieu en 2028 en Asie-Pacifique. Bien qu’à Belém, aucune décision formelle n’ait été prise quant au pays hôte de la COP-33, le Premier Ministre indien, Narendra Modi, avait proposé, le 1er déc. 2023 lors de la séquence de haut niveau du sommet mondial sur l’action climat à la COP-28 à Dubaï (Emirats arabes unis), que son pays accueille la COP-33.
Le choix du pays hôte candidat de la COP-33 doit se faire par consensus au sein du groupe régional Asie-Pacifique (54 pays), et après il doit être soumis pour approbation formelle par l’ensemble des Parties à la COP, soit à la COP-31, soit à la COP-32. Si la proposition indienne venait à être formellement approuvée, ce serait la 2e fois que l’Inde accueille une COP après la COP-8 à New Delhi (2002). La COP-33 sera une COP charnière car c’est à cette COP que la phase politique du 2e bilan mondial (Global Stocktake ou GST-2) devra se dérouler.
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En savoir plus
CCNUCC/UNFCCC
Page d’accueil du site de la CCNUCC
Page du site de la CCNUCC consacrée à la COP-30
Discours de clôture de Simon Stiell, Secrétaire exécutif de la CCNUCC
Voir tous les documents de la CCNUCC produits dans le cadre des négociations
Consultations ministérielles et de la Présidence
Texte de la Convention Climat (version consolidée)
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Présidence brésilienne
Site web de la Présidence brésilienne
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Suivi et analyses réalisés et publiés par des institutions politiques, instituts de recherche et cercles de réflexion :
Couverture quotidienne de la Conférence par l’Institut International du Développement Durable (IISD)
IISD : Summary of the 2025 Belém Climate Change Conference, Earth Negotiations Bulletin, vol. 12 n°888, 25 nov. 2025
Carbon Brief : COP30: Key outcomes agreed at the UN climate talks in Belém, 23 nov. 2025
Outil de suivi interactif de Carbon Brief qui présente des avancées ou absence d’avancées des différents volets de négociation à la COP-30. Il montre le sujet, la nature du texte, la date et l’heure de sa publication, le nombre de pages, le nombre d’options et de crochets
Carbon Brief : Interactive: Who wants what at the COP30 climate change summit, 5 nov. 2025. Tableau interactif présentant les positions des différents pays et groupes de négociation sur les volets clés des négociations, ainsi que sur les questions clés dans le cadre de ces volets
Commission européenne /DG Climat : What did COP30 achieve? 1er déc. 2025
Parlement européen : Bilan de la COP30: des progrès lents, mais insuffisants pour répondre à l’urgence climatique, 24 nov. 2025
Iddri : L’adaptation à la COP 30 : les indicateurs au cœur des débats, billet de blog, 27 nov. 2025.
Iddri : Liste des 59 indicateurs en français
Climate Home News : COP30 fails to land deal on fossil fuel transition but triples finance for climate adaptation, 22 nov. 2025
Reporterre : Coup de force à la COP30 : énergies fossiles et déforestation exclus d’un accord décevant, 22 nov. 2025
Le Monde : Avec un accord sans ambition, la COP30 sauve le multilatéralisme mais néglige l’urgence climatique, 22 nov. 2025
The Guardian : End of fossil fuel era inches closer as Cop30 deal agreed after bitter standoff, 22 nov. 2025
The Guardian : ‘Fossil fuel giants finally in the crosshairs’: Cop30 avoids total failure with last-ditch deal, 25 nov. 2025.
