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Emissions de GES des navires : l’OMI publie la 4e édition de son inventaire mondial

  • Réf. : 2020_08_a02
  • Publié le: 4 septembre 2020
  • Date de mise à jour: 4 septembre 2020
  • International

Le 4 août 2020, l’OMI (Organisation Maritime Internationale) a publié la 4e édition de son inventaire des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) provenant du transport maritime. Cette étude (575 pages), réalisée par un consortium international d’instituts techniques et de cabinets de consultants (University College London, UMAS, ICCT,…) sous la direction de CE Delft et datée du 29 juillet 2020, constitue une évaluation globale de ces émissions sur la période 2012-2018. Il s’agit d’une mise à jour de l’évaluation réalisée pour la 3e édition (publiée en 2014 et couvrant la période 2007-2012 – lire notre article sur le sujet).

 

Méthodologie de comptabilisation des émissions de GES

Le 4e inventaire présente les émissions de GES du transport maritime selon deux méthodes différentes d’estimation des émissions :

  • l’estimation sur la base des trajets effectués (voyage-based) [nouvelle méthode] : les émissions induites en fonction des trajets en mer entre deux ports. Les trajets internationaux sont ceux réalisés entre deux ports de pays différents. Les trajets domestiques sont ceux réalisés entre deux ports du même pays.
  • l’estimation sur la base des navires (vessel-based) : les émissions induites en fonction des consommations totales des navires (méthode utilisée dans le cadre du 3e inventaire de l’OMI).

Grâce aux affinements des méthodes de collecte et de traitement des données, le niveau d’incertitudes quant aux résultats a été réduit. Ce 4e inventaire est ainsi le premier qui est en mesure de distinguer entre le transport maritime international et le transport maritime domestique sur la base de la méthode des trajets effectués. Selon les auteurs de l’inventaire, cette nouvelle méthode est conforme aux lignes directrices 2006 [utilisées pour les inventaires nationaux] et aux définitions du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

Cette avancée méthodologique répond à la demande formulée par l’OMI dans le cahier des charges du 4e inventaire (adopté lors de la 74e réunion du Comité pour la protection du milieu marin [MEPC-74, 13-17 mai 2019], organe technique de l’OMI) : “….Le 4e inventaire des émissions de GES de l’OMI devrait élaborer plus en détail des définitions claires et sans ambiguïté et affiner les méthodes de différenciation entre trajets domestiques et internationaux en vue de pouvoir exclure les trajets domestiques de l’inventaire du transport maritime international“. Ainsi, le niveau de rigueur méthodologique quant à l’estimation des émissions du transport maririme international tend à rejoindre celui en place pour les Etats – du moins ceux de l’Annexe I à la CCNUCC.

 

Que retenir de la 4e édition de l’inventaire de l’OMI ?

 

Les émissions de GES du secteur maritime ont augmenté sur la période 2012-2018

  • les émissions mondiales de GES (CO2, CH4 et N2O) du transport maritime (international + domestique [entre les ports du même pays, hors flottes militaires et de pêche] + pêche) sont passées de 977 Mt CO2e en 2012 à 1 076 Mt CO2e en 2018, soit une hausse de 9,6% sur les sept ans de la période couverte. En 2018, sur ce total GES de 1 076 Mt CO2e, la part des émissions du seul CO2 était de 1 056 Mt CO2e, soit 98% (part stable depuis le 3e inventaire : 98,5% en 2012). Le CO2 demeure donc la source principale de l’impact du secteur du transport maritime sur le climat (sur la base du PRG sur 100 ans) ;
  • le transport maritime représentait 2,89% des émissions anthropiques totales mondiales de CO2 en 2018 (contre 2,76% en 2012) ;
  • sur la base des trajets effectués (voir encadré ci-dessus), les émissions de CO2 du transport maritime international ont crû de 5,6%, en passant de 701 Mt CO2 en 2012 à 740 Mt CO2 en 2018 ;
  • sur la base des navires (voir encadré ci-dessus), méthode utilisée dans le 3e inventaire, les émissions de CO2 du transport maritime international ont crû de 8,4%, en passant de 848 Mt CO2 en 2012 à 919 Mt CO2 en 2018 ;

 

Les émissions de CO2 du transport international selon les méthodes d’allocation basées sur les trajets effectués et sur les navires par rapport au total du transport international et du total mondial tous secteurs confondus
2012-2018 (en Mt)

Source : OMI, 04/08/2020

 

Les émissions marquées par la croissance du commerce maritime international et la réduction de l’intensité carbone du secteur

Le 4e inventaire fait ressortir trois périodes distinctes caractérisant les tendances d’évolution des émissions de GES du transport maritime international entre 1990 et 2018 :

  • 1990-2008: période où la progression des émissions de GES était étroitement couplée à la croissance du commerce maritime (transport des biens par voie maritime) ;
  • 2008-2014: période caractérisée par une réduction des émissions de GES malgré une croissance de la demande en transport maritime, ce qui s’explique donc par une réduction rapide de l’intensité carbone du secteur maritime sur cette période qui a permis un découplage entre émissions de GES et croissance de la demande en transport maritime ;
  • 2014-2018: période caractérisée par la poursuite de l’amélioration de l’intensité carbone du secteur maritime mais à un rythme plus modéré, et plus lent que la croissance de la demande en transport maritime. Il en résulte donc une tendance à la hausse des émissions de GES du secteur maritime.

 

Carburants : moins de fioul lourd, plus de gazole et de gaz naturel liquide

  • le fioul lourd (HFO) demeure le principal combustible utilisé dans le secteur du transport maritime international : 79% de la consommation totale de combustible exprimée en MJ (en termes énergétiques) en 2018 (sur la base des trajets effectués) ;
  • cependant, pendant la période couverte par le 4e inventaire (2012-2018), une importante évolution du mix combustible est observée : la part du HFO dans la quantité totale de combustible consommé a diminué d’environ 7% (réduction de 3% en valeur absolue), alors que la part de la quantité totale de carburant gazole à usage maritime (MDO) et de gaz naturel liquide (LNG) ont crû respectivement de 6% et de 0,9% (respectivement de 51% et de 26% en valeur absolue).

 

Emissions de GES hors CO2 et de polluants : hausse du CH4 lié au gaz naturel

L’inventaire présente les tendances d’émission sur la période 2012-2018 pour les deux principaux GES hors CO2 (CH4 et N2O) et pour sept polluants atmosphériques (SOx, NOx, CO, COV, PM10, PM2,5 et carbone suie [BC]) et ce, pour le transport maritime international et selon les deux méthodologies d’allocation des émissions (sur la base des navires et sur la base des trajets effectués). Sur l’ensemble de ces GES et polluants, ce sont les émissions de CH4 qui ont connu la plus forte hausse : +151% sur la base des navires et +154,5% sur la base des trajets effectués. Cette hausse s’explique en grande partie par une forte hausse du nombre de navires propulsés par le LNG, dont un grand nombre sont équipés de moteurs qui rejettent du CH4 imbrûlé dans l’air. Cette hausse s’explique également par une forte progression de l’utilisation de moteurs bi-combustible (en remplacement des turbines à vapeur) qui induisent davantage d’émissions spécifiques (unitaires) de CH4. Ces deux facteurs ont donc conduit à une augmentation de la quantité de gaz naturel liquide (LNG) consommée, ce qui a induit une croissance plus rapide des émissions de CH4 que celles des autres GES.

Selon le Conseil international pour le transport propre (ICCT), l’un des organismes auteurs de l’inventaire, cette nouvelle tendance à la hausse des émissions de CH4 du transport maritime souligne la nécessité d’inclure le CH4 dans les phases futures des règles sur l’indice d’efficacité énergétique pour la conception des navires (EEDI – voir notre article sur le sujet). Actuellement, seules les émissions de CO2 sont limitées dans le cadre des règles sur l’EEDI (source : ICCT, 04/08/2020).

 

Emissions de GES et de polluants du transport maritime international : tendances 2012-2018
sur la base des navires (vessel-based) et sur la base des trajets (voyage-based)

Source : OMI, 04/08/2020

Ce schéma montre qu’outre la forte hausse des émissions de CH4, les émissions de tous les autres GES et polluants n’ont connu que de légères fluctuations sur la période 2012-2018.

Par ailleurs, la 4e édition de l’inventaire GES de l’OMI inclut, pour la première fois, des estimations d’émissions de carbone suie (BC), un forceur climatique à courte durée de vie (lire notre article sur le sujet). Sur la période 2012-2018, les émissions de BC ont progressé de 8% sur la base des navires et de 5% sur la base des trajets effectués.

 

Des émissions qui pourraient augmenter de 50% d’ici 2050

  • selon les projections du 4e inventaire, les émissions de GES du transport maritime total (international, domestique et pêche) devraient augmenter, en passant d’environ 1 000 Mt CO2e en 2018 à une fourchette comprise entre 1 000 et 1 500 Mt CO2e en 2050 selon différents scénarios énergétiques et économiques, soit une hausse comprise entre 0 et 50% par rapport au niveau de 2018 ;
  • bien qu’il soit encore trop tôt pour évaluer de façon quantitative l’impact de la pandémie du Covid-19 sur les projections d’émissions, l’OMI souligne que les émissions de GES du transport maritime seront incontestablement plus faibles en 2020 et en 2021. En fonction de l’ampleur de la relance économique, les émissions de GES au cours des décennies à venir pourraient être légèrement plus faibles (à raison de quelques points de pourcentage) que celles projetées dans le cadre du 4e

 

Amélioration de l’intensité carbone

La 4e édition de l’inventaire GES de l’OMI a intégré un nouvel indicateur, l’intensité carbone du transport maritime international (émissions de CO2 par tonne-km [tonne de marchandises-km transporté]), conformément à la stratégie initiale de l’OMI (adoptée par le MEPC-72, 9-13 avril 2018 – lire notre article sur le sujet). Cet indicateur s’est globalement amélioré entre 2012 et 2018 : sur la base des deux métriques EEOI (indicateur d’efficacité énergétique opérationnelle, mesuré en g CO2/t/mille nautique) et AER (rapport efficacité annuel, en g CO2/tonnage de port en lourd/mille nautique), l’intensité carbone du secteur a connu une amélioration respectivement de 21% et de 29% sur la base des trajets et une amélioration respectivement de 22% et de 32% sur la base des navires. Les améliorations de l’intensité carbone du transport maritime international n’ont pas suivi une trajectoire linéaire, plus de 50% de ces améliorations ayant été obtenues avant 2012. Le rythme de réduction de l’intensité carbone s’est ralenti depuis 2015, les améliorations annuelles moyennes allant de 1 à 2%.

 

L’éclairage du Citepa

Le Citepa et les émissions du transport maritime 

Le Citepa estime annuellement les émissions françaises de GES et de polluants atmosphériques liées au transport maritime dans le cadre de ses travaux d’élaboration des inventaires. Deux types de soutes (stocks de carburants) sont distingués :

– les soutes françaises destinées aux navires battant pavillon français,

– les soutes internationales destinées aux autres navires.

Les émissions sont donc calculées à partir de ces deux soutes, la part domestique (entre les ports du même pays, hors flottes militaires et de pêche ne représentant que 6% des soutes françaises (source : Citepa, OMINEA). Ce sont seulement ces émissions liées au trafic domestique qui doivent être rapportées au titre de la Convention Climat (CCNUCC), les émissions liées au trafic international étant rapportées hors total, à titre informatif.

Contact Citepa : Thamara Vieira da Rocha

 

 

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