COP-31 à Antalya sous Présidence conjointe turco-australienne : déroulement et enjeux
Par : Mark Tuddenham

Déroulement et enjeux
Contexte
La Conférence de l’ONU sur le Climat se tient du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, Turquie. La COP-31, qui fait partie de cette Conférence, est une COP d’étape, toutefois à forts enjeux, où la priorité sera de faire avancer les travaux sur les indicateurs d’adaptation, de concrétiser le mécanisme de transition juste, de prendre acte du déficit d’ambition et du dépassement du seuil de +1,5°C et de définir une feuille de route pour réduire ce déficit d’ambition d’ici 2030 et pour naviguer à travers ce dépassement désormais inévitable, selon le PNUE. L’accent devrait également être mis sur la concrétisation de la mise en œuvre des engagements politiques de Dubaï (au premier rang desquels la transition vers la sortie des combustibles fossiles) et sur la concrétisation de la feuille de route pour parvenir à l’objectif des 1 300 Md$/an d’ici 2035. A présent que l’ensemble des règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris est adopté, 11 ans après l’adoption de l’Accord de Paris et 10 après son entrée en vigueur (4 novembre 2016), sa mise en œuvre constitue désormais le focus des négociations climat.
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Sommaire
- Introduction
- Une COP à forts enjeux dans un contexte mondial de plus en plus difficile
- Focus et enjeux de la Conférence de Belém
- Les enjeux dans le cadre des négociations formelles
- Premier enjeu d’Antalya : adaptation
- 2e enjeu d’Antalya : atténuation
- 3e enjeu d’Antalya : financement climat
- 4e enjeu d’Antalya : bilan mondial de l’action climat (Global Stocktake ou GST)
- 5e enjeu d’Antalya : transition juste
- 6e enjeu d’Antalya : pertes et préjudices
- 7e enjeu d’Antalya : la science
- 8e enjeu d’Antalya : la réforme du processus de la CCNUCC
- 9e enjeu d’Antalya : COP-33
- Les enjeux en dehors des négociations formelles
- Les enjeux dans le cadre des négociations formelles
- En savoir plus
Introduction
Rappel de l’articulation des différents organes de la CCNUCC
Les organes subsidiaires SBSTA et SBI sont des organes techniques mis à disposition de la COP, de la CMP et de la CMA.
COP-30 à Belém : rappel des principaux résultats
Au terme de 12 jours de négociations intenses et tendues, la Conférence de Belém sur le Climat (qui englobait notamment la COP-30, la CMP-20 [la 20e réunion des Parties au Protocole de Kyoto] et la CMA-7 [7e réunion des Parties à l’Accord de Paris]) s’est achevée le 22 novembre 2025. Les négociations ont surtout abouti, dans les dernières heures de la Conférence, à un accord sur le « paquet politique de Belém », regroupant les 15 décisions les plus importantes adoptées par la CMA-7, dont la décision phare de Belém : la décision dite Mutirão (décision 1/CMA.7).
Dans cette décision 1/CMA.7, la CMA :
▪ établit deux nouveaux processus volontaires pour renforcer l’ambition et la mise en œuvre en matière d’action climat : « l’Accélérateur mondial de mise en œuvre » (paragraphe 41) et « la mission de Belém vers 1.5 » [vers le respect de l’objectif de +1,5°C] (paragraphe 42) ;
▪ appelle les Parties à tripler le financement de l’adaptation d’ici 2035 (paragraphe 53) dans le contexte de la décision 1/CMA.6, c’est-à-dire dans le cadre de l’objectif central des 300 Md$/an fixé à Bakou par la décision 1/CMA.6 (paragraphe 8). A noter que la CMA ne fixe pas formellement cet objectif qui, de par la formulation dans la décision 1/CMA.7, est à caractère indicatif. Il vidse à prendre le relais de l’objectif de triplement de ce financement en 2025 (par rapport aux niveaux de 2019), fixé par la CMA-3 à Glasgow en 2021. Enfin, la décision 12/CMA.7 sur l’objectif mondial en matière d’adaptation, adoptée par la CMA-7 à Belém, complète les dispositions sur cet objectif indicatif, précisant notamment l’année de référence pour le triplement du financement adaptation : par rapport aux niveaux de 2025 (paragraphe 53) ;
▪ met en place un programme de travail sur deux ans (2026-2027) sur le financement climat (paragraphe 53), notamment pour donner suite à la feuille de route vers la réalisation de l’objectif de 1 300 Md$/an d’ici 2035, présentée par les Présidences de la CMA-6 et de la CMA-7 le 6 novembre 2025 lors de la séquence de haut niveau (conformément à la décision 1/CMA.6 de Bakou, § 27) ;
▪ met en place un dialogue, sur trois ans (2026-2028) sur le commerce et le changement climatique sous l’égide des SB et ce, suite à la demande de la Chine, soutenue par l’Inde. Le premier dialogue est programmé pour juin 2026 (lors des sessions SB-64).
La Conférence de Belém a permis quelques autres avancées :
▪ la création d’un nouveau mécanisme institutionnel destiné à soutenir la protection des travailleurs et des communautés dans la décarbonation : le mécanisme de transition juste établi par la décision 2/CMA.7 dans le cadre du programme de travail sur la transition juste (JTWP) (paragraphe 25) ;
▪ l’adoption d’une liste restreinte de 59 « indicateurs de Belém sur l’adaptation » pour mesurer les progrès vers la réalisation de l’objectif mondial en matière d’adaptation (cf. paragraphe 6 et annexe de la décision 12/CMA.7) ;
▪ la mise en place de la « vision Belém-Addis » sur l’adaptation qui englobe un processus d’alignement des politiques sur deux ans (2026-2027) visant à définir des orientations sur les indicateurs de Belém sur l’adaptation (cf. paragraphe 21 de la décision 12/CMA.7) ;
▪ la finalisation des modalités du dialogue sur la mise en œuvre des résultats du bilan mondial (décision 3/CMA.7) ;
En revanche, en raison de fortes divergences entre les Parties, le bilan est mitigé sur plusieurs autres aspects clés des négociations :
▪ la réponse très timide des Parties au manque d’ambition des NDC 3.0 soumises à la CCNUCC ;
▪ la mise en œuvre du programme de travail sur l’ambition et la mise en œuvre en matière d’atténuation (MWP) (cf. décision 13/CMA.7) ;
▪ l’échec des Parties à faire aboutir les négociations à un consensus pour acter l’élaboration de deux feuilles de route, l’une sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles et l’autre sur la déforestation, pourtant soutenues respectivement par 85 et 93 Parties.
Lire notre article sur les résultats de la Conférence de Belém : « COP-30 : bilan total très mitigé à presque tous les égards », publié le 28 janvier 2026.
Voir aussi l’ensemble des décisions adoptées par la COP-30, la CMA-7 et la CMP-20 :
COP-30
▪ décisions 1/CP.30 à 10/CP.30
▪ décisions 11/CP.30 à 20/CP.30
CMA-7
▪ décisions 1/CMA.7 à 11/CMA.7
▪ décisions 12/CMA.7 à 18/CMA.7
▪ décisions 19/CMA.7 à 27/CMA.7
CMP-20
▪ décisions 1/CMP.20 à 9/CMP.20
SBSTA-63
SBI-63
▪ rapport de la session + addendum.
Une COP à forts enjeux dans un contexte mondial de plus en plus difficile
Contexte
Contexte géopolitique inédit
La Conférence d’Antalya intervient à un moment extrêmement difficile, comme celle de l’année dernière à Belém en 2025, celle de Bakou en 2024, celle de Dubaï (Emirats arabes unis) en 2023 et celle de Charm el-Cheikh (Egypte) en 2022. Le monde est sérieusement ébranlé par des guerres et tensions géopolitiques, de multiples conflits internationaux (en Ukraine, Palestine, au Liban…). A cela s’ajoute cette année la crise du détroit d’Ormuz : le conflit militaire et diplomatique déclenché le 28 février 2026 dans le contexte de la guerre en cours entre l’Iran et les États-Unis. Ce conflit a eu pour conséquence le blocage partiel par l’Iran du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz (par lequel transite en temps normal environ 25% du pétrole brut total mondial transporté par voie maritime, source : AIE, février 2026), avec pour corollaire, un frein majeur sur les chaînes d’approvisionnement mondiales du pétrole, conduisant à d’importantes pénuries et hausses de prix de combustibles et de carburants. Cette nouvelle crise du pétrole nous rappelle brutalement la vulnérabilité du système économique encore largement tributaire des énergies fossiles.
Ce paysage géopolitique fracturé a eu pour conséquence de reléguer la crise climatique au 2e plan dans les priorités des gouvernements nationaux. La priorité est désormais de plus en plus accordée à la sécurité et à la défense. Enfin, l’état de droit est remis en cause dans plusieurs pays du monde où la démocratie est mal en point.
Contexte économique
La COP-31 intervient dans le contexte d’une crise économique mondiale : priorité à la compétitivité des entreprises, guerre commerciale acharnée Chine-USA, faible croissance mondiale, crise de la dette, inflation, contraintes et coupes budgétaires des Gouvernements nationaux notamment pour l’aide au développement et le financement climat, baisse du pouvoir d’achat des citoyens, etc.
Contexte de remise en cause des acquis de la science et des politiques de l’environnement
On observe la montée des populismes dans plusieurs pays européens (Allemagne, Autriche, Danemark, France, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède,…) et au-delà (Chili, Colombie,…). Ce virement politique se traduit notamment par des prises de position et promesses d’agir contre plusieurs leviers de l’action climat (réductions, voire coupes dans les financements publics de la transition,…). Cependant, on a quand-même deux lueurs d’espoir :
- au Brésil, le 26 octobre 2026, Lula a de nouveau remporté les élections présidentielles contre son rival d’extrême droite, Flavio Bolsonaro. Comme a dit Ursula von der Leyen, « la démocratie et le multilatéralisme ont gagné » ;
- aux Etats-Unis, les élections de mi-mandat ont été un référendum pour ou contre la politique Trump. Les résultats montrent que le peuple américain a sanctionné sa politique menée depuis 2 ans. Pendant les deux dernières années de son mandat, il devra donc composer avec une majorité démocrate tant à la chambre des Représentants qu’au Sénat. Ainsi, les démocrates prennent le contrôle au Congrès.
Ces dernières années, on constate un « backlash » (retour de baton) contre la transition écologique et énergétique en Europe (y compris en France), avec pour conséquence une résistance à la dynamique enclenchée en 2015 lors de la COP-21 à Paris, un recul de l’ambition et des politiques climat et environnement, et une remise en cause, voire un affaiblissement des engagements climat, et un détricotage des normes et réglementations environnementales.
Le « consensus climat » entre les décideurs politiques dans l’UE et au-delà a volé en éclats ces dernières années, en grande partie en raison du recours à la pratique manipulatrice de la désinformation surtout via les réseaux sociaux. Ainsi, la recherche scientifique, les faits scientifiques et les politiques climat sont fragilisées car ils font l’objet d’attaques virulentes et acharnées par des idéologues populistes et des algorithmes maléfiques.
Contexte des événements météorologiques extrêmes
L’année 2026 a été marquée, à l’échelle mondiale, par des sécheresses, des inondations, des vagues de chaleur, des feux de forêt d’une ampleur inédite : des événements plus fréquents, plus précoces, plus intenses qui durent plus longtemps. Ces événements météorologiques extrêmes ont été amplifiés par le changement climatique et un important épisode El Niño.
Contexte politique multilatéral
En outre, la COP-31 intervient dans un contexte de coopération multilatérale de plus en plus contestée, fragmentée et polarisé, et notamment dans le contexte de l’opposition frontale de Donald Trump à l’action climat, de plus en plus virulente :
- décision de l’administration Trump 2 de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris pour la 2e fois (retrait qui est effectif depuis le 27 janvier 2026, un an après la notification) et de mettre fin au financement climat international,
- virement à 180° dans la politique climat nationale et internationale menée par l’administration Trump 2,
- son mépris total pour le multilatéralisme climat (« America First »),
- posture « anti-science » de l’administration Trump 2,
- détricotage de la politique climat nationale mise en place depuis la prise de fonction de Biden en 2021 (démantèlement du « New Green Deal », de l’ « Inflation Reduction Act »,…),
- décision de l’administration Trump 2 d’aller encore plus loin, en retirant les Etats-Unis de la législation mère de l’Accord de Paris, la Convention Climat et du GIEC (au total, retrait de 32 organes de l’ONU et 34 organes hors ONU) via un Mémorandum présidentiel du 7 janvier 2026, au motif qu’« elles fonctionnent contre les intérêts, de la sécurité, de la prospérité ou de la souveraineté et de l’indépendance des USA ». Le but ultime pour Trump est de prioriser les intérêts américains sur la scène internationale : « Putting America First ». Ce retrait prendra effet le 27 février 2027 (un an après réception, par l’ONU, de la notification officielle).
- les Etats-Unis ne pourront plus participer à la CMA, mais ils pourront toujours participer à la COP-31 en tant que Partie avec son droit de parole et de vote (cf. date de retrait effectif de la CCNUCC : 27 février 2027)
- annonce du Ministère américain du Budget (US Treasury) du 8 janvier 2026 : retrait des USA avec effet immédiat du fonds vert pour le climat (GCF), en ajoutant qu’ils renoncent à leur siège au Conseil (Board) du GCF
En clair, COP-31 : il s’agit de la COP où le défi à relever pour la diplomatie climat est sans doute le plus difficile en 31 ans de COP
Ces trois événements ont montré que la plupart des pays restent très engagés envers l’Accord de Paris face à l’abandon des Etats-Unis et que le multilatéralisme dans le domaine du climat s’est clairement réaffirmé à cette occasion et ce, malgré les différentes crises que traversent le monde actuellement.
Contexte scientifique
La Conférence de Belém intervient après la publication, ces dernières semaines, et surtout ces derniers jours, de nombreux rapports, études ou analyses réalisés par les organisations internationales qui font référence en la matière (PNUE, OMM,…). Ces publications montrent une fois de plus que les voyants scientifiques sont de plus en plus au rouge, la trajectoire des émissions de GES continuant à augmenter, et la fenêtre d’opportunité pour limiter le réchauffement à +1,5°C étant en train de se refermer. Citons en particulier :
- l’édition 2026 du rapport annuel du PNUE, Emissions Gap Report (publié le 21 octobre 2026) : les émissions mondiales de GES ont légèrement baisse en 2025 (-0,2%) par rapport au niveau record de 2024 (58,5 Gt CO2e). En 2025, elles ont atteint le 2e niveau plus élevé jamais enregistré de 58,4 Gt CO2
Le PNUE est formel dans ce nouveau rapport : après des décennies où les réductions d’émissions ont été insuffisantes, la possibilité de limiter le réchauffement à +1,5°C avec un dépassement limité (défini comme étant un dépassement temporaire de moins de +0,1°C) est désormais perdue.
Même en prenant en compte les objectifs des Etats inscrits dans leurs NDC, l’écart, en 2030, entre, d’une part, le niveau d’émissions projeté sur la base de ces objectifs, et d’autre part, le niveau nécessaire pour suivre la trajectoire du scénario dit « en dessous des +2°C » est compris entre 1 Gt CO2e (si l’on prend en compte les objectifs conditionnels et inconditionnels des NDC) et 3 Gt CO2e (si l’on ne prend en compte que les objectifs inconditionnels des NDC). Cet écart est encore plus important pour suivre la trajectoire du scénario dit « du plus faible dépassement de +1,5°C » : entre 5 et 7 Gt CO2e. En ce qui concerne le réchauffement, en l’absence de mise en œuvre des NDC, les politiques actuelles en place mèneraient à un réchauffement de +2,8°C en 2100 par rapport à la période pré-industrielle. La mise en œuvre des seuls objectifs inconditionnels des NDC induirait un réchauffement de +2,7°C. Enfin, même en cas de mise en œuvre des objectifs conditionnels et inconditionnels des NDC, le réchauffement serait de +2,6°C ;
- la 6e synthèse des NDC, réalisée par le Secrétariat de la CCNUCC (publié le 27 octobre 2026). Cette synthèse est basée sur les 127 NDC 3.0 (couvrant 154 Parties et environ 71% des émissions mondiales de GES en 2019) soumises à la CCNUCC via le registre NDC du 1er janvier 2024 au 31 août 2026. Sur cette base, et en agrégeant les objectifs et autres engagements inscrits dans ces NDC, le Secrétariat de la CCNUCC a élaboré des projections. Selon celles-ci, l’ambition collective des 127 NDC 3.0 soumises demeure insuffisante pour garder l’objectif de +1,5°C « à portée de main » et pour limiter le plus possible la durée et l’ampleur du dépassement temporaire de cet objectif.
Ainsi, le niveau d’émissions totales de GES, sur la base de la mise en œuvre de ces NDC 3.0, baisserait d’environ 6% en 2035 par rapport au niveau de 2019. Et ce, alors que selon l’édition 2026 de l’Emissions Gap Report du PNUE (voir ci-dessus) pour suivre la trajectoire du scénario dit « du plus faible dépassement de +1,5°C », il faut réaliser une réduction collective des émissions de GES, non pas de 6%, mais de 45% en 2035 (et de 18% en 2030) (par rapport aux niveaux de 2025).
La mise en œuvre intégrale de tous les objectifs conditionnels des NDC 3.0 couvertes par cette 6e synthèse permettrait d’atteindre le pic des émissions mondiales de GES avant 2030 et de parvenir, d’ici 2035, à une réduction moyenne des émissions d’environ 9% par rapport au niveau de 2019 ;
- l’édition 2026 du Bulletin GES de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) sur les concentrations atmosphériques des trois principaux GES persistants (à longue durée de vie) : CO2, CH4 et N2O (publié le 27 octobre 2026). En 2025, les concentrations moyennes mondiales de chacun de ces gaz ont atteint les niveaux les plus élevés jamais enregistrés depuis l’époque préindustrielle (1750).
La Présidence de la COP-31
Une présidence bicéphale : configuration inédite en 31 ans de COP
Conformément à la rotation des cinq groupes régionaux de l’ONU, la COP de 2026 a eu lieu dans celui d’« Europe de l’Ouest et autres » (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, USA, Israël,…). Le choix du pays hôte candidat de la COP-31 devait se faire par consensus au sein du groupe régional Europe de l’Ouest et autres (29 pays) avant d’être soumis pour approbation formelle par l’ensemble des Parties à la COP. Fin 2023, deux pays avaient informellement exprimé leur intérêt pour accueillir la COP-31 : Australie (à Adelaïde, proposition de candidature conjointe avec les pays du Pacifique) et Turquie (à Antalya). Lors de la COP-29 à Bakou (nov. 2024), les 29 pays du groupe régional Europe de l’Ouest n’étaient pas parvenus à se mettre d’accord sur leur choix final. S’en est suivie une impasse politique totale qui opposait ces deux pays pendant plus de 12 mois – aucun des deux ne voulait céder sa place à l’autre, chacun campant sur sa position. Leur bras de fer a continué à Belém, lors de la COP-30, jusqu’au 9e jour de la Conférence.
Ainsi, le 19 nov. 2025, le 9e jour de la COP-30, l’Australie et la Turquie sont enfin parvenues à un compromis bilatéral informel. Cet accord de compromis, baptisé les « modalités de partenariat Turquie-Australie », a été formalisé dans une décision de la COP-31 : décision 18/CP.30. Il s’agit d’une configuration inédite en 31 ans de COP : deux Parties ont été désignées conjointement lors de la COP qui a adopté la décision (cf. décision 18/CP.30) : les pouvoirs de la Présidence sont donc divisés entre deux pays.
Aux termes de cet accord :
- c’est la Turquie qui accueillera physiquement à Antalya la COP-31, ainsi que le sommet des dirigeants mondiaux (les 10-11 nov. 2026),
- c’est la Turquie qui pilotera l’Agenda mondial de l’action climat (Global Climate Action Agenda ou GCA),
- c’est la Turquie qui désignera un Président de la COP-31,
- c’est le Président turc de la COP-31 qui désignera un représentant de l’Australie en tant que « Président des négociations » à qui il va déléguer les fonctions de piloter les négociations de la COP-31 pour la durée de la COP-31 et qui aura l’autorité exclusive à l’égard des négociations,
En cette qualité, a priori c’est l’Australie qui gérera les négociations, qui nommera les co-facilitateurs, nommera les binômes ministériels et élaborera les projets de texte et les projets de décision chapeau (si décision chapeau il y a). Pour faciliter cette tâche, le représentant de l’Australie est nommé en qualité de « vice-Président de la COP » pour la durée de la COP-31. En cas de divergences d’opinion entre les deux co-Présidents, des consultations seront menées jusqu’à ce que la divergence soit résolue à la satisfaction des deux Parties. Il existe néanmoins un risque que cette Présidence bicéphale pourrait carrément ralentir les avancées en cas de désaccord entre les deux, sachant que l’Australie et la Turquie n’ont pas le même niveau d’ambition climat.
Selon le site britannique spécialisé Climate Home News, lors d’un point presse pendant le sommet sur les océans et la mer à Trabzon, Turquie, les 10-11 sept. 2026, Murat Kurum, Président turc de la COP-31, a affirmé que « c’est la Turquie qui aura le dernier mot lors de la COP-31 » (sous-entendu : et non l’Australie qui est pourtant Présidente des négociations, source : Climate Home News, 11 sept. 2026). En d’autres termes, ce serait à la Turquie qu’il reviendrait d’opérer les arbitrages politiques finaux sur les projets de décision, ce qui implique un risque de dérapage dans la dernière ligne droite des négociations.
La Présidence brésilienne de la COP-30 prend fin à l’ouverture de la COP-31. La Turquie et l’Australie détiendront la Présidence jusqu’à l’ouverture de la COP-32 (prévue au 8 novembre 2027).
Diplomatie climat : une Présidence sans beaucoup d’expérience
La Présidence d’une COP a un rôle stratégique crucial à jouer :
- dans le pilotage neutre et habile des négociations, surtout lors des négociations politiques pendant la 2e semaine de la Conférence après la fin des négociations techniques de la première semaine au sein des deux organes subsidiaires SBSTA et SBI ; et
- dans le renforcement de l’ambition des Parties en matière d’action climat.
A la différence du Brésil qui a bénéficié l’année dernière lors de la COP-30 d’une Présidence chevronnée, la Turquie, comme l’Azerbaïdjan pour la COP-29 en 2024, a acquis peu d’expérience en diplomatie climat (connaissances du processus multilatéral, réseau diplomatique, etc.).
Turquie : un « cas particulier » au sein de la CCNUCC
La Turquie conteste depuis longtemps son statut officiel de pays à l’annexe I au sein de la CCNUCC. Lors des différentes COP, le Gouvernement turc a fait valoir à plusieurs reprises qu’il juge son statut officiel injuste et inéquitable, qu’il se considère un pays en développement et non un pays industrialisé. L’objet premier était pour bénéficier du soutien international, comme les autres pays en développement.
Au titre de la décision 26/CP.7 [COP-7 Marrakech, 2001], à sa demande, la Turquie a été retirée de l’annexe II de la CCNUCC (liste de 24 pays industrialisés +UE qui doivent fournir des ressources financières pour couvrir les coûts induits par la mise en œuvre des obligations imposées aux pays en développement découlant de l’art. 12 de la CCNUCC : soumission d’inventaires d’émission, de communications nationales,…). Cette décision « invite les Parties à prendre en considération le cas particulier de la Turquie qui […] sera placée dans une situation différente de celle des autres Parties à l’annexe I ». Ce retrait est effectif depuis le 28 juin 2002
Lors de la COP-16 [Cancún, 2010], les Parties ont formellement reconnu que la Turquie se trouve dans une situation différente de celle des autres Parties à l’annexe I [cf. décision 1/CP.16] et qu’elle remplit les conditions requises pour bénéficier d’un appui financier dans le cadre de la CCNUCC (article 4 § 5).
Enfin, dans une déclaration approuvée par le Parlement turc en même temps que le texte de ratification de l’Accord de Paris (6 oct. 2021), la Turquie a annoncé unilatéralement qu’elle le mettrait en œuvre en tant que pays en développement et ce, malgré le fait qu’elle relève de la catégorie de pays à l’annexe I de la Convention Climat.
Nominations clés et priorités de la Présidence
Le 21 janvier 2026, le gouvernement de la Turquie a nommé M. Murat Kurum (49 ans) en tant que Président de la COP-31 / CMA-8 / CMP-21. Il est Ministre de l’Environnement, de l’Urbanisation et du Changement climatique (depuis juillet 2018). Il a davantage d’expérience en matière de construction/logement que d’environnement.
Dans sa première lettre aux Parties, transmise le 13 avril 2026, il a procédé à des nominations clés pour la COP-31 :
- Fatma Varank, Ministre adjointe de l’Environnement, de l’Urbanisation et du Changement climatique de la Turquie directrice exécutive de la COP-31, chargée de gérer et de coordonner le cadre stratégique global de la COP-31, le contenu du processus, l’agenda de l’action (acteurs non-étatiques), les préparatifs des négociations et la coordination inter-institutionnelle,
- Chris Bowen, Ministre du Changement climatique et de l’Energie de l’Australie Président des négociations de la COP-31, chargé de piloter les négociations de la COP-31 pour la durée de la COP-31 et qui aura l’autorité exclusive à l’égard des négociations.
Murat Kurum a également annoncé les trois principes de base de la Présidence turque :
- dialogue
- consensus
- action.
Dans sa 2e lettre aux Parties, co-signée par Chris Bowen, et transmise le 20 mai 2026, il a souligné qu’Antalya sera « une COP de mise en œuvre » (il placera la mise en œuvre au cœur de son programme pour la COP-31) et une « COP de l’avenir ». La COP-31 visera à traduire les engagements en progrès tangibles qu’on peut suivre et évaluer
Chris Bowen a annoncé plusieurs nominations clés :
- Kushla Munro du Ministère australien du Changement climatique et de l’Energie : directrice exécutive du Président des négociations, Chris Bowen. Elle mènera l’effort global de l’Australie pour la COP-31,
- Sally Box : Présidente adjointe des négociations et négociatrice en chef de la COP-31. Elle a pour mission de collaborer étroitement avec toutes les Parties pour faire aboutir les négociations à des résultats ambitieux et concrets,
Pour renforcer l’importance des défis auxquels font face les petites îles du Pacifique, Chris Bowen a également nommé trois envoyés climat du Pacifique
- Kristina (Tina) Eonemto Stege des Iles Marshall : envoyée régionale pour l’Océanie dont la mission sera de « maintenir l’objectif de +1,5°C à portée de main »,
- Ruel Yamuna de la Papouasie-Nouvelle Guinée : envoyé pour l’accès au financement climat
- Hon Inia B Seruiratu des Iles Fidji : envoyé pour les océans.
Dans sa 3e lettre aux Parties, transmise le 24 août 2026, le Président turc de la COP-31, Murat Kurum, a mis l’accent sur l’Agenda mondial de l’action climat (Global Climate Action Agenda ou GCA), programme qui fédère et mobilise les actions à titre volontaire des acteurs non-étatiques, programme qui est en dehors des négociations formelles et qui ne nécessite pas de consensus, donc politiquement plus facile à gérer.
L’Agenda de l’action de la COP-31 s’articulera autour de 10 thèmes prioritaires – voir programme de travail 2026 du GCA :
- la transition énergétique et l’électrification,
- zéro déchet et réduction des émissions de CH4,
- villes résilientes (rapport spécial du GIEC qui va sortir en mars 2027 dans le cadre du 7e cycle),
- transformation industrielle verte,
- jeunesse et éducation,
- sécurité alimentaire,,
- océans et mers
- systèmes de santé résilients,
- synergies entre les Conventions de Rio,
- « pont de mise en œuvre pour le climat » (« Climate Implementation Bridge ») dont l’objet est de réduire l’écart, à l’échelle des pays individuels, entre leur niveau d’ambition climat et leur mise en œuvre de l’action climat, en les aidant à traduire leurs priorités en matière de climat et de développement en projets prêts à être financés.
Dans sa 4e lettre aux Parties, transmise le 5 octobre 2026 et co-signée par Chris Bowen, Président des négociations de la COP-31, Murat Kurum a souligné que « La Turquie et l’Australie partagent une vision commune de la COP-31 ». Les deux co-Présidents ont déclaré que la COP-31 sera une COP axée sur l’accélération de la mise en œuvre, l’électrification et la résilience au changement climatique.
Quoi qu’il en soit, cette année, c’est une COP d’étape et non une COP charnière. Aucun résultat politique concret découlant d’un mandat prévu par une décision précédente de la COP/CMA dans le cadre des négociations formelles n’est attendu. Ne sont attendus que des résultats techniques et surtout une accélération de la mise en œuvre de l’action climat conformément aux obligations et objectifs de l’Accord de Paris.
Last but not least…
Les trois dernières COP ont eu lieu dans des pays gros producteurs de combustibles fossiles (Egypte en 2022, Emirats arabes unis en 2023 et Azerbaïdjan en 2024). Quant au Brésil, pays hôte de la COP-30, il n’était pas en reste, étant le 7e pays producteur de pétrole dans le monde (2,5% du total mondial produit (source : AIE).
Cette année, à noter que la Turquie est le12e pays producteur de charbon dans le monde, avec 79 Mt en 2024 (source : Centre for Energy Investment and innovation d’après US Energy Information Administration), soit 0,9% du total mondial (8,8 Mt en 2024) et le 10e pays consommateur de charbon dans le monde, avec 1,79 EJ en 2025 (source : worldpopulationreview).
Quant à l’Australie, elle est le 5e pays producteur de charbon dans le monde, avec 468 Mt en 2024 (source : Centre for Energy Investment and innovation d’après US Energy Information Administration), soit 5% du total mondial (8,8 Mt en 2024) et le 13e pays consommateur de charbon dans le monde, avec 1,46 EJ en 2025 (source : worldpopulationreview).
Organisation et déroulement de la Conférence d’Antalya
Les sessions de négociation formelles
Comme tous les ans, la Conférence d’Antalya s’articule autour de cinq sessions de négociation formelles qui se déroulent en parallèle :
9 – 14 nov. 2025 : 65èmes sessions des deux organes subsidiaires de la CCNUCC :
- organe subsidiaire pour la mise en œuvre (SBI-65) – voir ordre du jour provisoire + addendum,
- organe subsidiaire pour le conseil scientifique et technologique (SBSTA-65) – voir ordre du jour provisoire + addendum.
9 – 20 nov. 2026 : sessions des trois organes de prise de décision formelle :
- 31e Conférence des Parties à la Convention Climat (COP-31) – voir ordre du jour provisoire + addendum,
- 8e Réunion des Parties à l’Accord de Paris (CMA-8) – voir ordre du jour provisoire + addendum,
- 21e Réunion des Parties au Protocole de Kyoto (CMP-21) – voir ordre du jour provisoire.
Séquence de haut niveau (Chefs d’Etat et de Gouvernement ; Ministres)
11 – 12 nov. 2026 : 1ère partie de la séquence de haut niveau, dont le Sommet des dirigeants mondiaux pour l’action climat (World Leaders’ Climate Action Summit) au cours duquel quatre tables rondes de haut niveau auront lieu. A noter que sur décision du Président de la COP-31, cette première partie de la séquence de haut niveau se tient, non pas comme d’habitude les 2e et 3e jour de la première semaine, mais les 3e et 4e jour de celle-ci. Voir ordre du jour pour les 11-12 nov.
17 – 19 nov. 2026 : 2e partie de la séquence de haut niveau, avec la présence des Ministres chargés des négociations internationales sur le climat (selon les Etats : Ministres de l’Environnement, du Climat et de l’Energie, des Affaires étrangères, etc.). A noter que cette année, cette 2e partie se tient sur trois jours alors que d’habitude elle dure deux jours.
Les évènements mandatés
Plusieurs évènements et réunions mandatés (mandated events) par une décision de la COP ou de la CMA (de Belém, de Bakou, de Dubaï, de Charm el-Cheikh ou d’une année antérieure) auront lieu à Antalya :
- les événements mandatés au sein de la COP-31,
- les événements mandatés au sein de la CMA-8,
- les événements mandatés au sein du SBSTA-65,
- les événements mandatés au sein du SBI-65.
Journées thématiques
En dehors des négociations formelles dans le cadre de la COP, de la CMA et de la CMP, la Présidence turque a organisé 10 journées thématiques qui auront lieu durant la Conférence (comme le font tous les ans les Présidences des COP) :
- 9 nov. : alimentation, agriculture et santé,
- 10 nov. : énergie et transports,
- 11 nov. : zéro déchet,
- 12 nov. : villes résilientes et environnement bâti,
- 13 nov. : financement et commerce,
- 14 nov. : enfants, jeunesse, éducation et compétences,
- 16 nov. : science, industrie et technologies,
- 17 nov. : océans, mers, nature et utilisation des terres,
- 18 nov. : développement humain et social,
- 19 nov. : accélérer et renforcer la mise en œuvre.
Voir communiqué de la Présidence du 5 août 2025.
Décalage horaire entre Antalya et la France
Antalya est +2h de décalage horaire par rapport à la France : par exemple, quand il est 12h en France, il est 14h à Antalya.
Focus et enjeux de la Conférence de Belém
La Conférence de l’ONU sur le climat à Antalya sera une COP d’étape mais toutefois à forts enjeux où la priorité sera de faire avancer les travaux sur les indicateurs d’adaptation, de concrétiser le mécanisme de transition juste, de prendre acte du déficit d’ambition et du dépassement du seuil de +1,5°C et de définir une feuille de route pour réduire ce déficit d’ambition d’ici 2030 et pour naviguer à travers ce dépassement désormais inévitable, selon le PNUE. L’accent devrait également être mis sur la concrétisation de la mise en œuvre des engagements politiques de Dubaï (au premier rang desquels la transition vers la sortie des combustibles fossiles) et sur la concrétisation de la feuille de route pour parvenir à l’objectif des 1 300 Md$/an d’ici 2035. A présent que l’ensemble des règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris est adopté, 11 ans après l’adoption de l’Accord de Paris et 10 après son entrée en vigueur (4 novembre 2016), sa mise en œuvre constitue désormais le focus des négociations climat.
Le Citepa présente ci-après les neuf enjeux majeurs de cette Conférence à Antalya :
Les enjeux dans le cadre des négociations formelles
Premier enjeu d’Antalya : adaptation
- Revoir la liste des 59 indicateurs de suivi de l’objectif global sur l’adaptation (GGA) adoptés à Belém ( décision 12/CMA.7, §6 + annexe) pour évaluer les progrès accomplis par les Parties vers l’atteinte des sept objectifs thématiques et des quatre objectifs de gouvernance fixés pour le GGA et ce, pour aboutir à une liste d’indicateurs plus représentatifs, plus cohérents, plus harmonieux et plus équilibrés.
La CMA doit examiner le document technique élaboré par le Secrétariat sur les 11 objectifs du GGA et sur les indicateurs de suivi. L’objet de ce document technique est d’analyser l’utilisation des indicateurs par les Parties, identifier les synergies et lacunes (cf. décision 12/CMA.7, §16). Les indicateurs sont la clé pour traduire le progrès politique en résultats mesurables et comparables.
- Faire avancer les travaux sur la vision Belém-Addis sur l’adaptation ( décision 12/CMA.7, § 21).
Sous l’égide du SBI et du SBSTA, cette vision englobe un processus d’alignement des politiques de deux ans par les Parties, basé sur leur expérience acquise lors de la période de test de mise en œuvre des 59 indicateurs actés à Belém. L’objet de cette vision est d’élaborer des orientations pour aider les Parties à mettre en œuvre les indicateurs.
- Faire avancer les travaux techniques pour améliorer les métadonnées et les méthodologies pour les indicateurs de Belém et mettre en place le groupe de travail technique pour contribuer à ces travaux techniques ( décision 12/CMA.7, § 23).
-
- surtout parvenir à un consensus sur la composition de ce groupe de travail, en surmontant les divergences entre les pays du Sud (qui souhaitent que le groupe soit piloté par les Parties) et les pays du Nord (qui souhaitent qu’il soit piloté par des experts techniques).
- Formaliser, dans une décision de la CMA, la fixation d’un nouvel objectif de financement de l’adaptation post-2025 et le chiffrer, assorti d’une année cible et d’une année de référence.
Dans la décision sur le GGA adoptée à Belém (décision 12/CMA.7 § 34), qui reprend le paragraphe 53 de la décision « mutirão » (décision 1/CMA.7), la CMA appelle [les Parties et acteurs non-étatiques] à au moins tripler le financement de l’adaptation d’ici 2035 mais :
- il ne s’agit pas d’un objectif contraignant, mais plutôt d’objectif indicatif aux contours imprécis :
- triplement du financement certes, mais par rapport à quelle base ? Aucune année de référence n’a été spécifié,
- l’objectif n’est pas chiffré.
Dans une lettre transmise le 25 oct. 2026 au Secrétaire exécutif de la CCNUCC, Simon Stiell, le groupe africain a demandé l’ajout à l’ordre du jour de la CMA du sujet « Triplement du financement de l’adaptation ». Quant aux pays les moins avancés, ils demandent la fixation d’un objectif de 120 Md$/an d’ici 2030 (soit ans avant l’année cible de 2035 acté à Belém).
- Renforcer le soutien à l’élaboration et à la mise en œuvre des plans nationaux d’adaptation (NAP), en mettant l’accent sur l’assistance financière et technique.
- Mener à bien la transition du fonds d’adaptation vers un rôle exclusivement au service de l’Accord de Paris et définir la composition du Conseil d’administration (Board) du fonds.
Pour une vue complète du contexte, voir notre guide des négociations pour mieux comprendre les enjeux de la COP-31 sur le sujet de l’adaptation.
2e enjeu d’Antalya : atténuation
- Renforcer l’ambition 2035 : niveau d’ambition individuelle
Les pays grands émetteurs qui n’ont pas encore soumis leur NDC 3.0 – Argentine, le dernier pays membre du G20 à ne pas avoir soumis la sienne, 0,65% des émissions mondiales, source : base de données EDGAR), Egypte (0,72%), Viêt-Nam (1,01%) – devraient le faire pour Antalya.
De même, les pays grands émetteurs devraient :
- renforcer leurs objectifs climat fixés par leur NDC 3.0,
- accélérer la mise en œuvre des mesures prévues par leur NDC pour atteindre ces objectifs.
- Renforcer l’ambition 2035 : niveau d’ambition collective
Outre les NDC 3.0 des Parties à titre individuel, l’impact collectif de l’ensemble des NDC 3.0 sera d’une importance majeure à Antalya. Aujourd’hui, il existe encore un écart important entre la science et l’ambition 2030 et 2035, c’est-à-dire entre, d’une part, les projections d’émissions de GES à l’horizon 2030 et 2035 basées sur les engagements de réduction des NDC 3.0, et d’autre part le niveau d’ambition collective nécessaire en 2030 et en 2035 pour ramener les émissions mondiales sur une trajectoire compatible avec les scénarios du PNUE : « en dessous de +2°C » et « le plus faible dépassement de +1,5°C ».
Questions cruciales sur l’ambition à examiner à Belém :
- comment aborder le problème de l’écart entre la science et l’ambition collective des Parties ?
- comment aborder le fait qu’en raison des décennies d’actions de réduction insuffisantes, un plus fort dépassement du seuil de +1,5°C basé sur des moyennes multi-décennales soit désormais « imminent et inévitable », selon l’Emissions Gap Report 2026 du PNUE ?
- les Parties vont-elles parvenir à reconnaître collectivement, politiquement et explicitement cet écart et ce plus fort dépassement ?
- comment combler cet écart et gérer ce dépassement ? Autrement dit, comment renforcer l’ambition collective ?
- comment assurer la mise en œuvre effective des NDC 3.0 ?
La crédibilité de la COP-31 (et surtout de la CMA-8) dépendra de la façon dont les Parties réagiront à ces questions cruciales.
En clair, les Parties à l’Accord de Paris devraient prendre acte du déficit d’ambition collective des NDC et du plus fort dépassement du seuil de +1,5°C dans le cadre d’un message politique fort et définir une feuille de route ou établir un processus pour réduire, voire combler ce déficit et pour limiter la durée et l’ampleur du dépassement : cela passe forcément par le renforcement des NDC 3.0, par l’accélération de la mise en œuvre des mesures de réduction des émissions et par la mise en œuvre de la transition vers la sortie des combustibles fossiles. La COP-31 doit aboutir à une décision en ce sens.
- Faire aboutir le programme de travail sur l’ambition et la mise en œuvre (MWP) sur des résultats concrets et ambitieux
Les Parties vont reprendre les négociations dans le cadre du programme de travail sur l’ambition et la mise en œuvre en matière d’atténuation (MWP). Les négociations avancent toujours très lentement en raison de fortes divergences observées à Dubaï (décembre 2023), à Bakou (novembre 2024) et à Belém (nov. 2025), surtout entre pays industrialisés et pays en développement sur le mandat même de ce programme de travail. Les Parties devront surmonter leurs fortes divergences pour faire aboutir les négociations sur une décision à la hauteur des enjeux de l’atténuation. In fine, il s’agira pour la CMA-8 de faire déboucher le programme MWP sur des résultats concrets, tant en matière de réduction collective des émissions qui soient compatibles avec les objectifs de +2°C et de +1,5°C, qu’en matière de mise en oeuvre.
- Faire avancer la concrétisation des deux processus volontaires mis en place à Belém ( décision 1/CMA.7, § 41 et 42).
-
- « Accélérateur mondial de mise en œuvre» (de l’action climat) (Global Implementation Accelerator, GIA) : initiative coopérative, facilitatrice, non-coercitif et volontaire sous le pilotage des Présidences de la CMA-7 (Brésil) et de la CMA-8 (Turquie/Australie)
- « Mission de Belém vers 1,5 » qui vise à renforcer l’ambition et la mise en œuvre des NDC et des plans nationaux d’adaptation, sous l’égide des Présidences de la CMA-7 et de la CMA-8
La Présidence de la COP-31 doit impulser la concrétisation de ces deux processus volontaires pour aboutir à des résultats concrets en termes d’ambition et de mise en œuvre.
Pour une vue complète du contexte, voir notre guide des négociations pour mieux comprendre les enjeux de la COP-31 sur le sujet de l’atténuation.
3e enjeu d’Antalya : financement climat
Les négociations à Belém vont se dérouler dans le contexte du nouvel objectif collectif chiffré en matière de financement climat pour la période post-2025, objectif fixé à Bakou non sans difficulté dans la dernière ligne droite des négociations le 23 novembre 2024.
- Concrétiser le nouvel objectif collectif chiffré en matière de financement climat (NCQG) pour la période post-2025
Le premier enjeu prioritaire sur le sujet du financement climat pour la Présidence à Antalya est de concrétiser la feuille de route (Baku-Belém Roadmap to 1.3 T) vers la réalisation de l’objectif global des 1 300 Md$/an d’ici 2035 (et de son objectif central de 300 Md$/an d’ici 2035), fixés par la décision 1/CMA.6 (§ 7 et 8) adoptée à Bakou au terme de la CMA-6. Cette feuille de route a été élaborée par les Présidences de la COP-29 et de la COP-30 et présentée lors de la séquence de haut niveau à Belém le 5 novembre 2025 : « feuille de route Bakou-Belém : un plan directeur pour mobiliser au moins 1 300 Md$/an pour les pays en développement d’ici 2035 », dite Baku-Belém roadmap to 1.3 T [1.3 trillion (trillion en anglais = 1018)].
Les discussions menées dans le cadre de la feuille de route Bakou à Belém ne constituent pas un volet formel des négociations de la CMA. Le défi à Antalya sera de parvenir à un consensus entre les Parties de la CMA-8 pour élargir la base des pays contributeurs (contributor base) au financement climat pour inclure les pays à revenu élevé : grands pays émergents (Chine, Corée du Sud, Singapour…) et pays du Golfe. C’est une demande des pays industrialisés réitérée depuis plusieurs années lors des COP mais sans surprise, les pays ciblés s’opposent fermement à cette demande.
Cet enjeu de concrétiser la feuille de route Bakou-Belém est indispensable pour rétablir la confiance entre pays du Sud et pays du Nord qui a été sérieusement érodée, d’une part, puisque les pays du Nord ont atteint l’objectif des 100 Md$/an avec deux ans de retard et d’autre part, car les pays du Sud sont fortement déçus du montant final de l’objectif central en matière de financement climat : 300 Md$/an d’ici 2035). Des avancées concrètes sur le sujet clivant du soutien financier par les pays industrialisés aux pays en développement est un préalable pour débloquer les négociations afin d’avancer dans les autres axes de négociation (atténuation en tête). Le financement climat joue un rôle crucial dans le renforcement de l’ambition des pays en développement (notamment en matière de transition énergétique).
- Obtenir de nouveaux engagements des Parties en matière de financement climat
Sur le sujet financement climat, le 2e enjeu pour la CMA-8 à Antalya est d’obtenir des pays industrialisés (et des pays émergents) de nouveaux engagements concrets et ambitieux en matière de financement climat international pour les pays en développement, notamment via :
- le fonds vert pour le climat (GCF),
- le fonds adaptation (AF),
- le fonds pertes et préjudices (FRLD),
- le fonds pour les PMA (LDCF),
- le fonds spécial sur le changement climatique (SCCF).
et ce, là aussi, pour rétablir la confiance entre pays du Sud et pays du Nord. Il s’agira de créer une dynamique politique et diplomatique forte pour inciter les pays développés à accroître le financement climat pour les pays en développement vulnérables. Cela constituerait la véritable clé pour faire avancer les négociations sur les autres sujets problématiques.
Cependant, comme ces dernières années, cet enjeu risque d’être compliqué car les budgets des pays industrialisés, et surtout leurs budgets de l’aide au développement, sont de plus en plus sous tension (suppression, par l’administration Trump 2, de la plus grande partie de l’aide américaine, réduction des aides au développement par d’autres pays industrialisés (France, Royaume-Uni,…).
Pour une vue complète du contexte, voir notre guide des négociations pour mieux comprendre les enjeux de la COP-31 sur le sujet du financement.
4e enjeu d’Antalya : bilan mondial de l’action climat (Global Stocktake ou GST)
- Traduire les engagements pris par les Parties au titre de la décision phare adoptée à Dubaï au terme de la phase politique du premier bilan mondial (GST-1), notamment ceux dans le cadre du « paquet énergétique » (paragraphe 28 de la décision) en actions concrètes pour mettre en œuvre les résultats du GST-1 ( décision 1/CMA.5 § 97 et 98).
-
- 28(a) : tripler la capacité mondiale de production des EnR et doubler le taux annuel moyen mondial d’amélioration de l’efficacité énergétique d’ici 2030,
- 28(b) : accélérer les efforts en vue de la réduction progressive de l’électricité produite à partir du charbon sans captage/stockage du CO2,
- 28(d) : assurer une transition juste, ordonnée et équitable vers une sortie des énergies fossiles dans les systèmes énergétiques,
- 28(f) : accélérer une réduction forte des émissions de GES hors CO2, en particulier les émissions de CH4,
- 28(h) éliminer progressivement les subventions inefficaces aux combustibles fossiles.
- Intégrer les résultats de la Conférence de Santa Marta dans le processus de la CCNUCC
En marge de la London Climate Action Week (20-28 juin 2026), la Ministre colombienne de l’Environnement, Irene Vélez Torres, et la Ministre néerlandaise du Climat, Stientje van Veldhoven, co-Présidentes de la Conférence de Santa Marta sur la sortie des fossiles (24-29 avril 2026, lire notre article), ont indiqué de façon informelle que les co-Présidences de la COP-31 (Turquie et Australie) étaient « ouvertes » pour discuter de la question de savoir comment refléter les conclusions de la Conférence dans le processus de la CCNUCC (source : Climate Home News, 24 juin 2026).
Trois scénarios sont possibles :
- dans le cadre de l’Agenda mondial de l’action climat (Global Climate Action Agenda). C’est le scénario le plus plausible. Ce programme de la CCNUCC fédère et mobilise les actions à titre volontaire des acteurs non-étatiques : il est mené en dehors des négociations formelles et ne nécessite pas de consensus, donc politiquement plus facile à gérer ;
- une tentative de l’intégrer dans le cadre des négociations formelles constituerait une « patate chaude » politique, vu la forte opposition à Belém lors de la CMA-7 de la part de certaines Parties (Arabie saoudite, Russie, Iran en tête) à la proposition de la Présidence brésilienne, soutenue par 84 autres Parties, d’élaborer une feuille de route sur la sortie des fossiles dans le processus formel de la CCNUCC. Il va être très difficile à Antalya de parvenir à un accord pour faire une référence explicite au processus de Santa Marta dans le processus formel de la CCNUCC. Une possibilité serait via une décision chapeau ;
- ou bien le processus de Santa Marta restera un processus séparé, parallèle.
- Intégrer, dans le processus de la CCNUCC, ou du moins prendre acte formellement de la feuille de route sur la transition vers la sortie des combustibles
Malgré le soutien de 85 Parties à Belém pour un mandat formel dans une décision de la CMA pour élaborer une feuille de route sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles (dite TAFF : Transitioning away from fossil fuels), aucun consensus n’a pu être dégagé en ce sens. Au terme de la COP-30, à sa propre initiative, le Président do Lago a annoncé qu’il allait lancer des processus pour élaborer une feuille de route en 2026. Cette initiative s’inscrit donc sous l’égide de la Présidence brésilienne mais en dehors des négociations formelles. Le 3 novembre 2026, la Présidence de la COP-31 a publié sa feuille de route.
- Amélioration du processus : dans la perspective du 2e bilan mondial (GST-2), finaliser les discussions sur l’amélioration du processus du Bilan mondial dans son ensemble (éléments de procédure et de logistique) sur la base de l’expérience acquise lors du GST-1) ( décision 1/CMA.5 § 192) et ce, en vue d’adopter une décision à Antalya définissant les modalités d’amélioration du processus.
- Lancer la première phase du GST-2 qui aura lieu sur 2027-2028 et dont la phase politique s’achèvera lors de la COP-33 / CMA-10.
La 1ère phase du GST-2 englobe la collecte et l’élaboration d’informations.
Pour une vue complète du contexte, voir notre guide des négociations pour mieux comprendre les enjeux de la COP-31 sur le sujet du bilan mondial de l’action climat.
5e enjeu d’Antalya : transition juste
- Dans le cadre du programme de travail sur la transition juste (Just Transition Work Programme, JTWP), mener à bien le réexamen (review) de l’efficacité et l’utilité du JTWP (cf. décision 1/CMA-4 52 et décision 3/CMA.5 §3).
La CMA-8 doit effectuer le réexamen du JTWP à Antalya sur la base du cahier des charges (terms of reference) défini et approuvé par les SB lors de leur session SB-64 à Bonn (juin 2026). En s’appuyant sur les résultats de ce réexamen, la CMA-8 doit ensuite envisager sa poursuite : en clair, décider si le JTWP se poursuivra au-delà de 2026 ou non.
- Concrétiser la mise en œuvre du mécanisme de transition juste (Just Transition Mechanism ou JTM) en vue de son opérationnalisation et ce, via l’adoption d’une décision sur le processus de mise en œuvre de ce nouveau mécanisme
Le principe de mise en place du JTM a été acté lors de la CMA-7 à Belém (nov. 2025) (cf. décision 2/CMA.7 § 25) : « la CMA décide de développer un mécanisme de transition juste, dont l’objectif sera de renforcer la coopération internationale, l’assistance technique, le renforcement des capacités et le partage des connaissances, et de permettre des transitions justes, équitables et inclusives ». Cependant, la décision reste floue quant à la forme et au fond du JTM :
- quelle forme doit-il prendre ? Nouvel organe de la CCNUCC ? Nouvel mécanisme financier ?
- quelles fonctions doit-il assumer ?
- comment opérationnaliser le JTM ?
Il faut garder à l’esprit que la transition juste est un volet de l’action climat relativement nouveau, qui a émergé ces dernières années et que le financement de la transition juste n’est pas quantifié et ne fait pas l’objet d’un suivi global. Il est donc difficile d’évaluer tant les montants consacrés à la transition juste que les besoins réels qui vont prendre l’ampleur au fur et à mesure que la transition énergétique monte en puissance.
6e enjeu d’Antalya : pertes et préjudices
Obtenir des pays industrialisés des engagements concrets en termes de contributions financières pour alimenter et abonder le fonds pertes et préjudices.
7e enjeu d’Antalya : la science
Le SBSTA est mandaté pour mener des discussions sur le sujet de la science, sujet appelé dans le jargon de la CCNUCC : « Recherche et observation systématique » (Research and Systematic Observation, RSO). En général, il ne fait pas l’objet d’une décision de la COP/CMA mais de simples conclusions du SBSTA.
- Reconnaître ou prendre acte des travaux du GIEC comme étant les meilleures connaissances scientifiques disponibles sur le changement climatique.
- Comment répondre aux attaques de plus en plus virulentes contre la science et à la désinformation ?
- Rallier les quelques pays bloqueurs pour qu’ils acceptent la demande de la plupart des autres Parties d’avancer les dates de sortie du 7e rapport d’évaluation (AR7) du GIEC pour les aligner avec l’échéance du GST-2 (2028).
Les 195 Etats membres du GIEC ne parviennent pas à se mettre d’accord sur un calendrier de publication de l’ensemble de l’AR7 (les trois volumes techniques et le rapport de synthèse). Le calendrier de publication initialement prévu s’étalait sur 2028-2029.
Lors de la première session plénière du 7e cycle d’évaluation (IPCC-60, janvier 2024), les pays industrialisés, la plupart des pays de l’Amérique latine, les pays les moins avancés et les petits Etats insulaires se sont prononcés pour un calendrier avancé pour que les trois volumes de l’AR7 (bases physiques du climat ; impacts, vulnérabilité et adaptation ; atténuation) soient disponibles avant la COP-33 (2028) de façon à ce que les meilleures connaissances scientifiques puissent alimenter et éclairer le processus du GST-2 et les décisions qui en découlent.
En revanche, quelques pays (Arabie saoudite, Chine, Inde en tête, mais aussi Afrique du Sud, Algérie et Kenya) se sont fermement opposés à cette demande, en insistant sur la nécessité de maintenir la date de 2029 pour la sortie de l’AR7 au motif que le calendrier accéléré conduirait à la production de rapports compromis, tant en termes de contenu que d’inclusivité, et ne laisserait pas suffisamment de temps pour les pays en développement d’apporter leurs contributions scientifiques et de mener à bien leur travail de relecture/révision. Ce bras de fer a continué pendant les cinq sessions plénières suivantes, soit depuis presque 3 ans (IPCC-61, IPCC-62, IPCC-63, IPCC-64 et IPCC-65), une première dans l’histoire du GIEC,. Lors de la dernière (IPCC-65), qui s’est tenue du 12 au 16 oct. 2026, face à l’incapacité des pays à assouplir leurs positions intransigeantes, le Président du GIEC, Jim Skea, a suspendu la session. La 65e session reprendra du 1er au 3 déc. 2026 en ligne pour tenter de dégager un accord de compromis.
Une décision définitive de la plénière du GIEC sur les dates de publication de l’AR7 est cruciale non seulement pour la finalisation des rapports, mais aussi et surtout pour la crédibilité même du GIEC.
Enfin, même si la COP-31 ne peut pas intervenir dans ce processus interne au GIEC, elle pourrait et devrait envoyer un signal politique clair pour aider à faire converger les positions des deux camps.
Pour une vue complète du contexte, voir notre guide des négociations pour mieux comprendre les enjeux de la COP-31 sur le sujet de la transition juste.
8e enjeu d’Antalya : la réforme du processus de la CCNUCC
Faire avancer les réflexions et discussions menées sous l’égide du SBI et celles menées sous l’égide du Secrétaire exécutif de la CCNUCC, Simon Stiell et ce, en vue de faire évoluer les règles de procédure de la CCNUCC (rules of procedure).
Le SBI est mandaté pour faire avancer les discussions de fond sur ce sujet, appelé dans le jargon de la CCNUCC « dispositions à prendre pour les réunions intergouvernementales » (« Arrangements for intergovernmental meetings »). Le SBI-62 (juin 2025) a lancé les réflexions sur ce sujet pour améliorer l’efficacité du processus de la CCNUCC.
En parallèle, le Secrétaire exécutif de la CCNUCC, Simon Stiell, a mis en place une table ronde consultative informelle de haut niveau pour approfondir la question qui se pose de plus en plus, au vu des maigres résultats obtenus lors des COP de ces dernières années.
Lors de la COP-29, le 15 novembre 2024, une lettre ouverte signée par 22 experts de haut niveau, dont Ban Ki-moon (ancien Secrétaire général de l’ONU), Christina Figueres (ancienne Secrétaire exécutive de la CCNUCC), avait été transmise aux Parties à la CCNUCC, à Simon Stiell et à Antonio Guterres. Dans cette lettre, les signataires ont réitéré leur appel, initialement lancé dans leur lettre ouverte du 23 février 2024, à une réforme du processus des COP. Ils ont formulé sept propositions.
C’est suite à cette lettre que Simon Stiell a mis en place la table ronde début 2025. Elle compte 15 membres, dont Laurence Tubiana, co-architecte de l’Accord de Paris. Son mandat est de formuler des avis d’expert sur les questions de savoir comment le processus de la CCNUCC pourrait être optimisé et comment accélérer la mise en œuvre de l’action climat au titre de la CCNUCC et de l’Accord de Paris.
Pour une vue complète du contexte, voir notre guide des négociations pour mieux comprendre les enjeux de la COP-31 sur le sujet de la réforme du processus de la CCNUCC.
9e enjeu d’Antalya : COP-33
Choisir le pays hôte de la COP-33 (2028)
Selon la rotation des cinq groupes régionaux de l’ONU (Afrique ; Amérique latine et Caraïbes ; Asie et région du Pacifique ; Europe de l’Ouest et autres [Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, USA, Israël,…] ; Europe centrale et orientale), la COP-33 se tiendra en 2028 en Asie-Pacifique.
La COP-33 sera une COP charnière car c’est à cette COP que la phase politique du 2e bilan mondial (GST-2) devra se dérouler.
Le 1er déc. 2023, lors de la séquence de haut niveau du sommet mondial des dirigeants pour l’action climat à la COP-28 à Dubaï (Emirats arabes unis), le Premier Ministre indien, Narendra Modi, avait proposé que l’Inde accueille la COP-33
Cependant, le 2 avril 2026 a vu une volte-face du gouvernement indien : dans une lettre adressée au président du groupe Asie-Pacifique de l’ONU, Rajat Agarwal du Ministre de l’Environnement indien et référent du gouvernement indien auprès de la CCNUCC, a précisé que le gouvernement indien a retiré sa proposition d’accueillir la COP-33 « suite à une réévaluation de ses engagements pour l’année 2028 », sans pour autant fournir d’autres explications (source : Climate Home News, 8 avril 2026). Si l’Inde était devenue le pays hôte de la COP-33, elle aurait dû piloter les négociations sur le GST-2. En retirant sa proposition d’accueillir la COP-33, le Gouvernement indien implique donc qu’il ne souhaite pas piloter ces négociations. Selon plusieurs experts, cette volte-face constitue un recul d’ambition climat du pays où une moindre importance politique est accordée à l’action climat en Inde. Le Premier Ministre indien, Narendra Modi, n’a pas participé à la COP-29 ou à la COP-30.
Selon une rumeur rapportée par deux sources de presse, la Chine serait en train d’examiner la possibilité de se porter candidate pour accueillir la COP-33. Le fait que la COP-33 soit une COP charnière (avec le 2e bilan mondial) pourrait motiver cette démarche de la Chine car une Présidence chinoise de la COP-33 donnerait au premier émetteur mondial de GES l’occasion de faire preuve de leadership en matière d’action climat (Sources : Bloomberg, 21 août 2026 / Carbon brief – China Briefing, 3 sept. 2026).
Prochaines étapes si la Chine décide de se porter candidate :
Les 55 pays du groupe régional Asie-Pacifique doivent d’abord parvenir à un consensus entre eux sur la Chine comme candidate et une fois cet accord obtenu, leur choix de pays hôte candidat sera à soumettre pour approbation formelle par l’ensemble des Parties de la COP.
Dans le cas contraire, d’autres candidats potentiels pourraient être la Corée du Sud, le Japon (cf. COP-3, Kyoto, 1997), l’Indonésie (cf. COP-13, Bali, 2007).
Quoi qu’il en soit, la décision est à prendre par les Parties en plénière de la COP au plus tard lors de la COP-32 fin 2027.
Les enjeux en dehors des négociations formelles
En dehors des négociations formelles, il y a plusieurs enjeux qui feront l’objet de discussions à Antalya :
- déforestation : la feuille de route de la Présidence brésilienne (cf. paragraphe 33 de la décision 1/CMA.5 – mettre fin à la déforestation d’ici 2030) – en prendre acte et l’intégrer dans le processus de la CCNUCC ;
- électrification : objectif « 35 by 35» (part de 35% dans la consommation mondiale d’énergie finale d’ici 2035, contre 23% aujourd’hui, source : AIE, p.16).
Cet objectif, qui a été propulsé par le Président turc de la COP-31, serait à adopter dans le cadre de l’agenda mondial de l’action climat (Global Climate Action Agenda), c’est-à-dire les engagements climat volontaires (non contraignants donc) en dehors des négociations formelles.
Cependant, comme rappellent les ONG environnement, électrifier la production d’énergie ne suffit pas à garantir la transition énergétique : tout dépend de la source d’énergie à partir de laquelle cette électricité est produite. L’objectif, tel qu’il est formulé dans la déclaration publiée le 22 sept. 2026 par le Président turc de la COP-31, n’appelle pas les Etats à s’engager à produire l’électricité nécessaire pour atteindre l’objectif explicitement à partir de sources bas-carbone. Ainsi, l’objectif n’envoie pas de signal explicite sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles. L’enjeu pour la COP-31 serait donc d’ancrer tout objectif d’électrification dans le principe que cette électrification repose sur des sources bas-carbone et que l’efficacité énergétique et la sobriété sont prioritaires ;
- zéro déchet ;
- réduction des émissions de méthane ;
- commerce et climat : c’est un sujet prioritaire pour la Chine, soutenue par l’Inde, qui cible spécifiquement les mesures unilatérales restrictives pour le commerce liées au climat, comme le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Ce sujet clivant refera surface à Antalya ;
- mise en place d’un « pont de mise en œuvre » visant à assurer une répartition juste, rapide et efficace du financement climat ;
- problème de la désinformation et des campagnes de déstabilisation des fondements scientifiques
- focus sur la réalité vécue dans les petits États insulaires du Pacifique.
En savoir plus
CCNUCC/UNFCCC
Page d’accueil du site de la CCNUCC
Site web de la COP-31 (CCNUCC)
Programme global : vue d’ensemble (version du 27 oct. 2026)
Calendrier principal (jour par jour)
Calendrier des événements et ateliers parallèles (« side events »)
Note de cadrage des Présidents des SB en amont des sessions SB-65
Ordre du jour pour le sommet des dirigeants des 11-12 nov. 2026
CCNUCC : Nationally determined contributions under the Paris Agreement – Synthesis report by the secretariat, 27 octobre 2026
Registre des stratégies bas-carbone 2050 (Long term strategies ou LTS)
Les premiers rapports biennaux en matière de transparence (BTR)
CCNUCC : 2026 synthesis report of biennal transparency reports – Report by the secretariat, 27 octobre 2026
CCNUCC : Progress in the process to formulate and implement national adaptation plans – Report by the secretariat, 27 octobre 2026
Texte de la Convention Climat (version consolidée)
Présidence turque
Site web de la Présidence turque
Données d’émission de GES au niveau mondial et par pays
Commission européenne/base de données EDGAR : GHG emissions of all world countries, 2025 : rapport et tableau par ordre alphabétique des pays (émissions totales et part dans le total mondial avec fichier excel à télécharger)
ClimateWatch (WRI) : données d’émissions historiques
WRI : les 10 premiers pays émetteurs (schéma interactif)
Suivi et analyses réalisés et publiés par des institutions politiques, instituts de recherche et cercles de réflexion :
Couverture quotidienne de la Conférence par l’Institut International du Développement Durable (IISD)
Parlement européen (2026). The COP31 Climate Change Conference Part I: Issues at stake, 15 octobre 2025
Iddri : COP 31 : une percée électrisante ou un black-out géopolitique, billet de blog, 5 nov. 2026
Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU) : COP-31 : what lies ahead? 22 sept. 2026
Carbon Brief : Q&A: What is in the global ‘roadmap’ for transitioning away from fossil fuels? 4 nov. 2026
Iddri : Transition hors des énergies fossiles : que peut apporter la feuille de route de la présidence de la COP 30 ? Billet de blog, 5 nov. 2026
Carbon Brief : Q&A: What is the Brazil-led ‘deforestation roadmap’? 4 nov. 2026
Carbon Brief : Analysis: Which countries are historically responsible for climate change? 5 octobre 2021
Outil de suivi des NDC soumises du World Resources Institute
Outil de suivi des objectifs et engagements des Etats mis en place par Climate Action Tracker