Guide des négociations pour mieux comprendre les enjeux de la COP-31 sur le sujet de la science
Par : Mark Tuddenham

Science
L’essentiel des enjeux
En amont de la Conférence de l’ONU sur le Climat, qui se tient du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, Turquie, le Citepa vous propose un guide pour mieux comprendre où en étaient restées, avant l’ouverture de la cette conférence, les négociations sur le sujet de la science, et plus précisément sur les sciences du climat et de leur prise en compte dans les négociations de la CCNUCC. Ce guide, qui se veut un document de référence, reprend l’historique des négociations sur ce sujet ces dernières années pour permettre aux lecteurs de mieux comprendre les enjeux actuels dudit sujet. L’article met en exergue notamment les étapes clés des négociations ces dernières années, les avancées réalisées, ainsi que les principaux problèmes rencontrés.
Suivi des négociations de la COP-31 – Science
Déroulement Glossaire Agenda
Autres thématiques
Sommaire
Science
Contexte
Conformément à l’article 5 de la Convention Climat, le dialogue annuel sur la recherche et la science (dit « Recherche et observation systématique » [Research and Systematic Observation ou RSO]), mené sous l’égide du SBSTA lors de ses sessions de juin chaque année, offre un espace pour transmettre les résultats de la recherche et les enseignements tirés des activités menées dans le cadre des programmes de recherche régionaux et internationaux et par les organisations de recherche régionales et internationales. Concrètement, ce volet des négociations porte notamment sur les sciences du climat, le rôle du GIEC dans la production et la diffusion de données et faits scientifiques solides et fiables, ainsi que sur l’articulation entre les négociations de la CCNUCC et les travaux du GIEC. Il permet également de discuter des besoins en matière de recherche sur le changement climatique et de renforcement des capacités liées à la recherche, en particulier dans les pays en développement.
En général, le volet Recherche et observation systématique ne fait pas l’objet d’une décision de la COP/CMA mais de simples conclusions du SBSTA.
Avancées réalisées à Dubaï (déc. 2023)
Une décision de la COP-28 et la décision de la CMA-5 (même texte) ont été adoptées à propos de la reconnaissance du Sixième rapport d’évaluation du Giec (AR6 : trois volumes et la synthèse, ainsi que trois rapports spéciaux).
La COP-28 et la CMA-5 ont reconnu que l’AR6 « représente une évaluation plus complète et plus robuste du changement climatique » que l’AR5. La COP-28 et la CMA-5 ont encouragé les Parties à s’appuyer sur l’AR6 pour éclairer leurs discussions dans le cadre des différents sujets de leurs programmes de travail respectifs => la décision établit un lien entre la science et la politique. La COP-28 et la CMA-5 encouragent les Parties à continuer à s’appuyer sur les informations contenues dans l’AR6 pour éclairer les politiques et plans d’actions nationales sur le climat. Ainsi, la décision a établi un lien entre la science et l’action.
Dans ce texte, le langage était faible pour reconnaître les travaux du Giec : la formulation dans la décision finale emploie le comparatif, reprenant ainsi la formulation avalisée par le SBSTA, lors de sa 58e session à Bonn (5-15 juin 2023). Cette formulation avalisée avait été édulcorée lors de cette session à Bonn par rapport à la version précédente plus ambitieuse qui employait le superlatif : « l’AR6 constitue l’évaluation la plus complète et la plus robuste à ce jour du changement climatique ». Malgré des débats vifs à Bonn, en raison de l’opposition d’un pays en développement (non nommé, mais sans doute l’Arabie saoudite), les Parties n’étaient pas parvenues à un consensus pour intégrer ce constat dans la version finale du projet de décision. La décision finale adoptée par la COP-28 et la CMA-5 témoigne du niveau de compromis auquel les Parties sont parvenues pour prendre en compte les résultats de l’AR6.
Avancées réalisées à Belém (nov. 2025)
A Belém, le SBSTA a adopté des conclusions (FCCC/SBSTA/2025/L.8). Le Chili, l’Australie, le Bangladesh, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, le Canada et l’UE ont exprimé leur déception face à l’absence de références, dans ces conclusions, au GIEC en tant qu’organisation qui produit les meilleures données scientifiques disponibles (best available science) et aux événements climatiques majeurs de ces dernières années, notamment les années les plus chaudes jamais enregistrées, la fonte des glaciers et les concentrations atmosphériques record de CO2. En particulier, le Bangladesh a fustigé les tentatives continues [de la part de certains pays arabes] d’affaiblir toutes les références au GIEC, non seulement dans ce volet des négociations, mais aussi dans l’ensemble des volets de négociation de la CCNUCC : « le GIEC demeure le socle des connaissances crédibles sur le climat pertinentes pour l’élaboration des politiques » (source : Carbon Brief, CB at COP30, fil Whatsapp, post du 15 nov. 2025).
La Nouvelle-Zélande a souligné sa préoccupation face à l’incapacité des Parties à parvenir à un consensus sur la science lors de cette « COP de la vérité », ainsi baptisée par le Président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva à plusieurs reprises.
| Déclaration sur l’intégrité de l’information sur le changement climatiqueLe sujet des informations et données scientifiques sur le changement climatique est étroitement lié à un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur, la mésinformation et la désinformation par rapport à l’intégrité des informations sur le changement climatique.Lors de la COP-30 à Belém, l’Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur le changement climatique a lancé le 12 novembre 2025 la déclaration sur l’intégrité de l’information sur le changement climatique lors de la COP-30.L’Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur le changement climatique a été mise en place par l’UNESCO, le gouvernement du Brésil et l’ONU afin de contribuer à enquêter, dénoncer et démanteler la désinformation liée au changement climatique, ainsi qu’à la diffusion des résultats de la recherche. Cette initiative avait été annoncée le 19 novembre 2024 lors du sommet du G20 à Rio de Janeiro sous présidence brésilienneStructurée autour d’un fonds mondial, d’un programme institutionnel et de campagnes sur le changement climatique, l’Initiative répond à la nécessité de mettre en place des politiques qui protègent l’intégrité de l’information, sauvegardent ceux qui font état des questions climatiques et soutiennent le développement d’une action climatique mondiale éclairée.Lire le communiqué de l’ONU.La déclaration sur l’intégrité de l’information sur le changement climatique définit des engagements internationaux communs pour lutter contre la désinformation climatique et promouvoir des informations précises et fondées sur des preuves scientifiques concernant les questions liées au climat.Par le biais de la déclaration, les signataires s’engagent à promouvoir l’intégrité des informations relatives au changement climatique aux niveaux international, national et local, conformément au droit international des droits de l’homme et aux principes de l’Accord de Paris.La déclaration appelle les gouvernements, le secteur privé, la société civile, le monde universitaire et les bailleurs de fonds à prendre des mesures concrètes pour contrer l’impact croissant de la désinformation, du déni et des attaques délibérées contre les journalistes, les défenseurs, les scientifiques et les chercheurs environnementaux, qui sapent l’action climatique et menacent la stabilité de la société.La déclaration souligne que la mobilisation de tous les acteurs de la société nécessite l’accès à des informations cohérentes, fiables, précises et fondées sur des preuves concernant le changement climatique, qui sont indispensables pour sensibiliser le public, encourager sa participation, permettre la redevabilité (accountability) et renforcer la confiance du public vis-à-vis des politiques climat et les actions climat.
En vertu de la déclaration, les signataires s’engagent à :
Les ressources étant insuffisantes au niveau mondial, la déclaration appelle les gouvernements à garantir le financement de la recherche sur l’intégrité des informations climatiques, en particulier dans les pays en développement Il exhorte également le secteur privé à s’engager en faveur de l’intégrité de l’information dans ses pratiques commerciales et à garantir des pratiques publicitaires transparentes et respectueuses des droits humains qui renforcent l’intégrité de l’information et soutiennent un journalisme fiable. Rédigée en collaboration avec les membres de la société civile du comité de pilotage de l’Initiative mondiale, la déclaration a été avalisée à ce jour par 12 pays : Allemagne, Belgique, Brésil, Canada, Chili, Danemark, Espagne, Finlande, France, Pays-Bas, Suède et Uruguay. C’est la première fois dans l’histoire des COP que le sujet des fausses informations et de l’intégrité des informations sur le climat fasse l’objet d’un document officiel, même si la déclaration s’inscrit dans le cadre des avancées en dehors des négociations formelles. Lire le communiqué de l’ONU | le communiqué de la CCNUCC | la déclaration (du 12 nov. 2025). |
Avancées réalisées lors des SB-64 à Bonn (juin 2026)
Le 18e réunion du dialogue sur la recherche s’est tenue à Bonn le 9 juin 2026. Les thèmes abordés étaient :
- les progrès en matière de modélisation climatique et d’élaboration de scénarios,
- les trajectoires de transformation sectorielle,
- la compréhension des risques climatiques, de leurs impacts et des points de basculement (tipping points).
Par ailleurs, le SBSTA a mené des consultations informelles. Les Parties ont été invitées à apporter leurs contributions à une note informelle. Parmi les sujets clés évoqués figuraient :
- les dangers du dépassement (overshoot) de l’objectif +1,5°C et du dépassement des points de basculement,
- la désinformation coordonnée (diffusion intentionnelle de fausses informations dans le but d’influencer ou de manipuler l’opinion publique) et l’obstruction, et
- la mésinformation (diffusion involontaire d’informations erronées, souvent sans volonté de nuire, mais dont les effets peuvent être tout aussi délétères (source de ces définitions : MTE/SDES, 13 juillet 2026).
L’UE, l’AOSIS, l’Afrique du Sud et d’autres ont exprimé leur profonde préoccupation concernant le calendrier de publication du septième rapport d’évaluation (AR7) du Giec. L’Inde a souligné que le calendrier de l’AR7 ne relevait pas du mandat du SBSTA et s’est opposée à l’idée d’encourager le Giec à faire des points réguliers sur l’état d’avancement des travaux dans le cadre des sessions SB.
Dans ses conclusions, en particulier, le SBSTA,
- note avec inquiétude les menaces émergentes qui pèsent sur la continuité des observations climatiques ;
- souligne la nécessité de redoubler d’efforts pour promouvoir et soutenir l’intégrité des informations sur les changements climatiques ;
- prie le Président du SBSTA de préparer un résumé informel de la 18e réunion du dialogue sur la recherche avant la session SBSTA-66 (juin 2027).
Lors de la plénière de clôture des sessions SB-64, l’UE, le Japon, le Royaume-Uni, l’AOSIS, Palau et les Îles Fidji ont exprimé leur profonde déception du fait que les discussions sur ce volet n’ont pu aboutir à un résultat plus concret, et déplorant le fait que les conclusions n’étaient pas du tout à la hauteur des enjeux. L’UE est allée jusqu’à critiquer les efforts visant à créer un « discours délibérément trompeur ». L’AOSIS a déclaré que la science n’est pas négociable et s’est opposée aux Parties qui souhaitent remettre en cause la fiabilité des connaissances scientifiques. Enfin, la Suisse a souligné que la science doit rester au cœur du deuxième bilan mondial (2028), des bilans mondiaux successifs et de toutes les étapes qui orienteront les futurs efforts de l’ensemble des Parties.
En réaction à cette remise en cause de la science et aux tentatives de minorer les travaux du Giec, à l’initiative des Îles Marshall, une conférence de presse a eu lieu le 17 juin 2026, sur le thème « Défendre la science ». Des délégués de plusieurs pays (UE, Suisse, petits États insulaires du Pacifique et des Caraïbes, pays d’Amérique latine, Népal, Sierra Leone,…), réunis au sein d’une coalition impromptue baptisée « Les amis de la science » (Friends of Science), ont appelé les Parties à respecter et à soutenir la science, soulignant avec fermeté que l’objectif de +1,5°C de l’Accord de Paris « n’est pas négociable ».
Au nom du groupe de négociation AILAC, la déléguée du Panama, Ana Aguilar, a déclaré que les Parties sont allées à Bonn pour négocier leurs positions et non pour négocier les faits établis par la science. Elle a fustigé “les efforts coordonnés visant à semer des doutes sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles, motivés par des intérêts bornés et non pas par les besoins de l’humanité » (source : Climate Home News, 17 juin 2026).