Guide des négociations pour mieux comprendre les enjeux de la COP-31 sur le sujet des combustibles fossiles
Par : Mark Tuddenham

Combustibles fossiles
L’essentiel des enjeux
En amont de la Conférence de l’ONU sur le Climat, qui se tient du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, Turquie, le Citepa vous propose un guide pour mieux comprendre où en étaient restées, avant l’ouverture de la cette conférence, les négociations sur le sujet des combustibles fossiles. Ce guide, qui se veut un document de référence, reprend l’historique des négociations sur ce sujet clivant depuis la COP-26 (2021) pour permettre aux lecteurs de mieux comprendre les enjeux actuels dudit sujet. L’article met en exergue notamment les étapes clés des négociations depuis 2021, les avancées réalisées, ainsi que les principaux problèmes rencontrés.
Concrètement, ce guide porte sur les volets suivants du sujet des combustibles fossiles :
- Les premières mentions du charbon dans une décision de la COP : COP-26 de Glasgow (2021) ;
- Les premières mentions du charbon dans une décision de la COP : COP-27 de Charm el-Cheikh (2022) ;
- La décision phare adoptée à Dubaï lors de la COP-28/CMA-5 ;
- Avancées réalisées à Bonn lors des sessions SB-60 (juin 2024) ;
- Avancées réalisées à Bakou (nov. 2024) ;
- Avancées réalisées à Belém (nov. 2025) ;
- Avancées réalisées entre Belém (nov. 2025) et Bonn (juin 2026) ;
- Avancées réalisées entre Bonn (juin 2026) et Antalya (nov. 2026).
Suivi des négociations de la COP-31 – Combustibles fossiles
Déroulement Glossaire Agenda
Autres thématiques
Sommaire
- Les premières mentions du charbon dans une décision de la COP : COP-26 de Glasgow (2021)
- Les premières mentions du charbon dans une décision de la COP : COP-27 de Charm el-Cheikh (2022)
- La décision phare adoptée à Dubaï lors de la COP-28/CMA-5
- Avancées réalisées à Bonn lors des sessions SB-60 (juin 2024)
- Avancées réalisées à Bakou (nov. 2024)
- Avancées réalisées à Belém (nov. 2025)
- Avancées réalisées entre Belém (nov. 2025) et Bonn (juin 2026)
- Avancées réalisées à Bonn lors des sessions SB-64 (juin 2026)
- Avancées réalisées entre Bonn (juin 2026) et Antalya (nov. 2026)
- Vers un objectif en matière d’électrification
Les premières mentions du charbon dans une décision de la COP : COP-26 de Glasgow (2021)
En amont et lors de la COP-26 / CMA-3 à Glasgow, Ecosse (31 oct. au 13 nov. 2021), un des objectifs prioritaires de cette conférence mis en avant par la Présidence britannique était « que le charbon appartienne désormais au passé » (« consign coal to history »). Sous son impulsion, pour la première fois dans l’histoire de la CCNUCC et en 26 ans de COP, une décision de la COP (1/CP.26) et de la CMA (1/CMA.3) fait référence explicitement au charbon et aux combustibles fossiles, qui constituent pourtant la source d’environ 75% des émissions mondiales de GES (source : Iddri).
Ainsi, la COP et la CMA invitent les Parties à accélérer la mise au point, le déploiement et la diffusion des technologies, ainsi que l’adoption de politiques, afin d’opérer une transition vers des systèmes énergétiques à faibles émissions, notamment en intensifiant rapidement le déploiement de la production d’électricité propre et des mesures d’efficacité énergétique, y compris en accélérant les efforts en vue de la réduction progressive de l’électricité produite à partir du charbon sans captage et stockage du CO2 et de l’élimination progressive des subventions inefficaces aux combustibles fossiles, en reconnaissant la nécessité de soutenir une transition juste.
A noter toutefois que la formulation finale a été nettement affaiblie par rapport aux versions précédentes du projet de décision de la COP. En particulier, le terme « phase out of unabated coal power » (élimination progressive de la production d’électricité à base de charbon sans captage et stockage du CO2) a été modifié à la dernière minute en « phase down… » (réduction). Cette proposition de reformulation, faite par l’Inde (après accord trouvé préalablement avec les Etats-Unis, l’UE, le Royaume-Uni et la Chine) lors de la plénière de clôture de la COP, a fini par être avalisée par l’ensemble des Parties dans un esprit de compromis, mais à contre-cœur, surtout par les pays vulnérables. Néanmoins, la COP-26 a envoyé un message clair : il y a désormais un mandat politique pour réduire le charbon.
Les premières mentions du charbon dans une décision de la COP : COP-27 de Charm el-Cheikh (2022)
Lors de la COP-27 / CMA-4 à Charm el-Cheikh, Egypte (6 au 20 nov. 2022), a été reprise, dans les deux décisions chapeaux de la conférence, la mention du charbon et des subventions aux combustibles fossiles (paragraphe 13 de la décision 1/CP.27 et paragraphe 28 de la décision 1/CMA-4) qui est quasiment identique à celles des deux décisions chapeaux de Glasgow (cf. paragraphe 28 de la décision 1/CP.26 et paragraphe 36 de la décision 1/CMA.3). En d’autres termes, en ce qui concerne les combustibles fossiles, le plan de mise en œuvre de Charm el-Cheikh représente le statut quo par rapport au Pacte de Glasgow pour le climat. Il ne va pas au-delà et n’affiche pas de nouvelles ambitions :
« la COP/CMA appellent les Parties à accélérer la mise au point, le déploiement et la diffusion de technologies, ainsi que l’adoption de politiques, afin de passer à des systèmes énergétiques à faibles émissions, notamment en généralisant rapidement le recours accru à la production d’électricité propre et aux mesures d’efficacité énergétique, y compris l’accélération des efforts destinés à réduire progressivement la production d’électricité à partir de charbon sans dispositif de captage et stockage du CO2 et à éliminer progressivement les subventions inefficaces aux combustibles fossiles » ;
Au début de la 2e semaine des négociations, l’Inde avait lancé une dynamique en faveur d’une mention, dans les projets de décisions chapeaux, de la réduction progressive de tous les combustibles fossiles (et non pas uniquement du charbon). Cette proposition a gagné le soutien d’un grand nombre de Parties (les petits Etats insulaires, l’UE, la Suisse, l’Islande, la Norvège, les Etats-Unis, le Canada, la Nouvelle-Zélande, l’Australie,…). Elle n’a cependant pas été retenue dans la version finale des deux décisions chapeaux de la COP-27 et de la CMA-4 en grande partie en raison d’une forte opposition de la Chine et de la Russie mais aussi de l’Arabie saoudite et d’autres pays pétroliers du Golfe ;
A trois reprises, dans les deux décisions chapeaux, le terme imprécis « énergie à faibles émissions » (« low emission energy ») a été mentionné (paragraphes 8, 10 et 13 de la décision 1/CP.27 et paragraphes 12, 14 et 28 de la décision 1/CMA-4).
« la COP souligne le besoin urgent de réaliser des réductions immédiates, fortes, rapides et durables d’émissions mondiales de GES par les Parties dans tous les secteurs, y compris via un recours accru à l’énergie à faibles émissions et aux énergies renouvelables… » (cf. paragraphe 8 de la décision 1/CP.27 et paragraphe 36 de la décision 1/CMA.3) .
Selon plusieurs observateurs et experts indépendants, cela pourrait constituer une faille qui n’exclurait pas le recours au gaz, alors que d’autres estiment que ce terme viserait plutôt le nucléaire.
La décision phare adoptée à Dubaï lors de la COP-28/CMA-5
La COP-28 (ou plutôt la CMA-5) à Dubaï a donné lieu à une décision qualifiée d’« historique » puisqu’elle a levé un tabou en intégrant pour la première fois en 28 ans de COP une référence explicite aux combustibles fossiles dans leur ensemble (pétrole, gaz et charbon), dont la combustion est à l’origine du dérèglement climatique [même si la décision ne comporte que deux mentions, § 28(d) et § 28(h)].
Ainsi, les négociations dans le cadre de la phase politique du premier bilan mondial (Global Stocktake, GST-1) ont abouti – non sans difficulté – à la décision 1/CMA.5 sur le bilan mondial, adoptée après 12 heures de navettes diplomatiques intenses par les Parties de la CMA-5, le 13 décembre 2023 juste après 8h.
Cette décision (de 23 p, et de 196 paragraphes), qui constitue la décision phare de la Conférence de Dubaï, est un texte de compromis. La décision fait office de décision chapeau, en établissant une vision d’ensemble, en englobant tous les sujets de négociation clés (atténuation, adaptation, pertes et préjudices, financement, développement et transfert de technologies, renforcement des capacités, coopération internationale, prochaines étapes) et en traçant la voie à suivre au cours de cette décennie cruciale pour « rectifier le tir » afin de rendre la trajectoire d’émissions de GES compatible avec l’objectif +1,5°C.
Pour accélérer les mesures d’atténuation des pays, la décision 1/CMA.5 fixe plusieurs objectifs collectifs en faveur de la transition énergétique sur la période 2024-2030 (au cours de « cette décennie cruciale ») autour de trois piliers : énergies renouvelables, efficacité énergétique et transition hors des combustibles fossiles et ce, dans le cadre d’un paquet sur la transition énergétique (il s’agit d’objectifs non contraignants) :
[§ 28] la CMA invite [calls on] les Parties à contribuer à huit efforts mondiaux dont :
- [§ 28b] accélérer les efforts en vue de la réduction progressive [phase down] de l’électricité produite à partir du charbon sans captage/stockage du CO2 [unabated] [aucune mention de pétrole ou de gaz] ;
- [§ 28d] assurer une transition pour s’éloigner [transitioning away from] des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques [uniquement dans le secteur de la production/transformation d’énergie, et non pas dans le secteur industriel], d’une manière juste, ordonnée et équitable [impliquant ainsi la responsabilité des pays développés], en accélérant l’action au cours de cette décennie critique, de manière à atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050 [aucun objectif chiffré pour 2030];
- [§ 28e] accélérer les technologies à zéro émission nette ou à faibles émissions, y compris les énergies renouvelables, le nucléaire, les technologies de réduction et d’élimination, comme le captage et le stockage du CO2, en particulier dans les secteurs où il est difficile de réduire les émissions, et la production d’hydrogène à faible teneur en carbone [A noter par ailleurs que c’est la première fois qu’une décision de la COP fait référence à l’énergie nucléaire] ;
- [§ 28f] accélérer une réduction forte des émissions de GES hors CO2, en particulier les émissions de méthane, d’ici 2030 [NB les objectifs chiffrés d’au moins -30% d’ici 2030 et -40% d’ici 2035 proposés dans les versions du 8 déc. et du 5 déc. ont été supprimés dans la version du 11 déc. et la version finale] ;
- [§ 28h] éliminer progressivement les subventions inefficaces aux combustibles fossiles [objectif G20 depuis la déclaration du sommet de Pittsbsurgh, 2009] qui ne ciblent pas la précarité énergétique, ni les transitions justes [nouvelle précision];
- [§ 29] la CMA reconnaît que les combustibles de transition [comprendre le gaz naturel] peuvent jouer un rôle pour faciliter la transition énergétique, tout en garantissant la sécurité d’approvisionnement énergétique [NB ce constat n’est pas lié à un appel à l’action mais on peut dire que la CMA « promeut » ces combustibles]. La décision ne comporte aucune définition des « combustibles de transition ». Cette référence aux combustibles de transition ne figurait pas dans la version précédente du projet de texte sur le GST (version du 11/12/2023 @ 16h30) mais figurait bien comme une option dans la version du 8/12/2023 @ 15h30 ( paragraphe 38 option 1). Elle a été réinsérée dans la version finale sous pression de la Russie, pays producteur et exportateur de gaz (source : Climate Home News, 15 déc. 2023). Dans sa contribution à la phase politique du bilan mondial, la Russie avait proposé en février 2023 que le gaz naturel soit considéré comme un combustible de transition ;
- [§ 97 et 98] la CMA décide d’établir un dialogue sur la mise en œuvre des résultats du bilan mondial et ce, à partir de la CMA-6 (nov. 2024) sur quatre ans, les travaux devant s’achever en 2028, lors de la CMA-10. Le SBI est prié d’élaborer les modalités du programme de travail de ce dialogue lors de sa 60e session (SBI-60, Bonn, juin 2024) ;
- [§ 191] la CMA décide de lancer, sous l’égide des Présidences de la CMA-5 [Emirats arabes unis], de la CMA-6 [Azerbaïdjan] et de la CMA-7 [Brésil], une feuille de route Mission +1,5°C, afin de renforcer la coopération internationale pour stimuler l’ambition dans le prochain cycle des NDC et renforcer l’action et la mise en œuvre au cours de cette décennie cruciale. Lors de la plénière de clôture, la future Présidence brésilienne de la COP-30 (et de la CMA-7) a déclaré que cette mission travaillerait à réduire la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles (source : IISD, 13 décembre 2023).
La question des combustibles fossiles à la COP-28
Cette question était au cœur des négociations sur le GST et était un sujet central qui a fortement mobilisé la société civile à la COP-28. Le 30 nov. 2023 : le 1er jour de la COP-28, 107 Parties ont publié une déclaration conjointe signée par l’UE et 106 Etats : 27 Etats membres et 79 Etats de l’Organisation des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OACPS). Dans cette déclaration, les 107 signataires soulignent entre autres que « la transition vers la neutralité climatique, compatible avec l’objectif de +1,5°C, nécessitera l’élimination progressive, à l’échelle mondiale, des combustibles fossiles non adossés à des dispositifs de captage/stockage du CO2 et un pic de leur consommation au cours de la présente décennie ». Cette liste de pays est passée à 127 (sur les 194 pays Parties à l’Accord de Paris, soit 65%) selon une analyse du Réseau Action Climat des Iles Pacifiques (PICAN) et l’ONG Oil Change International publiée le 11 déc. 2023. A noter qu’à la COP-27 : ‘seulement’ 80 pays s’étaient engagés pour une « réduction progressive » des fossiles (source : Citepa, p.24)
Le 6 déc., le lendemain de la publication de la 2e version du projet de décision, Haitham Al Ghais, Secrétaire-Général de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole, OPEC en anglais) a adressé une lettre à chacun des 13 pays membres de l’OPEP (dont les Emirats arabes unis, hôte de la COP-28). Cette lettre critique :« la pression indue et disproportionnée contre les fossiles pourrait atteindre un point de non-retour avec des conséquences irréversibles ». Il a exhorté ces 13 pays à « proactivement rejeter tout texte ou toute formulation qui vise l’énergie, c’est-à-dire les combustibles fossiles, plutôt que les émissions [de GES] ». La lettre a fait l’objet d’une fuite dans la presse (Guardian du 8 déc., puis Bloomberg, Reuters,…). Elle a eu un effet catalyseur à Dubaï, en mobilisant davantage de pays à appeler à intégrer dans le projet de décision sur le GST une référence au « FFPO » (élimination progressive des combustibles fossiles). Dans le camp opposé : le groupe des pays arabes (dont l’Arabie saoudite), Russie, Iraq, groupe LMDC.
Evolution du langage sur les combustibles fossiles dans les différentes versions du projet de décision

Source : Carbon Brief d’après les versions précédentes du projet de décision :
Version finale du projet de texte du 13 déc. (@04h05) A noter : entre la version du 11 et celle du 13 : suppression de « consommation/production des fossiles »
Version du projet de texte du 11 déc. 2023 @16h30
Version du projet de texte du 8 déc. 2023 @ 15h30
Version du projet de texte du 5 déc. 2023 @ 05h00
Voir aussi : Version du projet de texte du 1er déc. 2023 @ 02h00
Alors que le rapport technique du Bilan mondial, publié le 8 septembre 2023, concluait que « l’intensification des énergies renouvelables et la sortie progressive de tous les combustibles fossiles [phase out] sont des éléments indispensables à une transition énergétique juste vers zéro émission nette » [§ 19], cette conclusion a été édulcorée dans la décision politique finale. La décision finale ne parle ni de « sortie progressive » ni « réduction progressive » des combustibles fossiles, mais « assurer une transition pour s’en éloigner »[1] [« transitioning away from »], formulation de compromis moins ambitieuse, mais qui a néanmoins permis de rallier l’ensemble des Parties, dont les pétro-Etats que sont l’Arabie saoudite et l’Iraq qui s’opposent toujours à toute référence à la sortie progressive des fossiles.
On peut se poser la question : est-ce normal qu’une poignée d’Etats pétro-gaziers ait empêché une majorité de pays (127 Parties sur les 195 que comptait alors l’Accord de Paris) de faire un plus grand pas vers l’abandon des énergies fossiles ? Quoi qu’il en soit, le résultat ne doit pas être considéré comme un aboutissement mais comme un point de départ. Cette décision marque le début de la fin de l’ère des combustibles fossiles, du moins sur le papier ! Au-delà du débat sémantique sur le choix du mot, ce qui compte désormais c’est que les Etats se mettent à faire cette transition concrètement.
Avancées réalisées à Bonn lors des sessions SB-60 (juin 2024)
A Bonn, lors de la session SBI-60 (juin 2024), une des pommes de discorde majeures entre les Parties était de savoir comment donner suite à la décision 1/CMA.5, c’est-à-dire de traduire les nombreux engagements pris au titre de cette décision phare en actions et résultats concrets dans l’économie mondiale, surtout les engagements énoncés au paragraphe 28, dont le paragraphe 28(d) : assurer une transition juste, ordonnée et équitable vers une sortie des énergies fossiles dans les systèmes énergétiques.
Les discussions ont fait ressortir des désaccords entre les Parties, et surtout entre pays développés et pays en développement. Les premiers (UE, Norvège, Etats-Unis, Japon en tête), ainsi que le groupe des petits Etat insulaires (AOSIS), soutenaient que ces discussions devraient être centrées sur tous les aspects des résultats du bilan mondial, dont les efforts à consentir pour réduire les émissions de GES.
En revanche, le groupe de négociation des pays en développement partageant la même vision (Like-minded developing countries ou LMDC (Chine, Inde et Arabie saoudite en tête), l’Association des Etats indépendants d’Amérique latine et des Caraïbes (groupe AILAC), et les pays les moins avancés (surtout les pays africains) souhaitaient qu’elles soient axées sur le financement climat, affirmant qu’il leur serait impossible de réduire leurs émissions sans soutien financier de la part des pays développés pour les aider à assurer leur transition énergétique. Ces pays ont fait remarquer que le paragraphe 97 de la décision 1/CMA.5, qui établit le dialogue sur la mise en œuvre des résultats du GST, est placé dans la section C.1 de ladite décision, section consacrée au financement.
Avancées réalisées à Bakou (nov. 2024)
L’un des deux principaux enjeux de la COP-29 (ou plutôt de la CMA-6), avec celui de l’adoption d’un nouvel objectif sur le financement climat post-2025, était de déterminer quelles suites donner aux résultats du premier bilan mondial (Global Stocktake ou GST-1) synthétisés dans le cadre de la décision phare issue de la CMA-5, la décision 1/CMA.5.
Les négociations
Les deux paragraphes 97 et 98 de la décision 1/CMA.5 sur les résultats du GST-1 adoptée à Dubaï ont été placés dans la section consacrée au financement (partie I de la section C de la décision 1/CMA.5 consacrée aux moyens de mise en œuvre et soutien financement). Ce choix d’emplacement a engendré un débat vif à Bakou sur la portée de ce nouveau dialogue :
- s’agit-il de la mise à disposition de financements pour mettre en œuvre le bilan mondial ?
- ou s’agit-il de suivre la mise en œuvre des engagements de la décision 1/CMA de manière plus large ?
Les négociations sur ce volet clé ont surtout fait ressortir de fortes divergences d’opinion des Parties sur les suites à donner à l’objectif 28(d) « transition vers la sortie des combustibles fossiles » : fallait-il faire avancer cet engagement phare, voire historique pris à Dubaï ? ou pas ? Et si oui, comment le faire ? Et où le faire ? – dans quel volet des négociations fallait-il faire avancer les discussions ? En fait, il y avait quatre espaces possibles :
- dans le cadre du dialogue des Emirats sur les résultats du bilan mondial (GST) ;
- dans le cadre du programme de travail sur l’atténuation (MWP), établi en 2021 (CMA-3) et dont les discussions piétinent car trop embourbées dans les questions procédurales et pas axées sur le fond (réduction des émissions) ;
- dans le cadre du programme de travail sur la transition juste (JTWP), établi en 2022 (CMA-4) ou
- dans le cadre d’une décision « chapeau » (« cover decision ») mais le 18 nov. 2024, le Président de la COP-29 a indiqué qu’il n’avait pas l’intention d’en élaborer une au motif que « les priorités des Parties peuvent et devraient être traitées dans le cadre des sujets inscrits à l’ordre du jour de la COP-29, de la CMA-6 et de la CMP-19 ».
Position des pays industrialisés et les pays en développement vulnérables (petits Etats insulaires, PMA)
Selon ces groupes de pays, le but du dialogue sur les résultats du GST devrait être de mettre en œuvre tous les mandats de la décision 1/CMA.5 afin de garder l’objectif +1,5°C « à portée de main ». C’était surtout la position de l’UE, mais lors la 5e séance plénière conjointe COP-29/CMA-6/CMP-19, le 18 nov. 2024, des groupes de négociation représentant plus de 125 Parties ont appelé les délégués à parvenir à donner des suites concrètes, solides et ambitieuses aux résultats du bilan mondial (source : Carbon Brief, 24 nov. 2024). Pour ces 125 Parties, pour éviter tout recul de l’ambition sur les acquis du GST, il était impératif de confirmer et réitérer l’objectif 28(d), l’ancrer dans le cadre du dialogue sur les résultats du GST ou dans le programme de travail MWP, et suivre sa mise en œuvre (les progrès réalisés par les Parties).
Position du groupe de négociation LMDC (Chine, Inde et Arabie saoudite en tête)
Ce groupe insistait sur le fait que le dialogue sur les résultats du bilan mondial devrait uniquement être axé sur le financement, comme la mise en place de ce dialogue a été placé dans la section consacrée au financement dans la décision 1/CMA.5 adoptée à Dubaï. En clair, discuter de ce sujet ne relève pas du mandat du programme MWP.
Position intransigeante de l’Arabie saoudite (au nom du groupe arabe)
Le 21 nov. 2024, Albara Tawfiq, le délégué saoudien, a déclaré ouvertement, lors de la session plénière au cours de laquelle les pays ont fait part de leurs nombreuses objections aux dernières versions des projets de texte sur la table « Le groupe arabe n’acceptera aucun texte ciblant des secteurs spécifiques, y compris les combustibles fossiles ». Il a ajouté qu’une telle approche « ne relève pas du mandat [du dialogue sur les résultats du bilan mondial ou du programme de travail sur l’atténuation, MWP] et est inacceptable » (source : Climate Home News, 22 nov. 2024). A noter que cette prise de position n’était pas nouvelle : cela fait plusieurs années que ce pays a adopté une position intransigeante sur la question des combustibles fossiles, hostile à toute mention dans les décisions de la COP/CMA.
Réaction du Canada
Catherine McKenna, ancienne Ministre du Climat du Canada et Présidente du groupe d’experts de haut niveau sur les engagements zéro émission nette des acteurs non-étatiques, a déclaré : « J’en ai tellement marre de l’opposition de l’Arabie saoudite à toute idée de transition vers l’abandon des combustibles fossiles ». « Nous sommes dans une crise climatique liée aux combustibles fossiles. S’il vous plaît, allez-y fort à la #COP29 et faites qu’elle réussisse ».
Les résultats obtenus
La 7e et dernière version du projet de décision sur le GST (version du 22/11/2024 @13h30, 6 pages) n’a pas été adoptée faute de consensus. Les négociations sur ce sujet ont ainsi été renvoyées aux sessions des SB-62 en juin 2025. Cet échec de Bakou à donner des suites concrètes au paquet sur la transition énergétique de Dubaï n’était pas à attribuer à un déficit d’idées (voir compilation des éléments sur les énergies/combustibles fossiles contenus dans les différentes versions des projets de texte sur le GST, le MWP et le JTWP, source : Natalie Jones, IISD, 27 nov. 2024), ni à un nombre insuffisant de pays qui soutenait cette question – il n’y aurait rien eu du tout sur ce sujet dans les projets de texte si plusieurs pays moteurs n’avaient pas défendu cette cause dans les négociations.
L’échec était plutôt dû au rôle joué par les pays intransigeants qui ont bloqué tout avancement sur ce sujet : l’Arabie saoudite en tête.
Par ailleurs, l’atténuation et la transition énergétique sont intrinsèquement liées au financement : un accord plus que mitigé sur le NCQG a sans doute eu un impact néfaste sur le résultat obtenu sur l’atténuation.
Au bout du compte, selon plusieurs observateurs, il valait mieux qu’aucune décision sur le dialogue GST n’ait été adoptée : aucun accord sur ce sujet crucial valait mieux qu’un mauvais accord ou un accord peu ambitieux. Quoi qu’il en soit, la 7e version du projet de décision sur le GST avait été fortement diluée par rapport aux versions précédentes.
Aucune décision sur le GST à Bakou signifiait qu’il n’y avait pas de mécanisme ou processus établi pour faire avancer et suivre la mise en œuvre de la décision 1/CMA.5.
Avancées réalisées à Belém (nov. 2025)
Absence de référence aux combustibles fossiles et à une feuille de route vers la sortie de ceux-ci
Tout d’abord, la décision phare issue de la CMA-7 à Belém (la décision Mutirão, décision 1/CMA.7) ne fait aucune référence aux combustibles fossiles, ni au paragraphe 28 de la décision sur le bilan mondial de Dubaï (décision 1/CMA.5), ni aux engagements du paquet sur la transition énergétique, dont la transition vers la sortie des combustibles fossiles (§ 28a à § 28h).
Elle ne fait aucune référence non plus au lancement d’une feuille de route sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles et ce, malgré l’appel inattendue du Président brésilien Lula à la mise en place de deux feuilles de route (sortie progressive des combustibles fossiles et déforestation) à plusieurs reprises (lors de la première journée de la séquence de haut niveau, le 6 nov. 2025, et lors de l’ouverture de la COP-30, le 10 nov. 2025).
Ces appels de haut niveau répétés ont engendré une dynamique portée par un nombre croissant de pays, au fil des jours de la COP-30, qui se sont prononcés en faveur d’une telle feuille de route. Ainsi, selon les calculs de Carbon Brief, au total 85 Parties ont fini par soutenir cette initiative (source : Carbon Brief, FF roadmap supporters, fichier excel, consulté le 24 nov. 2025). Ni les pays arabes, ni les pays grands émergents, ni les pays africains figuraient parmi ces 85 Parties.
Dans la 1ère version du projet de décision Mutirão (version du 18 nov. 2025 @ 07h30), l’option 2 du paragraphe 35 faisait référence aux engagements du paquet sur la transition énergétique de la décision phare de Dubaï et à une feuille de route sur la sortie des combustibles fossiles :

- « la CMA encourage toutes les Parties à coopérer et à contribuer aux efforts mondiaux visés aux paragraphes 28 (paquet énergétique dont la transition vers la sortie des combustibles fossiles) et 33 (mettre fin à la déforestation) de la décision 1/CMA.5 d’une manière déterminée au niveau national, et décide de convoquer une table ronde ministérielle de haut niveau sur les différentes situations, voies et approches nationales en vue d’aider les pays à élaborer des feuilles de route de transition justes, ordonnées et équitables, notamment pour surmonter progressivement leur dépendance aux combustibles fossiles et mettre un terme à la déforestation et inverser la tendance »
Cette option a été supprimée dans la 2e version du projet de décision « Mutirão » (version du 21 nov. 2025 @ 03h00).
Selon les calculs de Carbon Brief, sur la base de données de l’AIE, 43% des Parties à la CCNUCC soutenaient une telle feuille de route, parmi lesquels certains pays grands producteurs comme la Norvège, le Mexique et le Brésil, mais :
- ces pays ne représentent que 7% de la production mondiale des énergies fossiles,
- ils ne représentent que 13% de la consommation mondiale des énergies fossiles.

Source : Carbon Brief d’après AIE, fil whatsapp CB at Belém, 19 nov. 2025.
Sur le plan politique, le Brésil a mené un débat à Belém sur l’avenir des combustibles fossiles. Malgré l’absence de consensus, avec plus de 80 pays soutenant un langage explicite, la Présidence brésilienne a annoncé, de sa propre initiative, des processus visant à élaborer une feuille de route sur la transition vers une économie sans combustibles fossiles de manière juste, ordonnée et équitable.
Avancées réalisées entre Belém (nov. 2025) et Bonn (juin 2026)
Dans sa 12e lettre aux Parties, transmise le 27 janvier 2026, le Président brésilien de la COP-30, André Aranha Corrêa do Lago a réitéré l’engagement de la Présidence brésilienne, annoncé à Belém, à élaborer, sous sa responsabilité, les 2 feuilles de route au cours de l’année 2026 :
- une feuille de route pour assurer la transition juste, ordonnée et équitable vers une économie sans combustibles fossiles
- une feuille de route forêt et climat pour mettre fin à la déforestation et pour inverser la tendance
Ces 2 feuilles de route sont donc élaborées sous l’égide de la Présidence brésilienne MAIS en dehors des négociations formelles.
Ces feuilles de route sont conçues comme plateformes politiques et techniques destinées à mobiliser les Etats et les acteurs non-étatiques pour faire avancer la planification nationale et internationale pour mettre en œuvre les paragraphes 28 (paquet énergie, dont la transition vers la sortie des fossiles) et 33 (mettre fin à la déforestation d’ici 2030) de la décision phare de Dubaï (décision 1/CMA.5, Bilan mondial)
Ces feuilles de route devraient éclairer les discussions lors de la COP-31/CMA-8 à Antalya.
Avancées réalisées à Bonn lors des sessions SB-64 (juin 2026)
A Bonn, un événement, qui a eu lieu le 12 juin 2026 sous l’égide de la Présidence de la COP-30, visait à faire le point sur les travaux en cours pour élaborer la feuille de route sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques de manière ordonnée, juste et équitable (Transitioning away from fossil fuels roadmap ou TAFF). En raison du manque de consensus au sein de la CMA-7 à Belém (nov. 2025) (lire notre article sur le bilan de la COP-30), le Président de la COP-30, André Aranha Corrêa do Lago, s’était engagé lui-même à élaborer cette feuille de route en 2026. Celle-ci est donc élaborée sous l’égide de la Présidence brésilienne mais en dehors des négociations formelles.
Le Président de la COP-30 a donc présenté un premier état des lieux sur les travaux d’élaboration de la feuille de route et a fait état de la première conférence sur la transition vers l’abandon des combustibles fossiles qui avait eu lieu du 24 au 29 avril 2026 à Santa Marta en Colombie (lire notre article). Il a présenté la feuille de route comme un outil pratique, souple et non prescriptif permettant de mettre en œuvre les objectifs fixés par l’Accord de Paris. La Présidence a souligné que la feuille de route doit refléter les circonstances nationales des Parties dans leur diversité. Elle a commencé à identifier les freins à cette transition et les leviers la facilitant, tant aux niveaux national qu’international (source : AEF Info, 19 juin 2026).
Túlio Andrade de la Présidence de la COP-30 a souligné que de nombreuses contributions (près de 300) ont été soumises par les Parties (19 et deux groupes de négociation) et les acteurs non-étatiques pour éclairer l’élaboration de la feuille de route, qui sera finalisée d’ici la COP-31.
A noter enfin que certaines Parties, dont la Suisse au nom du groupe d’intégrité environementale (EIG), ainsi que les petits États insulaires, ont fait valoir que la feuille de route devrait être intégrée dans le processus de négociations formelles pour qu’elle débouche sur autre chose qu’un « simple document » (source : Carbon Brief, 19 juin 2026).
Avancées réalisées entre Bonn (juin 2026) et Antalya (nov. 2026)
Le 3 nov. 2026, la Présidence de la COP-31 a publié sa feuille de route sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles et celle sur la déforestation.
Vers un objectif en matière d’électrification
Contexte
Lors du 17e Dialogue de Petersberg sur le climat les 21-22 avril 2026 à Berlin sous la co-présidence conjointe de l’Allemagne et de la Turquie/de l’Australie (voir programme | communiqué | synthèse de la réunion par les co-Présidents), en citant des exemples tirés de leurs expériences nationales, plusieurs Ministres ont affirmé que l’électrification à partir des énergies renouvelables (EnR) constitue la trajectoire la plus rapide, la plus massifiable et la plus rentable pour décarboner l’industrie, les transports et les bâtiments. En remplaçant les combustibles fossiles par l’électrification, les pays peuvent se prémunir contre la volatilité des prix sur le marché des énergies fossiles, réduire la facture énergétique des ménages et des entreprises, et créer des emplois ainsi que de nouvelles chaînes de valeur industrielles.
Les Ministres ont examiné les leviers les plus efficaces pour accélérer l’électrification dans tous les secteurs et mettre en place les infrastructures nécessaires : réseaux modernes, flexibilité et stockage, ainsi que des cadres d’investissement contribuant à réduire le coût du capital et à mobiliser des capitaux privés en complément des financements publics.
Les 20-21 mai 2026, lors de la 5e réunion ministérielle sur le climat à Copenhague (Copenhagen Climate Ministerial) convoquée par le Ministre danois du Climat et de l’Energie, Lars Aagaard, et les Présidents de la COP-30 (André Corrêa do Lago, Brésil) et de la COP-31 (Murat Kurum, Turquie et Chris Bowen, Australie, respectivement futur Président de la COP-31 et futur Président des négociations de la COP-31), Murat Kurum a annoncé que l’une des priorités de la Présidence de la COP-31 sera une initiative mondiale sur l’électrification en vue de rallier l’action internationale sur le sujet comme un levier impératif à la fois pour le climat, l’économie et la sécurité énergétique. Ainsi, il a déclaré qu’il faut accroître la part de l’électricité dans la consommation d’énergie finale – l’indicateur clé pour mesurer le taux d’électrification. Aujourd’hui il est de 23% au niveau mondial (source : Irena, 20 mai 2026).
Murat Kurum s’appuyait sur un nouveau rapport de l’Irena (Agence internationale des EnR), publié le 20 mai 2026 : Transition vers la sortie des combustibles fossiles : une feuille de route pour renforcer le recours aux EnR, à l’électrification et améliorer les réseaux électriques. Ce rapport met à jour son scénario +1,5°C (World Energy Transitions Outlook ou WETO, initialement publié le 7 nov. 2024).
Selon la mise à jour de ce scénario, la part d’électricité dans la consommation mondiale d’énergie finale passerait de 23% aujourd’hui à 35% en 2035 pour atteindre plus de 50% en 2050, les EnR répondant quasi intégralement à la croissance de la demande.

Source : Irena, 20 mai 2026.
Annonce de la Présidence turque à Bonn lors des sessions SB-64 (juin 2026)
Le 9 juin 2026 à Bonn, le Président turc de la COP-31, Murat Kurum, et le Président australien des négociations de la COP-31, Chris Bowen, ont annoncé qu’une des priorités phares d’Antalya sera de faire aboutir les négociations à un objectif baptisé « 35 by 35 », à savoir une part de 35% d’électricité dans la consommation mondiale d’énergie finale d’ici 2035 (contre un peu plus de 20% aujourd’hui) (source : CCNUCC, 9 juin 2026). Cet objectif serait à adopter dans le cadre de l’agenda de l’action (Global Climate Action Agenda), c’est-à-dire les engagements climat volontaires, donc en dehors des négociations formelles. Ce nouvel objectif serait destiné à compléter l’objectif de triplement de la capacité mondiale de production des énergies renouvelables d’ici 2030 fixé à Dubaï (cf. décision 1/CMA.5, paragraphe 28a).
Voir aussi le communiqué de la Présidence de la COP-31, 9 juin 2026.
Débat général de la 81e Assemblée générale de l’ONU : prise de parole de Murat Kurum sur l’électrification
Le 22 septembre 2026, lors du débat général dans le cadre de la 81e Assemblée générale de l’ONU (UNGA-81) à New York, le Président turc de la COP-31 a pris la parole pour présenter formellement l’une des priorités phares de la Conférence d’Antalya d’aboutir à l’adoption d’un objectif de porter la part d’électricité dans la consommation mondiale d’énergie finale à 35% d’ici 2035 (« 35 by 35 ») et à plus de 50% d’ici 2050 (contre 23% aujourd’hui, source : AIE, p.16).
Murat Kurum avait déjà annoncé cet objectif le 9 juin 2026 lors des sessions SB-64 à Bonn et le 20 mai 2026 lors de la réunion ministérielle de Copenhague sur le climat (Copenhagen Climate Ministerial).
L’objectif sera à adopter dans le cadre de l’agenda mondial de l’action climat (Global Climate Action Agenda), c’est-à-dire les engagements climat volontaires (non contraignants donc), c’est-à-dire en dehors des négociations formelles.
Ce nouvel objectif est destiné à compléter les objectifs de triplement de la capacité mondiale de production des énergies renouvelables et de doublement du taux annuel moyen mondial d’amélioration de l’efficacité énergétique d’ici 2030 fixés à Dubaï (cf. décision 1/CMA.5, paragraphe 28a).
Cet objectif s’appuie sur des analyses de l’Irena (Agence internationale des EnR) et de l’AIE :
- feuille de route pour renforcer le recours aux ENR, à l’électrification et améliorer les réseaux électriques, publiée le 21 mai 2026
- rapport spécial sur l’électrification, publié par l’AIE le 22 septembre 2026.
Analyse de l’AIE : Rapport spécial sur l’électrification
Messages clés
Ce rapport spécial sur l’électrification, publié le 22 septembre 2026, présente une analyse secteur par secteur qui montre que l’électrification présente un potentiel considérable en termes de rapport coût-efficacité et ce, sur la base des coûts technologiques, des prix de l’énergie et des conditions financières observés en 2025. Si ce potentiel était pleinement exploité, le taux d’électrification dans la consommation mondiale d’énergie finale pourrait atteindre 33 % en 2035 (contre 23 % en 2025).
Sur la base des politiques existantes (scénario tendanciel), la part serait de 30% en 2035, ce qui souligne le fait qu’il faudrait renforcer l’action à mettre en œuvre afin d’atteindre l’objectif de 35% d’ici 2035.
Si l’objectif de 35% d’ici 2035 était atteint, les importateurs de combustibles fossiles réduiraient leurs dépenses d’importation d’environ un quart d’ici 2035 par rapport à 2025, soit 400 Md$ par an. Sur la base des prix de l’énergie plus élevées en 2026, ce chiffre s’élèverait à plus de 500 Md$/an en 2035.
L’AIE souligne également que mettre en œuvre l’objectif d’électrification conduirait à une réduction des émissions de CO2 mais ne suffirait pas à lui seul pour que les pays respectent les objectifs climat fixés par l’Accord de Paris.
Pour parvenir à l’objectif de zéro émission nette en 2050 préconisé par l’AIE :
- entre 2025 et 2035, la production d’électricité à partir du charbon doit baisser de près de 70 % et la production d’électricité à partir du gaz doit baisser de près de 60 %
- la part des sources d’énergie bas-carbone dans la production mondiale totale d’électricité doit atteindre près de 90% d’ici 2035.
Impact de l’électrification sur les émissions de CO2
Comme le souligne l’AIE, l’impact de l’électrification sur les émissions mondiales de CO2 dépend en grande partie de la manière dont la demande supplémentaire d’électricité est satisfaite. Ainsi, électrifier la production d’énergie ne suffit pas à garantir la transition énergétique : tout dépend de la source d’énergie à partir de laquelle cette électricité est produite.
A noter que l’objectif de 35% d’ici 2035 propulsé par la Présidence turque de la COP-31, tel qu’il est formulé dans la déclaration publiée le 22 sept. 2026, n’appelle pas les Etats à s’engager à produire l’électricité nécessaire pour atteindre l’objectif explicitement à partir de sources bas-carbone et ce faisant, à réduire leurs émissions de CO2 :
- le texte souligne : « cet engagement correspond à un objectif global et les trajectoires et les parts d’électrification, y compris le recours à l’électricité propre et aux technologies propres, varieront en fonction des points de départ, des circonstances nationales et des réalités propres à chaque région, et chaque participant conserve toute latitude pour définir ses propres politiques, plans et stratégies en matière d’électrification »
- le texte précise que l’objectif devrait être « soutenu par des sources d’énergie variées et durables » sans expliquer quelles sources d’énergie sont visées ici.
La déclaration du Président turc ne fait aucune mention du « F-word » (combustibles fossiles). C’est pour cette raison que les ONG sont très critiques vis-à-vis de l’objectif proposé par la Présidence de la COP-31 puisqu’il n’envoie pas de signal explicite sur la transition vers la sortie des combustibles fossiles : l’objectif ne contribuera à atténuer la crise climatique que si l’électricité supplémentaire qu’il faut produire pour l’atteindre sera d’origine bas-carbone. Les modalités concrètes de l’objectif sont donc très importantes et seront un gage de son efficacité. Tous les yeux sont donc rivés sur Antalya pour voir comment cet objectif sera formellement formulé et concrétisé et dans quel cadre (dans une simple déclaration en dehors des négociations formelles ? Dans un décision chapeau dans le cadre des négociations formelles ?).
Tout l’enjeu pour la COP-31 est donc d’ancrer tout objectif d’électrification dans le principe que cette électrification repose sur des sources bas-carbone et que l’efficacité énergétique et la sobriété sont prioritaires.
[1] Valérie Masson-Delmotte utilisait le terme « transition vers l’abandon des énergies fossiles ».