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Pollution de l’air et Covid-19 : des liens complexes

  • Réf. : 2020_04_a04
  • Publié le: 28 avril 2020
  • Date de mise à jour: 4 mai 2020
  • France
  • UE

La gestion de la pandémie de Covid-19 a des impacts directs et indirects sur les sources d’émissions de polluants atmosphériques, en France et dans le monde, en particulier en raison des mesures de confinement qui provoquent une diminution des activités économiques, d’une ampleur inégalée depuis la deuxième guerre mondiale. Nous avions déjà évoqué les impacts de cette crise sur les émissions de gaz à effet de serre.

Lire notre article : Émissions de gaz à effet de serre et Covid-19

Dans cet article, le Citepa dresse un panorama des premiers travaux réalisés en France et en Europe, par divers organismes (pour un aperçu des acteurs sur la qualité de l’air et les émissions de polluants atmosphériques, voir notre panorama en fin d’article), pour quantifier les effets du Covid-19, tant sur les émissions de polluants que sur leurs concentrations, et donc sur la qualité de l’air.

 

Avertissement : des données provisoires sur des effets complexes

Il faut d’abord garder à l’esprit que les effets possibles des mesures de confinement sur les concentrations des polluants dans l’air et, inversement, les effets de la pollution atmosphérique sur la circulation du virus, restent complexes. De fait, les estimations présentées dans cet article n’engagement que leurs auteurs. Ce sont des évaluations préliminaires des impacts potentiels, qui seront sans doute mises à jour par ces mêmes organismes experts, une fois que d’autres données plus solides seront publiées.

 

L’éclairage du Citepa

Les travaux (datés de fin mars à fin avril 2020) recensés dans le présent article montrent le plus souvent l’impact des mesures de confinement grâce à des observations (concentrations relevées par les stations de mesure ou par les satellites). Néanmoins, ces études se limitent souvent à comparer des situations sans et avec confinement, qui sont d’un point de vue météorologique différentes. Une simulation prenant en compte des hypothèses de réductions d’émissions permet de quantifier sans biais météorologique et sans les biais intrinsèques au modèle utilisé, l’impact sur les concentrations en polluants et donc la qualité de l’air par rapport à une situation, simulée, sans mesures de confinement. C’est l’objet du travail présenté dans un autre article du Citepa, publié le 16 avril 2020. En France les réductions de concentrations en NO2 pouvaient être de l’ordre de -30 à -40%, pour les PM2.5 des baisses plus faibles de -10 à -15% étaient observées, alors que pour l’ozone des augmentations pouvaient avoir lieu notamment dans des zones très urbanisées. Dans certains pays voisins comme l’Allemagne ou les Pays-Bas les modifications des concentrations étaient sensiblement plus faibles, dues à des règles de confinement différentes.

 

Lire l’article de Bertrand Bessagnet[1] (LMD) :
Impact des mesures de confinement pour lutter contre le Covid-19, sur la qualité de l’air

 

Baisse des émissions de NOx et de concentrations de NO2 grâce au confinement

Les mesures de confinement prises en France et dans le monde ont entraîné une diminution de certaines sources d’émissions de polluants atmosphériques : baisse du trafic routier, fermeture d’installations industrielles, etc. Cela s’est traduit par une baisse importante des émissions de NOx et des concentrations de NO2.

 

L’éclairage du Citepa

Emissions versus concentrations

Les émissions correspondent aux quantités de polluants directement rejetées dans l’atmosphère par les activités humaines (issues des différents secteurs économiques : industrie, production d’électricité, transports, résidentiel-tertiaire, agriculture, traitement des déchets) ou par des sources naturelles (volcans,…). Même si la qualité de l’air dépend des émissions, il n’y a pas de lien simple et direct entre les deux. La qualité de l’air dépend des concentrations de polluants et résulte de l’interaction complexe entre la quantité de polluants émise et toute une série de phénomènes physico-chimiques et météorologiques. Ainsi, une fois les polluants émis dans l’atmosphère, différents phénomènes physico chimiques et météorologiques, entrent en jeu et agissent sur les concentrations de ces polluants : transport par le vent, dépôts (sec et humide), effet radiatif, réactions chimiques (formation de particules secondaires et d’ozone troposphérique à partir de polluants primaires à l’état gazeux comme les NOx, l’ammoniac (NH3) et aussi les COV), topographie, remise en suspension de particules déjà émises et déposées au sol, etc. En clair, il n’y a pas de corrélation linéaire entre les quantités de polluants émises et les niveaux de concentrations de ces polluants dans l’air ambiant.

Les données d’inventaire, élaborées par le Citepa pour le compte du Ministère chargé de l’Environnement (MTES), permettent d’évaluer la quantité de polluants atmosphériques (et de gaz à effet de serre) qui a été émise au total chaque année, pour l’ensemble de la France. Ces données d’émissions ne donnent pas d’information directe sur les problématiques plus locales et plus ponctuelles de pollution et de qualité de l’air, car :

  • les données d’émission du Citepa sont estimées (calculées) à l’échelle nationale (sans ventilation au niveau des zones urbaines ou rurales) alors que les concentrations présentes dans l’air ambiant sont mesurées à l’échelle locale à l’aide de capteurs dans des stations de mesure qui sont gérées en France par les différentes associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA),
  • les données d’émission du Citepa sont annuelles et non ventilées dans le temps (les épisodes de pollution sont ponctuels),
  • l’estimation des émissions (rapportées en quantités (ex : tonnes) de substances émises par an) diffère de celle des concentrations qui, elles, sont mesurées en quantité de substance par volume d’air (µg/m3).

Sources : Citepa, inventaire format Secten, édition avril 2019, chapitre Comprendre nos données, Airparif et AEE.

 

En France, avec la mise en place des mesures de confinement à partir du 17 mars 2020 à midi, une baisse conséquente des émissions de NOx a été constatée : une première note provisoire d’Airparif publiée le 25 mars 2020 pré-estimait des baisses d’émissions en Ile-de-France à 64% pour les NOx jeudi 19 et vendredi 20 mars 2020 (par rapport à un mois de mars sans confinement). Selon Airparif, malgré une augmentation du chauffage résidentiel, cette baisse est liée en grande partie à la forte diminution du trafic routier (-72% le 20 mars 2020 par rapport aux émissions d’un mois de mars sans confinement) et aérien (-55% le 20 mars 2020 par rapport aux émissions d’un mois de mars sans confinement). Celle des autres secteurs d’activité est moins quantifiable en raison du peu d’informations disponibles. Cette baisse des émissions de NOx s’est traduite aussi au niveau des concentrations : du 17 au 19 mars 2020, avec des conditions météorologiques peu dispersives et des vents plutôt faibles, la baisse estimée des concentrations de NO2 dans l’agglomération parisienne, compte tenu de la diminution des activités (notamment du trafic routier), serait de l’ordre de 30%, par rapport à ce qu’elles auraient été avec des émissions en période normale (hors confinement), ce qui correspond à une réduction de 10 à 15 µg/m3.

Source : Airparif, 25 mars 2020

Atmo France, dans une note publiée le 27 mars 2020, démontre l’aspect “positif”, sur la qualité de l’air en France, des mesures de confinement. Par exemple, Atmo France souligne en Auvergne-Rhône-Alpes, « en comparaison à la situation pré-confinement, les concentrations de NO2 ont baissé de 45% entre le 11 et le 19 mars 2020 (confinement mis en place le 17 mars [2020 à midi]), du fait de la limitation du trafic routier ». Airparif a publié le 21 avril 2020 un mise à jour de l’évaluation de l’impact sur la qualité de l’air en Île-de-France des trois premières semaines de confinement (du 17 mars au 6 avril 2020). Dans une nouvelle note publiée le 21 avril 2020, Atmo-France compare, dans l’ensemble des régions françaises, l’exposition des riverains à la pollution automobile près des grands axes avant et pendant le confinement. La comparaison porte sur les concentrations de NOx, polluant regroupant le monoxyde d’azote (NO) et le dioxyde d’azote (NO2) exprimés en µg/m3 équivalent NO2 et principalement émis par le trafic routier. En 2017, le transport routier représentait 57% du total national pour les NOx en France métropolitaine, source Citepa, inventaire Secten, éd. 2019). Atmo France souligne que :

  • sur le mois de mars 2020, les concentrations moyennes journalières en NOx ont fortement baissé à proximité des principaux axes routiers depuis la mise en place du confinement, diminuant ainsi l’exposition des riverains des grandes voiries à des niveaux généralement inférieurs à ceux d’un dimanche habituel,
  • sur les stations urbaines, la différence avant/pendant le confinement est de 30 à 75% suivant les villes (voir carte ci-après).

Source : Atmo France, 21 avril 2020.

 

L’Agence européenne de l’environnement (AEE) faisait aussi état, dans une communiqué du 25 mars 2020 (et mis à jour le 7 avril 2020), de diminutions des concentrations de NO2 dans diverses villes d’Europe :

Ville Baisse des concentrations moyennes de NO2 (en %) par rapport à une période antérieure donnée
Milan -21% pendant la semaine du 16 au 22 mars 2020 par rapport à la même semaine en 2019
Bergame -47% pendant la semaine du 16 au 22 mars 2020 par rapport à la même semaine en 2019
Rome -26 à -35% du 26 février au 25 mars 2020 par rapport aux mêmes 4 semaines en 2019
Barcelone -55% au cours de la semaine du 16 au 22 mars 2020 par rapport à la même semaine en 2019
Madrid -41% au cours de la semaine du 16 au 22 mars 2020 par rapport à la même semaine en 2019
Lisbonne -51% au cours de la semaine du 16 au 22 mars 2020 par rapport à la même semaine en 2019

 

Source : AEE, 25 mars 2020.

Par ailleurs, l’AEE a mis en ligne le 4 avril 2020 un outil de suivi (data viewer) qui permet d’évaluer le lien entre le Covid-19 et la qualité de l’air. Plus précisément, il recense les concentrations moyennes hebdomadaires de NO2, ainsi que de PM10 et PM2.5 afin d’évaluer l’impact des mesures de confinement mises en place par les pays européens et de la baisse des activités économiques qui s’en est suivie, sur les concentrations de ces polluants.

Pour sa part, le 27 mars 2020, l’Agence spatiale européenne (ESA) a publié une note présentant des données de concentrations basées sur les observations du satellite Copernicus Sentinel-5P (note mise à jour le 16 avril 2020). En particulier, l’ESA souligne que certaines villes européennes ont connu de fortes baisses de concentrations de NO2 après la mise en place des mesures de confinement par rapport à la même période en 2019. A titre d’exemple, les concentrations de NO2 ont diminué d’environ 45% à Madrid, Milan et Rome au cours de la période du 13 mars au 13 avril 2020 par rapport à la moyenne des concentrations de NO2 en mars-avril 2019. Quant à Paris, cette baisse a atteint 54% sur cette même période (source : ESA, note mise à jour le 16 avril 2020).

La crise sanitaire du Covid-19 a donc clairement mis en exergue le lien direct entre pollution de l’air et les transports (notamment le routier et l’aérien).

L’INERIS a développé dans le cadre des services Copernicus un outil permettant de visualiser chaque jour, sur la base d’une prévision journalière, les impacts des mesures de confinement sur les concentrations de dioxyde d’azote et des particules fines en France. L’Ineris a lancé ce nouvel outil le 8 avril 2020 sur son site internet pour mieux qualifier ces impacts qui varient d‘une journée à l’autre en fonction des conditions météorologiques et d’une région à l’autre. Suite à la version “France” mise en ligne, l’Ineris a ensuite développé une version “Europe” qu’il a lancée le 20 avril 2020 et ce, pour le compte des services Copernicus Atmosphère, coordonnés par le Centre européen pour la prévision météorologique à moyen terme (ECMWF).

 

Persistance de la pollution de l’air aux particules fines malgré le confinement

Néanmoins, le confinement ne signifie pas forcément la disparition des polluants dans l’air ambiant. Ainsi, un épisode de pollution aux particules fines a été observé les 28-29 mars 2020, notamment dans les régions Ile-de-France et Grand Est. Les seuils d’information et de recommandation fixés pour les PM10 ont même été dépassés à Paris et en Alsace. Cet épisode de pollution peut s’expliquer par plusieurs facteurs.

D’une part, le confinement n’implique pas l’arrêt de toutes les sources d’émissions de particules fines. En France, si le transport et l’industrie (deux secteurs fortement impactés par le confinement) représentent respectivement 14% et 31% des émissions nationales de PM10 en 2017, les secteurs résidentiel-tertiaire et l’agriculture (dont les activités se poursuivent) représentent respectivement 33% et 21% des émissions de PM10 (France métropolitaine, hors UTCATF, source : Citepa, inventaire Secten, édition 2019, pp.209-211).

Plus spécifiquement, en fin d’hiver, début du printemps, le chauffage et l’agriculture sont des secteurs d’activités qui contribuent davantage à la formation d’épisodes de particules. Pour le chauffage, c’est en particulier le chauffage au bois par les ménages qui génère directement des particules fines. En 2017, 29% des émissions totales de PM10 (France métropolitaine, tous secteurs confondus) sont liés à la combustion du bois (principalement dans le secteur résidentiel-tertiaire, source : Citepa, inventaire Secten, édition 2019). Pour l’agriculture, ce sont les épandages agricoles et l’élevage qui génèrent l’essentiel des émissions de NH3, polluant qui se recombine ensuite dans l’atmosphère avec d’autres gaz comme les oxydes d’azote, entrainant la formation de particules secondaires (voir éclairage du Citepa ci-dessous).

 

L’éclairage du Citepa

Particules secondaires & épisodes printaniers de pollution

La formation de particules secondaires, et notamment du nitrate d’ammonium (NH4NO3) et du sulfate d’ammonium [(NH4)2SO4], s’explique par :

  • les émissions d’ammoniac (NH3) qui sont liées en grande partie aux épandages agricoles printaniers (apports azotés minéraux et organiques). Ces émissions proviennent des zones agricoles de France et d’Europe,
  • les émissions de NOx (hors confinement, leur source principale dans les grandes villes est les transports routiers, l’industrie mais depuis le confinement le chauffage et le transport maritime deviennent des sources importantes) qui contribuent à la formation d’acide nitrique, puis de NH4NO3,
  • les émissions de SO2 (source : combustion de fioul lourd et de charbon) qui conduisent à la formation d’acide sulfurique (H2SO4), puis de (NH4)2SO4,
  • les conditions météorologiques : anticycloniques avec des températures froides le matin favorisant des phénomènes d’inversions thermiques et plus douces l’après-midi favorisant l’émission de NH3.

 

En plus de ces sources locales d’émission, les concentrations en PM peuvent être aussi liées à des sources plus lointaines, transportées par le vent. Il est ainsi possible qu’une partie des particules dans l’air lors de cet épisode de fin mars provienne d’autres pays (Bessagnet et al., 2005(1)). Par ailleurs, l’émission et le transport par le vent de poussières minérales provenant de zones arides comme l’expliquait Météo-France en 2019, ou de grandes zones agricoles (Ukraine, Russie, etc..), est un phénomène assez fréquent (Bessagnet et al., 2007(2)). D’après les modélisations fournies par Copernicus, publiées le 28 mars 2020, une partie des PM10 présents dans l’air parisien pourrait provenir en effet de pays voisins et de sources naturelles.

 

L’éclairage du Citepa

Prise en compte de l’impact du Covid-19 dans l’inventaire d’émissions de polluants en France

Le Citepa suivra l’impact du Covid-19 sur les émissions de polluants atmosphériques (et de gaz à effet de serre, GES) en France mais il faudra attendre deux ans avant de pouvoir quantifier précisément l’impact cet événement sur le bilan annuel. En effet, l’inventaire national des émissions de polluants et de GES, réalisé par le Citepa, est mis à jour tous les ans. Ainsi, à la fin de l’année 2021, nous finaliserons les estimations du bilan des émissions de l’année 2020. Le temps que cette nouvelle édition de l’inventaire soit validée et soumise officiellement aux différentes instances internationales et européennes, les résultats seront publiés début 2022. En particulier, le rapport Secten, qui fournira des explications détaillées sur les tendances d’émissions entre 1990 et 2020 et les évolutions récentes, sera publié sur notre site au printemps 2022.

 

En attendant, au printemps 2021, l’édition de Secten relative aux émissions 1990-2019 fournira, pour information, une pré-estimation provisoire des émissions de 2020. Celle-ci fournira déjà un premier aperçu de l’impact de cet événement sur le bilan 2020.

 

Le rôle incertain de la pollution de l’air

A l’heure actuelle, il n’existe pas de certitude quant au lien entre le Covid-19 et l’exposition à la pollution de l’air, et notamment aux particules fines. Ce sujet a fait l’objet de plusieurs publications et le débat n’est pas clos.

Premièrement, la pollution, en s’attaquant aux voies respiratoires, pourrait, selon certains auteurs, rendre plus fragiles les personnes atteintes ou pouvant être atteintes par le coronavirus. Ainsi, comme le souligne Atmo France dans sa note publiée le 27 mars 2020, « une exposition chronique à la pollution de l’air est un facteur aggravant des impacts sanitaires lors de la contagion par le Covid-19 ». D’après une note de la Société italienne de médecine environnementale (SIMA), publiée le 16 mars 2020, les effets sanitaires déjà connus de la pollution de l’air dans les zone urbaines (hypertension, diabète, maladies respiratoires) pourraient aggraver la situation épidémique. Le 16 mars 2020, la European Public Health Alliance (EPHA), dans un article, a attiré l’attention sur une étude de 2003 qui montrait que les victimes de l’épidémie de SRAS de 2003 avaient 84% plus de chances de mourir s’ils habitaient dans une zone modérément polluée par rapport à ceux vivant dans une zone peu polluée. D’après une étude scientifique américaine (voir pdf) (Exposure to air pollution and Covid-19 mortality in the United States. Xiao Wu, et al. 2020), mise à jour le 5 avril 2020, une augmentation, même faible (+1 μg/m3) de la concentration de PM2,5 dans l’air entraînerait une hausse significative (+15%) du taux de mortalité du Covid-19. Dans un article publié le 10 avril 2020 dans The Journal of Infection, quatre chercheurs européens (dont deux affiliés à des organismes de recherche français) suggèrent une possible corrélation entre les foyers d’infection importants du Covid-19 et la pollution de l’air, notamment en Chine et en Italie. Une étude parue le 11 avril 2020 dans la revue Science of the Total Environment (éditions Elsevier) souligne que  78% des décès dus aux coronavirus dans 66 régions d’Italie, d’Espagne, de France et d’Allemagne, seraient survenus dans les cinq régions marquées par la combinaison de forts niveaux de concentration de NO2 et de conditions météorologiques ne favorisant pas leur dispersion. Enfin, une étude publiée le 16 avril 2020 dans le New England Journal of Medicine (NEJM), indique que le virus pourrait rester dans l’air trois heures, mais ne précise pas le rôle que joueraient les particules comme possible vecteur de transport du virus.

Ainsi, étant donné le rôle (qui reste à quantifier) des épandages agricoles dans la persistance d’épisodes de pollution aux particules fines, cette activité a ainsi été mise en avant comme potentielle source aggravant la situation. Par exemple, dans un courrier du 24 mars 2020 à tous les préfets, ainsi qu’aux Ministères de l’Intérieur, de la Santé, de l’Agriculture, de la Transition écologique et au Premier Ministre, le collectif Air-Santé-Climat appelait à « la nécessité de limiter drastiquement les épandages agricoles, afin de tout mettre en œuvre pour limiter la propagation du virus ». Le 7 avril 2020, l’association Respire, par la voix de son avocate, l’ancienne Ministre de l’Environnement, Corinne Lepage, avait ainsi déposé un référé-liberté au Conseil d’Etat. L’association a demandé au Conseil d’Etat d’enjoindre au Premier ministre, au Ministre de la Santé et au Ministre de l’Agriculture d’appliquer immédiatement, et jusqu’à la fin de l’état d’urgence sanitaire, les mesures de restriction des épandages agricoles prévues en cas de pics de pollution par l’arrêté du 7 avril 2016, en rendant obligatoires les recommandations énumérées en annexe de cet arrêté (point 4). Cette demande a été rejetée le 20 avril par le Conseil d’Etat, celui-ci ayant refusé d’appliquer le principe de précaution en limitant les épandages d’engrais (qui sont à l’origine de particules fines secondaires) au motif que les arguments scientifiques sur les liens de causalité entre pollution de l’air aux particules fines et le Covid-19 “sont encore trop incertains“. L’ordonnance de jugement adoptée par le Conseil d’Etat rappelle néanmoins “qu’il incombe à l’administration [dans le cadre de la surveillance quotidienne des niveaux de pollution à la fois au plan central et au plan local] de faire preuve d’une vigilance particulière dans le contexte actuel d’état d’urgence sanitaire en veillant à ce que soit pris, au besoin préventivement en cas de menace avérée de franchissement des seuils, des mesures propres à éviter la survenue ou au moins à réduire la durée des épisodes de franchissement des seuils, notamment en limitant les pratiques agricoles polluantes“.

Cependant, l’hypothèse selon laquelle le coronavirus se déplacerait plus facilement via ces particules, et augmenterait le nombre de contamination reste discutée. Dans une note du 21 mars , avalisée par l’Institut supérieur pour la protection et la recherche sur l’environnement (ISPRA), des membres de l’Italian Aerosol Society indiquent que la relation entre concentrations de particules et impact sanitaire du Covid-19 serait prématurée et non encore démontrée scientifiquement : « les connaissances sont en encore très limitées et il faut être très prudent dans l’interprétation des données disponibles. A ce jour, il n’a pas été démontré que l’exposition aux particules favorise la transmission du virus…Cette hypothèse devra être validée avec précision à l’aide de recherches approfondies ».

(1) Bessagnet, B. and Hodzic, A. and Blanchard, O. and Lattuati, M. and Le Bihan, O. and Marfaing, H. and Rouil, L., Origin of particulate matter pollution episodes in wintertime over the Paris Basin, Atmospheric Environment, 39, 33, 6159-6174, 2005.

(2) Bessagnet B., L.Menut, G.Aymoz, H.Chepfer and R.Vautard, 2008, Modelling dust emissions and transport within Europe: the Ukraine March 2007 event Journal of Geophysical Research – Atmospheres, 113, D15202, doi:10.1029/2007JD009541.

[1] Bertrand Bessagnet a rejoint l’équipe du Citepa alors qu’il finalisait cette étude.

 

En savoir plus

Voir fiche des questions fréquemment posées sur les interactions entre qualité de l’air et Covid-19, réalisée par Atmo France.

Acteurs sur la qualité de l’air et les émissions de polluants atmosphériques

Dispositif national de surveillance de la qualité de l’air

L’arrêté ministériel du 19 avril 2017 relatif au dispositif national de surveillance de la qualité de l’air fixe les missions des acteurs du dispositif national de surveillance de la qualité de l’air et les prescriptions techniques applicables.

 

1) Le Ministère en charge de l’Environnement (MTES) :

2) Le Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air (LCSQA)

  • C’est un groupement d’intérêt scientifique qui regroupe trois partenaires : l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques), le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE), et l’Institut Mines-Télécom Lille Douai.
  • il est chargé, par le MTES, de la coordination scientifique et technique de la surveillance de la qualité de l’air au titre du Code de l’environnement depuis le 1er janvier 2011.
  • il vérifie conformité du dispositif de surveillance aux exigences européennes, et fournit un appui au rapportage des données sur la qualité de l’air auprès de la Commission européenne et la mise à disposition du public
  • il est le laboratoire national de référence requis par les directives européennes.

 

3) L’Ineris

  • l’Ineris est un établissement public à caractère industriel et commercial, placé sous la tutelle du MTES.
  • il développe des modèles de prévision des niveaux de pollution atmosphérique à différentes échelles de temps et d’espace, et notamment le modèle de chimie-transport CHIMERE, en partenariat avec le CNRS,
  • CHIMERE est mobilisé dans le système national de prévision de qualité de l’air Prev’air, développé en partenariat avec Météo France et le CNRS pour la prévision et le suivi des épisodes de pollution en France.
  • CHIMERE sert aussi à l’évaluation de politiques : (révision de la directive NEC en 2016, définition des objectifs du Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (PREPA)).

 

4) Les Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA), chapeautées par la fédération Atmo France,

  • elles sont des associations « loi 1901 », agréées par le MTES et depuis le 1er janvier 2020 par les préfets de région conformément au décret n° 2019-1341 du 12 décembre 2019.
  • conformément à l’arrêté ministériel du 19 avril 2017, leurs missions sont notamment de surveiller et évaluer la qualité de l’air à l’aide d’un réseau de stations de mesure, de diffuser des informations et prévisions, notamment relatives aux dépassements des seuils d’information et de recommandations ou d’alerte, l’évaluation des Plans de protection de l’atmosphère (PPA).

(Source : MTES).

Estimation des émissions de polluants atmosphériques

1) Le Citepa : dans le cadre de l’arrêté du 24 août 2011 relatif au Système National d’Inventaires d’Emissions et de Bilans dans l’Atmosphère (SNIEBA), et antérieurement depuis de nombreuses années, le Citepa se voit confier par le Ministère chargé de l’Environnement (MTES) la mission de réaliser et publier les différents inventaires d’émissions nationaux concernant à la fois les gaz à effet de serre et les polluants atmosphériques que la France est tenue de produire chaque année selon les formats requis dans le cadre des engagements internationaux et européens de la France (formats CEE-NU, CCNUCC, etc.) et pour répondre aux besoins nationaux (format Secten…).

2) Les AASQA réalisent aussi, en complément de leur mission de mesure et de surveillance de la qualité de l’air, des inventaires régionaux des émissions de polluants atmosphériques, des inventaires spatialisés (cadastres) et des travaux de modélisation.

 

 

 

 

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