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Semaine Entreprises et Climat : la mobilisation s’accentue (dont Business Dialogue et Climate Finance Day)

  • Réf. : 2015_06_a1
  • Publié le: 1 juin 2015
  • Date de mise à jour: 28 juin 2019
  • International

Du 18 au 24 mai 2015, a eu lieu à Paris la Semaine Entreprises et Climat (Climate Week), [organisée par l’ONG internationale Climate Group] , série d’évènements – tables rondes, forums, débats et expositions – en amont de la COP-21 autour des acteurs économiques. L’objectif était de parvenir, d’une part, à mobiliser le secteur privé dans la recherche d’un accord global compatible avec l’objectif de 2°C et, d’autre part, à faire remonter les solutions prônées par les entreprises auprès des gouvernements. Ces évènements répondent directement à l’appel de New-York (voir encadré vert ci-contre) pour que le secteur privé joue un rôle plus actif dans la “décarbonisation” de l’économie. Point d’orgue des évènements organisés, le Sommet entreprises et climat (Business Climate Summit) se veut une étape clé à mi-chemin entre le sommet de New-York et la COP-21.

Cette semaine s’inscrit dans un contexte de reconnaissance croissante de la part du monde économique de la compatibilité entre croissance et décarbonisation de l’économie, et de son rôle à jouer dans les discussions mondiales.

Le Sommet entreprises et climat, qui a eu lieu 200 jours avant la COP-21, du 20 au 21 mai 2015, au siège de l’UNESCO (Paris), a mobilisé 25 réseaux d’entreprises nationaux et internationaux représentant plus de six millions d’entreprises de quelque 130 pays [voir programme]. Sur place, le sommet a réuni plus de 2 000 décideurs économiques français et internationaux (dirigeants d’entreprises, de grands groupes et d’organisations patronales), investisseurs et décideurs poli-tiques. Le Sommet, mobilisation inédite du secteur privé sur le dossier climat, visait ainsi à faire entendre, auprès des décideurs politiques, les propositions du milieu économique pour atténuer le changement climatique.

Organisation du Sommet

Le Sommet Entreprises et Climat a été organisé par une grande coalition de partenaires, dont la Chambre de Commerce Internationale [basée à Paris] , le Conseil Mondial des Entre-prises pour le Développement Durable (WBCSD), le Groupe des Investisseurs Institutionnels sur le Changement Climatique (IIGCC), Entreprises pour l’Environnement (EpE), le MEDEF, l’Association françaises des entreprises privées (AFEP), l’Association Technique Energie Environnement (ATEE) et le CDP [Carbon Disclosure Project, ONG ayant mis en place un dispositif de surveillance et de déclaration des émissions de gaz à effet de serre (GES) pour plus de 5 000 entreprises à travers le monde].

Le Sommet a été ouvert par le Président de la République, François Hollande. Il s’est conclu par un message-vidéo du Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, John Kerry, et a été officiellement clôturé par un discours du Ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius , en tant que Président de la COP-21. Parmi les autres décideurs politiques de haut niveau figurait Christiana Figueres, Secrétaire exécutive de la Convention Climat.

De g. à dr . Manuel Pulgar Vidal, Président de la COP-20 (2014), Laurent Fabius et Christiana Figueres. © Business & Climate Summit, 20/05/2015.

La première journée était consacrée à la vision des entreprises d’une société à faibles émissions de GES via un état des lieux des solutions technologiques, organisationnelles et financières existantes et à venir. La seconde journée était axée sur la réalisation de cette vision à travers l’accélération de la mise en œuvre concrète des solutions, et sur les politiques requises pour assurer la transition vers une économie prospère “bas carbone” [à faibles émissions de GES] .

Les décideurs économiques, réunis au Sommet, ont affirmé que l’objectif 2°C est atteignable et compatible avec la croissance économique à condition que tous les acteurs s’engagent ensemble pour relever le défi climatique. Ils ont lancé plusieurs appels aux décideurs politiques pour mettre en œuvre des politiques climat ambitieuses visant entre autres à aider davantage d’entreprises à déployer des solutions “bas carbone” à une échelle plus grande.

En particulier, les dirigeants économiques ont préconisé :

  • l’introduction de mécanismes de prix du carbone robustes et efficaces [dont un prix mondial] comme élément clé pour orienter les investissements à long terme et les comportements des consommateurs vers des solutions moins émettrices de GES en vue de réaliser des réductions d’émissions à moindre coût. Cela passe également par la suppression des subventions aux énergies fossiles pour rediriger la consommation vers des sources d’énergie faiblement émettrices de GES. Ces mesures doivent être élaborées et mises en œuvre de façon à éviter les distorsions de concurrence dans certains secteurs ;
  • la mise en place d’une “alliance” entre entreprises et gouvernements visant à intégrer les politiques climat dans l’économie mondiale, notamment à travers un renforcement des dialogues entre les secteurs public et privé aux niveaux mondial et national ;
  • la mobilisation des fonds publics et du financement du secteur privé vers les actifs “bas-carbone”, ainsi que la sécurisation des investissements dans ceux-ci et ce, notamment dans les pays en développement. Cela devrait dépasser l’engagement des 100 Md $ par an, décidé à la COP-15 [Copenhague, 2009] afin de créer un effet de levier.

Groupes de réflexion et ONG : leur apport aux solutions applicables au secteur privé

Dans le cadre de la Science-Based Targets Initiative [SBTI, Initiative Objectifs basée sur la science] , partenariat rassemblant le groupe de réflexion indépendant World Resources Institute [basé à Washington] , le Global Compact des Nations Unies , le CDP et l’ONG WWF, une campagne mondiale a été lancée le 20 mai 2015 visant à mobiliser 100 entreprises d’ici fin 2015 afin qu’elles fixent des objectifs de réduction des émissions de GES compatibles avec les recommandations scientifiques du GIEC.

Par ailleurs, le SBTI a présenté un rapport intitulé Mind the Science évaluant les objectifs de réduction de 70 entreprises à forte consommation d’énergie qui représentent en agrégé 9% des émissions mondiales de CO2 . Le rapport montre que seules 28 des 70 entreprises ont fixé des objectifs de réduction de CO2 compatibles avec les recommandations scientifiques du GIEC. Il souligne surtout que la surveillance et la déclaration des émissions de GES sont des conditions préalables à une maîtrise de celles-ci au sein de toute entreprise. Une synthèse interactive du rapport a également été publiée.

La SBTI a également proposé une méthodologie [Sectoral Decarbonisation Approach] pour accompagner les entreprises des secteurs fortement consommatrices d’énergie dans leurs efforts pour se fixer des objectifs de réduction [compatibles avec les projections du niveau d’activités économiques de leur secteur et avec leur potentiel de réduction individuel].

Lancement du Business Dialogue

Juste avant le Sommet Entreprises et climat, le 20 mai 2015 au matin, a eu lieu au Quai d’Orsay la réunion de lancement du Business Dialogue, avec des Ministres français [Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères, et Ségolène Royal, Ministre de l’Ecologie] et étrangers, ainsi que des dirigeants d’entreprises françaises et internationales. Cette enceinte de dialogue de haut niveau entre les gouvernements et les entreprises a été mise en place à l’initiative du MEDEF. Gérard Mestrallet, PDG d’Engie [anciennement GDF-Suez], en est le coordinateur.

L’objectif du Business Dialogue est d’échanger sur les négociations climat dans la perspective d’un accord à la COP-21 et de développer des solutions concrètes pour réaliser de façon efficace la transition vers une économie “bas-carbone”. Deux réunions supplémentaires sont d’ores et déjà prévues : la 1 ère en septembre en même temps que l’Assemblée générale de l’ONU à New York [15-28 septembre 2015] et la 2e en octobre au Japon.

Journée de la finance pour le climat

En complément du Sommet Entreprises et Climat et à l’initiative du groupe Caisse des Dépôts et de la Banque européenne d’investissement (BEI), une Journée de la finance pour le climat (Climate Finance Day), qui a eu lieu le 22 mai, a rassemblé un millier de décideurs du secteur financier [institutions financières, investisseurs, assurances,…].

Les discussions ont principalement porté sur le “désin-vestissement” du financement des énergies fossiles pour réorienter ces sommes [estimées de 89 à 93 000 Md $ (sic) d’ici 2030 ( source : rapport New Climate Economy , p.19 )  ] vers une économie bas-carbone. Les engagements clés annoncés :

  • l’assureur Axa y a ainsi annoncé désinvestir, à hauteur de 500 M€, ses fonds placés dans les entreprises les plus consommatrices de charbon et à tripler ses investissements verts à raison de plus de 3 Md € d’ici 2020. Il a également annoncé avoir signé l’engagement de Montréal sur le carbone, par lequel il s’engage à mesurer, à publier et à réduire l’empreinte carbone de ses investissements;
  • le groupe Caisse des Dépôts a annoncé qu’il s’engage sur la réduction de l’empreinte carbone de ses portefeuilles et qu’il a, lui aussi, signé l’engagement de Montréal. Enfin, il a annoncé un engagement de 15 Md € pour le financement de la transition énergétique et écologique via des prêts aux collectivités et aux entreprises [sur la période 2014-2017] ;
  • sept associations françaises représentant des acteurs financiers [Fédération bancaire française, Association française de l’assurance, Association française de la gestion financière,…] ont signé une déclaration commune présentant leurs engagements.

Le PNUE a publié à cette occasion un rapport (The Coming Financial Climate) sur les mesures à prendre pour adapter le système financier à l’enjeu climatique.

Les conclusions officielles du Sommet Entreprises et Climat seront publiées sur le site dédié (voir lien ci-après) .

www.businessclimatesummit.com

Autres initiatives du secteur privé

Une plateforme des investisseurs pour les actions climat (Investor Platform for Climate Action), a été lancée le 19 mai 2015. Gérée par une coalition de groupes d’investisseurs , elle centralise et recense, pour la première fois, les actions climat mises en œuvre par plus de 400 investisseurs de 130 pays représentant plus de 25 000 Md $ et ce, dans trois principaux domaines : évaluation (empreinte carbone des porte-feuilles,…), engagement (par rapport aux compagnies à forte consommation d’énergie et de production et de distribution de combustibles fossiles) et réorientation (investissements dans les actifs bas-carbone, désinvestissement de fonds placés dans les activités fortement émettrices de GES).

Le 20 mai 2015, l’Initiative Partenariats Technologies bas car-bone (LCTPi) a été lancée. Menée conjointement par le WBCSD, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) et le Réseau des solutions pour le développement durable (SDSN), elle rassemble 82 entreprises et grands groupes internationaux (Engie, Arcelor-Mittal, Lafarge,…). Les efforts pour développer des solutions bas carbone se concentrent dans huit domaines d’action [biocarburants avancés, captage et stockage du CO2, efficacité énergétique dans les bâtiments, secteurs de la chimie et de la fabrication de ciment,…] .

Six grandes compagnies pétrolières [dont Total] ont transmis, le 1 er juin 2015, une lettre ouverte au Président de la COP-21 [Laurent Fabius] et à la Secrétaire exécutive de la CCNUCC [Christiana Figueres]. Ils appellent ainsi les gouvernements à introduire des systèmes de tarification du carbone là où ils n’existent pas et à créer un cadre mondial reliant les dispositifs nationaux entre eux.

Cette série d’évènements s’inscrit dans la mobilisation, en amont de la COP-21, de différents acteurs non-étatiques, notamment via la plateforme commune Coalition Climat 21 [rassemblant associations, syndicats, mouvements citoyens et de jeunesse, organisations et réseaux confessionnels,…] , et soutenus par le dispositif de valorisation des actions concrètes Solutions COP-21 [lancé le 9 juillet 2014 par le Comité 21 et le Club France Développement durable : les acteurs privés, mais aussi la communauté scientifique [conférence scientifique internationale du CNRS, 7-10 juillet 2015] , les ONG, les villes et collectivités [Sommet mondial Climat et territoires, Forum de l’action internationale des collectivités, organisé par Cités Unies France 29-30 juin 2015, etc.], ainsi que les communautés religieuses.


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