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CFC-11 : hausse inattendue des émissions en Chine d’après les concentrations mesurées

  • Réf. : 2019_07_a7
  • Publié le: 22 mai 2019
  • Date de mise à jour: 22 octobre 2019
  • International

Le 22 mai 2019, les résultats d’une étude menée par une équipe de chercheurs de l’Université de Bristol (Royaume-Uni) sur le CFC-11 ont été publiés dans la revue Nature.

Le CFC-11

Le CFC-11 (trichlorofluorométhane ou CCl3F) est une substance qui appauvrit la couche d’ozone. Il est donc réglementée par le Protocole de Montréal (1987). En vertu de celui-ci, la production et la consommation du CFC-11 sont interdites depuis 1996 pour les pays industrialisés (Parties dites non annexe 5) et depuis 2010 pour les pays en développement [PED] (Parties dites annexe 5).

Calendrier d’élimination progressive du CFC-11 pour les pays industrialisés (courbe bleue) et les PED (courbe rouge)

Source : ONU Environnement, Montreal Protocol Handbook, 12e édition (2018) p.35

Le CFC-11 est également un puissant gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement global (PRG) sur 100 ans est de 4 600, c’est-à-dire qu’une tonne de CFC-11 émise équivaut à 4 600 t CO2 émises (valeurs 2013 du GIEC). Sa durée de vie dans l’atmosphère est de 45 ans (source : GIEC, AR5, vol 1, ch. 8, tableau 8.A.1)

Contexte avant la nouvelle étude

La production du CFC-11 déclarée au titre du Protocole de Montréal a atteint zéro tonne en 2010. Du fait de l’élimination progressive de sa production et de sa consommation, ses concentrations atmosphériques ont atteint leur niveau maximal au début des années 90, puis depuis 1995 environ, ont fortement baissé (source : OMM, Bulletin annuel sur les GES, 22/11/2018). Cependant, d’après la 9e évaluation scientifique de l’état de la couche d’ozone, publiée par l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et ONU Environnement [ex-PNUE] le 5 novembre 2018, le rythme de baisse des concentrations de CFC-11 a ralenti sur la période 2014-2016 pour atteindre environ deux tiers de celui observé sur la période 2002-2012. Ce bilan signale également une hausse, depuis 2012, des émissions de CFC-11 provenant d’Asie du Sud-est.

La nouvelle étude : méthodologie et résultats

L’étude réalisée par les chercheurs de l’Université de Bristol a permis d’affiner les causes de cette hausse, en se focalisant sur les émissions de CFC-11 de l’Asie du Sud-est. A l’aide de l’observation de l’atmosphère par satellite couplée aux données des réseaux de mesure à travers le monde et à la modélisation du transport des émissions de CFC-11 dans l’atmosphère, ils montrent que les émissions de CFC-11 provenant de la Chine orientale ont bien augmenté entre la période 2008–2012 et la période 2014–2017 (+7 kg/an).

Cette hausse s’est principalement produite au-dessus des provinces du Nord-est de la Chine [Shandong et Hebei]. Elle représente au moins 40 à 60% de la hausse mondiale des émissions de CFC-11. Les chercheurs de l’Université de Bristol n’ont pas identifié de preuves scientifiques qui indiqueraient une forte hausse des émissions de CFC-11 provenant d’autres pays d’Asie du Sud-est ou d’autres régions du monde. Les chercheurs concluent que cette hausse inattendue des émissions de CFC-11 en Chine orientale serait probablement due à une reprise de production et de consommation de cette substance, ce qui laisse entendre une production non déclarée au Secrétariat de l’Ozone (ONU Environnement), et donc illégale au regard du Protocole de Montréal.

Ces nouveaux résultats viennent réconforter les observations et conclusions de l’OMM publiés dans son dernier Bulletin annuel sur les GES.

Production illégale en Chine : résultats d’une enquête

Selon les résultats d’une enquête réalisée par l’ONG britannique Environment Investigation Agency (EIA), publiés le 9 juillet 2018, la source de la hausse inattendue des émissions mondiales de CFC-11 serait sa production et sa consommation dans le secteur de la fabrication des mousses de polyuréthanes en Chine. L’EIA pointe 18 entreprises dans 10 provinces chinoises qui ont confirmé aux enquêteurs qu’elles utilisent le CFC-11 pour la fabrication de mousses destinées à isoler des bâtiments et des appareils.

Lors de la 30e réunion des 197 Parties au Protocole de Montréal [5-9 novembre 2018 à Quito (Equateur)], la Chine a annoncé que 1 172 inspections ont été effectuées dans l’ensemble du pays et qu’un certain nombre d’entreprises ont été traduites en justice pour avoir effectivement produit et utilisé le CFC-11 de manière illégale (source : IISD, 12/11/2019 p.10).

Dans la décision XXX/3 adoptée à Quito, les Parties ont pris des mesures pour faire face à la hausse inattendue des émissions de CFC-11. Pour la prochaine (31e) réunion des Parties [4-8 novembre 2019 à Rome] :

  • le groupe d’experts de l’évaluation scientifique [SAP, organe technique du Protocole de Montréal] doit préparer un rapport de synthèse sur ce problème
  • le groupe d’experts technologique et économique [TEAP, autre organe technique du Protocole de Montréal] doit établir une synthèse des sources potentielles d’émissions de CFC-11 dans les régions concernées,
  • les Parties ayant des informations scientifiques et techniques pertinentes susceptibles d’alimenter ces rapports, ont été priées de les fournir au Secrétariat de l’Ozone avant le 1er mars 2019.

Comme le souligne la 9e évaluation scientifique de l’état de la couche d’ozone (voir plus haut), les nouvelles options disponibles pour accélérer la reconstitution de la couche d’ozone sont limitées, surtout parce que les actions ayant un impact positif important ont déjà été mises en œuvre. Par conséquent, la clé réside désormais dans le respect intégral des obligations du Protocole de Montréal.

Voir article : Rigby M, Park S et al, “Increase in CFC-11 emissions from Eastern China based on atmospheric observations“, Nature n° 569 pp.546-550 (article payant).

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